{"id":6222,"date":"2021-08-16T11:09:57","date_gmt":"2021-08-16T08:09:57","guid":{"rendered":"https:\/\/masiwa-comores.com\/?p=6222"},"modified":"2021-08-19T19:36:15","modified_gmt":"2021-08-19T16:36:15","slug":"mohamed-loutfy-une-troisieme-oeuvre-poetique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/masiwa-comores.com\/non-classe\/mohamed-loutfy-une-troisieme-oeuvre-poetique\/","title":{"rendered":"Mohamed Loutfy, Une troisi\u00e8me \u0153uvre po\u00e9tique"},"content":{"rendered":"<p><strong><em>Dans cette p\u00e9riode de retrait et d\u2019isolement pour cause de crise sanitaire, les livres demeurent de bons compagnons \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur ou \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur. Le recueil intitul\u00e9 M\u00e9moire d\u2019un C\u0153lacanthe de Mohamed Loutfy aborde avec la l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 de la po\u00e9sie la question de l\u2019unit\u00e9 nationale et de l\u2019\u00e9ducation. <\/em><\/strong><em>Par\u00a0<\/em><em>MiB<\/em><\/p>\n<p>La po\u00e9sie comorienne d\u2019expression fran\u00e7aise est foisonnante, il n\u2019y a jamais eu autant d\u2019auteurs. Les \u00e9diteurs comoriens sont d\u00e9bord\u00e9s par les manuscrits. Malheureusement, il y a tr\u00e8s peu d\u2019occasions de tomber sur des recueils originaux qui ne soient pas des r\u00e9pliques des auteurs \u00ab\u00a0scolaires\u00a0\u00bb, \u00e9tudi\u00e9s dans les classes ou la juxtaposition de mots dans le seul objectif de les faire rimer. Dans ce domaine, la nouveaut\u00e9 nous arrive des jeunes slameurs et slameuses qui ont des choses \u00e0 dire sur la soci\u00e9t\u00e9 comorienne et qui font percuter les mots.<\/p>\n<p><strong>Une lecture agr\u00e9able<\/strong><\/p>\n<p>Mohamed Loutfy a lui choisi la po\u00e9sie, mais aussi la simplicit\u00e9, ce qui ne l\u2019emp\u00eache pas d\u2019aborder des sujets s\u00e9rieux comme celui de l\u2019unit\u00e9 nationale ou de l\u2019\u00e9ducation des enfants \u00e0 la connaissance et \u00e0 l\u2019amour de leur pays.<\/p>\n<p>La simplicit\u00e9 est d\u2019abord dans le format. Les po\u00e8mes sont courts et lib\u00e9r\u00e9s des exigences de la po\u00e9sie classique. Il n\u2019y a ni strophes ni vers de m\u00eame longueur. Les rimes ne sont pas privil\u00e9gi\u00e9es et la ponctuation a \u00e9t\u00e9 supprim\u00e9e. Le rythme est donn\u00e9 par la disposition des mots.<\/p>\n<p>Le recueil est compos\u00e9 de deux grandes parties sans titres.<\/p>\n<p><strong>Le chant du C\u0153lacanthe<\/strong><\/p>\n<p>Dans la premi\u00e8re partie, le recueil est domin\u00e9 par la parole du C\u0153lacanthe, poisson fossile symbole de l\u2019archipel des Comores. Et d\u00e8s le d\u00e9but, il y a comme une \u00ab\u00a0urgence\u00a0\u00bb \u00e0 mobiliser les habitants des \u00eeles pour affronter un danger.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Chaque cri d\u2019une \u00eele \/ Est un appel\u00a0\u00bb (p. 12), \u00ab\u00a0\u00c0 bout de souffle \/ Voici le pays\u00a0\u00bb (p. 13)<\/p>\n<p>Le locuteur est difficilement identifiable, mais il fait r\u00e9f\u00e9rence aux \u00ab\u00a0souvenirs \u00e0 sauvegarder\u00a0\u00bb, \u00e0 \u00ab\u00a0notre m\u00e9moire\u00a0\u00bb, \u00e0 la \u00ab\u00a0m\u00e9moire travestie\u00a0\u00bb et la mer omnipr\u00e9sente. Ce narrateur dramatise la situation \u00ab\u2026 l\u2019\u00e2me de la nation g\u00e9mit\u00a0:\u00a0\u00bb. Nous avons l\u00e0 la seule ponctuation du recueil et elle introduit la parole du C\u0153elacanthe.<\/p>\n<p>Celui-ci est en mouvement sous la mer, mais aussi d\u2019une \u00eele \u00e0 une autre pour \u00e9viter les inconv\u00e9nients\u00a0: \u00ab\u00a0L\u2019errance et la solitude\u00a0\u00bb qui le caract\u00e9risent aussi les Comoriens. Le parall\u00e8le est \u00e9tabli entre cet animal symbole du pays et les habitants.<\/p>\n<p><strong>Une po\u00e9sie engag\u00e9e<\/strong><\/p>\n<p>Sous ses airs de simplicit\u00e9, la po\u00e9sie de Loutfy est une po\u00e9sie engag\u00e9e, politique. Il fait notamment r\u00e9f\u00e9rence au pass\u00e9 r\u00e9cent\u00a0et \u00e0 la politique au sein de l\u2019Union des Comores :<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Voici donc l\u2019archipel \/ Tout d\u00e9nud\u00e9 \/ La mer toute agit\u00e9e \/ Par l\u2019odeur inqui\u00e9tante \/ Oui \/ Par l\u2019assise \/ Des requins et des Ntseba\u00a0\u00bb (p.27).<\/p>\n<p>On peut penser que l\u2019auteur nous parle des Assises de 2018 qui ont d\u00e9moli l\u2019architecture institutionnelle du pays qui avait stabilis\u00e9 les alternances politiques depuis 2001. \u00c0 travers la voix du C\u0153lacanthe, le po\u00e8te \u00e9voque la pr\u00e9sidente tournante qui a \u00e9t\u00e9 d\u00e9voy\u00e9e depuis 2019 avec la prolongation du mandat du pr\u00e9sident actuel.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Je porte toujours \/ Dans mon c\u0153ur \/ Le Label \/ De l\u2019alternance \/ L\u2019\u00e9tiquette \/ De la tournante \/ H\u00e9las \/ Les bruits des bottes \/ R\u00e9sonnent\u00a0\u00bb (p.36).<\/p>\n<p>Pour le pr\u00e9sent, le C\u0153lacanthe ne semble voir que l\u2019\u00ab\u00a0obscurit\u00e9\u00a0\u00bb, les \u00ab\u00a0larmes\u00a0\u00bb, les \u00ab\u00a0inqui\u00e9tudes\u00a0\u00bb et la \u00ab\u00a0rancune\u00a0\u00bb. Le pessimisme gangr\u00e8ne les vers et leur donne le ton dominant.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Aucune saison \/ N\u2019emp\u00eachera l\u2019odeur de la d\u00e9sillusion\u00a0\/ De notre archipel \u00bb (p.38)<\/p>\n<p>Pourtant l\u2019espoir n\u2019est pas compl\u00e8tement an\u00e9anti. Le Coelacanthe n\u2019est pas uniquement tourn\u00e9 vers la nostalgie d\u2019un pass\u00e9 r\u00e9volu.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">\u00ab\u00a0Bient\u00f4t \/ Viendront \/ Des jours nouveaux \/ Et la lune sort sa t\u00eate\u2026\u00a0\u00bb (p.35)<\/p>\n<p>Dans la deuxi\u00e8me partie, le po\u00e8te reprend la parole. Il s\u2019adresse \u00e0 un enfant et lui fait la le\u00e7on sur ce qu\u2019il doit savoir sur le pays et ses habitants, mais aussi sur son r\u00f4le dans les temps qui viennent.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Mon enfant \/ C\u2019est \u00e0 toi \/ De tirer \/ Tirer sans rel\u00e2che \/ Pour accoster \/ \u00c0 bon port\u00a0\u00bb (p.52).<\/p>\n<p>Chaque po\u00e8me est d\u2019ailleurs pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 d\u2019une maxime \u00e9crite en shikomori et qui est la le\u00e7on d\u00e9velopp\u00e9e dans le po\u00e8me qui suit. Des maximes connus de tous les Comoriens comme <em>\u00ab\u00a0Uku \/ wa mntru \/ Wa ntrambo \/ Kauhomo \/ Husha\u00a0\u00bb (\u00ab\u00a0La nuit du menteur ne tarde pas \u00e0 s\u2019achever\u00a0\u00bb)<\/em><\/p>\n<p>Il commence par d\u00e9noncer la m\u00e9chancet\u00e9 qui r\u00e8gne dans les \u00eeles.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Ici \/ L\u2019homme \/ Dans les profondeurs \/ Insulaires \/ Ne descend pas d\u2019homme \/ Il descend \/ Du requin\u00a0\u00bb (p.60).<\/p>\n<p>Le recueil de po\u00e9sie emprunte parfois les apparences d\u2019un trait\u00e9 d\u2019\u00e9ducation. Le mode imp\u00e9ratif devient le mode le plus appropri\u00e9 pour non pas donner des ordres mais guider et conseiller l\u2019enfant qui doit construire la patrie de demain.<\/p>\n<p>Mohamed Loutfy, natif de Ouani (Anjouan) signe ici son troisi\u00e8me recueil de po\u00e8mes. Il a d\u00e9j\u00e0 publi\u00e9 <em>Des \u00eeles et des jours \u00e0 venir<\/em> (Kom\u00c9dit, 2014) qui ressemble par la forme et par les th\u00e8mes abord\u00e9s \u00e0 ce dernier recueil. Il a \u00e9galement sorti <em>Matsozi ya miri<\/em> (Kom\u00c9dit, 2015-2020), enti\u00e8rement r\u00e9dig\u00e9 en shikomori.<\/p>\n<p><strong>Mohamed Loutfy, <em>M\u00e9moire d\u2019un C\u0153lacanthe<\/em>, Kom\u00c9dit, 2020, 88p., 9,50\u20ac.<\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dans cette p\u00e9riode de retrait et d\u2019isolement pour cause de crise sanitaire, les livres demeurent de bons compagnons \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur ou \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur. Le recueil intitul\u00e9 M\u00e9moire d\u2019un C\u0153lacanthe de Mohamed Loutfy aborde avec la l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 de la po\u00e9sie la question de l\u2019unit\u00e9 nationale et de l\u2019\u00e9ducation. 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