{"id":6167,"date":"2021-08-02T13:24:24","date_gmt":"2021-08-02T10:24:24","guid":{"rendered":"https:\/\/masiwa-comores.com\/?p=6167"},"modified":"2021-08-07T16:36:47","modified_gmt":"2021-08-07T13:36:47","slug":"portrait-mohamed-ahmed-chamanga-lintellectuel-engage","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/masiwa-comores.com\/non-classe\/portrait-mohamed-ahmed-chamanga-lintellectuel-engage\/","title":{"rendered":"Portrait : Mohamed Ahmed-Chamanga, L\u2019intellectuel engag\u00e9"},"content":{"rendered":"<p><strong><em>Mohamed Ahmed-Chamanga est linguiste et \u00e9diteur, fondateur de la premi\u00e8re maison d\u2019\u00e9dition comorienne. Il reste pour une g\u00e9n\u00e9ration celui qui s\u2019est \u00e9lev\u00e9 contre le s\u00e9paratisme anjouanais en 1997 et a organis\u00e9 la riposte dans la diaspora. Apr\u00e8s une tentative en politique, il est retourn\u00e9 modestement dans la recherche sur le shikomori et la production de livres. <\/em><\/strong><em>Par\u00a0<\/em><em>Mahmoud Ibrahime<\/em><\/p>\n<p>Mohamed Ahmed-Chamanga qu\u2019on appelle affectueusement \u00ab\u00a0Chamanga\u00a0\u00bb est n\u00e9 \u00e0 Ouani (Anjouan), une ville d\u2019intellectuels dans laquelle on aime chanter\u00a0: \u00ab\u00a0Udzima uwo muhimu\/Wa hwendresa intsi usoni\/Rike tifaki moja\/ Ya huundra litwaifa\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Est-ce pour cela que Chamanga se sent \u00e0 l\u2019aise dans chaque \u00eele\u00a0? Est-ce pour cela qu\u2019il se bat pour l\u2019unit\u00e9 du pays\u00a0?<\/p>\n<p><strong>Ce sera sans lui\u00a0!<\/strong><\/p>\n<p>Fin ao\u00fbt 1997. Tandis que le s\u00e9paratisme assommait des militants sur le front de l\u2019unit\u00e9 des Comores, que des intellectuels et cadres anjouanais h\u00e9sitaient \u00e0 rejoindre les partisans de la recolonisation, une phrase vint les r\u00e9veiller d\u2019un coup. Cette phrase avait d\u2019autant plus de poids qu\u2019elle venait d\u2019un chercheur, un linguiste qui depuis le temps de l\u2019ASEC et de la r\u00e9volution soilihiste \u00e9tait rest\u00e9 en marge de la politique. Mohamed Ahmed-Chamanga s\u2019est r\u00e9v\u00e9l\u00e9 d\u2019un coup \u00e0 beaucoup d\u2019entre nous par une Tribune publi\u00e9e par le journal gouvernemental, <em>Al-watwan<\/em>. Anjouan \u00e9tait en \u00e9bullition. Les s\u00e9paratistes tenaient l\u2019\u00eele et r\u00e9clamaient de pouvoir fonder l\u2019\u00c9tat d\u2019Anjouan, Chamanga lan\u00e7a dans le journal de l\u2019\u00c9tat ce cri du c\u0153ur qui \u00e9tait aussi un appel \u00e0 la raison envers ceux qui vivaient \u00e0 Anjouan et un appel au combat pour ceux qui \u00e9taient en France : \u00ab\u00a0Chers Anjouanais, (\u2026) s&#8217;il vous pla\u00eet, lorsque vous aurez r\u00e9ussi \u00e0 faire appareiller votre navire et \u00e0 hisser les voiles, ne m&#8217;emmenez pas avec vous !\u00bb.<\/p>\n<p>Cette phrase sonna comme un appel au ralliement. En France, avec Abdallah Mirghane et d\u2019autres Anjouanais qui refusaient la folie s\u00e9paratiste, Chamanga mit en place l\u2019Association Fraternit\u00e9 anjouanaise dont l\u2019objectif \u00e9tait de montrer que tous les Anjouanais n\u2019\u00e9taient ni pour l\u2019\u00e9clatement des Comores ni pour cr\u00e9er l\u2019\u00c9tat d\u2019Anjouan et encore moins pour appeler la France \u00e0 la recolonisation de l\u2019\u00eele. L\u2019association se dota d\u2019un organe de presse distribu\u00e9 dans tous les lieux de rencontre\u00a0: <em>Masiwa<\/em> (l\u2019anc\u00eatre de votre journal). Une fois le clivage contre les s\u00e9paratistes affirm\u00e9, l\u2019association devint Fraternit\u00e9 Comorienne et int\u00e9gra des Comoriens des autres \u00eeles.<\/p>\n<p><strong>Le soutien de la diaspora<\/strong><\/p>\n<p>Fraternit\u00e9 Anjouanaise fut si efficace que l\u2019Association Franco-anjouanaise dont les membres, faisaient le lien entre l\u2019extr\u00eame droite, essentiellement les Royalistes de l\u2019Action fran\u00e7aise et les s\u00e9paratistes dans l\u2019\u00eele d\u2019Anjouan, porta plainte contre Chamanga pour avoir d\u00e9sign\u00e9 dans <em>Masiwa<\/em> les s\u00e9paratistes en France par le terme \u00ab\u00a0clique\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>C\u2019est serein et son sourire habituel qu\u2019il se pr\u00e9senta devant la 17<sup>e<\/sup> chambre correctionnelle du Tribunal de Paris, soutenu par de nombreux Comoriens de la Diaspora. Les quelques membres de l\u2019association Franco-anjouanaise pr\u00e9sents se cachaient des objectifs des appareils photos et exigeaient en vain qu\u2019on ne les prenne pas en photo, honteux d\u2019avoir engag\u00e9 ce proc\u00e8s, mais surtout d\u2019avoir obtenu le soutien de l\u2019extr\u00eame droite fran\u00e7aise.<\/p>\n<p>Par ce proc\u00e8s, l\u2019Association franco-anjouanaise cherchait \u00e0 casser la dynamique qui s\u2019engageait en France contre les s\u00e9paratistes. Bien que Chamanga fut condamn\u00e9, ce proc\u00e8s lui donna une plus grande stature dans la diaspora comorienne en France et l\u2019encouragea \u00e0 continuer d\u2019une mani\u00e8re plus rassur\u00e9e son combat. C\u2019est donc tout naturellement qu\u2019apr\u00e8s plusieurs rencontres, la diaspora d\u00e9signa Mohamed Ahmed-Chamanga et Mahamoud Azihary pour la repr\u00e9senter et porter ses revendications \u00e0 la Conf\u00e9rence d\u2019Antananarive qui devait mettre fin au s\u00e9paratisme aux Comores. Malheureusement, les s\u00e9paratistes sont repartis en demandant un d\u00e9lai de r\u00e9flexion et ont fini par refuser l\u2019Accord de r\u00e9conciliation.<\/p>\n<p>Le putsch du colonel Azali en avril 1999 mit fin \u00e0 tous les espoirs de r\u00e9gler la crise sans que l\u2019\u00c9tat ne se mette \u00e0 genoux devant ceux qui ont voulu le d\u00e9truire. Ce fut un \u00e9chec flagrant pour tous ceux qui dans la diaspora se battaient depuis 1999. Pour Chamanga et Fraternit\u00e9 comorienne, il fallait d\u00e9sormais se battre \u00e0 la fois contre les s\u00e9paratistes et le gouvernement putschistes qui c\u00e9dait l\u2019essentiel \u00e0 l\u2019\u00c9tat d\u2019Anjouan. La constitution de 2001 consacra le d\u00e9pouillement de l\u2019\u00c9tat comorien en faveur de l\u2019\u00c9tat d\u2019Anjouan. Chamanga \u00e9tait contre cette constitution qui ne laissait \u00e0 l\u2019\u00c9tat que des symboles ou des \u00e9l\u00e9ments sur lesquels il n\u2019avait aucune prise (D\u00e9fense ext\u00e9rieure et monnaie). Il s\u2019y opposa autant qu\u2019il put. Mais, il \u00e9tait arriv\u00e9 \u00e0 cette \u00e9vidence que les militants de la diaspora ne pouvaient pas continuer \u00e0 refuser une certaine \u00ab\u00a0normalisation\u00a0\u00bb de la situation politique alors qu\u2019\u00e0 Anjouan des citoyens \u00e9taient tortur\u00e9s dans des conteneurs surchauff\u00e9s. Il fallait laisser passer la nouvelle constitution pour la changer plus tard, avec des d\u00e9put\u00e9s soucieux des int\u00e9r\u00eats du pays. Ce ne fut pas le cas. Azali s\u2019empara du pouvoir gr\u00e2ce \u00e0 une fraude massive et au retrait de ses deux adversaires au deuxi\u00e8me tour.<\/p>\n<p><strong>La recherche et l\u2019\u00e9dition<\/strong><\/p>\n<p>Chamanga recentra alors ses activit\u00e9s sur la linguistique. Il prit l\u2019initiative de fonder une maison d\u2019\u00e9dition, KomEdit. Il r\u00e9unit pour cela quelques-uns de ses proches avec lesquels il avait pass\u00e9 pr\u00e8s de trois ans dans le combat contre le s\u00e9paratisme (Abdallah Mirghane, Ben Amir Saandi\u2026 et m\u00eame le r\u00e9dacteur de ces lignes). Chamanga s\u2019est investi enti\u00e8rement dans ce projet qui a permis \u00e0 de nombreux \u00e9crivains comoriens d\u2019oser enfin sortir leurs manuscrits. Il s\u2019y \u00e9tait pr\u00e9par\u00e9. Dans le cadre d\u2019une collaboration entre le Centre d\u2019\u00c9tude et de Recherche sur l\u2019Oc\u00e9an Indien (CEROI-INALCO) o\u00f9 il \u00e9tait charg\u00e9 de cours de shikomori et les \u00e9ditions L\u2019Harmattan, il \u00e9tait co-directeur de la collection consacr\u00e9e \u00e0 l\u2019archipel des Comores et dans laquelle de nombreuses recherches sur les Comores ont \u00e9t\u00e9 publi\u00e9es. Il a appris \u00e0 manier les logiciels de mise en page et les maquettes. Avec Kom\u00c9dit, il lisait quasiment tous les manuscrits et faisait les maquettes. C\u2019est toujours le cas.<\/p>\n<p>Bien qu\u2019il a toujours gard\u00e9 ses distances avec le r\u00e9gime Azali, il a continu\u00e9 \u00e0 exercer son m\u00e9tier avec cette passion pour les Comores. Chaque ann\u00e9e, il \u00e9tait au moins une fois au pays pour approfondir ses recherches sur la langue comorienne et ses variantes. Il collaborait avec l\u2019Universit\u00e9 des Comores et les CNDRS et particuli\u00e8rement pour la sortie de la revue <em>Ya Mkobe<\/em>. Mais, en v\u00e9rit\u00e9, l\u2019Universit\u00e9 l\u2019a sous-utilis\u00e9 et continue \u00e0 ignorer sa valeur unique aujourd\u2019hui dans son domaine dans ce pays. Il est le seul \u00e0 avoir autant fait de recherches sur le shikomori et depuis la fin des ann\u00e9es 1970. Il a travaill\u00e9 sur le lexique, sur l\u2019orthographe et sur la grammaire. Il s\u2019est montr\u00e9 disponible pour former des jeunes et pour organiser l\u2019enseignement de la langue nationale, en vain.<\/p>\n<p>En 2008, le pr\u00e9sident Sambi promet la cr\u00e9ation d\u2019une Acad\u00e9mie du Shikomori, son gouvernement annonce l\u2019introduction de la langue maternelle dans l\u2019enseignement d\u00e8s le niveau de la primaire. Dans le cadre d\u2019un programme de l\u2019Union europ\u00e9enne aux Comores, Chamanga travaille sur des manuels d\u2019apprentissage du shikomori, forme des formateurs dans les diff\u00e9rentes \u00eeles. Puis est arriv\u00e9e la reculade. Le gouvernement n\u2019a jamais introduit le shikomori dans l\u2019enseignement.<\/p>\n<p>Quant \u00e0 Chamanga, impassible, il continue \u00e0 faire des recherches et \u00e0 publier des synth\u00e8ses. Apr\u00e8s l\u2019aventure de la politique et l\u2019essai dans les \u00e9lections de 2006, il a pris du recul par rapport \u00e0 la politique et se concentre sur l\u2019essentiel. Il affiche toujours autant le sourire comme une sorte de protection.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Mohamed Ahmed-Chamanga est linguiste et \u00e9diteur, fondateur de la premi\u00e8re maison d\u2019\u00e9dition comorienne. 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