{"id":6091,"date":"2021-07-12T09:04:47","date_gmt":"2021-07-12T06:04:47","guid":{"rendered":"https:\/\/masiwa-comores.com\/?p=6091"},"modified":"2021-07-12T12:17:07","modified_gmt":"2021-07-12T09:17:07","slug":"une-fete-du-6-juillet-morne","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/masiwa-comores.com\/non-classe\/une-fete-du-6-juillet-morne\/","title":{"rendered":"Une f\u00eate du 6 juillet morne"},"content":{"rendered":"<p><strong><em>La 46<sup>e<\/sup> ann\u00e9e de l\u2019ind\u00e9pendance des Comores a \u00e9t\u00e9 f\u00eat\u00e9e par le pouvoir en place \u00e0 Moroni dans une ambiance encore plus morose que l\u2019ann\u00e9e derni\u00e8re. Le discours du chef de l\u2019\u00c9tat qui se voulait un premier pas vers une probable r\u00e9conciliation avec l\u2019opposition n\u2019a pas fait l\u2019effet escompt\u00e9, les leaders d\u2019opinion pr\u00e9f\u00e9rant d\u00e9battre sur la mani\u00e8re dont Samra, la diva du r\u00e9gime a torpill\u00e9 les paroles de l\u2019hymne national ou sur les tenants de l\u2019affaire Cheikh Mc, le chanteur le plus populaire dans la jeunesse, qui a tout simplement \u00e9t\u00e9 exclu du concert du soir, apr\u00e8s avoir particip\u00e9 activement \u00e0 son organisation. <\/em><\/strong><em>Par\u00a0<\/em><em>MiB<\/em><\/p>\n<p>En cette journ\u00e9e du 6 juillet de communion des Comoriens avec leur histoire, leur gouvernement et leur arm\u00e9e, le peuple \u00e9tait absent et cette fois la crise sanitaire de la covid n\u2019\u00e9tait pas la seule responsable. Le gouvernement avait fait le choix de bloquer les abords et les acc\u00e8s \u00e0 la place de l\u2019ind\u00e9pendance et n\u2019accueillir que des officiels avec une carte d\u2019invitation. Alors les tribunes \u00e9taient pleines des fonctionnaires les plus en vue, mais la liesse populaire \u00e9tait bien loin. Les opposants n\u2019ont pas non plus \u00e9t\u00e9 invit\u00e9s et n\u2019auraient sans doute pas r\u00e9pondu favorablement, ayant d\u00e9cid\u00e9 de ne plus reconna\u00eetre la l\u00e9gitimit\u00e9 du chef de l\u2019\u00c9tat depuis le 26 mai dernier.<\/p>\n<p>En contraste, dans les r\u00e9seaux sociaux, les Comoriens ont exprim\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 l\u2019exag\u00e9ration leur fiert\u00e9 d\u00e9corant leurs espaces de drapeaux du pays d\u2019origine, m\u00eame si la plupart se pr\u00e9sentent comme des opposants au r\u00e9gime en place.<\/p>\n<p>Habituellement, deux moments sont attendus par les Comoriens lors de la f\u00eate du 6 juillet\u00a0: le d\u00e9fil\u00e9 de l\u2019arm\u00e9e et de certains corps constitu\u00e9s, puis le discours du chef de l\u2019\u00c9tat.<\/p>\n<p>Il semble que les bavures de l\u2019arm\u00e9e qui ont \u00e9maill\u00e9 la pr\u00e9sidence Azali depuis 2016 et notamment le r\u00e9cent meurtre du major Bapale dans le camp de Sangani, suivi de son enterrement en cachette, ont consacr\u00e9 un certain d\u00e9saveu du peuple \u00e0 l\u2019\u00e9gard de son arm\u00e9e. Il serait int\u00e9ressant de suivre l\u2019\u00e9volution de ce rapport, et voir si dans l\u2019avenir se trouvera un chef militaire capable de redorer l\u2019image de l\u2019arm\u00e9e.<\/p>\n<p><strong>Un discours creux en fran\u00e7ais<\/strong><\/p>\n<p>Comme il en a l\u2019habitude, le chef de l\u2019\u00c9tat, Azali Assoumani a prononc\u00e9 deux discours lors de cette c\u00e9r\u00e9monie, l\u2019un en fran\u00e7ais, s\u00e9rieux et \u00e9crit et l\u2019autre en shikomori qui s\u2019apparente, comme pour tous ses discours en langue locale, \u00e0 une discussion de comptoir, avec des blagues de potaches.<\/p>\n<p>Pour l\u2019essentiel, on y retrouve les m\u00eames id\u00e9es r\u00e9p\u00e9t\u00e9es depuis cinq ans, \u00e0 toutes les occasions et dans tous les discours \u00e9crits que ce soit \u00e0 l\u2019ONU, apr\u00e8s une \u00e9lection, \u00e0 l\u2019occasion de l\u2019e\u00efd ou de la nouvelle ann\u00e9e. Il a ainsi r\u00e9p\u00e9t\u00e9 le r\u00e9cit habituel et peu convaincant sur la n\u00e9cessit\u00e9 de l\u2019installation des nouvelles institutions qui lui garantissent de demeurer au pouvoir apr\u00e8s les cinq ann\u00e9es du tour de son \u00eele d\u2019origine, Ngazidja. Avec comme point de d\u00e9part les Assises dont il continue \u00e0 affirmer qu\u2019elles ont \u00e9t\u00e9 \u00ab\u00a0recommand\u00e9es par nos sages et nos a\u00een\u00e9s\u00a0\u00bb alors qu\u2019il en a fait un instrument de l\u2019instauration d\u2019un pouvoir autocratique et a oubli\u00e9 toutes les autres recommandations des anciens, ainsi que de ces m\u00eames assises.<\/p>\n<p>Le chef de l\u2019\u00c9tat a souhait\u00e9 mettre en avant \u00e0 l\u2019occasion de cette f\u00eate de l\u2019ind\u00e9pendance deux personnalit\u00e9s\u00a0: la chanteuse Samra, devenue la diva du r\u00e9gime, et dont le seul haut fait de l\u2019ann\u00e9e est d\u2019avoir fait une chanson pour vanter les \u00ab\u00a0m\u00e9rites\u00a0\u00bb du chef de l\u2019\u00c9tat et de le d\u00e9fendre \u00e0 toute occasion. Azali Assoumani a \u00e9galement mis en avant l\u2019entraineur des Coelacanthes, Amir Abdou et \u00e0 travers lui, toute l\u2019\u00e9quipe de football des Comores qui s\u2019est qualifi\u00e9e pour la premi\u00e8re fois \u00e0 la Coupe africaine des Nations (CAN). Quant \u00e0 la mention de l\u2019Universit\u00e9 des Comores, personne n\u2019a compris pourquoi, sauf qu\u2019elle est appel\u00e9e \u00e0 se saisir du plan \u00c9mergence 2030.<\/p>\n<p><strong>Un discours de comptoir en shikomori<\/strong><\/p>\n<p>S\u2019adressant plus particuli\u00e8rement \u00e0 ses compatriotes en shikomori, le chef de l\u2019\u00c9tat est apparu plus d\u00e9contract\u00e9, racontant de petites anecdotes comme dans un comptoir de caf\u00e9. Il a repris presque tout ce qu\u2019il a dit dans le discours en fran\u00e7ais en ajoutant des blagues sur lesquelles le public semblait prudent tellement les r\u00e9seaux sociaux regorgent de sc\u00e8nes dans lesquelles ses proches rient ou applaudissent sur des \u00e9carts qui ne correspondent pas \u00e0 l\u2019image d\u2019un chef d\u2019\u00c9tat.<\/p>\n<p>Lorsqu\u2019il est arriv\u00e9 sur la partie concernant la Commision des Droits de l\u2019homme et des Libert\u00e9s (CNDHL), dirig\u00e9e par Sittou Raghadat Mohamed, il n\u2019a pu s\u2019emp\u00eacher de faire remarquer que normalement \u00ab\u00a0les droits de l\u2019homme\u00a0\u00bb devraient \u00eatre donn\u00e9s \u00e0 un \u00ab\u00a0homme\u00a0\u00bb et qu\u2019avant les femmes \u00e9taient ministres de l\u2019Int\u00e9rieur (sous-entendu des chefs dans leurs foyers) et maintenant elles peuvent devenir ministres de l\u2019ext\u00e9rieur, cela alors qu\u2019aux Comores il n\u2019y a jamais eu de femme aux Affaires \u00e9trang\u00e8res et que dans son gouvernement il n\u2019y a qu\u2019une seule femme, compl\u00e8tement effac\u00e9e jusqu\u2019\u00e0 tr\u00e8s r\u00e9cemment, sur 15 ministres et secr\u00e9taires d\u2019\u00c9tat..<\/p>\n<p><strong>Un appel au dialogue et \u00e0 la r\u00e9conciliation<\/strong><\/p>\n<p>La vacuit\u00e9 qui domine ce double discours du chef de l\u2019\u00c9tat ne doit pas nous emp\u00eacher de voir qu\u2019\u00e0 la fin des discours, il y a un changement de ton. En effet, Azali Assoumani cherche sans doute \u00e0 se r\u00e9concilier la diaspora par un changement de ton \u00e9vident. Lui qui n\u2019avait que des insultes \u00e0 l\u2019\u00e9gard de cette partie importante de la population comorienne s\u2019est montr\u00e9 bienveillant en reconnaissant le r\u00f4le qu\u2019elle joue pour le pays.<\/p>\n<p>L\u2019autre point important de ce discours est l\u2019appel \u00e0 un dialogue avec les opposants. Ce n\u2019est pas la premi\u00e8re fois qu\u2019Azali fait un tel appel, mais cette fois, cela semble plus pr\u00e9cis dans la mesure o\u00f9 en parall\u00e8le il appelle \u00e0 ne pas minimiser les apports de ses pr\u00e9d\u00e9cesseurs, notamment \u00ab\u00a0avec l\u2019instauration de la d\u00e9mocratie et du multipartisme\u00a0\u00bb qu\u2019il pr\u00e9sente comme un acquis majeur de l\u2019ind\u00e9pendance.<\/p>\n<p>Il a \u00e9galement montr\u00e9 qu\u2019il a peut-\u00eatre compris, apr\u00e8s cinq ans d\u2019exercice solitaire du pouvoir que sans stabilit\u00e9, il n\u2019y a pas de d\u00e9veloppement possible et il s\u2019adresse \u00e0 l\u2019opposition \u00ab\u00a0malgr\u00e9 la diversit\u00e9 des opinions\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0pour qu\u2019un climat d\u2019apaisement s\u2019instaure dans notre pays,\u00a0pour son d\u00e9veloppement \u00e9conomique.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Il se rappelle soudain que la Constitution qu\u2019il a mise en place le 30 juillet 2018 \u00ab\u00a0stipule<strong>\u00a0<\/strong>que l\u2019opposition politique est reconnue en Union des Comores<strong>\u00a0<\/strong>et qu\u2019elle exerce librement ses activit\u00e9s\u00a0\u00bb,\u00a0cela apr\u00e8s avoir harcel\u00e9, emprisonn\u00e9, oblig\u00e9 \u00e0 l\u2019exil ou au silence presque la totalit\u00e9 de l\u2019opposition durant ces trois derni\u00e8res ann\u00e9es. Il a m\u00eame oubli\u00e9 qu\u2019il s\u2019est refus\u00e9 \u00e0 mettre en place le statut de l\u2019opposition avec un opposant principal qui devrait avoir des moyens pour pouvoir s\u2019opposer.<\/p>\n<p>Comment et avec qui compte-t-il construire ce climat d\u2019apaisement\u00a0? Myst\u00e8re. La division, les haines et les r\u00eaves de vengeance semblent si intenses au sein de la nation et m\u00eame des r\u00e9gions et des villages qu\u2019Azali para\u00eet parler dans un d\u00e9sert. Peu de gens semblent d\u2019ailleurs avoir entendu cet appel \u00e0 la r\u00e9conciliation et \u00e0 la mise en place d\u2019un cadre d\u00e9mocratique et de stabilisation de la vie politique.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La 46e ann\u00e9e de l\u2019ind\u00e9pendance des Comores a \u00e9t\u00e9 f\u00eat\u00e9e par le pouvoir en place \u00e0 Moroni dans une ambiance encore plus morose que l\u2019ann\u00e9e derni\u00e8re. Le discours du chef de l\u2019\u00c9tat qui se voulait un premier pas vers une probable r\u00e9conciliation avec l\u2019opposition n\u2019a pas fait l\u2019effet escompt\u00e9, les leaders d\u2019opinion pr\u00e9f\u00e9rant d\u00e9battre sur [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":15,"featured_media":6092,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[],"tags":[],"class_list":["post-6091","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/masiwa-comores.com\/json\/wp\/v2\/posts\/6091","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/masiwa-comores.com\/json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/masiwa-comores.com\/json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/masiwa-comores.com\/json\/wp\/v2\/users\/15"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/masiwa-comores.com\/json\/wp\/v2\/comments?post=6091"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/masiwa-comores.com\/json\/wp\/v2\/posts\/6091\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":6111,"href":"https:\/\/masiwa-comores.com\/json\/wp\/v2\/posts\/6091\/revisions\/6111"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/masiwa-comores.com\/json\/wp\/v2\/media\/6092"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/masiwa-comores.com\/json\/wp\/v2\/media?parent=6091"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/masiwa-comores.com\/json\/wp\/v2\/categories?post=6091"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/masiwa-comores.com\/json\/wp\/v2\/tags?post=6091"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}