{"id":5640,"date":"2021-04-12T10:07:28","date_gmt":"2021-04-12T07:07:28","guid":{"rendered":"https:\/\/masiwa-comores.com\/?p=5640"},"modified":"2021-05-23T14:09:32","modified_gmt":"2021-05-23T11:09:32","slug":"major-hakim-dit-bapale-tue-dans-le-camp-de-sangani-enterre-a-la-hate","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/masiwa-comores.com\/non-classe\/major-hakim-dit-bapale-tue-dans-le-camp-de-sangani-enterre-a-la-hate\/","title":{"rendered":"Major Hakim dit Bapale, Tu\u00e9 dans le camp de Sangani, Enterr\u00e9 \u00e0 la h\u00e2te"},"content":{"rendered":"<p><strong>Jeudi 7 avril 2021, au r\u00e9veil, la nouvelle tombe sous les yeux, de son poids lourd comme un marteau. Les journalistes chuchotent depuis la veille au soir, et le matin la rumeur se fait insistante. Aucun \u00e9l\u00e9ment ne permet d\u2019avoir une certitude. Puis, tandis que la journ\u00e9e file, peu \u00e0 peu se dessine le visage d\u2019un surnom, Bapale, puis un nom apparait\u00a0: le major Hakim. Tandis que les journalistes h\u00e9sitent encore, Hayba-FM, la page facebook de la radio dirig\u00e9e par Mohamed S.A. Mchangama pose publiquement les mots sur une v\u00e9rit\u00e9 enterr\u00e9e. Avec la prudence qui sied. Le major Hakim aurait trouv\u00e9 la mort lors d\u2019un \u00ab\u00a0interrogatoire\u00a0\u00bb au camp militaire de Sangani.<\/strong><em> Par\u00a0MiB<\/em><\/p>\n<p><strong>Le camp de Sangani<\/strong><\/p>\n<p>Le camp militaire de Sangani est situ\u00e9 sur les hauteurs de Mutsamudu. C\u2019est l\u00e0 que r\u00e9cemment les militaires ont pris un jeune du village du m\u00eame nom et l\u2019ont s\u00e9v\u00e8rement battu lui causant plusieurs blessures. La population s\u2019\u00e9tait alors ru\u00e9e sur l\u2019enceinte militaire avant de subir une r\u00e9pression s\u00e9v\u00e8re, au sein m\u00eame de leurs domiciles. Aucune sanction n\u2019a \u00e9t\u00e9 prise. Aucune enqu\u00eate. Le gouvernement a pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 organiser une c\u00e9r\u00e9monie de r\u00e9conciliation entre l\u2019arm\u00e9e et le village.<\/p>\n<p>Sangani est un camp militaire, mais aussi, probablement l\u2019une de ces fameuses prisons secr\u00e8tes, dont le porte-parole du gouvernement a reconnu l\u2019existence malencontreusement il y a quelques semaines. Des prisons dans lesquelles des opposants politiques et des militaires, soup\u00e7onn\u00e9s de complots contre l\u2019Etat sont soumis \u00e0 des \u00ab\u00a0interrogatoires\u00a0\u00bb, en dehors de tout cadre l\u00e9gal, sans qu\u2019aucun procureur ou autre juge ne soit mis au courant. On a m\u00eame vu r\u00e9cemment de simples citoyens arr\u00eat\u00e9s pour d\u00e9faut de masques y \u00eatre conduits.<\/p>\n<p><strong>Une enqu\u00eate de l\u2019arm\u00e9e<\/strong><\/p>\n<p>Il est encore difficile d\u2019avoir une vision globale de ce qui s\u2019est r\u00e9ellement pass\u00e9 le mercredi 6 avril dans ce camp de Sangani et les circonstances qui ont conduit \u00e0 la mort du major Hakim, militaire \u00e0 la retraite. Toutefois, nous pouvons noter les contradictions et les mensonges du gouvernement et tracer les grandes lignes de ce qui s\u2019est pass\u00e9.<\/p>\n<p>Nous ne savons pas encore si le major Hakim s\u2019est rendu lui-m\u00eame au camp de Sangani apr\u00e8s une convocation informelle par t\u00e9l\u00e9phone ou s\u2019il a \u00e9t\u00e9 interpell\u00e9 \u00e0 Mirontsy. Dans tous les cas, ni le Procureur de Mutsamudu ni celui de Moroni n\u2019\u00e9taient au courant de l\u2019enqu\u00eate ouverte par l\u2019arm\u00e9e sur une \u00ab\u00a0tentative de d\u00e9stabilisation\u00a0\u00bb et sur les nombreux interrogatoires men\u00e9s par celle-ci. Il n\u2019est pas le seul convoqu\u00e9, ni le seul \u00ab\u00a0interrog\u00e9\u00a0\u00bb dans l\u2019affaire, d\u2019autres attendent dans des \u00ab\u00a0cellules\u00a0\u00bb de ce camp militaire. Et l\u2019on parle m\u00eame d\u2019un autre qui serait \u00e0 l\u2019h\u00f4pital.<\/p>\n<p>Ancien militaire, sous-officier qui a \u00e9t\u00e9 garde du corps du pr\u00e9sident Sambi et du gouverneur Salami, Bapale connait les grad\u00e9s de ce camp et il s\u2019y rend s\u00fbrement avec confiance, mais malheureusement, il n\u2019y sortira pas vivant. Il est \u00ab\u00a0interrog\u00e9\u00a0\u00bb dans la matin\u00e9e et il meurt dans le camp sans doute avant midi. Certains t\u00e9moins qui se trouvaient \u00e0 l\u2019h\u00f4pital de Hombo rapportent que vers 13 heures, il y a eu de l\u2019effervescence dans le bloc op\u00e9ratoire et une pr\u00e9sence inhabituelle de militaires. Certainement au moment o\u00f9 son corps est ramen\u00e9 \u00e0 l\u2019h\u00f4pital pour constater sa mort.<\/p>\n<p><strong>Mensonges et contradictions<\/strong><\/p>\n<p>Pour la suite des \u00e9v\u00e9nements, nous avons deux sources gouvernementales, Youssoufa Mohamed Ali dit Belou, Directeur de Cabinet de la pr\u00e9sidence, Charg\u00e9 de la D\u00e9fense et Houmed Msaidi\u00e9, ministre de l\u2019Economie, porte-parole du gouvernement, deux personnalit\u00e9s qui se contredisent et qui donnent la preuve que m\u00eame si les autorit\u00e9s ont mis deux jours avant de s\u2019exprimer, il y a une certaine panique \u00e0 bord et qu\u2019il n\u2019y a pas une ligne de communication trac\u00e9e sur les informations (vraies ou fausses) \u00e0 livrer aux m\u00e9dias. Au final, les propos des deux hommes sont confus et ne permettent pas d\u2019aller vers la v\u00e9rit\u00e9 sur ce qui s\u2019est pass\u00e9.<\/p>\n<p>Les deux hommes reconnaissent que le major est mort au cours d\u2019un interrogatoire sur une enqu\u00eate pour tentative de d\u00e9stabilisation de l\u2019\u00c9tat. Il est facile de comprendre qu\u2019un interrogatoire qui a eu lieu dans un camp militaire, sans ouverture officielle d\u2019une enqu\u00eate et dans un cadre extrajudiciaire n\u2019est pas un interrogatoire classique. Les autorit\u00e9s qui se sont exprim\u00e9s justifient cette proc\u00e9dure de justice militaire en disant qu\u2019au sein de l\u2019arm\u00e9e, ils rendent justice comme ils l\u2019entendent. Pourtant, d\u00e9j\u00e0 en mars 2020, dans un rapport du Conseil des Droits de l\u2019Homme de l\u2019ONU, l\u2019expert ind\u00e9pendant Nils Melzer avait affirm\u00e9 que l\u2019\u00c9tat comorien pratiquait des tortures et des traitements cruels et inhumains lors d\u2019interrogatoires. Ce rapport met en cause des \u00e9l\u00e9ments de l\u2019arm\u00e9e (gendarmerie et PIGN) et des juges qui favorisent ces pratiques.<\/p>\n<p>Si le porte-parole du gouvernement qui a lu une d\u00e9claration samedi 10 avril \u00e9tait avare de mots, refusant m\u00eame de r\u00e9pondre \u00e0 des questions simples des journalistes, le Directeur de cabinet, charg\u00e9 de l\u2019Arm\u00e9e qui s\u2019\u00e9tait exprim\u00e9 longuement la veille sur ORTC, la chaine du gouvernement en balance \u00e0 profusion, sans penser \u00e0 la douleur de la famille de la victime. Il affirme que le major n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 tortur\u00e9 et que s\u2019il l\u2019avait \u00e9t\u00e9, \u00ab\u00a0ils\u00a0\u00bb n\u2019auraient pas de mal \u00e0 le dire. Et il affirme p\u00e8le-m\u00eale que le major \u00ab\u00a0\u00e9tait tr\u00e8s vieux\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0souffrait d\u2019hypertension\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0avait la covid-19\u00a0\u00bb et tout cela expliquerait qu\u2019il a fait un malaise et soit mort. Mais alors pourquoi l\u2019arm\u00e9e s\u2019est pr\u00e9cipit\u00e9e pour l\u2019enterrer anonymement dans la nuit, sans pr\u00e9venir sa famille\u00a0?<\/p>\n<p>Le porte-parole se contente de dire que la mort du major a \u00e9t\u00e9 constat\u00e9e par un m\u00e9decin sur la demande du Procureur de Mutsamudu, mais a refus\u00e9 de dire quel m\u00e9decin, invitant les journalistes \u00e0 mener leur enqu\u00eate. Cela am\u00e8ne \u00e0 penser que la hi\u00e9rarchie militaire et certainement le gouvernement ne pouvaient pas ignorer la mort de ce militaire au camp de Sangani et donc son enterrement \u00e0 la h\u00e2te. Cela pourrait expliquer la pr\u00e9sence du chef d\u2019\u00e9tat-major \u00e0 Anjouan d\u00e8s le matin du 7 avril.<\/p>\n<p><strong>Enterr\u00e9 sans rites fun\u00e9raires<\/strong><\/p>\n<p>Belou pr\u00e9tend que le major a \u00e9t\u00e9 enterr\u00e9 \u00e0 17 heures. Il a m\u00eame confi\u00e9 \u00e0 des journalistes, sans sourciller, que la famille a \u00e9t\u00e9 pr\u00e9venue et que l\u2019enterrement s\u2019est fait en pr\u00e9sence des notables de Mirontsy et que ce sont les habitants de cette localit\u00e9 qui se sont occup\u00e9s de l\u2019enterrement. Quant \u00e0 Houmed Msaidi\u00e9, il affirme que l\u2019enterrement \u00e0 la va-vite a eu lieu dans la nuit du 6 au 7 avril. Il n\u2019\u00e9voque pas la pr\u00e9sence d\u2019habitants de la ville. Si comme l\u2019affirme le Directeur de cabinet, ce sont bien des civils qui ont creus\u00e9 la tombe, les militaires \u00e9taient bien pr\u00e9sents avec le corps non lav\u00e9 du d\u00e9funt et l\u2019ont mis dans la tombe avec ses habits, en affirmant que c\u2019\u00e9tait un corps non identifi\u00e9, trouv\u00e9 en mer.<\/p>\n<p>Dans la soir\u00e9e le bruit a fuit\u00e9 sur la mort du major sous les tortures et son enterrement sous le sceau de l\u2019anonymat. Plusieurs journalistes se mettent \u00e0 la recherche d\u2019informations. C\u2019est dans ce cadre que le correspondant de Masiwa se rend dans le bureau du Procureur de Mutsamudu et l\u2019interroge sur cette affaire vers 11 heures le mercredi 7 avril. Le procureur a \u00e9t\u00e9 clair\u00a0: il n\u2019\u00e9tait pas au courant de cette mort. Alors, comment le Porte-Parole du gouvernement a-t-il pu affirmer devant les m\u00e9dias que le Procureur de la R\u00e9publique de Mutsamudu a ordonn\u00e9 \u00e0 un m\u00e9decin de constater la mort du major\u00a0la veille ? Myst\u00e8re.<\/p>\n<p>En d\u00e9but d\u2019apr\u00e8s-midi, les yeux se tournent vers le cimeti\u00e8re de Mirontsy o\u00f9 une personne a \u00e9t\u00e9 enterr\u00e9e la veille au soir. Malgr\u00e9 la pr\u00e9sence d\u2019\u00e9l\u00e9ments de l\u2019arm\u00e9e, la foule d\u00e9cide, vers 17 heures, de d\u00e9terrer le corps et de voir s\u2019il s\u2019agit du major Hakim. La tombe est anormalement peu profonde et assez rapidement, ils d\u00e9couvrent le visage du militaire. Le corps porte encore les habits qu\u2019il avait en sortant de chez lui et il est entour\u00e9 d\u2019un tissu shiromani. Sa t\u00eate aurait \u00e9t\u00e9 couverte d\u2019un sac plastique.<\/p>\n<p>Constatant ce sacril\u00e8ge, les gens de Mirontsy d\u00e9cident de d\u00e9terrer le corps, de le laver et prier pour lui avant de le remettre sous terre en suivant scrupuleusement les rites fun\u00e9raires recommand\u00e9s dans l\u2019Islam. Les militaires ont tent\u00e9 de les en emp\u00eacher en lan\u00e7ant des grenades dans le cimeti\u00e8re et en faisant des tirs de sommation. En vain. L\u2019enterrement du major Hakim a eu lieu vers 18 heures.<\/p>\n<p>Puis, la col\u00e8re contenue depuis l\u2019apr\u00e8s-midi s\u2019est exprim\u00e9e dans la nuit par la mise en place de barrages de pierre sur la route. Heureusement, le face \u00e0 face de la population et de l\u2019arm\u00e9e n\u2019a pas fait d\u2019autres victimes. Mais, il est certain que cet \u00e9v\u00e9nement laissera des traces dans la m\u00e9moire collective, plus encore que les morts de trois personnes (deux militaires et un civil) au camp de Kandani en mars 2019, \u00e0 cause du caract\u00e8re impie que rev\u00eat le premier enterrement du major Hakim.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Jeudi 7 avril 2021, au r\u00e9veil, la nouvelle tombe sous les yeux, de son poids lourd comme un marteau. Les journalistes chuchotent depuis la veille au soir, et le matin la rumeur se fait insistante. Aucun \u00e9l\u00e9ment ne permet d\u2019avoir une certitude. 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