{"id":5597,"date":"2021-03-29T09:15:39","date_gmt":"2021-03-29T06:15:39","guid":{"rendered":"https:\/\/masiwa-comores.com\/?p=5597"},"modified":"2021-03-30T19:58:09","modified_gmt":"2021-03-30T16:58:09","slug":"salim-hatubou-un-ecrivain-engage","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/masiwa-comores.com\/non-classe\/salim-hatubou-un-ecrivain-engage\/","title":{"rendered":"Salim Hatubou, un \u00e9crivain engag\u00e9"},"content":{"rendered":"<p><strong>S&#8217;il avait v\u00e9cu au temps de l&#8217;esclavage, Salim Hatubou se serait sans doute dress\u00e9, par le verbe ou la plume, contre cette pratique inf\u00e2me, ignoble n\u00e9gation de l&#8217;humanit\u00e9 des peuples noirs. Il aurait, comme dans Gen\u00e8se d&#8217;un pays bantou, affirm\u00e9 toute sa fiert\u00e9 d&#8217;une bantoustit\u00e9 souvent reni\u00e9e dans un pays o\u00f9 l&#8217;on vante et chante une certaine arabit\u00e9. S&#8217;il avait v\u00e9cu aujourd&#8217;hui, il aurait, sans aucun doute, tir\u00e9 avec des mots enflamm\u00e9s sur l&#8217;arbitraire. Car \u00e9crivain engag\u00e9, Salim Hatubou ne se serait jamais mur\u00e9 dans une neutralit\u00e9 discr\u00e8tement penchante, encore moins dans un silence coupable.<\/strong> <em>Par\u00a0Abderemane Wadjih<\/em><\/p>\n<p><strong>Un \u00e9crivain impliqu\u00e9 dans le monde r\u00e9el<\/strong><\/p>\n<p>Sous d\u2019autres cieux, la question de l\u2019engagement des \u00e9crivains ou des artistes s\u2019est pos\u00e9e il y a plus d\u2019un si\u00e8cle. On peut penser \u00e0 l\u2019affaire Calas ou l\u2019affaire Dreyfus pour ne citer que ces deux exemples. C\u2019est une question cruciale puisqu\u2019elle interroge le statut m\u00eame de l\u2019\u00e9crivain (et de l\u2019artiste). On se demande alors si celui-ci, ayant toujours \u00e9t\u00e9 per\u00e7u dans sa dimension de cr\u00e9ateur de beaut\u00e9s (litt\u00e9raires), pouvait aussi avoir une autre dimension\u00a0: celle d\u2019un homme ou d\u2019une femme impliqu\u00e9e dans le monde r\u00e9el sur des questions politiques, religieuses, sociales, etc.<\/p>\n<p>Pour mieux orienter notre propos, commen\u00e7ons par d\u00e9finir la notion \u00ab\u00a0d\u2019engagement\u00a0\u00bb. Selon le dictionnaire le Petit Robert, l\u2019engagement est\u00a0un \u00ab\u00a0acte ou attitude de l\u2019intellectuel, de l\u2019artiste qui, prenant conscience de son appartenance \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 et au monde de son temps, renonce \u00e0 une position de simple spectateur et met sa pens\u00e9e ou son art au service d\u2019une cause \u00bb.<\/p>\n<p>Autrement dit, l\u2019\u00e9crivain engag\u00e9, pleinement conscient des r\u00e9alit\u00e9s de son temps, pleinement conscient des questions sociales, religieuses, politiques, est amen\u00e9 \u00e0 prendre position, \u00e0 d\u00e9fendre, non pas ses int\u00e9r\u00eats, mais une cause juste.<\/p>\n<p><strong>Hamouro<\/strong><\/p>\n<p>Et en prenant l\u2019exemple d\u2019une seule \u0153uvre, on peut dire que Salim Hatubou a \u00e9t\u00e9 de ceux-l\u00e0, un de ceux qui, au-del\u00e0 du plaisir que pouvait procurer la lecture de son livre, \u00e9tait au c\u0153ur des pr\u00e9occupations sociales et politiques de son temps, voulant par sa plume, d\u00e9fendre les causes les plus justes et d\u00e9noncer les injustices. C\u2019est bien le cas dans son roman <em>Hamouro <\/em>dans lequel, il d\u00e9nonce sans faux-fuyant<em>, <\/em>le sort r\u00e9serv\u00e9 aux \u00ab\u00a0Comoriens clandestins\u00a0\u00bb de Mayotte. Dans une interview accord\u00e9e en 2005 \u00e0 Laurence Mennecart, Salim Hatubou explique la gen\u00e8se de son roman\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Tout a commenc\u00e9 par une phrase que mon ami l\u2019historien Mahmoud Ibrahime m\u2019a lanc\u00e9e \u00ab Alors, quand nous proposes-tu quelque chose \u00e0 KomEdit\u00a0?\u00a0\u00bb. Au d\u00e9but, j\u2019ai voulu proposer un roman sur ce qu\u2019on appelle de fa\u00e7on aberrante et scandaleuse \u00ab l\u2019immigration clandestine comorienne \u00e0 Mayotte \u00bb, comme si un Marseillais \u00e0 Paris \u00e9tait un immigr\u00e9, dans son propre pays. Quand j\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 me documenter pour ce roman qui s\u2019intitule\u00a0<\/em><em>Kwassa-Kwassa ou le festin des gueux<\/em><em>, je me suis rendu compte de la complexit\u00e9 du projet. Aussi l\u2019ai-je suspendu pour mieux m\u2019impr\u00e9gner de la situation, notamment en allant sur place \u00e0 Mayotte.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p>\u00c0 lire cet extrait de l\u2019interview de Salim Hatubou, on pourrait h\u00e2tivement conclure que son livre est un roman sociologique qui fait, en quelque sorte, l\u2019analyse d\u2019une situation politique et humaine complexe \u00e0 Mayotte. Ce serait oubli\u00e9 que Salim, en s\u2019employant \u00e0 d\u00e9noncer ce qui apparait comme une injustice \u00e0 ses yeux, reste l\u2019\u00e9crivain, le romancier soucieux d\u2019une esth\u00e9tique soign\u00e9e laquelle, porte en son sein, son cri de revendication et de d\u00e9nonciation adress\u00e9 \u00e0 ses lecteurs.<\/p>\n<p><strong>Dans la m\u00eal\u00e9e<\/strong><\/p>\n<p><em>Honte \u00e0 vous ! Oui, honte \u00e0 vous ! O\u00f9 sont pass\u00e9es les plaines travers\u00e9es par les ruisseaux de miel pour lesquels vous avez renonc\u00e9 \u00e0 vos racines et vos identit\u00e9s ? Je parcours la vie et implore la c\u00e9cit\u00e9 qui me refuse, car, entendez bien mes yeux sont fatigu\u00e9s de ces \u00e9tendues couvertes de rivi\u00e8res d&#8217;humiliations. Et pourtant, oui et pourtant, je voudrais attendre pour \u00e9couter le chant de l&#8217;aube, le jour o\u00f9 ma terre s&#8217;\u00e9veillera !<\/em><\/p>\n<p>Ainsi, Salim Hatubou rejoint-il parfaitement Hugo lorsqu\u2019il d\u00e9finit la fonction du po\u00e8te\u00a0qui doit, entre autres, \u00eatre de guider ou de r\u00e9veiller le peuple et les consciences. Dans \u00ab\u00a0la fonction du po\u00e8te\u00a0\u00bb\u00a0Hugo \u00e9crivait :<\/p>\n<p>Quand les haines et les scandales<\/p>\n<p>Tourmentent le peuple agite\u0301 !<\/p>\n<p>Honte au penseur qui se mutile<\/p>\n<p>Et s&#8217;en va, chanteur inutile,<\/p>\n<p>Par la porte de la cite\u0301 !<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Honte au penseur qui se mutile, chanteur inutile\u00a0\u00bb. Honte donc \u00e0 l\u2019\u00e9crivain, \u00e0 l\u2019artiste et sans doute \u00e0 l\u2019intellectuel inutile qui contemple, sans mot dire, sa cit\u00e9 br\u00fbler. Oui, l\u2019intellectuel aussi, figure complexe et parfois d\u00e9routante. Peut-il rester neutre\u00a0? Peut-il continuer \u00e0 garder le silence pendant que la tyrannie \u00e9touffe son propre peuple\u00a0? S\u2019il est bien connu que parmi ceux qui d\u00e9noncent et combattent les tyrannies dans le monde se trouvent des intellectuels, il est \u00e9galement connu qui d\u2019autres \u00ab\u00a0intellectuels\u00a0\u00bb s\u2019emploient, par un discours savamment \u00e9labor\u00e9 \u00e0 les l\u00e9gitimer. Or, Salim Hatubou, comme bien d\u2019illustres \u00e9crivains des Comores et d\u2019ailleurs avant lui, a opt\u00e9 pour un double engagement. Il a choisi d\u2019\u00eatre dans la m\u00eal\u00e9e en \u00e9pousant directement le combat du peuple, en \u00e9tant sur le terrain, en manifestant et il a aussi choisi, \u00e0 travers sa plume, de servir de guide, de flambeau pour ce m\u00eame peuple. Il n\u2019est donc aucune neutralit\u00e9 possible face \u00e0 l\u2019injustice.<\/p>\n<p>A lire \u00e9galement :<\/p>\n<ul>\n<li><a href=\"https:\/\/masiwa-comores.com\/salim-hatubou-1972-2015-un-ecrivain-eclectique\/\">&#8220;Salim Hatubou, un \u00e9crivain \u00e9clectique&#8221;<\/a> par Mahmoud Ibrahime<\/li>\n<li><a href=\"https:\/\/masiwa-comores.com\/salim-hatubou-le-conteur\/\">&#8220;Salim Hatubou, le conteur&#8221;<\/a> par Nawal Msa\u00efdi\u00e9<\/li>\n<li><a href=\"https:\/\/masiwa-comores.com\/salim-hatubou-la-force-de-loralite\/\">&#8220;Salim Hatubou, la force de l&#8217;oralit\u00e9&#8221;<\/a> par Nourdine Mba\u00e9<\/li>\n<\/ul>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>S&#8217;il avait v\u00e9cu au temps de l&#8217;esclavage, Salim Hatubou se serait sans doute dress\u00e9, par le verbe ou la plume, contre cette pratique inf\u00e2me, ignoble n\u00e9gation de l&#8217;humanit\u00e9 des peuples noirs. Il aurait, comme dans Gen\u00e8se d&#8217;un pays bantou, affirm\u00e9 toute sa fiert\u00e9 d&#8217;une bantoustit\u00e9 souvent reni\u00e9e dans un pays o\u00f9 l&#8217;on vante et chante [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":15,"featured_media":5598,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[],"tags":[],"class_list":["post-5597","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/masiwa-comores.com\/json\/wp\/v2\/posts\/5597","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/masiwa-comores.com\/json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/masiwa-comores.com\/json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/masiwa-comores.com\/json\/wp\/v2\/users\/15"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/masiwa-comores.com\/json\/wp\/v2\/comments?post=5597"}],"version-history":[{"count":4,"href":"https:\/\/masiwa-comores.com\/json\/wp\/v2\/posts\/5597\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":5616,"href":"https:\/\/masiwa-comores.com\/json\/wp\/v2\/posts\/5597\/revisions\/5616"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/masiwa-comores.com\/json\/wp\/v2\/media\/5598"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/masiwa-comores.com\/json\/wp\/v2\/media?parent=5597"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/masiwa-comores.com\/json\/wp\/v2\/categories?post=5597"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/masiwa-comores.com\/json\/wp\/v2\/tags?post=5597"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}