{"id":5590,"date":"2021-03-29T09:05:04","date_gmt":"2021-03-29T06:05:04","guid":{"rendered":"https:\/\/masiwa-comores.com\/?p=5590"},"modified":"2021-03-30T20:11:36","modified_gmt":"2021-03-30T17:11:36","slug":"salim-hatubou-la-force-de-loralite","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/masiwa-comores.com\/non-classe\/salim-hatubou-la-force-de-loralite\/","title":{"rendered":"Salim Hatubou, la force de l&#8217;oralit\u00e9"},"content":{"rendered":"<p><strong>Il est souvent difficile de saisir la dimension d&#8217;un homme de Lettres du fait que la litt\u00e9rature elle-m\u00eame ne se laisse pas facilement d\u00e9finir. Salim Hatubou fait partie de ces hommes de lettres dont le travail ne laisse pas indiff\u00e9rent. L&#8217;immensit\u00e9 du talent ne saurait \u00eatre abord\u00e9e dans toute sa largesse sans y porter atteinte. A sa m\u00e9moire surtout.<\/strong> <em>Par\u00a0Nourdine Mba\u00e9<\/em><\/p>\n<p><strong>L&#8217;oralit\u00e9.<\/strong><\/p>\n<p>Son entr\u00e9e v\u00e9ritable en litt\u00e9rature se fait par <em>Les contes de ma grand-m\u00e8re (<\/em>L&#8217;Harmattan, 1994), par le biais de sa grand-m\u00e8re. Compos\u00e9 de 20 contes, le premier d&#8217;entre eux, intitul\u00e9 le \u00ab\u00a0D\u00e9sir du Roi\u00a0\u00bb, est pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 de la parole du conteur. Le dernier conte, \u00ab\u00a0Le Sultan en exil\u00a0\u00bb, est suivi de l\u2019\u00c9pilogue. La parole du conteur permet de s\u2019impr\u00e9gner du caract\u00e8re folklorique sur un certain nombre d&#8217;id\u00e9es re\u00e7ues. C&#8217;est ainsi que le conteur \u00e9nonce p\u00e8le-m\u00eale\u00a0: \u00ab\u00a0on n&#8217;attache pas un b\u0153uf \u00e0 la m\u00eame place que celui qui est mort\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0n&#8217;oubliez pas qu&#8217;on bat un vieillard sur le terrain de course et jamais sur celui de la sagesse\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>On comprend d\u00e8s le d\u00e9but que la conteuse-narratrice s&#8217;affirme et affirme son savoir, parfois d\u2019une mani\u00e8re p\u00e9remptoire\u00a0: \u00ab\u00a0Je le dis par ce que je le sais\u00a0\u00bb ou encore\u00a0: \u00ab\u00a0Si votre fils vous conseille, ne fermez pas la porte de vos oreilles, car le petit peut accoucher d&#8217;un grand\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Les pilons cess\u00e8rent leur cadence, les b\u00e9b\u00e9s se turent, les chants d&#8217;oiseaux s\u2019\u00e9touff\u00e8rent, les bergers rentr\u00e8rent leurs animaux au p\u00e2turage, des nuages \u00e9pais se dessinaient \u00e0 l&#8217;horizon \u2026 La nuit tropicale habilla les \u00eeles Comores\u00a0\u00bb. C&#8217;est \u00e0 ce moment pr\u00e9cis de la journ\u00e9e que le conte peut d\u00e9buter et prendre son sens. Aux Comores, suivant les traces de Salim Hatubou, la femme occupe une place de choix. C&#8217;est une femme, une grand-m\u00e8re qui conte pour les enfants et petits-enfants de la concession. D\u00e8s lors, le conte prend le r\u00f4le d&#8217;une comptine pour apaiser, instruire et accompagner les enfants vers le sommeil. Il est ainsi envahi par une diversit\u00e9 de personnages animaliers, humains, voire inanim\u00e9s.<\/p>\n<p><strong>Ibunaswiya revisit\u00e9<\/strong><\/p>\n<p>Le personnage le plus dominant du conte des Comores s&#8217;appelle Ibunaswiya, que Hatubou Salim a repris dans une version modernis\u00e9e \u00ab\u00a0Bounassia\u00a0\u00bb. C&#8217;est donc un personnage plut\u00f4t sage que l&#8217;imaginaire comorien pr\u00e9senterait comme un jeune homme ch\u00e9tif, mais \u00e0 l&#8217;esprit vif, malin. Le personnage appara\u00eet d\u00e8s le conte intitul\u00e9 \u00ab\u00a0Le d\u00e9sir du roi, un sage qui r\u00e9solvait toutes les \u00e9nigmes\u00a0\u00bb\u00a0. Un ouvrier qui \u00e9tait commissionn\u00e9 par ce roi craignait pour sa vie, s&#8217;il n&#8217;arrivait pas \u00e0 apporter une r\u00e9ponse ad\u00e9quate au roi sanguinaire. Il s&#8217;est alors rendu chez Bounassia pour chercher secours, tout en pleurs. Bounassia proc\u00e8de ainsi\u00a0:\u00a0\u00ab\u00a0\u00d4, Fr\u00e8re, dit le sage, essuie tes larmes et soulage ton c\u0153ur ! \u00c0 l&#8217;aide de Dieu, le mis\u00e9ricordieux, nous trouverons la solution de ton chagrin\u00a0\u00bb. Dans le d\u00e9sarroi, le pauvre ouvrier du roi poursuit\u00a0:\u00a0\u00ab\u00a0Mon tour est arriv\u00e9\u00a0\u00bb, il s\u2019agit de sa mort. Mais Bounassia interroge, toujours calme\u00a0:\u00a0\u00ab\u00a0Lorsque le roi te confiait la mission, o\u00f9 avait-il fix\u00e9 le regard\u00a0?\u00a0\u00bb L&#8217;interlocuteur a r\u00e9v\u00e9l\u00e9 qu&#8217;il \u00ab\u00a0regardait le plafond\u00a0\u00bb pour se voir proposer une solution devant le sauver. \u00ab\u00a0Va donc lui chercher un ma\u00e7on\u00a0! Son plafond commence \u00e0 se fissurer\u00a0\u00bb. Un ordre qui sauvera l&#8217;ouvrier jusqu&#8217;\u00e0 le propulser roi \u00e0 la place du roi.<\/p>\n<p>Cependant, de ce monde imaginaire domin\u00e9 par Bounassia, Salim Hatubpu peut aussi faire dans l&#8217;histoire et critiquer la colonisation. Et quand, il le fait, il attend la conclusion comme un d\u00e9sir d&#8217;un assaut final. Dans <em>Les contes de ma grand-m\u00e8re<\/em>, le dernier conte s&#8217;intitule \u00ab\u00a0Le sultan en exil\u00a0\u00bb. Le conteur pr\u00e9vient son auditoire\u00a0:\u00a0\u00ab\u00a0Je vais vous parler des sultans des Comores\u00a0\u00bb. On y apprend que trois sultans dominaient l&#8217;\u00eele de Ngazidja. L&#8217;un au sud de l&#8217;\u00eele, Sultan Hachim, l&#8217;un au centre, Sultan Said Ali, et l&#8217;autre au nord, \u00ab\u00a0l\u2019indomptable Msafoumou\u00a0\u00bb. Dans des guerres infinies o\u00f9 chacun cherchait \u00e0 prendre un lopin de terre chez l&#8217;autre, un jour Said Ali a senti qu&#8217;il perdait la bataille et fit une demande de soutien \u00e0 son cousin Sultan de Ndzuwani qui fit appel \u00e0 une \u00ab\u00a0arm\u00e9e redout\u00e9e\u00a0: Les blancs\u00a0\u00bb. Un combat qui devint alors plus meurtrier et dans lequel Msafoumou perdit, malgr\u00e9 sa force. \u00ab\u00a0Que pourrait faire la fl\u00e8che devant le canon et le fusil\u00a0?\u00bb Interrogation rh\u00e9torique du conteur qui laisse entrevoir comment la colonisation a pu entrer dans l&#8217;archipel. L\u2019app\u00e9tit et la faiblesse d\u2019un sultan ont permis aux colonisateurs de trouver la br\u00e8che pour entrer. Le conte poursuit \u00ab\u00a0Pour r\u00e9compenser cette arm\u00e9e d&#8217;\u00e9lite, Said Ali fit si\u00e9ger les blancs dans l&#8217;\u00eele\u00a0\u00bb. Ainsi, ce facilitateur de l&#8217;entr\u00e9e des blancs gardera une r\u00e9putation de tra\u00eetre, tandis que Msafoumou est per\u00e7u comme un h\u00e9ros, en d\u00e9pit de sa d\u00e9faite.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s ce premier recueil, Salim Hatubou a publi\u00e9 <em>Contes et l\u00e9gendes des Comores<\/em> (2004), <em>Sur le chemin de Mil\u00e9pvani, je m&#8217;en allais (<\/em>2005). L&#8217;ambition se d\u00e9tecte et se d\u00e9lecte entre les lignes, parcourir \u00ab\u00a0le chemin\u00a0\u00bb, pour r\u00e9unir les \u00ab\u00a0<em>contes et l\u00e9gendes des Comores<\/em>\u00a0\u00bb avec panache et respect de ses a\u00efeux. C&#8217;est ainsi qu&#8217;il devint conteur sur sc\u00e8nes, assumant la gen\u00e8se et la puissance de l&#8217;oralit\u00e9 par des spectacles de conte, passant de la France \u00e0 l\u2019Alg\u00e9rie, du Maroc \u00e0 la Guin\u00e9e, du Japon \u00e0 Mayotte pour restituer et rendre saisissable son patrimoine culturel.<\/p>\n<p>A lire \u00e9galement :<\/p>\n<ul>\n<li><a href=\"https:\/\/masiwa-comores.com\/salim-hatubou-1972-2015-un-ecrivain-eclectique\/\">&#8220;Salim Hatubou, un \u00e9crivain \u00e9clectique&#8221;<\/a> par Mahmoud Ibrahime<\/li>\n<li><a href=\"https:\/\/masiwa-comores.com\/salim-hatubou-le-conteur\/\">&#8220;Salim Hatubou, le conteur&#8221;<\/a> par Nawal Msa\u00efdi\u00e9<\/li>\n<li><a href=\"https:\/\/masiwa-comores.com\/salim-hatubou-un-ecrivain-engage\/\">&#8220;Salim Hatubou, un \u00e9crivain engag\u00e9&#8221;<\/a> par Abderemane Wadjih<\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Il est souvent difficile de saisir la dimension d&#8217;un homme de Lettres du fait que la litt\u00e9rature elle-m\u00eame ne se laisse pas facilement d\u00e9finir. Salim Hatubou fait partie de ces hommes de lettres dont le travail ne laisse pas indiff\u00e9rent. L&#8217;immensit\u00e9 du talent ne saurait \u00eatre abord\u00e9e dans toute sa largesse sans y porter atteinte. 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