{"id":5548,"date":"2021-03-22T00:07:48","date_gmt":"2021-03-21T21:07:48","guid":{"rendered":"https:\/\/masiwa-comores.com\/?p=5548"},"modified":"2021-03-26T08:05:45","modified_gmt":"2021-03-26T05:05:45","slug":"le-shikomori-socle-du-patrimoine-et-de-lidentite-des-comoriens","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/masiwa-comores.com\/non-classe\/le-shikomori-socle-du-patrimoine-et-de-lidentite-des-comoriens\/","title":{"rendered":"Le shikomori : socle du patrimoine et de l\u2019identit\u00e9 des Comoriens"},"content":{"rendered":"<p><strong>Le week-end dernier, suite \u00e0 l\u2019appel du chanteur Salim Ali Amir, de nombreux Comoriens ont post\u00e9 des publications exclusivement en shikomori dans les r\u00e9seaux sociaux. Une action de valorisation de notre langue qui s\u2019inscrit dans une tendance culturelle mondiale : la revendication de l\u2019identit\u00e9 culturelle par la langue. <\/strong><em>Par Nawal Msa\u00efdi\u00e9<\/em><\/p>\n<p>Le dictionnaire Larousse d\u00e9finit la \u201clangue comme le syst\u00e8me de signes vocaux, \u00e9ventuellement graphiques, propres \u00e0 une communaut\u00e9 d&#8217;individus, qui l&#8217;utilisent pour s&#8217;exprimer et communiquer entre eux.\u201d<\/p>\n<p>La langue est un bien commun pour communiquer, s&#8217;exprimer, construire des rep\u00e8res et vivre ensemble. C\u2019est un \u00e9l\u00e9ment cl\u00e9 qui participe \u00e0 la d\u00e9finition de l\u2019identit\u00e9 d\u2019un individu et de son territoire, de son patrimoine.<\/p>\n<p><u>\u00a0<\/u><strong>Le shikomori, une langue bantu et quatre variantes<\/strong><\/p>\n<p>Le shikomori est compos\u00e9 de quatre dialectes ou variantes : le shimaore \u00e0 Mayotte, le shimwali \u00e0 Moh\u00e9li, le shidzuani \u00e0 Anjouan et le shingazidja \u00e0 la Grande-Comore. Ces variantes se r\u00e9partissent en deux groupes selon leur degr\u00e9 d\u2019affinit\u00e9 : le groupe oriental comprenant le shiMaore et le shiNdzuani et le groupe occidental form\u00e9 des parlers shiMwali et shiNgazidja.<\/p>\n<p>Le shikomori appartient \u00e0 la famille des langues <em>bantu<\/em>.<\/p>\n<p>Aux Comores, \u201ctrois langues officielles coexistent : le shikomori, l\u2019arabe et le fran\u00e7ais. Chacune ayant un statut ne correspondant pas toujours \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 du terrain. L\u2019arabe jouit d\u2019un grand prestige \u00e9tant rattach\u00e9 \u00e0 l\u2019Islam, religion d\u2019\u00c9tat qui structure la soci\u00e9t\u00e9 et les m\u0153urs des Comoriens. Le fran\u00e7ais est la langue de l\u2019administration, de la politique et des affaires depuis la colonisation. Et le shikomori est la langue premi\u00e8re des habitants, utilis\u00e9e dans la famille, dans les actes de la vie quotidienne, dans les commerces de proximit\u00e9 et dans les rites traditionnels\u201d. (\u00ab\u00a0Le syst\u00e8me \u00e9ducatif comorien\u00a0\u00bb, note d\u2019analyse de Sara Ahamed, 2020).<\/p>\n<p><strong>\u00ab\u00a0Je ne dois pas parler \u00a0comorien \u00e0 l&#8217;\u00e9cole\u00a0\u00bb.<\/strong><\/p>\n<p>En effet, les deux langues officielles \u00e9trang\u00e8res sont privil\u00e9gi\u00e9es par rapport \u00e0 la langue maternelle.<\/p>\n<p>Dans les ann\u00e9es 1990, dans une \u00e9cole de la capitale, Moroni, les \u00e9l\u00e8ves pouvaient avoir une \u00e9trange punition r\u00e9currente qui les privait souvent de recr\u00e9ation\u00a0: \u00e9crire plusieurs fois au tableau \u00ab\u00a0Je ne dois pas parler comorien \u00e0 l&#8217;\u00e9cole\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Le shikomori \u00e9tait la langue interdite et \u00e0 rejeter tandis que le fran\u00e7ais \u00e9tait la langue tol\u00e9r\u00e9e et \u00e0 rendre exclusive dans un territoire d\u00e9colonis\u00e9 depuis une vingtaine d&#8217;ann\u00e9es et se trouvant \u00e0 13 000 kilom\u00e8tres de l&#8217;ancienne m\u00e8re-patrie. Il me semble que cette pratique tend \u00e0 diminuer avec le temps mais perdure dans beaucoup de cercles familiaux. Le fran\u00e7ais est et doit \u00eatre la langue ma\u00eetris\u00e9e par l&#8217;\u00e9lite pour une bonne r\u00e9ussite sociale.<\/p>\n<p>Ce rejet de la langue, beaucoup d&#8217;enfants de la diaspora le vivent consciemment ou inconsciemment pour des soucis d&#8217;int\u00e9gration de leur part ou de leur entourage.<\/p>\n<p><strong>La langue comme signe d&#8217;appartenance \u00e0 une communaut\u00e9 <\/strong><\/p>\n<p>Ce ne sont pas les r\u00e8gles de grammaire qui font la langue mais la mani\u00e8re dont une communaut\u00e9 s\u2019empare de cette langue et s\u2019identifie par elle.<\/p>\n<p>Une page instagram qui regroupe de plus en plus d&#8217;abonn\u00e9s ces derniers mois illustre tout \u00e0 fait cela : la page \u00ab\u00a0In comoros, we don&#8217;t say\u00a0\u00bb (traduction : aux Comores, on ne dit pas). Cette page publie presque quotidiennement des expressions comoriennes en accentuant leur authenticit\u00e9 culturelle. Par exemple, on peut y lire \u00ab\u00a0In Comoros, we don&#8217;t say tu es tellement intelligent, bo mze we nd\u00e9 chiyo soifiiii\u00a0\u00bb. L&#8217;engouement pour cette page prouve que l&#8217;utilisation de la langue assoit le sentiment d&#8217;appartenance \u00e0 une m\u00eame communaut\u00e9 et donc \u00e0 une m\u00eame culture.<\/p>\n<p><strong>L&#8217;\u00e9criture comme outil de transmission et de standardisation <\/strong><\/p>\n<p>L&#8217;UNESCO classe la langue dans la cat\u00e9gorie du patrimoine culturel immat\u00e9riel (PCI). La langue est une composante \u00e0 part enti\u00e8re de notre patrimoine et doit donc b\u00e9n\u00e9ficier d&#8217;outils pour la valoriser et la stabiliser. Les langues de beaucoup de pays se transmettent \u00e0 l&#8217;oral et peu \u00e0 l&#8217;\u00e9crit, or, nous sommes \u00e0 une \u00e9poque o\u00f9 c&#8217;est l&#8217;\u00e9crit qui assure la p\u00e9rennit\u00e9 d&#8217;une langue.<\/p>\n<p>L&#8217;op\u00e9ration de ce week-end ou la lecture de publications \u00e9crites en langue comorienne a d\u00e9montr\u00e9 que, malgr\u00e9 le d\u00e9cret de standardisation du shikomori de 2009 et la publication du dictionnaire shikomori, l&#8217;\u00e9criture est loin d&#8217;\u00eatre stabilis\u00e9e.<\/p>\n<p>Ecrit-on luha ou lugha\u00a0? Il est difficile de se prononcer en sachant que dans chaque camp, il y a des arguments valables.<\/p>\n<p>Vous pourrez trouver la r\u00e9ponse sur le site d&#8217;ORELC (Outils et Ressources pour l&#8217;Exploitation de la Langue Comorienne). Il s&#8217;agit d&#8217;un \u00ab\u00a0projet qui a pour vocation de f\u00e9d\u00e9rer au sein d&#8217;un portail unique, un ensemble d&#8217;outils et de ressources bas\u00e9s sur la langue comorienne. Pour constituer cette banque de donn\u00e9es ax\u00e9e sur la langue comorienne, ORELC s\u2019entoure de professionnels en linguistique, de chercheurs, informaticiens et autres contributeurs qui pourront p\u00e9renniser et faire de ce projet le site de r\u00e9f\u00e9rence pour la langue. \u00ab\u00a0C&#8217;est une initiative qui s&#8217;appuie sur la participation de contributeurs scientifiques ou non pour aider \u00e0 une meilleure connaissance et appropriation de notre langue et donc de notre identit\u00e9.<\/p>\n<p>Pour finir, reprenons l&#8217;expression \u00ab\u00a0Dis-moi d&#8217;o\u00f9 tu viens, je te dirais qui tu es&#8221;, en litt\u00e9rature on va m\u00eame plus loin puisqu&#8217; on dit que la fa\u00e7on dont un texte est r\u00e9dig\u00e9 r\u00e9v\u00e8le beaucoup sur son auteur. Il est donc primordial de se pencher sur la standardisation de notre langue pour en faire un d\u00e9fenseur actif de notre culture et de notre identit\u00e9.<\/p>\n<p>L&#8217;ann\u00e9e derni\u00e8re, la pr\u00e9sidence annon\u00e7ait la cr\u00e9ation de l&#8217;acad\u00e9mie nationale du shikomori, peut-\u00eatre un premier pas pour s\u00e9curiser ce patrimoine essentiel.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le week-end dernier, suite \u00e0 l\u2019appel du chanteur Salim Ali Amir, de nombreux Comoriens ont post\u00e9 des publications exclusivement en shikomori dans les r\u00e9seaux sociaux. Une action de valorisation de notre langue qui s\u2019inscrit dans une tendance culturelle mondiale : la revendication de l\u2019identit\u00e9 culturelle par la langue. 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