{"id":5338,"date":"2021-02-15T09:53:10","date_gmt":"2021-02-15T06:53:10","guid":{"rendered":"https:\/\/masiwa-comores.com\/?p=5338"},"modified":"2021-02-19T10:22:29","modified_gmt":"2021-02-19T07:22:29","slug":"inti-slam-un-album-sombre-et-eclairant","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/masiwa-comores.com\/non-classe\/inti-slam-un-album-sombre-et-eclairant\/","title":{"rendered":"Inti-slam , Un album sombre et \u00e9clairant"},"content":{"rendered":"<p><strong><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-5339 alignleft\" src=\"https:\/\/masiwa-comores.com\/cififuv\/2021\/02\/Album_Intissam1-300x300.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/masiwa-comores.com\/cififuv\/2021\/02\/Album_Intissam1-300x300.jpg 300w, https:\/\/masiwa-comores.com\/cififuv\/2021\/02\/Album_Intissam1-150x150.jpg 150w, https:\/\/masiwa-comores.com\/cififuv\/2021\/02\/Album_Intissam1-768x768.jpg 768w, https:\/\/masiwa-comores.com\/cififuv\/2021\/02\/Album_Intissam1-1024x1024.jpg 1024w, https:\/\/masiwa-comores.com\/cififuv\/2021\/02\/Album_Intissam1.jpg 1080w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/>Inti-slam, de son vrai nom Intissam Dahilou est une de ces femmes dont la pr\u00e9sence sur l\u2019espace culturel comorien dure et persiste. Dans ce pays o\u00f9 une femme n\u2019a rien \u00e0 faire sur la place publique, o\u00f9 la tradition ne lui permet pas de prendre la parole en public, o\u00f9 certains trouvent encore incongru qu\u2019une \u00e9lue soit pr\u00e9sente dans un mawulida, c\u2019est un exploit. Cela fait maintenant plus de 8 ans qu\u2019Inti-Slam d\u00e9clame ses textes sur les sc\u00e8nes comoriennes avec son collectif de slameurs, \u00ab\u00a0Art 2 la plume\u00a0\u00bb. Mais le slam n\u2019est pas la seule corde \u00e0 sa guitare. Elle est aussi musicienne, \u00e9crivaine et actrice. Elle touche au th\u00e9\u00e2tre et au cin\u00e9ma. \u00ab\u00a0L\u2019une des meilleurs ici\u00a0\u00bb affirme avec certitude Mounawar.<\/strong> <em>Par\u00a0MiB<\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>\u00catre n\u00e9e aux Comores, un pays qui ne soutient pas la culture<\/strong><\/p>\n<p>\u00c9clectique, elle est aussi une boulimique des actions culturelles. C\u2019est la premi\u00e8re chose qu\u2019\u00e9voque le rappeur et slameur Soly quand on lui parle d\u2019Inti-slam\u00a0: \u00ab\u00a0la multiplicit\u00e9 des talents\u2026 c\u2019est rare de trouver chez une personne de telles qualit\u00e9s r\u00e9unies\u00a0\u00bb. Il ne trouve aucun d\u00e9faut \u00e0 l\u2019artiste si ce n\u2019est celui \u00ab\u00a0d\u2019\u00eatre n\u00e9e aux Comores, un pays qui ne soutient pas la culture\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Lundi 15 f\u00e9vrier, Inti-slam sort son premier album compos\u00e9 de de cinq titres de slam intitul\u00e9 <em>Tabiri<\/em>. En solo, sans ses complices du groupe Art 2 la plume. En 2019, son premier clip \u00e9tait aussi en solo. <em>Tabiri<\/em>, c\u2019est \u00e0 la fois du slam et de la chanson, avec des rythmes vari\u00e9s et en fond le son de sa guitare, qui sait se faire discr\u00e8te pour laisser la voix de l\u2019artiste nous emporter. Cette voix formate les mots, les d\u00e9contextualise pour mieux nous inculquer les messages qu\u2019ils portent.<\/p>\n<p><strong>Un r\u00eave destructeur<\/strong><\/p>\n<p>L\u2019art est pour Inti-slam clairement engag\u00e9. Elle \u00e9crit, elle slame pour passer un message \u00e0 ses compatriotes, premi\u00e8re cible. <em>Tabiri<\/em>, n\u2019est donc pas l\u00e0 pour chanter la beaut\u00e9 de ses \u00eeles ou les amours \u00e9ph\u00e9m\u00e8res, mais le d\u00e9sespoir d\u2019une jeunesse laiss\u00e9e pour compte, au bord de la route.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Tabiri\u00a0\u00bb en comorien, c\u2019est le r\u00eave. Et c\u2019est le th\u00e8me qui parcourt les cinq titres d\u00e9clam\u00e9s par Inti-Slam sur fond de guitare acoustique, qu\u2019elle joue elle-m\u00eame. Le texte \u00e9ponyme est un slam \u00e9crit en shikomori, en r\u00e9alit\u00e9 un m\u00e9lange de shindzuani (ce qui nous rappelle qu\u2019elle est n\u00e9e \u00e0 Tsembehou, Anjouan) et de shingazidja (elle vit dans l\u2019\u00eele de Ngazidja depuis plusieurs ann\u00e9es). Ce slam, le seul qui est \u00e0 la troisi\u00e8me personne, d\u00e9crit un personnage accabl\u00e9 par une situation difficile et qui se met \u00e0 r\u00eaver de grandeur et de richesse. Il prie Dieu, mais comme il n\u2019a pas satisfaction, il se d\u00e9truit par l\u2019alcool\u00a0et s\u2019en prend \u00e0 Dieu. Un r\u00eave destructeur.<\/p>\n<p><strong>Une g\u00e9n\u00e9ration sacrifi\u00e9e<\/strong><\/p>\n<p>Un autre slam d\u00e9cortique cette forme d\u00e9sastreuse du r\u00eave. Il porte bien son nom puisqu\u2019il s\u2019agit d\u2019\u00ab\u00a0Utopie\u00a0\u00bb. Bien que la slameuse avance le \u00ab\u00a0Je\u00a0\u00bb et donne l\u2019impression de parler d\u2019elle, en r\u00e9alit\u00e9, elle d\u00e9crit la condition des jeunes comoriens, d\u00e9s\u0153uvr\u00e9s et au ch\u00f4mage malgr\u00e9 les dipl\u00f4mes qu\u2019ils poss\u00e8dent. Lorsqu\u2019elle se d\u00e9crit \u00ab\u00a0assise sur une vague d\u2019utopie\u2026 A m\u2019inventer des possibles, des r\u00eaves et des vertus\u00a0\u00bb, c\u2019est bien du sort de toute une g\u00e9n\u00e9ration sacrifi\u00e9e dont elle parle. D\u2019ailleurs, plus loin dans le m\u00eame slam, il est clair qu\u2019elle parle de toute la jeunesse des Comores quand elle dit\u00a0: \u00ab\u00a0Des r\u00eaves impossibles que la plupart mettent \u00e0 la poubelle \/ Des postes \u00e0 mendier si on veut signer avec le diable.\u00a0\u00bb Avec ou sans dipl\u00f4me, les jeunes Comoriens mendient des postes aux hommes politiques et se mettent \u00e0 leur merci. Elle d\u00e9signe clairement la classe dirigeante comme \u00e9tant responsable de la situation d\u00e9sastreuse des jeunes (\u00ab\u00a0D\u2019ailleurs nos dirigeants ne se g\u00eanent pas de remplir les poches\u00a0\u00bb) dont les r\u00eaves se transforment en cauchemars qui ont pour noms\u00a0: alcool, drogue, prostitution\u2026<\/p>\n<p><strong>Des images choquantes et \u00e9difiantes<\/strong><\/p>\n<p>La critique sociale qui apparait clairement dans les deux slams qui \u00e9voquent les r\u00eaves d\u2019une jeunesse abandonn\u00e9e est encore plus d\u00e9velopp\u00e9e dans deux autres slams\u00a0: \u00ab\u00a0Parano\u00efa\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0D\u2019o\u00f9 je viens\u00a0\u00bb. Dans ces deux textes, lnti-slam fait un portrait sombre de la soci\u00e9t\u00e9 comorienne, per\u00e7ue comme hypocrite. C\u2019est un portrait sans concession d\u2019une soci\u00e9t\u00e9\u00a0violente ou l\u2019on \u00ab\u00a0cuisine\u00a0\u00bb la haine et le malheur. Il n\u2019y a pas de place pour la carte postale avec soleil levant ou couchant. Inti-slam juxtapose les contradictions\u00a0dans des images \u00e0 la fois choquantes et \u00e9difiantes : certains prennent des gorg\u00e9es de bi\u00e8res avant de se rendre \u00e0 la pri\u00e8re, \u00ab\u00a0le peuple \u00e9lit des corrupteurs\u00a0\u00bb et elle ajoute\u00a0: \u00ab\u00a0Nos disputes et nos querelles sont nos pri\u00e8res\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Le \u00ab\u00a0on\u00a0\u00bb remplace le \u00ab\u00a0Je\u00a0\u00bb pour affiner le portrait de cette soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9crite comme m\u00e9fiante, \u00ab\u00a0\u00e9gocentrique\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0parano\u00a0\u00bb et l\u00e2che.<\/p>\n<p>Sur ces 5 morceaux de slams, un seul apporte un rayon de lumi\u00e8re dans cet univers sombre. \u00ab\u00a0Juste un instant\u00a0\u00bb d\u00e9crit un moment o\u00f9 tout le monde autour s\u2019est fig\u00e9, une parenth\u00e8se, un instant de repos pendant lequel le corps du personnage mis en avant s\u2019offre et m\u00eame se soumet, sans r\u00e9flexion aucune. \u00ab\u00a0Je m\u2019offrirai \u00e0 ce d\u00e9lice\u00a0\u00bb. Pour l\u2019auditeur \u00e9galement, ce sont quatre minutes durant lesquels il oublie les r\u00eaves inachev\u00e9s, la pression d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 ou d\u2019une \u00ab\u00a0prison\u00a0\u00bb. Mais, il s\u2019agit bien d\u2019une illusion, d\u2019un r\u00eave qui ne dure que quelques minutes, avant le retour \u00e0 la dure r\u00e9alit\u00e9.<\/p>\n<p>On ressort de cet album amer vis-\u00e0-vis d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 en perte de valeurs et notamment des valeurs religieuses. Derri\u00e8re les apparences apparait un monde qui peu \u00e0 peu perd foi en Dieu et en elle-m\u00eame. Du haut de ses trente ans, Intissam Dahilou nous laisse entrevoir les transformations d\u2019un pays qui s\u2019enorgueillit de ses traditions et de la pratique de l\u2019islam alors qu\u2019elle \u00e9lit ses bourreaux et laisse ses enfants dans la d\u00e9solation totale.<\/p>\n<p>Pour ceux qui seraient tent\u00e9s de croire que cette femme a perdu tout espoir, il faut \u00e9couter son amie, la slameuse, Zam-Zam qui nous dit avec assurance \u00e0 propos d\u2019Inti-slam\u00a0: \u00ab\u00a0Elle croit toujours en ses r\u00eaves et fait tout pour les r\u00e9aliser\u00a0\u00bb. Et apparemment, elle s\u2019est donn\u00e9 comme ambition de changer les hommes de son pays en leur offrant un miroir dans lequel ils peuvent voir ce qu\u2019ils sont devenus.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Inti-slam, de son vrai nom Intissam Dahilou est une de ces femmes dont la pr\u00e9sence sur l\u2019espace culturel comorien dure et persiste. 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