{"id":4651,"date":"2019-12-28T09:18:03","date_gmt":"2019-12-28T06:18:03","guid":{"rendered":"https:\/\/masiwa-comores.com\/?p=4651"},"modified":"2019-12-28T16:26:23","modified_gmt":"2019-12-28T13:26:23","slug":"naitre-ici-de-nassuf-djailani-nous-cueille-au-bord-de-lemotion","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/masiwa-comores.com\/non-classe\/naitre-ici-de-nassuf-djailani-nous-cueille-au-bord-de-lemotion\/","title":{"rendered":"Na\u00eetre ici de Nassuf Djailani nous cueille au bord de l\u2019\u00e9motion"},"content":{"rendered":"<p><em>Voyageurs qui passez au loin<\/em><\/p>\n<p><em>sur le seuil de la porte<\/em><\/p>\n<p><em>pr\u00e9sentez d&#8217;abord le pied droit<\/em><\/p>\n<p><em>le gauche porte malheur<\/em><\/p>\n<p><em>tirez sur le rideau<\/em><\/p>\n<p><em>que forme la cocoteraie feuillue<\/em><\/p>\n<p><em>derri\u00e8re<\/em><\/p>\n<p><em>s&#8217;\u00e9tend un chapelet d&#8217;\u00eeles<\/em><\/p>\n<p><em>alanguies<\/em><\/p>\n<p><em>sur le flanc gauche de l&#8217;\u00eele rouge<\/em><\/p>\n<p>Qui a assist\u00e9 \u00e0 une lecture de son recueil par Nassuf Djailani garde le sentiment d&#8217;avoir partag\u00e9 un moment pr\u00e9cieux et puissant. Et pourtant le po\u00e8te sait la parole fragile. Elle est \u00e9vanescente et belle comme ce rideau qu&#8217;on tire, permettant le d\u00e9voilement, ou fantasque et myst\u00e9rieuse comme le drap blanc qui couvre la r\u00e9alit\u00e9 de peurs et de fantasmes. C&#8217;est s\u00fbrement le doute et l&#8217;humilit\u00e9 de Nassuf Djailani devant sa parole po\u00e9tique qui participe de la beaut\u00e9 de <em>Na\u00eetre ici.<\/em> Oui le mot y a la beaut\u00e9 des choses fragiles, le verbe est <em>en \u00e9quilibre<\/em> au d\u00e9but du vers et la syntaxe s&#8217;offre aux interpr\u00e9tations et polys\u00e9mies.<\/p>\n<p><em>En \u00e9quilibre<\/em><\/p>\n<p><em>les mots tremblent<\/em><\/p>\n<p><em>sur la gousse<\/em><\/p>\n<p><em>frapp\u00e9e de soleil<\/em><\/p>\n<p><em>grappes gonfl\u00e9es<\/em><\/p>\n<p><em>de promesses parfum\u00e9es<\/em><\/p>\n<p><em>ivresse du funambule<\/em><\/p>\n<p><em>dans l\u2019\u0153uf opaque<\/em><\/p>\n<p><em>des illusions<\/em><\/p>\n<p>La force de ces po\u00e8mes repose notamment sur leur polyphonie. En effet, une foule de visages anonymes peuple le recueil, faisant na\u00eetre une \u00eele, ici, de page en page, sous nos yeux. L&#8217;\u00e9vocation de la rouge <em>terre lat\u00e9rite<\/em> que sillonne l&#8217;enfant r\u00eav\u00e9 de <em>26 lettres pour un sourire,<\/em> et le <em>magma \u00e9tale<\/em> avec lequel fusionne le po\u00e8te d&#8217;<em>Antsa pour un d\u00e9tenu<\/em>, nous transportent sur ces \u00eeles volcaniques des Comores qui forment un croissant de lune pour mieux accueillir les voyageurs venus de la mer. L\u00e0, et ailleurs dans l&#8217;Oc\u00e9an Indien, se croisent les femmes qui p\u00eachent au voile, les conteurs des <em>temps jadis<\/em>, les enfants d&#8217;une cour d&#8217;\u00e9cole, le fou en proie \u00e0 une foule hostile, ou encore <em>le ventre bedonnant<\/em> de ceux qui souillent cet espace. Nos doigts se crispent sur la couverture rouge du recueil \u00e0 l&#8217;\u00e9coute des accents n\u00e9o-colonialistes des <em>broutards qui ruminent <\/em>perp\u00e9tuant l&#8217;inique domination\u2026 Dans cette foule bruissent des voix qui br\u00fblent d&#8217;\u00eatre entendues<em>. <\/em>Accompagnant ces anonymes, des voix de po\u00e8tes s&#8217;\u00e9l\u00e8vent. En effet, depuis son titre <em>Na\u00eetre ici,<\/em> jusqu&#8217;\u00e0 la derni\u00e8re pi\u00e8ce, <em>\u00c9p\u00eetre \u00e0 Saint John Perse<\/em> <em>pour saluer la mer<\/em>, le recueil s&#8217;inscrit comme dans un \u00e9crin dans une filiation po\u00e9tique. <em>Na\u00eetre ici<\/em> est le premier vers d&#8217;<em>Antsa pour un d\u00e9tenu<\/em>, d\u00e9di\u00e9 au po\u00e8te Jacques Rabemananjara. On se rappelle que cet \u00e9crivain et homme politique malgache de langue fran\u00e7aise, h\u00e9ros de l&#8217;ind\u00e9pendance malgache a \u00e9t\u00e9 emprisonn\u00e9 \u00e0 la suite des \u00e9meutes r\u00e9prim\u00e9es de 1947 qui firent plus de cent mille morts.<\/p>\n<p><em>Na\u00eetre ici<\/em><\/p>\n<p><em>n&#8217;\u00eatre rien<\/em><\/p>\n<p><em>qu&#8217;un p\u00e9piement<\/em><\/p>\n<p><em>d&#8217;oiseau<\/em><\/p>\n<p><em>en cage<\/em><\/p>\n<p><em>quand se referment les yeux<\/em><\/p>\n<p><em>sarabande les blattes<\/em><\/p>\n<p><em>dans la camisole moite<\/em><\/p>\n<p><em>d&#8217;ivresse, labyrinthe le corps<\/em><\/p>\n<p><em>dans les interstices, avec des mots en fusion<\/em><\/p>\n<p>Par la gr\u00e2ce de l&#8217;\u00e9vocation de ce nom s&#8217;\u00e9l\u00e8vent alors dans nos esprits ceux de Jean-Joseph Rabearivelo, Alioune Diop, L\u00e9opold Sedar Senghor, et bien d&#8217;autres, comme C\u00e9saire cit\u00e9 plus loin. Dans ses po\u00e8mes \u00e0 la suite de ces voix puissantes, Nassuf Djailani plie doucement le fran\u00e7ais au parler malgache lorsque le substantif se fait verbe et que la polys\u00e9mie mod\u00e8le la phrase. On comprend qu&#8217;il y a aussi un espoir formul\u00e9 de voir ceux qui se taisent prendre parole \u00e0 leur tour en portant haut la richesse d&#8217;une culture qui, reconnue et assum\u00e9e, permettra de reb\u00e2tir les fiert\u00e9s\u00a0:<\/p>\n<p><em>vibre enfant des lunes<\/em><\/p>\n<p><em>au son subtil de la valiha<\/em><\/p>\n<p><em>qu\u00eate la parole secr\u00e8te<\/em><\/p>\n<p>des apaisements<\/p>\n<p>En citant ces po\u00e8tes qu&#8217;il honore et qu&#8217;il interroge, Nassuf Djailani nous rappelle que la po\u00e9sie est intertextualit\u00e9, transmission et \u00e9change. Saint John Perse, Lyonnel Trouillot, Rapha\u00ebl Confiant,\u00a0 sont encore cit\u00e9s agrandissant l\u2019espace, de Madagascar \u00e0 Ha\u00efti, des Comores \u00e0 Pointe-\u00e0-pitre et ouvrant des pans de l&#8217;Histoire pour redonner voix \u00e0 ceux qui n&#8217;en ont pas eu, pour <em>prendre parole \/ avec la m\u00e9moire \/ des vaincus<\/em>. Le lecteur prend alors la mesure des combats po\u00e9tiques et politiques qui restent \u00e0 mener. Et le c\u0153ur d\u00e9j\u00e0 \u00e0 vif et sensibilis\u00e9 re\u00e7oit comme autant de griffures les cris d&#8217;alerte face \u00e0 ce qui met \u00e0 mal notre humanit\u00e9 aujourd&#8217;hui :<\/p>\n<p><em>Le ciel d\u00e9sormais<\/em><\/p>\n<p><em>est d&#8217;acier<\/em><\/p>\n<p><em>sur la mer \u00e9tale<\/em><\/p>\n<p><em>file une embarcation<\/em><\/p>\n<p><em>gonfl\u00e9e d&#8217;h\u00e9moglobine<\/em><\/p>\n<p><em>avec le souffle de la vie<\/em><\/p>\n<p><em>sur le fil<\/em><\/p>\n<p><em>vacillent les \u00eatres<\/em><\/p>\n<p>Le lyrisme assum\u00e9 place l&#8217;intimit\u00e9 au c\u0153ur de l&#8217;engagement. Ne faut-il pas plonger dans l&#8217;individualit\u00e9 d&#8217;une exp\u00e9rience humaine pour toucher \u00e0 l&#8217;universel\u00a0? Alors il est peut-\u00eatre <em>en cage<\/em> le po\u00e8te qui veut faire rena\u00eetre les anciennes fiert\u00e9s d&#8217;une \u00eele qui a trop longtemps subi les s\u00e9quelles de la colonisation. Il a peut-\u00eatre la sensation de <em>n&#8217;\u00eatre rien<\/em>, l&#8217;homme qui tente de dire l&#8217;amour et de saisir la fragilit\u00e9 des sentiments. Mais elle est libre sa parole et comme celle du d\u00e9tenu, elle na\u00eet peut-\u00eatre justement de ces enfermements subis. Ainsi la parole \u00e9chappe au po\u00e8te, d\u00e9ploie nos interpr\u00e9tations et nous atteint en plein c\u0153ur, nous donnant la sensation d&#8217;avoir vu quelque chose na\u00eetre, ici.<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\">Par\u00a0Magali Dussillos<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Voyageurs qui passez au loin sur le seuil de la porte pr\u00e9sentez d&#8217;abord le pied droit le gauche porte malheur tirez sur le rideau que forme la cocoteraie feuillue derri\u00e8re s&#8217;\u00e9tend un chapelet d&#8217;\u00eeles alanguies sur le flanc gauche de l&#8217;\u00eele rouge Qui a assist\u00e9 \u00e0 une lecture de son recueil par Nassuf Djailani garde [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":15,"featured_media":4653,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[],"tags":[],"class_list":["post-4651","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/masiwa-comores.com\/json\/wp\/v2\/posts\/4651","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/masiwa-comores.com\/json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/masiwa-comores.com\/json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/masiwa-comores.com\/json\/wp\/v2\/users\/15"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/masiwa-comores.com\/json\/wp\/v2\/comments?post=4651"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/masiwa-comores.com\/json\/wp\/v2\/posts\/4651\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":4681,"href":"https:\/\/masiwa-comores.com\/json\/wp\/v2\/posts\/4651\/revisions\/4681"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/masiwa-comores.com\/json\/wp\/v2\/media\/4653"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/masiwa-comores.com\/json\/wp\/v2\/media?parent=4651"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/masiwa-comores.com\/json\/wp\/v2\/categories?post=4651"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/masiwa-comores.com\/json\/wp\/v2\/tags?post=4651"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}