{"id":4207,"date":"2019-09-29T08:28:57","date_gmt":"2019-09-29T05:28:57","guid":{"rendered":"https:\/\/masiwa-comores.com\/?p=4207"},"modified":"2019-09-29T08:28:57","modified_gmt":"2019-09-29T05:28:57","slug":"le-nkoma-une-tradition-en-voie-de-disparition","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/masiwa-comores.com\/non-classe\/le-nkoma-une-tradition-en-voie-de-disparition\/","title":{"rendered":"Le nkoma, une tradition en voie de disparition"},"content":{"rendered":"<p><strong>Le nkoma est une tradition de la ville de Ouani, \u00e0 Anjouan. C\u2019est une des traditions pr\u00e9-islamiques qui a surv\u00e9cu aux Comores jusqu\u2019\u00e0 nos jours. Il est la preuve de la coexistence de plusieurs populations d\u2019origines et de pratiques diff\u00e9rentes avant que l\u2019islam ne vienne couvrir et unifier les pratiques, sans vraiment faire dispara\u00eetre les rites animistes. Pourtant, dans la deuxi\u00e8me ville d\u2019Anjouan, les gens qui pratiquent ce rite parlent de son abandon prochainement.<\/strong> <em>Par\u00a0Mahmoud Ibrahime<\/em><\/p>\n<p>[ihc-hide-content ihc_mb_type=&#8221;show&#8221; ihc_mb_who=&#8221;2,3,4,5,6,9&#8243; ihc_mb_template=&#8221;1&#8243; ]<\/p>\n<p>Le rite du nkoma est li\u00e9 \u00e0 l\u2019installation, avant le VIII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, avant l\u2019arriv\u00e9e de l\u2019islam, au nord-est de l\u2019\u00eele d\u2019Anjouan (r\u00e9gion d\u2019Ouani) d\u2019une population pa\u00efenne appel\u00e9e Beja. Celle-ci serait originaire de la Somalie. Elle s\u2019allie dans cette pratique \u00e0 une autre famille, les Komboni.<\/p>\n<p><strong>A l\u2019origine \u00e9taient les djinns<\/strong><\/p>\n<p>Apr\u00e8s un d\u00e9placement de leur village vers un point o\u00f9 il y avait une rivi\u00e8re et donc de l\u2019eau, les deux familles ont d\u00fb faire face \u00e0 des pertes d\u2019enfants et de f\u0153tus, jusqu\u2019\u00e0 d\u00e9couvrir la cause\u00a0: ils \u00e9taient sur un emplacement d\u00e9j\u00e0 occup\u00e9 par des djinns. Un pacte a alors \u00e9t\u00e9 conclu entre les hommes et les esprits.<\/p>\n<p>Le rite c\u00e9l\u00e8bre l\u2019alliance entre ces deux familles et les djinns qui prot\u00e8gent la ville, il marque aussi le respect de la promesse faite \u00e0 ces derniers par les habitants. \u00c0 Ouani, c\u2019est un rite accompli tous les trois ans pour demander la protection des anc\u00eatres pour les enfants, les parents ou pour avoir de bonnes r\u00e9coltes selon l\u2019historien Abderemane Bourhane, ancien directeur du CNDRS \u00e0 Anjouan et auteur d\u2019une th\u00e8se sur \u00ab\u00a0les rites pr\u00e9-islamiques \u00e0 Anjouan\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Le <em>nkoma<\/em> a \u00e9t\u00e9 mis en place \u00e0 Ouani par les Bejani et les Komboni, familles consid\u00e9r\u00e9es comme les deux familles fondatrices de la ville, deux familles qui sont pa\u00efennes. Il est organis\u00e9 sur le site Binti Rasi, d\u2019o\u00f9 sont originaires les deux familles.<\/p>\n<p>Le mot <em>nkoma<\/em> en swahili d\u00e9signe les esprits des morts, il s\u2019agit donc avec cette f\u00eate, pour les habitants d\u2019Ouani d\u2019entrer en contact avec des \u00eatres surnaturels capables d\u2019interc\u00e9der pour eux dans le monde des humains.<\/p>\n<p>A l\u2019origine, il s\u2019agit d\u2019une f\u00eate agraire selon certains historiens comme Ali Mohamed Gou. Celui-ci pense que le rite \u00e9tait destin\u00e9 \u00e0 permettre aux habitants de la r\u00e9gion d\u2019avoir plein de r\u00e9coltes, mais aussi une p\u00eache fructueuse. D\u2019autres chercheurs affirment qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un pacte entre les habitants et les djinns afin de prot\u00e9ger les enfants de la ville. Les djinns vont s\u2019installer \u00e0 la p\u00e9riph\u00e9rie de la ville \u00e0 Binti-Rasi, au bord de la mer, o\u00f9 les hommes doivent venir les voir tous les trois ans.<\/p>\n<p>La tradition s\u2019est donc \u00e9tablie depuis cette p\u00e9riode, tous les trois ans, les habitants de la ville et les djinns se rencontrent \u00e0 Binti Rasi pour manger du b\u0153uf ou de la ch\u00e8vre et danser ensemble le mdrandra. Ce sont les femmes qui sont charg\u00e9es d\u2019invoquer les esprits pendant la c\u00e9r\u00e9monie et depuis 1968, c\u2019est Boira Ousseni.<\/p>\n<p>Pour les adeptes de cette c\u00e9r\u00e9monie, une menace p\u00e8se sur la non-ex\u00e9cution de ce contrat tous les trois ans. Si la f\u00eate n\u2019est pas organis\u00e9e \u00e0 temps, une catastrophe survient dans la ville. Et \u00e0 Ouani on cite tel incendie survenu ou telle autre calamit\u00e9 naturelle destin\u00e9e \u00e0 punir les habitants de la ville qui n\u2019ont pas respect\u00e9, telle ann\u00e9e, le pacte entre les hommes et les djinns.<\/p>\n<p><strong>Le d\u00e9roulement du nkoma<\/strong><\/p>\n<p>Jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent, les descendants des deux familles font donc tout ce qu\u2019il faut pour honorer le pacte de leurs anc\u00eatres. Lorsque trois ann\u00e9es se sont \u00e9coul\u00e9es, ils r\u00e9unissent les offrandes, la vache (ou cabri) rouge ou blanche tach\u00e9e de rouge, le riz, le lait et d\u2019autres mets, puis appellent les responsables de l\u2019organisation dans une maison secr\u00e8te de l\u2019une des deux familles pour se pr\u00e9parer. Dans un second temps, ils organisent une c\u00e9r\u00e9monie au cours de laquelle ils appellent les djinns pour leur montrer qu\u2019ils sont pr\u00eats pour la f\u00eate. Cela se fait dans une maison gard\u00e9e secr\u00e8te chez les Beja ou les Kombo. Lorsque les djinns sont d\u2019accord, les habitants de la ville commencent \u00e0 pr\u00e9parer ouvertement les festivit\u00e9s.<\/p>\n<p>A Binti Rasi, le jour \u00ab\u00a0J\u00a0\u00bb, les femmes pr\u00e9parent le riz en dansant le <em>mdandra<\/em> autour des marmites, avant d\u2019aller le d\u00e9poser, m\u00e9lang\u00e9 avec le lait, en offrande pour les esprits. Les entrailles de l\u2019animal, sa t\u00eate, ses pattes et la peau sont destin\u00e9es aux djinns et donc sont jet\u00e9es \u00e0 la mer. Les hommes pr\u00e9parent les jeux et nettoient le terrain.<\/p>\n<p>L\u2019officiant en transe fait boire le lait aux enfants. Les autres personnes pr\u00e9sentes consomment riz, lait et viande, en partage avec les djinns.<\/p>\n<p>Les danses traditionnelles qui y sont effectu\u00e9es permettent de communier avec les djinns et solliciter leur bienveillance.<\/p>\n<p>La f\u00eate dure la journ\u00e9e de 7 heures du matin jusqu\u2019\u00e0 15 ou 16 heures. Tout le monde peut y participer.<\/p>\n<p>Tout au long de l\u2019ann\u00e9e et pendant les trois ans qui s\u00e9parent deux organisations du rite, les adeptes viennent r\u00e9guli\u00e8rement d\u00e9poser des offrandes aux djinns, \u00e0 Bintirasi, au bord de la mer et dans le tronc d\u2019un arbre sacr\u00e9.<\/p>\n<p><strong>La fin de la c\u00e9r\u00e9monie\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>Cela fait plusieurs ann\u00e9es que les fervents djawula menacent et cherchent \u00e0 interdire cette tradition pa\u00efenne, alors que son impact diminue et que moins de jeunes y participent.<\/p>\n<p>Le rite pr\u00e9-islamique est d\u00e9nonc\u00e9 par les plus religieux comme une pratique contraire aux principes de l\u2019islam. Du coup, la population se d\u00e9sint\u00e9resse. Du coup, un membre d\u2019une des familles organisatrices expliquait \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision anjouanais r\u00e9cemment qu\u2019ils abandonnent l\u2019organisation et sont pr\u00eats \u00e0 transmettre le rite \u00e0 d\u2019autres.<\/p>\n<p>En r\u00e9alit\u00e9, le danger vient de la mont\u00e9e des eaux qui a presque enti\u00e8rement recouvert Binti Rasi. M\u00eame l\u2019arbre o\u00f9 l\u2019on fait les offrandes est en danger. Les habitants tentent de le sauver en replantant la mangrove et en interdisant le pr\u00e9l\u00e8vement du sable. La mer recouvre peu \u00e0 peu le ziara.<\/p>\n<p>[\/ihc-hide-content]<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le nkoma est une tradition de la ville de Ouani, \u00e0 Anjouan. C\u2019est une des traditions pr\u00e9-islamiques qui a surv\u00e9cu aux Comores jusqu\u2019\u00e0 nos jours. 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