{"id":4061,"date":"2019-08-23T20:24:17","date_gmt":"2019-08-23T17:24:17","guid":{"rendered":"https:\/\/masiwa-comores.com\/?p=4061"},"modified":"2019-08-23T20:24:17","modified_gmt":"2019-08-23T17:24:17","slug":"interview-ali-zamir-la-grandeur-de-lhumain-saffirme-a-partir-du-je","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/masiwa-comores.com\/non-classe\/interview-ali-zamir-la-grandeur-de-lhumain-saffirme-a-partir-du-je\/","title":{"rendered":"Interview Ali Zamir\u00a0: \u00ab\u00a0La grandeur de l\u2019humain s\u2019affirme \u00e0 partir du\u00a0Je\u00a0\u00bb"},"content":{"rendered":"<p><strong>Masiwa \u2013 Ali Zamir, d\u2019o\u00f9 vous viennent ces id\u00e9es loufoques des r\u00e9cits que font vos personnages avant la mort\u00a0?<\/strong><br \/>\n<strong>Ali Zamir<\/strong> &#8211; Quand je tiens entre les doigts ma plume, c\u2019est comme si, affam\u00e9 jusqu\u2019aux yeux, je tenais une cuill\u00e8re et me contentais uniquement de me nourrir sans chercher \u00e0 comprendre comment je me nourris ou d\u2019o\u00f9 me venait la nourriture. Je veux dire par-l\u00e0 que les id\u00e9es viennent au moment m\u00eame o\u00f9 elles sont accouch\u00e9es sur le papier\u00a0: un moment de r\u00eave et de libert\u00e9.[ihc-hide-content ihc_mb_type=&#8221;show&#8221; ihc_mb_who=&#8221;2,3,4,5,6,9&#8243; ihc_mb_template=&#8221;1&#8243; ]<\/p>\n<p>Comment est-ce que je peux savoir avec exactitude leurs origines\u00a0? Tenter de trouver une r\u00e9ponse juste \u00e0 cette question serait me trahir moi-m\u00eame, sachant que maintenant je ne suis pas dans le m\u00eame \u00e9tat que quand je r\u00eavais en \u00e9crivant un roman. Ici j\u2019essaie de r\u00e9pondre \u00e0 votre question sans r\u00eaver. C\u2019est tout \u00e0 fait autre chose\u00a0: je n\u2019ai donc pas cette libert\u00e9.<\/p>\n<p><strong>Masiwa \u2013 Pourquoi faites-vous des r\u00e9cits toujours \u00e0 la premi\u00e8re personne\u00a0?<\/strong><br \/>\n<strong>Ali Zamir<\/strong> &#8211; Toute la force et la grandeur de l\u2019humain s\u2019affirment \u00e0 partir du \u00ab\u00a0je\u00a0\u00bb. Que ce soit un \u00ab\u00a0je\u00a0\u00bb homodi\u00e9g\u00e9tique (NDLR\u00a0: Le \u00ab\u00a0Je\u00a0\u00bb qui raconte est un personnage de l\u2019histoire) ou h\u00e9t\u00e9rodi\u00e9g\u00e9tique (NDLR\u00a0: Le \u00ab\u00a0Je\u00a0\u00bbi qui raconte n\u2019est pas pr\u00e9sent dans l\u2019histoire). C\u2019est un pronom garant, plein de force, un pronom qui assume non seulement ses responsabilit\u00e9s, mais aussi sa fragilit\u00e9 et qui fait convenablement appel aux sentiments, aux pens\u00e9es et aux \u00e9motions, c\u2019est-\u00e0-dire le propre de l\u2019Homme : les valeurs humaines y demeurent donc primordiales. Le lecteur s\u2019introduit facilement dans la vie du narrateur qui se d\u00e9voile \u00e0 lui. Et l\u00e0, c\u2019est toute la fonction irrempla\u00e7able de la litt\u00e9rature qui s\u2019affirme\u00a0: permettre le devenir de l\u2019\u00eatre humain. Voil\u00e0 pourquoi je le pr\u00e9f\u00e8re \u00e0 d\u2019autres pronoms.<\/p>\n<p><strong>Masiwa \u2013 Pourquoi vos personnages donnent toujours l\u2019impression d\u2019\u00eatre des doctorants \u00e0 la Sorbonne\u00a0? Avec des expressions de la France profonde ou m\u00eame des locutions latines\u00a0? Ce n\u2019est pas \u00e9trange dans la bouche de Comoriens, m\u00eame dockers qui n\u2019ont jamais quitt\u00e9 Mutsamudu\u00a0?<\/strong><br \/>\n<strong>Ali Zamir<\/strong> &#8211; Mes personnages ne donnent pas l\u2019impression d\u2019\u00eatre des doctorants, mais peut-\u00eatre que certains lecteurs se voient \u00e0 la Sorbonne quand ils me lisent\u00a0! Je n\u2019y peux rien. J\u2019aimerais juste souligner une chose tr\u00e8s importante\u00a0: on n\u2019est pas dans le R\u00e9alisme de Flaubert ni dans le Naturalisme de Zola o\u00f9 il \u00e9tait question de peindre avec exactitude ce qu\u2019on voyait dans la soci\u00e9t\u00e9. La litt\u00e9rature n\u2019est pas une science exp\u00e9rimentale, inutile de lui chercher uniquement et toujours des \u00e9l\u00e9ments objectifs li\u00e9s \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9. On est dans une \u0153uvre de fiction, donc de personnages d\u2019encre et de papier. Une fois la lecture finie tout dispara\u00eet, sauf dans votre t\u00eate.<br \/>\n\u00c0 propos de ces \u00ab\u00a0expressions de la France profonde\u00a0\u00bb, combien de Fran\u00e7ais m\u2019ont pos\u00e9 la question sur cette langue qu\u2019ils d\u00e9couvrent pour la premi\u00e8re fois\u00a0! Pour ne pas se perdre, il faut juste savoir une chose sur mes textes\u00a0: ils appartiennent \u00e0 une langue qui brave les fronti\u00e8res et qui appartient \u00e0 tout le monde. La capitale actuelle de la langue fran\u00e7aise n\u2019est plus Paris, mais Kinshasa. \u00c9vitons de voir les choses par rapport \u00e0 un pays, une ville ou une \u00e9poque. \u00c9vitons encore une fois de chercher \u00e0 r\u00e9duire le fran\u00e7ais \u00e0 un pays ou une classe sociale dans une fiction. C\u2019est une erreur. Je pr\u00f4ne une litt\u00e9rature universelle, d\u2019o\u00f9 mon plaisir \u00e0 faire vivre cette langue qui n\u2019appartient \u00e0 la fois \u00e0 personne et tout le monde. Avec moi, ce n\u2019est pas \u00e9trange de retrouver cette langue dans la bouche d\u2019un personnage \u00e0 n\u2019importe, quel que soit ses origines et la situation\u00a0: un roman, c\u2019est un espace de libert\u00e9. Et si j\u2019ai choisi comme d\u00e9cor les Comores, mes personnages s\u2019adressent \u00e0 tout le monde, pas uniquement aux Comoriens.<\/p>\n<p><strong>Masiwa \u2013 Quels aspects de l\u2019histoire ou de votre vie vous inspirent pour vos romans\u00a0?<\/strong><br \/>\n<strong>Ali Zamir<\/strong> &#8211; Je ne peux pas le savoir avec exactitude puisqu\u2019on n\u2019est pas dans un roman individualiste, r\u00e9aliste, bourgeois\u2026\u00a0 C\u2019est donc le travail d\u2019un critique litt\u00e9raire de dire s\u2019il y a quelque chose qui est en rapport avec ma vie ou non. Je r\u00eave quand j\u2019\u00e9cris. Par contre on peut facilement d\u00e9celer des \u00e9l\u00e9ments en rapport avec la soci\u00e9t\u00e9 comorienne. C\u2019est pour cela qu\u2019on a aujourd\u2019hui ce qu\u2019on appelle la critique sociologique ou bien la sociocritique\u00a0: c\u2019est une critique qui consiste \u00e0 voir comment le texte peut repr\u00e9senter la soci\u00e9t\u00e9 dans laquelle l\u2019auteur est n\u00e9.<\/p>\n<p><strong>Masiwa \u2013 Quels sont vos prochains projets\u00a0?<\/strong><br \/>\n<strong>Ali Zamir<\/strong> &#8211; Comme toujours, je suis en train d\u2019\u00e9crire\u00a0: l\u2019\u00e9criture est pour moi la seule mani\u00e8re de prouver que j\u2019existe. Quand je n\u2019\u00e9cris pas, je me sens \u00e9touff\u00e9, c\u2019est horrible\u00a0!<\/p>\n<p><strong>Masiwa \u2013 Que lisiez-vous dans votre enfance ou adolescence\u00a0? et aujourd\u2019hui\u00a0lisez-vous encore\u00a0?<\/strong><br \/>\n<strong>Ali Zamir<\/strong> &#8211; Enfant, j\u2019ai lu \u00ab\u00a0Le Cid\u00a0\u00bb de Corneille, le \u00ab\u00a0Bourgeois Gentilhomme\u00a0\u00bb de Moli\u00e8re, \u00ab\u00a0Eug\u00e9nie Grandet\u00a0\u00bb de Balzac , \u00ab\u00a0Madame Bovary\u00a0\u00bb de Flaubert, \u00ab\u00a0Les Trois Mousquetaires\u00a0\u00bb d\u2019Alexandre Dumas, \u00ab\u00a0Notre-Dame de Paris\u00a0\u00bb de Victor Hugo, les \u00abChants d\u2019ombre\u00a0\u00bb de Senghor, \u00ab\u00a0Une journ\u00e9e d\u2019Ivan Donissovitch\u00a0\u00bb d\u2019Alexandre Soljenitsyne, \u00ab\u00a0Sous le soleil de Satan\u00a0\u00bb de Georges Bernanos, \u00ab\u00a0Bonjour Tristesse\u00a0\u00bb de Fran\u00e7oise Sagan\u2026 Et tant d\u2019autres ouvrages qui traitaient des sujets qui n\u2019\u00e9taient m\u00eame pas de mon niveau, puisque je venais d\u2019entamer le coll\u00e8ge. L\u2019essentiel pour moi \u00e9tait de lire. Jusqu\u2019\u00e0 ce que j\u2019arrive au lyc\u00e9e et que je d\u00e9couvre Albert Camus, Jean-Paul Sartre, Jean Anouilh, Cheikh Hamidou Kane, etc. Aujourd\u2019hui je lis Kafka, Michel Butor, Rainer Maria Rilke, Jean-Marie Gustave Le Cl\u00e9zio, Ananda Devi et d\u2019autres contemporains. J\u2019ai lu presque toute l\u2019\u0153uvre d\u2019Alain Mabanckou par exemple, depuis son premier roman \u00ab\u00a0Bleu-Blanc-Rouge\u00a0\u00bb paru en 1998, jusqu\u2019au dernier \u00ab\u00a0Les Cigognes sont immortelles\u00a0\u00bb publi\u00e9 l\u2019ann\u00e9e derni\u00e8re.<\/p>\n<p><strong>Masiwa \u2013 Quelle est votre vie en France\u00a0? Que faites-vous l\u00e0-bas\u00a0?<\/strong><br \/>\n<strong>Ali Zamir<\/strong> &#8211; \u00c0 part mon m\u00e9tier d\u2019\u00e9crivain, qui est le plus important pour moi, je travaille comme m\u00e9diath\u00e9caire dans le r\u00e9seau des m\u00e9diath\u00e8ques de Montpellier M\u00e9diterran\u00e9e M\u00e9tropole. J\u2019y travaille quand je ne fais pas de rencontres litt\u00e9raires dans les salons, festivals ou librairies. Vous n\u2019\u00eates pas sans savoir qu\u2019il est difficile pour un artiste de vivre uniquement de son art. J\u2019ai v\u00e9cu uniquement de ma plume pendant deux ans, Dieu merci, chose qui est tr\u00e8s rare. Mais maintenant je me suis engag\u00e9 \u00e0 faire aussi autre chose en plus de l\u2019\u00e9criture. Le m\u00e9tier de m\u00e9diath\u00e9caire est un m\u00e9tier noble qui me rapproche encore plus du monde du livre.<\/p>\n<p><strong>Masiwa \u2013 Quand vos lecteurs auront-ils le plaisir de vous rencontrer dans l\u2019archipel\u00a0?<\/strong><br \/>\n<strong>Ali Zamir<\/strong> &#8211; Tr\u00e8s prochainement. Je l\u2019esp\u00e8re de tout c\u0153ur.<\/p>\n<p>[\/ihc-hide-content]<\/p>\n<p><em>Propos recueillis par Mahmoud Ibrahime<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Masiwa \u2013 Ali Zamir, d\u2019o\u00f9 vous viennent ces id\u00e9es loufoques des r\u00e9cits que font vos personnages avant la mort\u00a0? Ali Zamir &#8211; Quand je tiens entre les doigts ma plume, c\u2019est comme si, affam\u00e9 jusqu\u2019aux yeux, je tenais une cuill\u00e8re et me contentais uniquement de me nourrir sans chercher \u00e0 comprendre comment je me nourris [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":15,"featured_media":4062,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[],"tags":[],"class_list":["post-4061","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/masiwa-comores.com\/json\/wp\/v2\/posts\/4061","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/masiwa-comores.com\/json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/masiwa-comores.com\/json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/masiwa-comores.com\/json\/wp\/v2\/users\/15"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/masiwa-comores.com\/json\/wp\/v2\/comments?post=4061"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/masiwa-comores.com\/json\/wp\/v2\/posts\/4061\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":4063,"href":"https:\/\/masiwa-comores.com\/json\/wp\/v2\/posts\/4061\/revisions\/4063"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/masiwa-comores.com\/json\/wp\/v2\/media\/4062"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/masiwa-comores.com\/json\/wp\/v2\/media?parent=4061"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/masiwa-comores.com\/json\/wp\/v2\/categories?post=4061"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/masiwa-comores.com\/json\/wp\/v2\/tags?post=4061"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}