{"id":4044,"date":"2019-08-23T19:56:21","date_gmt":"2019-08-23T16:56:21","guid":{"rendered":"https:\/\/masiwa-comores.com\/?p=4044"},"modified":"2019-08-23T19:56:21","modified_gmt":"2019-08-23T16:56:21","slug":"autrefois-dans-notre-enveloppe-sociale-upbiru","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/masiwa-comores.com\/non-classe\/autrefois-dans-notre-enveloppe-sociale-upbiru\/","title":{"rendered":"Autrefois, dans notre enveloppe sociale, UPBIRU"},"content":{"rendered":"<p>\u00c0 l\u2019\u00e9poque o\u00f9 la m\u00e9decine moderne n\u2019\u00e9tait pas encore\u00a0\u00e0 la port\u00e9e du pays, les gu\u00e9risseurs, les <em>welevu<\/em> et les porteurs de g\u00e9nie faisaient office de praticiens. Ils traitaient toutes sortes de maladies et r\u00e9ussissaient \u00e0 soulager les douleurs des patients,ne serait-ce que psychologiquement.<\/p>\n<p>Pour les pathologies physiques, il \u00e9tait plus pratique de prescrire des solutions \u00e0 base d\u2019herbes m\u00e9dicinales, de racines et de substances adapt\u00e9es.<\/p>\n<p>Mais, pour ce qui \u00e9tait des maladies mentales, les sp\u00e9cialistes \u00e9taient rares et la couverture sanitaire \u00e9tait tellement restreinte que pour obtenir une consultation, il fallait parcourir des dizaines kilom\u00e8tres et parfois camper pendant plusieurs jours dans le village du gu\u00e9risseur.<\/p>\n<p>La pathologie la plus difficile \u00e0 traiter \u00e9tait le trouble mental, connu sous le nom de UPBIRU et dont le porteur \u00e9tait appel\u00e9 PBIRU.<\/p>\n<p>Le traitement devait \u00eatre le concours de plusieurs sp\u00e9cialistes du fait que plusieurs phases affectaient le patient. \u00c0 chaque phase, il \u00e9tait n\u00e9cessaire de faire intervenir le gu\u00e9risseur le plus exp\u00e9riment\u00e9 dans la sp\u00e9cialit\u00e9. Cela commen\u00e7ait tr\u00e8s jeune par une simple crise d\u2019adolescence n\u00e9glig\u00e9e et appel\u00e9e HILA ou ZIBWIYI. Les sympt\u00f4mes se manifestaient par des insultes d\u00e9lib\u00e9r\u00e9es, de d\u00e9fis \u00e0 l\u2019autorit\u00e9 parentale et des provocations anodines. Le traitement consistait \u00e0 des punitions verbales (<em>utretrelya<\/em>), \u00e0 des sanctions basiques (<em>utubisa<\/em>), \u00e0 des privations des besoins (nourritures, habits) et \u00e0 des corrections plus ou moins s\u00e9v\u00e8res (<em>uadabisha<\/em>).<\/p>\n<p>La plupart des cas, les parents confiaient le traitement au Fundi de l\u2019enfant (ma\u00eetre coranique) qui s\u2019appliquait \u00e0 soigner l\u2019adolescent par l\u2019affection, la spiritualit\u00e9, l\u2019accompagnement et par la discipline.<\/p>\n<p>Il arrivait, m\u00eame si c\u2019\u00e9tait rarement que le cas de crise \u00e9voluait en pire et le PBIRU n\u00e9cessitait un traitement \u00e9labor\u00e9 chez un sp\u00e9cialiste. C\u2019\u00e9tait lorsqu\u2019on commen\u00e7ait \u00e0 constater que le sujet devenait agressif aussi bien verbalement que physiquement. On lui reconnaissait facilement un d\u00e9doublement de personnalit\u00e9 et l\u2019on disait qu\u2019il \u00e9tait \u00ab\u00a0poss\u00e9d\u00e9\u00a0\u00bb (<em>katsiwaye<\/em>).<\/p>\n<p>En effet, plusieurs personnalit\u00e9s se manifestaient en lui, ce qui semait une confusion d\u00e9routante dans la famille et les proches. Il savait \u00eatre aimable comme il devenait facilement mena\u00e7ant et gratuitement agressif. Il pouvait s\u2019inventer une vie et tenir en haleine tout un public pour raconter \u00ab ses exploits \u00bb, se construire une posture hercul\u00e9enne, se faire admettre une clairvoyance ph\u00e9nom\u00e9nale teint\u00e9e de miracle.<\/p>\n<p>Il allait jusqu\u2019\u00e0 se faire passer pour un \u00e9rudit multidisciplinaire qui d\u00e9tiendrait\u00a0exceptionnellement la science infuse capable d\u2019expliquer tout ph\u00e9nom\u00e8ne. Il adoptait des bizarreries comportementales comme des tenues vestimentaires singuli\u00e8res et des paroles explosives.<\/p>\n<p>Et si l\u2019on commen\u00e7ait \u00e0 mettre en cause sa sinc\u00e9rit\u00e9 ou \u00e0 douter de ses dires, il revenait sur ses personnalit\u00e9s les plus autoritaires et manifestait un comportement de dissociation visible \u00e0 lui tout seul. Il affirmait poss\u00e9der une fortune colossale et promettait de rendre riches ceux qui pouvaient lui ob\u00e9ir au doigt et \u00e0 l\u2019oeil.<\/p>\n<p>Il disait d\u00e9tenir les secrets de Dieu qui l\u2019a d\u00e9cr\u00e9t\u00e9 missionnaire et qu\u2019il pouvait transmettre des pouvoirs \u00e0 des adeptes par un ph\u00e9nom\u00e8ne de devinement de la pens\u00e9e croyant que tout le monde savait de quoi il parlait.<\/p>\n<p>Au comble de son d\u00e9doublement, il se d\u00e9clarait \u00eatre aim\u00e9 par les plus belles femmes du village, avoir anobli sa famille et son village.<\/p>\n<p>Pour adouber le public, il s\u2019inventait des ennemis et se fondait dans une parano\u00efa chronique (<em>Shiyengo<\/em>) et absurde. \u00c0 d\u00e9faut de se faire aduler par tout le monde, il focalisait une col\u00e8re acerbe sur ses ennemis imaginaires. Ceux-ci \u00e9taient trouv\u00e9s\u00a0chez les personnes ayant un statut social qui pouvait le \u00ab concurrencer\u00bb ou le contredire. Il se positionnait en victime et accusait tout le monde de vouloir sa disparition. Il se faisait souvent mal et montrait ses blessures comme preuves qu\u2019il se battait pour sa survie. Quand son subconscient lui refusait le comportement\u00a0suicidaire, il se faisait des pansements pour simuler des blessures, il marchait en boitant pour simuler des agressions dont il serait\u00a0victime, il fermait\u00a0longtemps sa bouche pour simuler un complot contre sa parole mythique.<\/p>\n<p>Cette parano\u00efa devenait non ma\u00eetrisable et poussait le malade \u00e0 s\u2019isoler dans un endroit inaccessible pour se prot\u00e9ger, car convaincu que l\u2019environnement lui \u00e9tait dangereusement hostile (<em>upvambaya<\/em>).<\/p>\n<p>Le d\u00e9nouement aboutissait \u00e0 ce qu\u2019il pouvait reconna\u00eetre son cas de maladie grave, ce qui n\u2019arrivait que rarement<\/p>\n<p>Mais quand cela arrivait, on l\u2019amenait chez un gu\u00e9risseur de g\u00e9nie (<em>fundi wa madjini<\/em>). Celui-ci recommandait que le passage du patient d\u2019abord chez un <em>mwalimu wa bawo<\/em> pour consulter les astres afin de situer l\u2019origine de la maladie. Apr\u00e8s cela le <em>fundi wa djini<\/em> entamait un processus de gu\u00e9rison par le proc\u00e9d\u00e9 <em>uhereyadjungu<\/em>, une sorte d\u2019inhalation de vapeur pour amoindrir le d\u00e9doublement de personnalit\u00e9 (<em>uhezaitswani<\/em>), jusqu\u2019\u00e0 laisser et valider une ou deux personnalit\u00e9s dominantes et le patient devient porteur de g\u00e9nie (<em>hirishadjini<\/em>) avec le risque qu\u2019il reste sur des th\u00e8mes m\u00e9galomaniaques.<\/p>\n<p>Au cas o\u00f9 le traitement ne r\u00e9ussissait pas, on diagnostiquait la schizophr\u00e9nie aig\u00fce et \u00a0 irr\u00e9versible (<em>udjufumuyo<\/em>) et le malade allait directement \u00e0 l\u2019asile domestique en strict isolement nomm\u00e9e cliniquement PBINGU avec deux d\u00e9nouements\u00a0attendus : la raison ou la mort.<\/p>\n<p>Mais comme dirait l\u2019autre, \u00e7a c\u2019\u00e9tait avant que la psychologie, la psychiatrie et la \u00a0psychanalyse n\u2019offrent d\u2019\u00e9normes progr\u00e8s scientifiques accessibles. Le PBIRU peut gu\u00e9rir, mais, il a cruellement besoin d\u2019aide et de sa propre volont\u00e9.<\/p>\n<p><em>Par Dini Nassur<\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00c0 l\u2019\u00e9poque o\u00f9 la m\u00e9decine moderne n\u2019\u00e9tait pas encore\u00a0\u00e0 la port\u00e9e du pays, les gu\u00e9risseurs, les welevu et les porteurs de g\u00e9nie faisaient office de praticiens. Ils traitaient toutes sortes de maladies et r\u00e9ussissaient \u00e0 soulager les douleurs des patients,ne serait-ce que psychologiquement. 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