{"id":3875,"date":"2019-07-27T10:31:45","date_gmt":"2019-07-27T07:31:45","guid":{"rendered":"https:\/\/masiwa-comores.com\/?p=3875"},"modified":"2019-07-27T10:31:45","modified_gmt":"2019-07-27T07:31:45","slug":"soly-trouve-les-mots-pour-dire-les-maux-du-monde","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/masiwa-comores.com\/non-classe\/soly-trouve-les-mots-pour-dire-les-maux-du-monde\/","title":{"rendered":"Soly trouve les mots pour dire les maux du monde"},"content":{"rendered":"<p><strong>MbaeSoly Mohamed plus connu sous le pseudonyme de Soly est un po\u00e8te, slameur franco-comorien qui vit \u00e0 Marseille. Il vient de publier aux \u00e9ditions Coelacanthe deux recueils <em>Mots et cris<\/em> et <em>Maux \u00e9crits<\/em>.\u00a0<\/strong><em>Hawaou Mohamed Elhad<\/em><\/p>\n<p>[ihc-hide-content ihc_mb_type=&#8221;show&#8221; ihc_mb_who=&#8221;2,3,4,5,6,9&#8243; ihc_mb_template=&#8221;1&#8243; ]<\/p>\n<p>Avant toute lecture, inspecter la couverture. Il y a une fum\u00e9e, s\u2019agit-il d\u2019une \u00e9ruption volcanique, de bombardements \u2026\u00a0? Bombardements, car en dessous je vois un char au-dessus d\u2019une plage recouverte d\u2019une couleur rouge, du sang peut-\u00eatre. Derri\u00e8re ce char, on aper\u00e7oit des\u00a0 \u00ab\u00a0ombres\u00a0\u00bb, un personnage avec une arme, est-ce un homme des forces de l\u2019ordre\u00a0?<\/p>\n<p><strong>\u00a0\u00ab\u00a0Ne jugez pas un livre par sa couverture\u00a0\u00bb.<\/strong><\/p>\n<p>Au tour de cet homme se trouve une foule, manifestants ou migrants\u00a0?<\/p>\n<p>Un kwassa-kwassa, comme on les appelle chez nous, j\u2019en aper\u00e7ois un et il est bien rempli. S\u2019agit-il des kwasa-kwasa qui vont vers Mayotte ou des migrants vers l\u2019Europe\u00a0?<\/p>\n<p>Et cette jeune femme et\/ou m\u00e8re en larmes \u2026<\/p>\n<p>Cette femme porte un foulard (est-elle musulmane\u00a0?), un \u00ab\u00a0shiromani\u00a0\u00bb et un \u00ab\u00a0kandzu\u00a0\u00bb anjouanais. Mais son visage et ses quelques m\u00e8ches de cheveux qui d\u00e9passent me font douter.<\/p>\n<p>Cette femme porte un \u00ab\u00a0enfant\u00a0\u00bb. Ce dernier \u00e9crit,\u00a0 mais celui-ci ne fait pas son \u00e2ge. Il a une moustache. Est-ce l\u2019effet du d\u00e9r\u00e8glement climatique ou la magie de l\u2019application Faceapp\u00a0?<\/p>\n<p><strong>\u00ab\u00a0Le chef-d\u2019\u0153uvre de Dieu, c\u2019est le c\u0153ur d\u2019une m\u00e8re\u00a0\u00bb (<\/strong><strong>d\u2019<\/strong><strong>Andr\u00e9 Gr\u00e9try)<\/strong><\/p>\n<p>Vingt-six textes que j\u2019ai lus et relus, vingt-six textes \u00e9num\u00e9rant quelques maux de ce monde en des mots faciles et profonds en m\u00eame temps. Vingt-six textes comme l\u2019alphabet fran\u00e7ais, dont six textessont d\u00e9di\u00e9s\u00e0 la maman de l\u2019auteur,Tahamida Ahamada Mfougoulie, six comme les six voyelles de cet alphabet.Les titres comme \u00ab\u00a0<em>Et\u00e9 Glac\u00e9\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0Lune noire\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0Mal de M\u00e8re\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0Vide \u00e9vident\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0Un peu et tout de toi\u00a0\u00bb<\/em> sont un jeu de mots pour apaiser des maux.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0<em>Et\u00e9 Glac\u00e9<\/em>\u00a0\u00bb, c\u2019est un des textes d\u00e9di\u00e9s \u00e0 la m\u00e8re de l\u2019auteur. J\u2019ai lu ce recueil deux fois, l\u2019\u00e9motion \u00e9tait poignante, \u00e0 chaque fois.La perte et l\u2019absence d\u2019une maman, on ne s\u2019y habitue jamais et chaque vers te donne des frissons, mais je retiens ceux qui r\u00e9sument tout\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0<em>Au fil amer des souvenirs lentement je d\u00e9bobine<\/em><\/p>\n<p><em>\u00a0Du coin de ma m\u00e9moire des mots orphelins<\/em>\u00a0\u00bb [\u2026]<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0<em>Que vais-je faire M\u00e8re de mes questions sans r\u00e9ponses<\/em><\/p>\n<p><em>\u00a0Tout mon univers n\u2019est plus que tourments et incertitudes<\/em><\/p>\n<p><em>\u00a0Le sourire aux l\u00e8vres tu as tir\u00e9 ta derni\u00e8re r\u00e9v\u00e9rence<\/em><\/p>\n<p><em>\u00a0Dieu du ciel, y a-t-il sur cette Terre plus grande solitude<\/em>\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>La maman est \u00e0 la fois une boussole et une lampe torche, qui guide chacun de nos pas dans ce monde de maux, ressemblant \u00e0 une jungle. Le plus grand mal d\u2019un \u00eatre ne serait-il pas cette perte\u00a0?<\/p>\n<p><strong>L\u2019\u00abhomme de ma vie\u00a0\u00bb. <\/strong><\/p>\n<p>Six textes d\u00e9di\u00e9s\u00e0 Salim Hatubou, que l\u2019auteur surnomme ici \u00abhomme de ma vie\u00a0\u00bb. Parmi ces textes, <em>\u00ab\u00a0Mots d\u2019Amour <\/em><em>\u00e0<\/em><em> M\u00e8re\u00a0\u00bb<\/em> est d\u00e9di\u00e9 \u00e0Tahamida et Salim, car ce dernier avait lui aussi perdu sa maman,Riama. Les deux hommes partageaient donc un \u00ab\u00a0mal commun\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s Ibrahim et Tahamida, cette fois-ci l\u2019auteur rend hommage \u00e0 son fr\u00e8re Salim Hatubou dans le texte intitul\u00e9 \u00ab\u00a0Vieux\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Ce texte est parsem\u00e9 de mots et expressions comme \u00ab\u00a0<em>texto\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0FB\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0p\u2019tit\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0STP\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0comme d\u2019hab \u2026<\/em>\u00a0\u00bb, un vrai langage d\u2019ado. On ressent cette affinit\u00e9, cette complicit\u00e9 de vrais potes, j\u2019ose dire. Dans certains vers on s\u2019aper\u00e7oit des titres de bouquins de Salim comme\u00a0<em>Mar\u00e2tre<\/em>, ou <em>L\u2019odeur du b\u00e9ton<\/em>.\u00a0 L\u2019auteur se rem\u00e9more aussi leurs discussions, leurs projets, en somme leur \u00ab\u00a0tout et rien\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Je retiens\u00a0: <em>\u00ab\u00a0m\u00eame quelques secondes, te voir sourire de toutes tes dents dehors\u00a0\u00bb<\/em>, r\u00e9f\u00e9rence auprincipal personnage de<em>Mar\u00e2tre<\/em>.<\/p>\n<p>Je retiens surtout\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0<em>Vieux, si on se prenait un caf\u00e9 tous les deux<\/em><\/p>\n<p><em>\u00a0Pour renouveler nos serments et nos v\u0153ux<\/em><\/p>\n<p><em>\u00a0Histoire de nous dire au revoir ou m\u00eame adieu<\/em><\/p>\n<p><em>\u00a0Peut-\u00eatre qu\u2019apr\u00e8s, je me sentirai un peu mieux<\/em>\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Ce passage me fait penser \u00e0 tous ces \u00eatres chers qui sont partis \u00ab\u00a0trop t\u00f4t\u00a0\u00bb laissant derri\u00e8re eux des habitudes que l\u2019on doit vivre \u00ab\u00a0<em>sans et avec eux en nous<\/em>\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p><strong>La violence faite aux enfants et aux femmes<\/strong><\/p>\n<p>Les quinze autres textes tournent autour d\u2019autres maux. \u00a0Comme le dit l\u2019auteur au tout d\u00e9but\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0<em>Comment traduire les maux de ce bas monde<\/em><\/p>\n<p><em>En mots, en quelques vers, tant<\/em><\/p>\n<p><em>De tous temps et de toutes saisons<\/em><\/p>\n<p><em>Les maux qui frappent l\u2019Humanit\u00e9 abondent \u2026<\/em>\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Plusieurs th\u00e8mes sont abord\u00e9s, je dirais plut\u00f4t plusieurs maux sont list\u00e9s\u00a0: x\u00e9nophobie, racisme, sexisme, violences faites aux femmes, la guerre et l\u2019injustice. Mais aussi, un hommage \u00e0 Ibrahim Ali, \u00e0 Abdoulaye N\u2019Diaye, \u00ab\u00a0<em>dernier tirailleur s\u00e9n\u00e9galais, mort le 10 novembre 1998 \u00e0 104 ans alors qu\u2019il choisissait son boubou pour la c\u00e9r\u00e9monie du lendemain ou on allait lui remettre la L\u00e9gion d\u2019honneur<\/em>\u00a0\u00bb, aux victimes de la Traite n\u00e9gri\u00e8re, p\u00e9riode pendant laquelle les noirs \u00e9taient consid\u00e9r\u00e9s comme des \u00ab\u00a0sous-hommes\u00a0\u00bb, ceux du printemps arabe, ceux du crash du vol de la compagnie Yemenia, ainsi qu\u2019\u00e0 ceux des kwasa-kwasa vers Mayotte, formant le \u00ab\u00a0plus grand cimeti\u00e8re marin du monde\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Le premier texte \u00ab\u00a0<em>Mots pour Maux du Monde<\/em>\u00a0\u00bb, on pourrait le d\u00e9dier aux petites filles viol\u00e9es de chez nous et d\u2019ailleurs, car c\u2019est \u00ab\u00a0triste, glauque, sordide et naus\u00e9abonde\u00a0\u00bb.\u00a0 D\u00e8s le premier vers, ma pens\u00e9e s\u2019est dirig\u00e9e vers elles.<\/p>\n<p>Sous ce silence, sachez qu\u2019il s\u2019agit de larmes sous un oreiller, il s\u2019agit d\u2019une peur inavou\u00e9e, il s\u2019agit d\u2019une enfance, d\u2019une vie, et de r\u00eaves g\u00e2ch\u00e9s, vol\u00e9s,mais surtout il s\u2019agit d\u2019un crime immonde contre notre humanit\u00e9.<\/p>\n<p>Certaines petites filles ne disent rien, car il s\u2019agit de l\u2019oncle, du p\u00e8re en somme un membre ou proche de la famille. Et qui va croire \u00e0 sa parole de petite gamine\u00a0? Elles se taisent pour toujours.<\/p>\n<p>Certaines familles disent \u00ab\u00a0on se fera justice nous-m\u00eames, car la justice est injuste\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Ailleurs il ya les soi-disant balles perdues, veulent-ils nous faire croire ici l\u2019existence de\u00ab\u00a0sexes perdus\u00a0\u00bb\u00a0?Tant de maux, oui, sur ce bas monde et aucun mot ne peut vraiment les d\u00e9crire,seulement les effleurer.<\/p>\n<p><em>Les Murs\/intime ennemi<\/em>, ici l\u2019auteur rend hommage \u00e0 toutes ces femmes battues, mortes sous les coups de leur \u00ab\u00a0intime ennemi\u00a0\u00bb. Hommage \u00e0 ces femmes qui n\u2019osent avouer leurs cauchemars et qui sont dans l\u2019espoir que \u00e7a change ou changera un jour. Hommage \u00e0 toutes les femmes qui \u00ab\u00a0tombent love d\u2019un voyou\u00a0\u00bb. Un seul mot \u00ab\u00a0STOP\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p><strong>Les richesses de l\u2019Afrique<\/strong><\/p>\n<p>L\u2019Afrique d\u00e9tient de grandes richesses sous la forme deressources naturelles, pourtant elle est le continent le plus pauvre.<\/p>\n<p><em>\u00a0<\/em>Dans le texte \u00ab\u00a0Conscience africaine\u00a0\u00bb, treize noms sont cit\u00e9s, ce sont treize grandes personnalit\u00e9s africaines.<\/p>\n<p>Il est dit \u00ab\u00a0ces consciences africaines qui nous appellent \u00e0 l\u2019\u00e9veil, \u00e0 la r\u00e9sistance\u00a0\u00bb, ce passage me rappelle la fameuse expression de Sankara disant\u00a0: \u00ab\u00a0la patrie ou la mort\u00a0\u00bb. Dor\u00e9navant, certains d\u2019entre nous cacheront leurs passeports et pi\u00e8ces d\u2019identit\u00e9 par honte de leur \u00ab\u00a0patrie\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p><em>\u00ab\u00a0Notre histoire brad\u00e9e, notre m\u00e9moire format\u00e9e<\/em><\/p>\n<p><em>Pour des paradis fiscaux et des devises de sang<\/em><\/p>\n<p><em>Nos h\u00e9ros, nos l\u00e9gendes, des lambeaux de fiert\u00e9<\/em><\/p>\n<p><em>Pour ali\u00e9n\u00e9s mentaux et r\u00eaveurs imp\u00e9nitents\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p>On ne peut lire ce passage sans penser\u00e0toutes ces personnes qui peuvent beaucoup apporter\u00e0 leur pays, mais qui font profil bas par peur de repr\u00e9sailles ou encore\u00e0 ces \u00ab\u00a0cerveaux\u00a0\u00bb qui quittent leur pays, en ayant comme philosophie\u00a0: \u00ab\u00a0Vaut mieux qu\u2019un patron d\u2019une autre nationalit\u00e9 me maltraite, que mon compatriote qui est cens\u00e9 \u00eatre mon fr\u00e8re\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>[\/ihc-hide-content]<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>MbaeSoly Mohamed plus connu sous le pseudonyme de Soly est un po\u00e8te, slameur franco-comorien qui vit \u00e0 Marseille. 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