{"id":2674,"date":"2019-03-25T09:00:23","date_gmt":"2019-03-25T06:00:23","guid":{"rendered":"https:\/\/masiwa-comores.com\/?p=2674"},"modified":"2019-03-25T09:00:23","modified_gmt":"2019-03-25T06:00:23","slug":"le-chaos-a-anjouan","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/masiwa-comores.com\/non-classe\/le-chaos-a-anjouan\/","title":{"rendered":"Le chaos \u00e0 Anjouan"},"content":{"rendered":"<p><strong>Le double scrutin du 24 mars aura \u00e9t\u00e9 synonyme de chaos dans l\u2019\u00eele d\u2019Anjouan, o\u00f9 le pouvoir est impopulaire. Des bless\u00e9es graves par balles, des bourrages et des saccages d\u2019urnes, des repr\u00e9sentants de l\u2019opposition ind\u00e9sirables dans les bureaux de vote et, pour couronner le tout, une arm\u00e9e qui a clairement pris position.\u00a0<\/strong><em>Par TM<\/em><\/p>\n<p>[ihc-hide-content ihc_mb_type=&#8221;show&#8221; ihc_mb_who=&#8221;2,3,4,5,6,9&#8243; ihc_mb_template=&#8221;1&#8243; ]<\/p>\n<p>T\u00f4t le matin du dimanche 24 mars, les \u00e9lecteurs d\u2019Anjouan se sont pr\u00e9sent\u00e9s devant les bureaux de vote en vue d\u2019accomplir leur droit civique. Un droit dont ils seront priv\u00e9s, d\u2019une mani\u00e8re ou d\u2019une autre. Tout commence \u00e0 Mremani dans le Nyumakele, la plus grande r\u00e9gion de l\u2019\u00eele. C\u2019est d\u2019ici que nous avons re\u00e7u les premi\u00e8res informations du jour. Il est 7H30, et nous sommes \u00e0 l\u2019a\u00e9roport de Hahaya dans l\u2019attente du vol qui nous m\u00e8nera l\u00e0 o\u00f9 tous les regards sont tourn\u00e9s.<\/p>\n<p>A Mremani en effet, les \u00e9lecteurs attendaient en file indienne devant les bureaux. Ceux-ci mettent du temps \u00e0 ouvrir. Et pourtant il y a des gens \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur. La curiosit\u00e9 saisit un des votants, lass\u00e9 de cette longue attente. Il a jet\u00e9 un regard indiscret \u00e0 travers une fen\u00eatre entrouverte. Quelle ne fut sa surprise de voir les urnes pleines avant m\u00eame l\u2019ouverture des bureaux! Il informa les autres de la supercherie, et le brouhaha g\u00e9n\u00e9ral s\u2019invita.<\/p>\n<p>Les forces de l\u2019ordre venues surveiller les lieux sont sur le qui-vive. Les assesseurs des candidats de l\u2019opposition tentent tant bien que mal d\u2019entrer dans les bureaux. Le chemin leur est bloqu\u00e9 par les hommes en treillis, prompts \u00e0 appuyer sur la g\u00e2chette \u00e0 la moindre r\u00e9sistance. Ce qui sera le cas, d\u2019ailleurs. La situation prend de l\u2019ampleur. Un renfort est venu de Mramani, une autre localit\u00e9. Aux environs de 9h, les caisses urnes remplies de bulletins sont achemin\u00e9es vers l\u2019on ne sait o\u00f9.<\/p>\n<p>Pendant l\u2019acheminement, les forces de l\u2019ordre constatent que les voies \u00e9taient bloqu\u00e9es. Un duel est engag\u00e9 entre civils et arm\u00e9s\u00a0: projectiles contre roquettes balles \u00ab\u00a0r\u00e9elles\u00a0\u00bb. Aucun bless\u00e9. Dans les autres localit\u00e9s, le mode op\u00e9ratoire \u00e9tait toujours le m\u00eame. Des urnes bourr\u00e9es de bulletins de vote avant m\u00eame l\u2019ouverture des bureaux. A l\u2019exception de \u00a0Koki, localit\u00e9 limitrophe de Bazimini.<\/p>\n<p>Un \u00e9lecteur pouvait voter avec \u00ab 5 \u00e0 10\u00a0\u00bb bulletins selon les informations recueillies sur place. Quand il a d\u00e9couvert le pot aux roses, l\u2019assesseur du parti Juwa n\u2019a pas crois\u00e9 les bras. Sa r\u00e9action lui a valu sa mise \u00e0 l\u2019\u00e9cart par le pr\u00e9sident du bureau, qui a du r\u00e9quisitionn\u00e9 les forces de l\u2019ordre. La population n\u2019a pas dig\u00e9r\u00e9. Elle a fait irruption dans les bureaux et saccag\u00e9 le mat\u00e9riel. Des \u00e9l\u00e9ments suppl\u00e9mentaires des forces ont du venir prendre la situation en main. Nous apprendrons un peu plus tard que des supplices \u00e9taient r\u00e9serv\u00e9s aux \u00ab\u00a0fouteurs de trouble\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Deux bureaux de vote de Tsembehou sont saccag\u00e9s par la population. Et pour cause, les urnes \u00e9taient d\u00e9j\u00e0 remplies de bulletins avant l\u2019ouverture des bureaux. \u00ab\u00a0M\u00eame les assesseurs n\u2019avaient pas encore vot\u00e9\u00a0\u00bb, t\u00e9moigne d\u00e9\u00e7u un repr\u00e9sentant du candidat Hamidou Karihila. Un autre repr\u00e9sentant de la Mouvance pr\u00e9sidentielle d\u00e9ment cette version. Pour lui, les \u00e9lecteurs ont bien vot\u00e9 \u00ab\u00a0quitte \u00e0 vous montrer les listes d\u2019\u00e9margements\u00a0\u00bb. Mais avant de voir la fameuse liste, nous avons d\u2019abord demand\u00e9 \u00e0 comprendre comment en seulement deux heures de temps les urnes \u00e9taient pleines. Notre interlocuteur, g\u00ean\u00e9, a pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 mettre fin \u00e0 la discussion.<\/p>\n<p>A Lingoni, la route est barricad\u00e9e. Le repr\u00e9sentant du candidat Fahmi Said Ibrahim avoue que c\u2019est l\u2019\u0153uvre de la population indign\u00e9e. Selon lui, aucun \u00e9lecteur n\u2019a mis un pied dans un bureau de vote. \u00ab\u00a0Les membres du bureau qui repr\u00e9sentaient la Mouvance se sont enferm\u00e9s \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur. Ils ont trait\u00e9 leur op\u00e9ration et appel\u00e9 l\u2019arm\u00e9e pour partir avec les urnes\u00a0\u00bb, nous confiait-il, il \u00e9tait 11h. Nous avions du retrousser les manches pour d\u00e9gager la voie afin de pouvoir continuer notre route.<\/p>\n<p>Nous sommes arriv\u00e9s \u00e0 Pomoni. La localit\u00e9 est tr\u00e8s silencieuse. Des pneus et des d\u00e9tritus en feu d\u00e9corent la route. Au loin, une \u00e9pave d\u2019un minibus barre la voie. Impossible d\u2019avancer. Nous avons du nous arr\u00eater le temps de voir un villageois. Et voil\u00e0 que ce gar\u00e7on d\u2019une quinzaine d\u2019ann\u00e9es surgit de nulle part. La voix haletante, il nous raconte ce qui s\u2019est pass\u00e9. \u00ab\u00a0Trois personnes sont bless\u00e9es par balles\u00a0\u00bb, devait-il l\u00e2cher, aux bords des larmes. Soudain, une femme pieds nus court vers nous. Elle s\u2019est arr\u00eat\u00e9e \u00e0 quelques m\u00e8tres, puis a rebrouss\u00e9 chemin. Puis elle est revenue. D\u00e9ambule-t-elle, ou cherche-t-elle une cachette\u00a0?<\/p>\n<p>Avant de r\u00e9soudre cette \u00e9nigme, une sir\u00e8ne retentit. A un kilom\u00e8tre de nous. C\u2019est l\u2019ambulance qui transporte les trois bless\u00e9s graves. Nous avons du croire que le v\u00e9hicule sanitaire faisait route jusqu\u2019\u00e0 Mutsamudu. Que nenni. Il s\u2019arr\u00eatait au large. Un bain de foule l\u2019entoure. Certains en larmes. D\u2019autres en train d\u2019entonner des versets coraniques. L\u2019ambulance se dirige au bord de la mer.\u00a0 Les bless\u00e9s doivent \u00eatre \u00e9vacu\u00e9s \u00e0 Mayotte, \u00e0 10\u00a0000 kilom\u00e8tres de l\u00e0.<\/p>\n<p>La distance caillouteuse qui s\u00e9pare le v\u00e9hicule de l\u2019embarcation qui attend au large, complique l\u2019acheminement pour des bless\u00e9s qui n\u2019arrivent pas \u00e0 se maintenir d\u00e9bout. Il faut les porter. A bout des bras. Sauf que si ce moyen fonctionne avec Hassane Ahmed et Anli Bakar, il ne fonctionnera pas avec Mourchane Abdallah. Ce dernier a pris plusieurs balles et dans les cotes, dans l\u2019abdomen et \u00e0 la main. Son corps est perfor\u00e9.<\/p>\n<p>Son \u00e9tat est critique quoiqu\u2019il essaie de dire au revoir aux siens, avec une main droite qu\u2019il arrive \u00e0 peine \u00e0 mouvoir depuis le matelas sur lequel il est port\u00e9 en guise de civi\u00e8re. Un baroud d\u2019honneur de cet homme de 28 ans, d\u00e9tenteur d\u2019un studio d\u2019animation. Comme les autres localit\u00e9s, Pomoni a essay\u00e9 de se mettre devant le fait accompli avec des urnes remplies en avance. Les villageois ont r\u00e9cup\u00e9r\u00e9 les douilles et les gardent soigneusement. Un \u00e9l\u00e9ment \u00e0 conviction, surtout que les autorit\u00e9s veulent faire croire que les bless\u00e9s s\u2019\u00e9taient cogn\u00e9s contre des briques.<\/p>\n<p>Direction Sima. C\u2019est d\u2019ici qu\u2019est originaire le ministre premier Moustadroine Abdou. Dans les bureaux de vote, aucun repr\u00e9sentant des candidats de l\u2019opposition. \u00ab\u00a0Ils sont partis manger car leurs candidats ne leur ont rien envoy\u00e9\u00a0\u00bb, nous dira avec moquerie le pr\u00e9sident d\u2019un bureau. Seulement, ils ne reviendront jamais. Dehors, un vieillard assis contre un mur poussi\u00e9reux. \u00ab\u00a0Tous ceux qui ne soutiennent pas la Mouvance n\u2019ont pas le droit de voter. Ils sont chass\u00e9s d\u00e8s qu\u2019ils approchent le bureau\u00a0\u00bb, rapporte celui qui dit n\u2019avoir pas accompli son droit civique. \u00ab\u00a0Parce qu\u2019ils savent que je ne suis pas l\u2019un d\u2019eux\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>D\u2019ailleurs, au sein d\u2019un bureau de vote, un militaire est install\u00e9 alors que dehors tout est quadrill\u00e9. Une pr\u00e9sence qui intrigue. Mais le pr\u00e9sident du bureau insiste que c\u2019\u00e9tait pour sa s\u00e9curit\u00e9. C\u2019\u00e9tait peut-\u00eatre celui qui \u00e9tait charg\u00e9 de faire les gros yeux aux \u00e9lecteurs des candidats de l\u2019opposition si d\u2019aventure ils faisaient preuve de r\u00e9sistance. A Bimbini, plus de vote. Les caisses \u00e9tant remplies avant l\u2019ouverture des bureaux, la population s\u2019est oppos\u00e9e. Les bureaux sont ferm\u00e9s, tout le monde est retourn\u00e9 chez lui.<\/p>\n<p>A Mamoi, dans les banlieues de Mutsamudu, les 4 bureaux de vote sont saccag\u00e9s toujours pour les m\u00eames raisons. Sur la route, des bulletins en lambeaux. \u00c9l\u00e9ments curieux, sur ces morceaux de bulletins on aper\u00e7oit le candidat Azali Assoumani avec un autre logo que celui enregistr\u00e9 dans le bulletin officiel. D\u2019o\u00f9 viennent ces faux bulletins\u00a0? Pourquoi bourrer des urnes avant le d\u00e9but de vote sachant qu\u2019elles sont transparentes\u00a0? N\u2019\u00e9tait-ce pas intentionnel dans le but de provoquer l\u2019opposition pour faire annuler le scrutin dans les bureaux o\u00f9 le pouvoir se sait minoritaire\u00a0?<\/p>\n<p>[\/ihc-hide-content]<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le double scrutin du 24 mars aura \u00e9t\u00e9 synonyme de chaos dans l\u2019\u00eele d\u2019Anjouan, o\u00f9 le pouvoir est impopulaire. 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