{"id":13253,"date":"2026-08-10T23:30:21","date_gmt":"2026-08-10T20:30:21","guid":{"rendered":"https:\/\/masiwa-comores.com\/?p=13253"},"modified":"2026-08-10T23:30:22","modified_gmt":"2026-08-10T20:30:22","slug":"quand-nos-traditions-seffacent-notre-societe-vacille","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/masiwa-comores.com\/culture\/quand-nos-traditions-seffacent-notre-societe-vacille\/","title":{"rendered":"Quand nos traditions s\u2019effacent, notre soci\u00e9t\u00e9 vacille"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong><em>Une soci\u00e9t\u00e9 ne dispara\u00eet pas seulement lorsqu\u2019elle perd son territoire. Elle commence \u00e0 s\u2019effacer lorsqu\u2019elle oublie les valeurs qui ont fond\u00e9 son identit\u00e9. Aux Comores, cette question m\u00e9rite aujourd\u2019hui d\u2019\u00eatre pos\u00e9e avec lucidit\u00e9 : que reste-t-il de l\u2019h\u00e9ritage que nos anc\u00eatres nous ont l\u00e9gu\u00e9 ?<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Par Issihaka Mohamed. M\u00e9diateur culturel<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les Comores sont un archipel fa\u00e7onn\u00e9 par une identit\u00e9 forte, nourrie par sa culture, ses traditions et sa foi musulmane. Pendant des g\u00e9n\u00e9rations, ces valeurs ont constitu\u00e9 notre boussole. Elles r\u00e9gissaient la vie collective, inspiraient le respect et garantissaient la coh\u00e9sion de nos villages.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 cette \u00e9poque, nul ne pouvait agir sans rendre compte de ses actes. Chaque individu \u00e9tait responsable devant la communaut\u00e9, et la famille du fautif partageait souvent cette responsabilit\u00e9 morale. Cette exigence collective reposait avant tout sur une valeur essentielle : le respect.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nos anc\u00eatres connaissaient leurs devoirs autant que leurs droits. Ils savaient o\u00f9 commen\u00e7ait leur libert\u00e9 et o\u00f9 elle devait s\u2019arr\u00eater pour pr\u00e9server celle des autres. C\u2019est cette discipline volontaire qui a permis \u00e0 nos villages de b\u00e2tir une r\u00e9putation de paix, de solidarit\u00e9 et de dignit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Aujourd\u2019hui, une question s\u2019impose : pourquoi ces rep\u00e8res s\u2019effacent-ils progressivement ? Pourquoi les r\u00e8gles qui assuraient autrefois l\u2019\u00e9quilibre de nos communaut\u00e9s semblent-elles perdre leur force ?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>L\u2019\u00e9ducation communautaire<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 mes yeux, nos anciens avaient compris une v\u00e9rit\u00e9 fondamentale : une soci\u00e9t\u00e9 qui abandonne ses traditions et ses valeurs finit par fragiliser ses propres fondations.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019un des piliers de cette organisation \u00e9tait l\u2019\u00e9ducation communautaire. Aux Comores, un enfant n\u2019appartenait pas uniquement \u00e0 ses parents (\u00ab&nbsp;mwana tsi wa mdzima&nbsp;\u00bb), il appartenait aussi \u00e0 son village. Chaque adulte avait le devoir de transmettre une valeur, de rappeler une r\u00e8gle ou de corriger un comportement lorsque cela \u00e9tait n\u00e9cessaire.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Lorsqu\u2019un probl\u00e8me d\u00e9passait le cadre familial, la communaut\u00e9 se r\u00e9unissait pour rechercher une solution. La responsabilit\u00e9 \u00e9tait collective et chacun se sentait concern\u00e9 par l\u2019avenir des plus jeunes.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C\u2019est cette solidarit\u00e9 qui faisait la force de notre soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le Grand Mariage (<em>Anda<\/em>), souvent pr\u00e9sent\u00e9 comme un symbole de prestige, ne suffisait pas \u00e0 lui seul pour acc\u00e9der aux responsabilit\u00e9s. Avant de devenir <em>Mna Ikofia<\/em> (la premi\u00e8re \u00e9tape de la classe d\u2019\u00e2ge d\u2019un grand-mari\u00e9), il fallait franchir toutes les \u00e9tapes de l\u2019apprentissage. Les anciens formaient les futurs responsables aux r\u00e8gles de la tradition, \u00e0 la prise de parole, \u00e0 la m\u00e9diation, aux travaux communautaires et au respect des autres. \u00c0 travers des institutions coutumi\u00e8res comme <em>eMila Yahatru<\/em>, ils transmettaient bien plus qu\u2019un savoir : ils formaient des femmes et des hommes capables de servir leur communaut\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Quand les anciens choisissaient les responsables<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nos anc\u00eatres vivaient pourtant dans des conditions infiniment plus difficiles que les n\u00f4tres. Les routes \u00e9taient rares, les moyens de transport limit\u00e9s, les t\u00e9l\u00e9phones inexistants. Pourtant, malgr\u00e9 ces contraintes, la solidarit\u00e9 fonctionnait. Les conflits \u00e9taient r\u00e9gl\u00e9s rapidement. Les sages et les notables jouaient pleinement leur r\u00f4le de m\u00e9diateurs.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">On ne devenait pas responsable parce qu\u2019on le souhaitait ou parce qu\u2019on faisait campagne. Les anciens observaient les comportements pendant de longues ann\u00e9es avant de confier une responsabilit\u00e9. Celui qui \u00e9tait choisi devait avoir fait preuve d\u2019int\u00e9grit\u00e9, de sagesse, de capacit\u00e9 d\u2019\u00e9coute, d\u2019esprit de dialogue et d\u2019amour pour son village. Son v\u00e9ritable <em>curriculum vitae<\/em> \u00e9tait constitu\u00e9 par ses actes, sa parole et son comportement.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La responsabilit\u00e9 n\u2019\u00e9tait pas un privil\u00e8ge ; elle \u00e9tait un service rendu \u00e0 la communaut\u00e9. Le responsable devait savoir dialoguer avec les villages voisins, apaiser les tensions, rapprocher les personnes et toujours privil\u00e9gier l\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral au d\u00e9triment des int\u00e9r\u00eats personnels.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C\u2019est ainsi que nos villages ont longtemps v\u00e9cu dans la paix et la stabilit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Une question pour notre \u00e9poque<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Aujourd\u2019hui, pouvons-nous dire que ces crit\u00e8res pr\u00e9sident encore au choix de nos responsables communautaires ?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La disparition progressive de ces exigences n\u2019explique-t-elle pas, au moins en partie, les difficult\u00e9s que connaissent d\u00e9sormais plusieurs de nos villages ?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ne devons-nous pas engager une r\u00e9flexion collective afin de redonner toute sa place \u00e0 la responsabilit\u00e9, au m\u00e9rite et au sens du bien commun ?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Comme dit un proverbe, les grandes personnes ne meurent jamais. Elles continuent de vivre \u00e0 travers leur h\u00e9ritage.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Mlanawandru, Mmadi wa Nuhu, Mze Mmadi Ali Kari, Mze Mbaraka et tant d\u2019autres ont laiss\u00e9 des traces profondes dans notre m\u00e9moire collective. L\u2019histoire demeure le t\u00e9moin de leurs actions et continue de juger leurs \u0153uvres respectives. Hari&nbsp;&nbsp; etarehi&nbsp;&nbsp; iwadjumbuza.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Retrouver l\u2019esprit de nos anc\u00eatres<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nos responsables communautaires doivent se r\u00e9unir, \u00e9changer et retrouver le sens de la m\u00e9diation qui faisait autrefois la force de nos villages.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 une \u00e9poque o\u00f9 il n\u2019existait ni routes goudronn\u00e9es, ni t\u00e9l\u00e9phones portables, ni r\u00e9seaux sociaux, les conflits \u00e9taient souvent r\u00e9solus avant m\u00eame que l\u2019\u00c9tat n\u2019intervienne. Les sages se mobilisaient rapidement pour pr\u00e9server la paix entre les familles et entre les villages.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La d\u00e9linquance juv\u00e9nile demeurait marginale. Les ranc\u0153urs ne s\u2019installaient pas durablement, car chacun savait que pr\u00e9server la dignit\u00e9 de l\u2019autre revenait \u00e0 pr\u00e9server la sienne.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Comme le rappelle la sagesse populaire \u00e0 travers les paroles de Yusufa Didjoni : <em>\u00ab&nbsp;Nyao mwedja seo mwedja, nehe na bwe&nbsp;\u00bb<\/em> (\u00ab&nbsp;Les grandes r\u00e9alisations naissent lorsque ceux qui les portent se reconnaissent comme des fr\u00e8res, unis par le m\u00eame esprit, comme s\u2019ils \u00e9taient issus d\u2019une m\u00eame m\u00e8re et d\u2019un m\u00eame p\u00e8re&nbsp;\u00bb). Autrement dit, la dignit\u00e9 de mon voisin est aussi la mienne. La paix de son village garantit \u00e9galement la paix du mien.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Un devoir de transmission<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Comment pouvons-nous accepter que les nouvelles g\u00e9n\u00e9rations grandissent sans conna\u00eetre ces valeurs ? Comment laisser dispara\u00eetre les r\u00e9cits, les traditions et la m\u00e9moire de ceux qui ont construit notre soci\u00e9t\u00e9 ?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En tant que promoteur de la culture, je lance un appel solennel \u00e0 nos p\u00e8res, \u00e0 nos m\u00e8res, \u00e0 nos oncles et \u00e0 nos anciens : racontez-nous l\u2019histoire de nos villages. Transmettez-nous la sagesse de nos anc\u00eatres, leurs exp\u00e9riences, leurs erreurs et leurs r\u00e9ussites. C\u2019est dans cette m\u00e9moire que r\u00e9sident les fondements de notre identit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La paix, le respect, le dialogue et la solidarit\u00e9 sont les plus pr\u00e9cieux h\u00e9ritages qu\u2019ils nous ont l\u00e9gu\u00e9s. Il nous appartient d\u00e9sormais de les pr\u00e9server et de les transmettre aux g\u00e9n\u00e9rations pr\u00e9sentes et futures.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Une soci\u00e9t\u00e9 ne dispara\u00eet pas seulement lorsqu\u2019elle perd son territoire. Elle commence \u00e0 s\u2019effacer lorsqu\u2019elle oublie les valeurs qui ont fond\u00e9 son identit\u00e9. Aux Comores, cette question m\u00e9rite aujourd\u2019hui d\u2019\u00eatre pos\u00e9e avec lucidit\u00e9 : que reste-t-il de l\u2019h\u00e9ritage que nos anc\u00eatres nous ont l\u00e9gu\u00e9 ? Par Issihaka Mohamed. 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