{"id":13213,"date":"2026-07-14T09:31:13","date_gmt":"2026-07-14T06:31:13","guid":{"rendered":"https:\/\/masiwa-comores.com\/?p=13213"},"modified":"2026-07-14T09:31:14","modified_gmt":"2026-07-14T06:31:14","slug":"moroni-nest-pas-lextension-dune-ville-cest-lassemblage-durbanites","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/masiwa-comores.com\/societe\/moroni-nest-pas-lextension-dune-ville-cest-lassemblage-durbanites\/","title":{"rendered":"Moroni n\u2019est pas l\u2019extension d\u2019une ville, c\u2019est l\u2019assemblage d\u2019urbanit\u00e9s"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Depuis plusieurs d\u00e9cennies, les villes africaines sont souvent d\u00e9crites \u00e0 travers ce qui leur manquerait : routes, r\u00e9seaux d\u2019assainissement, transports collectifs, logements en dur ou plans d\u2019urbanisme. Cette mani\u00e8re de penser conduit \u00e0 comparer les m\u00e9tropoles africaines aux mod\u00e8les europ\u00e9ens, comme si leur avenir d\u00e9pendait avant tout du b\u00e9ton, de l\u2019acier et du goudron. Or, cette lecture passe \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de l\u2019essentiel. Pour comprendre une ville comme Moroni, capitale des Comores, il faut commencer par observer les hommes avant le b\u00e9ton, l\u2019urbanit\u00e9 avant l\u2019urbanisme.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Par Salec Halidi Abderemane*\u00a0<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>L&#8217;archipel des Comores dans le canal du Mozambique et la situation de la capitale, Moroni, sur l&#8217;\u00eele de Grande-Comore.<\/strong><strong><\/strong><\/p>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading\">D\u00e9passer le prisme occidental<\/h1>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La sociologie europ\u00e9enne classique a profond\u00e9ment influenc\u00e9 notre mani\u00e8re de penser la ville. Chez Max Weber, Georg Simmel ou \u00c9mile Durkheim, la modernit\u00e9 urbaine accompagne l\u2019individualisation, l\u2019affaiblissement des appartenances communautaires et l\u2019anonymat. La ville y devient le lieu de la d\u00e9saffiliation, o\u00f9 les liens traditionnels s\u2019effacent progressivement au profit de relations plus impersonnelles. Cette histoire est celle des villes europ\u00e9ennes, elle ne permet pas de saisir la trajectoire des m\u00e9tropoles africaines.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019urbaniste Abdou Maliq Simone propose une autre grille de lecture en invitant \u00e0 regarder les \u00ab infrastructures de personnes \u00bb (<em>people as infrastructure<\/em>). Dans de nombreuses villes africaines, les habitants accomplissent par leurs relations sociales ce que les infrastructures techniques assurent ailleurs. Les solidarit\u00e9s familiales, les voisinages, les r\u00e9seaux religieux, les circulations migratoires, les \u00e9conomies populaires et la diaspora permettent \u00e0 la ville de fonctionner malgr\u00e9 l\u2019insuffisance des \u00e9quipements. Les habitants deviennent eux-m\u00eames les premi\u00e8res infrastructures de la m\u00e9tropole.&nbsp;<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignright size-full is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"327\" height=\"449\" src=\"https:\/\/masiwa-comores.com\/cififuv\/2026\/07\/carte_Moroni.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-13217\" style=\"aspect-ratio:0.7283072546230441;width:287px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/masiwa-comores.com\/cififuv\/2026\/07\/carte_Moroni.jpeg 327w, https:\/\/masiwa-comores.com\/cififuv\/2026\/07\/carte_Moroni-218x300.jpeg 218w\" sizes=\"auto, (max-width: 327px) 100vw, 327px\" \/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Mais, Simone va plus loin : il montre que les citadins vivent aussi de leur capacit\u00e9 \u00e0 rendre visibles ou invisibles leurs appartenances selon les circonstances. La visibilit\u00e9 devient une ressource urbaine o\u00f9 l\u2019on mobilise une identit\u00e9, puis une autre, selon les lieux, les situations ou les alliances. La ville africaine est faite de cette circulation permanente entre plusieurs mondes sociaux.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading\">Moroni, laboratoire de l\u2019assemblage d\u2019urbanit\u00e9s<\/h1>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Un quartier pr\u00e9caire de Moroni : l\u2019analyse mat\u00e9rielle et technique ne suffit pas \u00e0 r\u00e9v\u00e9ler les dynamiques sociales qui font fonctionner la ville.<\/strong><strong><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Moroni illustre remarquablement cette r\u00e9alit\u00e9. Si l\u2019on regarde seulement son b\u00e2ti, on voit une capitale en expansion, des quartiers pr\u00e9caires, des routes satur\u00e9es et un d\u00e9ficit chronique d\u2019\u00e9quipements. Mais si l\u2019on observe ses habitants, on d\u00e9couvre une autre dynamique : une m\u00e9tropole qui se construit par l\u2019assemblage d\u2019urbanit\u00e9s.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En Occident, on pense souvent qu\u2019une m\u00e9tropole est un assemblage de b\u00e2timents ou l\u2019extension d\u2019une ville. \u00c0 Moroni, elle est d\u2019abord un assemblage d\u2019urbanit\u00e9s. La m\u00e9dina, les villages absorb\u00e9s par l\u2019urbanisation, les quartiers n\u00e9s des migrations, les espaces populaires, mais aussi la paysanit\u00e9 et la villagit\u00e9 continuent de coexister dans un m\u00eame espace. La ville n\u2019efface pas le village ; elle le transporte avec elle.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>L&#8217;extension spatiale de Moroni : une articulation permanente entre le centre historique (M\u00e9dina), les localit\u00e9s voisines absorb\u00e9es (Ikoni) et les nouvelles zones d&#8217;urbanisation.<\/strong><strong><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Chaque quartier porte ainsi sa propre urbanit\u00e9. Mtsangani n\u2019est pas seulement un quartier : c\u2019est une m\u00e9moire, une r\u00e9putation et un r\u00e9seau de solidarit\u00e9s. Badjanani poss\u00e8de sa propre identit\u00e9 sociale. Ikoni demeure \u00e0 la fois une commune voisine et un monde social avec lequel Moroni entretient des relations de coop\u00e9ration autant que de rivalit\u00e9, Itsandra de m\u00eame. La Coul\u00e9e de lave, longtemps assimil\u00e9e aux populations anjouanaises pendant la crise s\u00e9paratiste, rappelle combien les appartenances continuent de structurer les repr\u00e9sentations de l\u2019espace urbain.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ces identit\u00e9s s\u2019allient, se confrontent et se recomposent sans cesse. C\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment cette coexistence qui fabrique la m\u00e9tropole. Le grand mariage (<em>anda<\/em>), les solidarit\u00e9s familiales, les transferts de la diaspora, les r\u00e9seaux religieux ou les voisinages ne sont pas de simples survivances d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 traditionnelle. Ils organisent les mobilit\u00e9s, facilitent l\u2019acc\u00e8s au logement, soutiennent les activit\u00e9s \u00e9conomiques, permettent aux nouveaux habitants de trouver leur place et produisent quotidiennement la ville.&nbsp;<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignright size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"865\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/masiwa-comores.com\/cififuv\/2026\/07\/comores-865x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-13218\" style=\"aspect-ratio:0.8447320254698255;width:362px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/masiwa-comores.com\/cififuv\/2026\/07\/comores-865x1024.jpg 865w, https:\/\/masiwa-comores.com\/cififuv\/2026\/07\/comores-253x300.jpg 253w, https:\/\/masiwa-comores.com\/cififuv\/2026\/07\/comores-768x909.jpg 768w, https:\/\/masiwa-comores.com\/cififuv\/2026\/07\/comores-600x710.jpg 600w, https:\/\/masiwa-comores.com\/cififuv\/2026\/07\/comores-750x888.jpg 750w, https:\/\/masiwa-comores.com\/cififuv\/2026\/07\/comores.jpg 1046w\" sizes=\"auto, (max-width: 865px) 100vw, 865px\" \/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading\">Pour une nouvelle proposition th\u00e9orique de la m\u00e9tropole africaine<\/h1>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Loin d\u2019\u00eatre une simple vulgarisation du concept d\u2019infrastructure de personnes appliqu\u00e9e aux Comores, la m\u00e9tropole africaine doit s\u2019appr\u00e9hender \u00e0 travers cette proposition th\u00e9orique : un espace d\u2019assemblage o\u00f9 coexistent et s&#8217;articulent l\u2019urbanit\u00e9, la villagit\u00e9 et la paysanit\u00e9. D\u00e8s lors, les infrastructures qui ont accompagn\u00e9 la construction des m\u00e9tropoles occidentales (b\u00e9ton, acier, goudron, r\u00e9seaux techniques) ne suffisent pas \u00e0 expliquer l\u2019Afrique urbaine. Elles sont n\u00e9cessaires, \u00e9videmment, pour r\u00e9pondre aux besoins vitaux en eau, en assainissement ou en transports. Mais, elles viennent souvent consolider une ville d\u00e9j\u00e0 solidement b\u00e2tie par les relations sociales.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En Occident, on pense souvent qu\u2019une m\u00e9tropole est un assemblage de b\u00e2timents. \u00c0 Moroni, elle est d\u2019abord un assemblage d\u2019urbanit\u00e9s. Les routes relient les quartiers ; les infrastructures de personnes relient les mondes sociaux. C\u2019est pourquoi comprendre les villes africaines suppose d\u2019\u00e9tudier d\u2019abord les hommes, leurs appartenances, leurs circulations et leurs solidarit\u00e9s. Le b\u00e9ton vient ensuite.<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>G\u00e9ographe et doctorant en sociologie au Centre \u00c9mile Durkheim (Universit\u00e9 de Bordeaux).<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Depuis plusieurs d\u00e9cennies, les villes africaines sont souvent d\u00e9crites \u00e0 travers ce qui leur manquerait : routes, r\u00e9seaux d\u2019assainissement, transports collectifs, logements en dur ou plans d\u2019urbanisme. Cette mani\u00e8re de penser conduit \u00e0 comparer les m\u00e9tropoles africaines aux mod\u00e8les europ\u00e9ens, comme si leur avenir d\u00e9pendait avant tout du b\u00e9ton, de l\u2019acier et du goudron. 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