{"id":12992,"date":"2026-04-27T14:00:20","date_gmt":"2026-04-27T11:00:20","guid":{"rendered":"https:\/\/masiwa-comores.com\/?p=12992"},"modified":"2026-04-27T14:00:22","modified_gmt":"2026-04-27T11:00:22","slug":"mayotte-du-comptoir-colonial-au-101e-departement-francais-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/masiwa-comores.com\/culture\/mayotte-du-comptoir-colonial-au-101e-departement-francais-2\/","title":{"rendered":"Mayotte, du comptoir colonial au 101e d\u00e9partement fran\u00e7ais (2)"},"content":{"rendered":"\n<h1 class=\"wp-block-heading\">Deuxi\u00e8me partie : La colonie en crise (1880-1914)<\/h1>\n\n\n\n<p>La crise sucri\u00e8re qui frappe Mayotte \u00e0 partir de 1883 est \u00e0 la fois mondiale et locale. Luc Legeard montre comment l&#8217;\u00eele, confront\u00e9e \u00e0 la concurrence de la betterave et \u00e0 la surproduction mondiale, ne peut soutenir la comparaison avec les grands producteurs de cannes. En 1885, pourtant ann\u00e9e de production record avec 3 635 tonnes export\u00e9es, les signes d&#8217;effondrement sont d\u00e9j\u00e0 perceptibles.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Par Younoussa Hassani. Fondateur du mensuel Al-Mashawiri. \u00c9tudiant en g\u00e9nie informatique<\/em><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">La crise sucri\u00e8re et ses cons\u00e9quences (1883-1890)<\/h2>\n\n\n\n<p>Le gouverneur Perrier note en f\u00e9vrier 1885 : \u00ab&nbsp;Au dire des colons, la r\u00e9colte de la canne aura \u00e9t\u00e9 d\u00e9sastreuse cette ann\u00e9e. Nombre de nos \u00e9tablissements ne feront pas de revenus suffisants pour couvrir leurs frais d&#8217;exploitation&nbsp;\u00bb. Le 30 avril, il ajoute : \u00ab&nbsp;L\u2019avilissement du prix du sucre continue \u00e0 causer aux habitants et \u00e0 l&#8217;Administration locale les plus vives appr\u00e9hensions&nbsp;\u00bb. Des propri\u00e9taires, ne payant plus leurs engag\u00e9s, voient \u00ab&nbsp;diminuer consid\u00e9rablement leurs produits&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>En 1886, le rapport mensuel de f\u00e9vrier dresse un tableau accablant : \u00ab&nbsp;Plusieurs \u00e9tablissements sucriers sont dans un \u00e9tat de d\u00e9confiture \u00e0 peu pr\u00e8s irr\u00e9m\u00e9diable&nbsp;\u00bb. Six propri\u00e9t\u00e9s ont accumul\u00e9 des retards de paiement de salaires variant entre six et onze mois. Le Tr\u00e9sorier-payeur doit en arriver jusqu\u2019\u00e0 la saisie pour d\u00e9cider les propri\u00e9taires \u00e0 acquitter leurs imp\u00f4ts. \u00ab&nbsp;Il est question de la fermeture de plusieurs usines pour l\u2019ann\u00e9e prochaine&nbsp;\u00bb, \u00e9crit-il.<\/p>\n\n\n\n<p>La situation est aggrav\u00e9e par un cyclone d\u00e9vastateur en avril 1886. Le gouverneur Gerville-R\u00e9ache se lamente : \u00ab&nbsp;Notre petite colonie, en raison de l&#8217;\u00e9tat de crise et de malaise o\u00f9 elle se languissait d\u00e9j\u00e0, est mal pr\u00e9par\u00e9e pour supporter un tel choc&nbsp;\u00bb. Les routes, les ponts, les maisons sont d\u00e9truits. Les plantations sont d\u00e9vast\u00e9es. La m\u00e9tropole accorde 100 000 francs d&#8217;aide, insuffisants pour enrayer la spirale du d\u00e9clin.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Les d\u00e9boisements et la s\u00e9cheresse (1880-1890)<\/h2>\n\n\n\n<p>La crise \u00e9conomique s&#8217;accompagne d&#8217;une catastrophe environnementale. Luc Legeard consacre plusieurs pages \u00e0 l&#8217;\u00e9tude des incendies de for\u00eat qui ravagent l&#8217;\u00eele dans les ann\u00e9es 1880. En 1882, six incendies d\u00e9truisent 350 hectares \u00e0 Ajangua. Sept incendies ravagent Demb\u00e9ni. En novembre 1883, un immense incendie d\u00e9truit 150 hectares \u00e0 Ajangua.<\/p>\n\n\n\n<p>Le rapport d&#8217;une commission foresti\u00e8re, pr\u00e9sent\u00e9 le 13 septembre 1884, \u00e9tablit que sur 35 000 hectares de superficie totale, 4 515 hectares ont \u00e9t\u00e9 incendi\u00e9s. Il ne reste plus que 1 420 hectares de for\u00eat, diss\u00e9min\u00e9s sur les plus hauts sommets de l&#8217;\u00eele. Le document est alarmant : \u00ab&nbsp;Tout l\u2019avenir du pays est menac\u00e9 par un ordre des choses funestes&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Les cons\u00e9quences sur le r\u00e9gime des eaux sont d\u00e9sastreuses. En 1882, l&#8217;aiguade de Mamoudzou est d\u00e9clar\u00e9e tarie. La population de Mamoudzou et Choa a beaucoup souffert du manque d&#8217;eau&nbsp;\u00bb. En 1884, le propri\u00e9taire de Demb\u00e9ni note que \u00ab&nbsp;la ros\u00e9e qui autrefois \u00e9tait si abondante \u00e0 Mayotte le matin a compl\u00e8tement disparu depuis deux ans sur toute la c\u00f4te est&nbsp;\u00bb. La s\u00e9cheresse provoque des maladies cryptogamiques et parasitaires. \u00ab&nbsp;Le borer, le bouvier, le pou blanc et autres maladies inconnues jadis \u00e0 Mayotte sont apparus&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">L\u2019administration coloniale : Conseil d\u2019Administration et organisation des quartiers (1846-1896)<\/h2>\n\n\n\n<p>Luc Legeard retrace avec pr\u00e9cision l\u2019\u00e9volution de l\u2019administration coloniale \u00e0 Mayotte. Le 6 janvier 1846, un Conseil d\u2019Administration est mis en place, compos\u00e9 exclusivement de quatre militaires et fonctionnaires. Il faut attendre 1861 pour que deux colons y soient admis. En 1868, une p\u00e9tition \u00e9voque l&#8217;introduction de membres indig\u00e8nes, mais l&#8217;id\u00e9e est repouss\u00e9e : ils \u00ab&nbsp;auraient besoin encore d\u2019\u00eatre plus initi\u00e9s \u00e0 nos m\u0153urs, \u00e0 nos habitudes&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>L&#8217;arr\u00eat\u00e9 du 11 mai 1866 divise l&#8217;\u00eele en circonscriptions, chacune dirig\u00e9e par un fonctionnaire portant le titre de Commissaire de quartier. En 1869, quatre quartiers sont cr\u00e9\u00e9s : Dzaoudzi, M&#8217;tsap\u00e9r\u00e9, Combani, Mir\u00e9r\u00e9ni. Les chefs de village, choisis \u00ab&nbsp;parmi les indig\u00e8nes les plus responsables et les plus \u00e9clair\u00e9s&nbsp;\u00bb, sont nomm\u00e9s, mais ne sont pas salari\u00e9s. Ils peuvent recevoir une concession gratuite de deux \u00e0 trois hectares au bout de dix ans de bons services.<\/p>\n\n\n\n<p>Le 23 juin 1896, un d\u00e9cret cr\u00e9e le Conseil consultatif, suscitant les protestations des colons. Le r\u00e9tablissement du Conseil d\u2019Administration n\u2019est accord\u00e9 qu\u2019en 1899. Luc Legeard note que cette instabilit\u00e9 administrative refl\u00e8te les h\u00e9sitations de la m\u00e9tropole quant au statut \u00e0 donner \u00e0 cette colonie excentr\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">L\u2019\u00ab&nbsp;annus horribilis&nbsp;\u00bb de 1898<\/h2>\n\n\n\n<p>Le 28 f\u00e9vrier 1898, un cyclone d\u2019une violence inou\u00efe frappe Mayotte. Le barom\u00e8tre descend \u00e0 735 millim\u00e8tres. 59 personnes perdent la vie. 600 autres se retrouvent sans abri. Luc Legeard cite le rapport de l\u2019administrateur Louis Mizon : \u00ab&nbsp;Ce cyclone a d\u00e9pass\u00e9 en violence tout ce qu\u2019il est possible d\u2019imaginer. Les pentes ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9nud\u00e9es, m\u00eame de l\u2019herbe verte. Tous les villages indig\u00e8nes ont \u00e9t\u00e9 compl\u00e8tement ras\u00e9s, cases et arbres&#8230; Les cultures de manioc, les plantations de bananiers sont an\u00e9anties. Cinq boutres ont coul\u00e9.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Mais ce n\u2019\u00e9tait l\u00e0, dira Mizon, que \u00ab&nbsp;la premi\u00e8re des sept plaies dont doit \u00eatre afflig\u00e9e cette malheureuse colonie&nbsp;\u00bb. Les 22 et 23 avril, un nouveau cyclone frappe l\u2019\u00eele. \u00c0 Combani, 1 600 millim\u00e8tres d\u2019eau s\u2019abattent en 48 heures. Le 8 mai, un tremblement de terre secoue l\u2019\u00eele. Louis Mizon \u00e9crit au ministre : \u00ab&nbsp;J\u2019ai parcouru l\u2019\u00eele de nouveau apr\u00e8s le cyclone de pluie. Aujourd\u2019hui, mes encouragements ne sont plus \u00e9cout\u00e9s que par r\u00e9signation. L\u2019espoir, qui au lendemain du premier d\u00e9sastre s\u2019\u00e9tait fait jour, la pouss\u00e9e d\u2019\u00e9nergie qu\u2019avait provoqu\u00e9 celui-ci, se sont effondr\u00e9s devant la continuit\u00e9 des malheurs.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Une \u00e9pid\u00e9mie de variole s\u2019ajoute \u00e0 la catastrophe. En octobre 1898, Louis Mizon \u00e9tablit le bilan : 356 d\u00e9c\u00e8s dans le quatri\u00e8me quartier, 172 dans le troisi\u00e8me, 26 dans le second. Seul le premier quartier (Pamandzi et Dzaoudzi) est \u00e9pargn\u00e9. Entre mille et deux mille hommes ont disparu.<\/p>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading\">Troisi\u00e8me partie : Une colonie en qu\u00eate de statut (1914-1975)<\/h1>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Les rattachements successifs : La R\u00e9union, Madagascar, les Comores (1896-1925)<\/h2>\n\n\n\n<p>La crise de 1898 conduit le gouvernement fran\u00e7ais \u00e0 s&#8217;interroger sur l&#8217;avenir de Mayotte. Le d\u00e9cret du 23 janvier 1896, sign\u00e9 par le pr\u00e9sident F\u00e9lix Faure, a d\u00e9j\u00e0 plac\u00e9 la colonie et les trois autres \u00eeles des Comores sous l&#8217;autorit\u00e9 du gouverneur de La R\u00e9union. Mais ce rattachement administratif se r\u00e9v\u00e8le rapidement artificiel. Luc Legeard cite le rapport du ministre des Colonies Paul Guieysse : \u00ab&nbsp;J\u2019ai remarqu\u00e9 que les difficult\u00e9s des communications entre cette \u00eele et nos possessions du m\u00eame groupe rendaient peu efficaces les mesures de rattachement \u00e9troit prises ant\u00e9rieurement.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Un nouveau d\u00e9cret, le 11 ao\u00fbt 1899, redonne une certaine autonomie \u00e0 Mayotte, qui redevient le chef-lieu de l\u2019ensemble des Comores. Mais la pauvret\u00e9 des ressources locales limite consid\u00e9rablement sa marge de man\u0153uvre. En 1908, par d\u00e9cret du 9 avril, les quatre \u00eeles sont rattach\u00e9es \u00e0 Madagascar. Cette d\u00e9cision, prise sur l&#8217;initiative du gouverneur g\u00e9n\u00e9ral Victor Augagneur, suscite une vive opposition.<\/p>\n\n\n\n<p>Les colons d\u00e9noncent l\u2019\u00e9loignement : \u00ab&nbsp;Les moyens de communication entre Mayotte et Madagascar sont rares et si l&#8217;on a pour Mayotte surtout un mois de d\u00e9lai ou d\u2019absence pour avoir une r\u00e9ponse \u00e0 la moindre d\u00e9marche \u00e0 Tananarive, cela augmente encore pour les autres \u00eeles&nbsp;\u00bb. L\u2019Inspecteur des colonies Hoareau Desruisseaux note en 1899 : &#8220;En fait, \u00e0 vingt jours de la France par le courrier mensuel, les Comores ont des relations plus fr\u00e9quentes et plus faciles avec la m\u00e9tropole qu\u2019avec Madagascar&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Le 23 f\u00e9vrier 1914, un d\u00e9cret supprime l\u2019autonomie administrative et financi\u00e8re de l\u2019archipel, transform\u00e9 en une simple province de Madagascar. Le Si\u00e8ge est fix\u00e9 \u00e0 Dzaoudzi. Ce n\u2019est que par le d\u00e9cret du 25 janvier 1925 que l\u2019archipel retrouve une administration propre, avec un Administrateur sup\u00e9rieur assist\u00e9 d\u2019un Conseil consultatif.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Mayotte dans la Seconde Guerre mondiale : entre Vichy et la France libre (1940-1943)<\/h2>\n\n\n\n<p>Lorsque la guerre \u00e9clate, Mayotte se range dans le camp de Vichy. Un rapport politique de d\u00e9cembre 1940 fait \u00e9tat d\u2019une attitude \u00ab&nbsp;excellente dans son ensemble&nbsp;\u00bb de la population. Les habitants \u00ab&nbsp;pr\u00e9f\u00e8rent la France aux autres pays colonisateurs surtout aux Allemands, dont les m\u00e9thodes plut\u00f4t brutales, leur font horreur&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais l\u2019isolement est total. Le riz vient \u00e0 manquer, les tissus et les conserves se rar\u00e9fient, l&#8217;huile est rationn\u00e9e. Les productions consommables ne peuvent plus \u00eatre export\u00e9es. Seules les essences \u00e0 parfum sont durablement conserv\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p>En mai 1942, les Britanniques d\u00e9clenchent l&#8217;op\u00e9ration Ironclad pour emp\u00eacher une occupation japonaise de Madagascar. En juillet, des troupes anglaises d\u00e9barquent \u00e0 Mayotte. La propagande vichyste d\u00e9nonce un \u00ab&nbsp;nouveau coup de force britannique&nbsp;\u00bb. La garnison de Mayotte, rappelle-t-il, \u00e9tait \u00ab&nbsp;absolument inexistante&nbsp;\u00bb : une simple force de police indig\u00e8ne de 40 miliciens command\u00e9s par un gendarme.<\/p>\n\n\n\n<p>En janvier 1943, Mayotte passe du c\u00f4t\u00e9 de la France libre. L&#8217;\u00eele devient une base d&#8217;hydravions que g\u00e8rent les Anglais. Les Catalina et les Sunderland amerrissent sur la rade de Pamandzi. Luc Legeard d\u00e9crit la vie quotidienne : \u00ab&nbsp;Les relations avec les soldats anglais sont cordiales. La population troque des cigarettes contre des vivres frais. Le tabac devient la v\u00e9ritable monnaie d&#8217;\u00e9change. Le football et le cin\u00e9ma sont les nouveaux loisirs&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">&nbsp;Le temps des \u00ab&nbsp;Chatouilleuses&nbsp;\u00bb : la r\u00e9volte des femmes (1966-1976)<\/h2>\n\n\n\n<p>L&#8217;un des chapitres les plus marquants de l&#8217;ouvrage de Luc Legeard est celui qu&#8217;il consacre au mouvement des femmes mahoraises. Le 2 novembre 1958, plusieurs centaines de Mahorais se r\u00e9unissent \u00e0 Tsoundzou et fondent le Congr\u00e8s des notables. Ils protestent contre le transfert du chef-lieu de l\u2019archipel \u00e0 Moroni et r\u00e9clament pour la premi\u00e8re fois la d\u00e9partementalisation. La crainte est celle de l\u2019autonomie interne, que la loi du 22 d\u00e9cembre 1961 instaure pourtant.<\/p>\n\n\n\n<p>Le d\u00e9m\u00e9nagement des administrations vers Moroni, effectif \u00e0 partir de 1962, provoque un profond ressentiment. Luc Legeard d\u00e9crit la d\u00e9t\u00e9rioration des conditions de vie : \u00ab&nbsp;Les cr\u00e9dits permettant la r\u00e9alisation des infrastructures, des routes et des \u00e9coles, sont de moins en moins affect\u00e9s \u00e0 Mayotte. Quand le Gouvernement des Comores commence \u00e0 restreindre brutalement les envois de riz, de m\u00e9dicaments, de savon, l&#8217;\u00eele se sent bafou\u00e9e et abandonn\u00e9e&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Fin juillet 1966, des femmes se r\u00e9unissent devant la R\u00e9sidence du Conseil du Gouvernement \u00e0 Pamandzi. Le ministre Ahmed Soihili, originaire de Pamandzi, rejette leur requ\u00eate. Le 1er ao\u00fbt, Sa\u00efd Mohamed Cheikh envoie trois ministres pour entendre les dol\u00e9ances. Les femmes exigent alors sa venue en personne. Le lendemain, 500 \u00e0 1 000 personnes sont pr\u00e9sentes. Le pr\u00e9sident du gouvernement refuse le dialogue public. La manifestation d\u00e9g\u00e9n\u00e8re. Sa\u00efd Mohamed Cheikh est contraint de reprendre l\u2019avion.<\/p>\n\n\n\n<p>Luc Legeard cite les noms de ces femmes : Za\u00efna M\u00e9resse, Watsumu Djaha, Viata Laza, A\u00efcha Sidi, Fama Moulimou, Coco Djoumoi, Ma Bol\u00e9, Z\u00e9na M&#8217;D\u00e9r\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Les incidents se succ\u00e8dent. Le 4 f\u00e9vrier 1967, une centaine de manifestants prennent d&#8217;assaut la station de l&#8217;ORTF \u00e0 Labattoir. Le 24 f\u00e9vrier, 31 pr\u00e9venus sont jug\u00e9s pour les manifestations. Quatorze personnes sont condamn\u00e9es \u00e0 un mois de prison ferme et \u00e0 six cents francs d\u2019amende. Le 3 ao\u00fbt 1967, Marcel Henry constitue sa liste et organise un congr\u00e8s \u00e0 la mosqu\u00e9e de Sada. Les membres pr\u00eatent serment sur le Coran pour le rattachement de Mayotte \u00e0 la France.<\/p>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading\">Quatri\u00e8me partie : La d\u00e9partementalisation et ses d\u00e9fis (1975-2023)<\/h1>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Les r\u00e9f\u00e9rendums et l&#8217;ind\u00e9pendance des Comores (1974-1976)<\/h2>\n\n\n\n<p>Le 22 d\u00e9cembre 1974, une premi\u00e8re consultation sur l\u2019ind\u00e9pendance des Comores est organis\u00e9e. \u00c0 Mayotte, le \u00ab&nbsp;non&nbsp;\u00bb l\u2019emporte \u00e0 65,30 %. De leur c\u00f4t\u00e9, les \u00e9lecteurs des trois autres \u00eeles votent \u00e0 94,56 % en faveur de l&#8217;ind\u00e9pendance. Le 6 juillet 1975, Ahmed Abdallah proclame unilat\u00e9ralement l\u2019ind\u00e9pendance des Comores. Marcel Henry n\u2019a d\u2019autre recours que de placer \u00ab&nbsp;Mayotte sous la protection de la France&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Le 21 novembre, le nouveau dirigeant comorien Ali Soilih se rend \u00e0 Mayotte, accompagn\u00e9 d\u2019une centaine de partisans, pour entreprendre \u00ab&nbsp;une marche rose&nbsp;\u00bb destin\u00e9e \u00e0 convaincre les habitants de se rallier. Il doit quitter l&#8217;\u00eele sous les quolibets et les jets de pierre. Luc Legeard note que la France, embarrass\u00e9e, ent\u00e9rine le fait qu\u2019un mouvement politique s\u2019insurge \u00e0 Mayotte au nom du maintien dans l\u2019ensemble fran\u00e7ais.<\/p>\n\n\n\n<p>Le 17 d\u00e9cembre 1975, le Parlement fran\u00e7ais vote l\u2019ind\u00e9pendance d\u2019Anjouan, de Moh\u00e9li et de la Grande Comore, effective au 1er janvier 1976, et d\u00e9cide d\u2019organiser \u00e0 Mayotte un nouveau r\u00e9f\u00e9rendum. La question est claire : \u00ab&nbsp;D\u00e9sirez-vous que Mayotte demeure au sein de la R\u00e9publique fran\u00e7aise ou devienne partie de l\u2019\u00c9tat comorien ?&nbsp;\u00bb 17 845 personnes sur 17 949 votants choisissent le bulletin jaune. L\u2019ind\u00e9pendance est massivement rejet\u00e9e, \u00e0 99,4 %.<\/p>\n\n\n\n<p>Un second r\u00e9f\u00e9rendum, organis\u00e9 le 11 avril 1976, porte sur le statut futur de l\u2019\u00eele : \u00ab&nbsp;Souhaitez-vous que Mayotte conserve ou abandonne le statut de territoire d&#8217;Outremer ?&nbsp;\u00bb Le Mouvement Populaire Mahorais (MPM) de Marcel Henry fait \u00e9diter un troisi\u00e8me bulletin, partisan du d\u00e9partement. Le r\u00e9sultat est sans appel : les Mahorais optent pour la d\u00e9partementalisation.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Une lente mise en \u0153uvre (1976-2011)<\/h2>\n\n\n\n<p>La d\u00e9partementalisation ne se fait pas en un jour. La loi du 22 d\u00e9cembre 1979 pr\u00e9cise que Mayotte fait partie de la R\u00e9publique fran\u00e7aise et ne peut cesser d&#8217;y appartenir sans le consentement de la population. Mais l\u2019\u00e9cart entre les promesses et la r\u00e9alit\u00e9 est consid\u00e9rable.<\/p>\n\n\n\n<p>Luc Legeard dresse un bilan s\u00e9v\u00e8re de ces ann\u00e9es d\u2019attente. En 1981, 67 villages sur 70 n\u2019ont pas l\u2019\u00e9lectricit\u00e9. En 1976, seuls quatre villages disposent de l\u2019eau courante. Les premi\u00e8res \u00e9coles maternelles publiques n\u2019ouvrent qu\u2019en 1993. En 1986, 55 \u00e9l\u00e8ves sur 248 candidats obtiennent leur passage en 6e, soit \u00e0 peine 10,6 %. En 1989, ils sont 611.<\/p>\n\n\n\n<p>En 1996, \u00e0 la demande du ministre des DOM-TOM, Jean-Jacques de Peretti, le pr\u00e9fet Fran\u00e7ois Bonnelle pr\u00e9side un groupe de r\u00e9flexion sur l\u2019avenir institutionnel de l&#8217;\u00eele. Le rapport, rendu en d\u00e9cembre 1998, identifie les d\u00e9fis \u00e0 relever : l\u2019identit\u00e9 mahoraise, la question d\u00e9mographique, la r\u00e9vision de l\u2019\u00c9tat civil, le probl\u00e8me de l\u2019emploi, l\u2019\u00e9limination des bidonvilles. Mais les recommandations ne seront pas toujours suivies d&#8217;effets.<\/p>\n\n\n\n<p>Le 31 mars 2011, Mayotte devient officiellement le 101e d\u00e9partement fran\u00e7ais et le 5e d\u00e9partement d\u2019outre-mer. Daniel Za\u00efdani est \u00e9lu pr\u00e9sident du Conseil g\u00e9n\u00e9ral. L\u2019\u00eele acc\u00e8de au statut de r\u00e9gion ultrap\u00e9riph\u00e9rique de l\u2019Union europ\u00e9enne en janvier 2012.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Les crises sociales du XXIe si\u00e8cle (2011-2023)<\/h2>\n\n\n\n<p>Luc Legeard consacre une large place aux crises sociales qui ont marqu\u00e9 Mayotte depuis la d\u00e9partementalisation. En 2011, une gr\u00e8ve g\u00e9n\u00e9rale de 44 jours paralyse l&#8217;\u00eele. Le mouvement, d\u00e9clench\u00e9 le 26 septembre contre la vie ch\u00e8re, provoque de violentes manifestations. Le 19 octobre, Ali Anziz, un manifestant, trouve la mort dans un affrontement avec les forces de l&#8217;ordre au rond-point de la barge. Le 31 octobre, 6 000 personnes assistent \u00e0 son enterrement \u00e0 M&#8217;tsap\u00e9r\u00e9. Le protocole de sortie de crise, sign\u00e9 le 9 novembre, pr\u00e9voit des baisses de prix sur la viande de b\u0153uf, la tonne de sable et le gaz.<\/p>\n\n\n\n<p>En 2016, de nouvelles gr\u00e8ves \u00e9clatent. L&#8217;\u00eele est totalement bloqu\u00e9e en avril. Le 15 avril, un Europ\u00e9en, Christophe Brousset, est assassin\u00e9 par un voleur \u00e0 Kaw\u00e9ni. Une marche blanche rassemble 800 personnes le lendemain. Le mouvement, qui r\u00e9clame l\u2019\u00e9galit\u00e9 r\u00e9publicaine, aboutit \u00e0 des mesures : 50 millions d\u2019euros pour combler le d\u00e9ficit des communes, un plan \u00ab&nbsp;S\u00e9curit\u00e9 pour tous&nbsp;\u00bb comprenant une douzaine de mesures.<\/p>\n\n\n\n<p>En 2018, la gr\u00e8ve g\u00e9n\u00e9rale reprend. Le 22 mars, Annick Girardin, ministre des Outremers, est bloqu\u00e9e au barrage du Four \u00e0 chaux. Le 15 mai, un s\u00e9isme de magnitude 5,8 provoque une psychose. En 2021, le mouvement des gilets jaunes touche aussi Mayotte. Le 8 d\u00e9cembre, le gendarme Yannick Puech est gri\u00e8vement bless\u00e9 lors d&#8217;affrontements.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">La pand\u00e9mie de Covid-19 \u00e0 Mayotte (2020-2022)<\/h2>\n\n\n\n<p>L&#8217;\u00e9pid\u00e9mie de coronavirus frappe Mayotte avec une violence particuli\u00e8re, en raison de la pauvret\u00e9 des infrastructures sanitaires. Luc Legeard reconstitue au jour le jour la progression de la pand\u00e9mie. Le 12 mars 2020, les premiers cas sont d\u00e9tect\u00e9s. Le 23 mars, le tribunal de Mayotte est ferm\u00e9. Le 24 mars, trente cas sont d\u00e9clar\u00e9s. Le 25 mars, Mansour Kamardine rappelle sur France Inter que le nombre de m\u00e9decins est inf\u00e9rieur de quatre fois dans le public et vingt fois dans le priv\u00e9 par rapport \u00e0 l&#8217;Hexagone.<\/p>\n\n\n\n<p>En mai 2021, le variant sud-africain circule massivement. 70 % des contamin\u00e9s en sont atteints. L&#8217;h\u00f4pital est satur\u00e9. Le pr\u00e9fet Jean-Fran\u00e7ois Colombet annonce un nouveau confinement. En ao\u00fbt 2021, 93 191 personnes ont re\u00e7u au moins une dose de vaccin, soit 33 % de la population. En septembre 2022, 140 158 personnes ont re\u00e7u au moins une premi\u00e8re dose (78 % de la population).<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">La crise de l&#8217;eau et l&#8217;op\u00e9ration Wuambushu (2022-2023)<\/h2>\n\n\n\n<p>La crise de l&#8217;eau est devenue, \u00e0 la fin de la p\u00e9riode couverte par l\u2019ouvrage, la question la plus sensible. En septembre 2023, la retenue collinaire de Combani n&#8217;est plus remplie qu&#8217;\u00e0 12 %, celle de Dzoumogn\u00e9 \u00e0 7 %. L&#8217;eau est d\u00e9clar\u00e9e non potable dans plusieurs villages. Le 8 d\u00e9cembre, la Premi\u00e8re ministre \u00c9lisabeth Borne se rend \u00e0 Mayotte et annonce la prise en charge des factures d&#8217;eau par l&#8217;\u00c9tat.<\/p>\n\n\n\n<p>En avril 2023, le gouvernement lance l&#8217;op\u00e9ration \u00ab&nbsp;Wuambushu&nbsp;\u00bb (le r\u00e9veil en shimaor\u00e9) pour d\u00e9manteler les bidonvilles et lutter contre \u00ab&nbsp;l\u2019immigration clandestine&nbsp;\u00bb. Luc Legeard analyse les tensions suscit\u00e9es par cette op\u00e9ration. Le pr\u00e9sident comorien Azali Assoumani d\u00e9nonce une atteinte \u00e0 la souverainet\u00e9 comorienne.<\/p>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading\">Conclusion : Une \u00eele entre permanences et mutations<\/h1>\n\n\n\n<p>En conclusion de son ouvrage, Luc Legeard dresse un bilan nuanc\u00e9 du parcours de Mayotte depuis la colonisation jusqu&#8217;\u00e0 la d\u00e9partementalisation. Il insiste sur la continuit\u00e9 des probl\u00e8mes structurels qui traversent l&#8217;histoire de l&#8217;\u00eele.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;On constatera que les probl\u00e8mes d&#8217;aujourd&#8217;hui existaient d\u00e9j\u00e0 hier&nbsp;\u00bb, \u00e9crit-il dans son avertissement. \u00ab&nbsp;Ainsi le probl\u00e8me de l\u2019eau, de l\u2019immigration, des communications. Sur une \u00eele, les difficult\u00e9s sont r\u00e9currentes. Elles ont seulement, avec le temps, chang\u00e9 d\u2019\u00e9chelle&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette permanence des d\u00e9fis ne doit pas masquer les transformations profondes qu&#8217;a connues Mayotte. La population est pass\u00e9e de 2 900 habitants en 1843 \u00e0 32 607 en 1966, 94 410 en 1991, 212 645 en 2012, pour d\u00e9passer les 310 000 habitants en 2023. La densit\u00e9 atteint 690 habitants au km\u00b2. 55 % de la population a moins de 20 ans. L&#8217;\u00eele a connu une explosion d\u00e9mographique sans pr\u00e9c\u00e9dent.<\/p>\n\n\n\n<p>Les indicateurs de d\u00e9veloppement restent pr\u00e9occupants. 77 % de la population vit sous le seuil de pauvret\u00e9. 66 % des Mahorais vivent dans des quartiers difficiles, contre 8 % en moyenne nationale. Le produit int\u00e9rieur brut par habitant est de 9 300 euros contre 28 300 en m\u00e9tropole. 10 000 enfants n&#8217;ont pas acc\u00e8s \u00e0 l&#8217;\u00e9cole.<\/p>\n\n\n\n<p>Pourtant, Luc Legeard refuse le pessimisme. \u00ab&nbsp;Les statuts se sont succ\u00e9d\u00e9 sans jamais devenir p\u00e9rennes, jusqu\u2019\u00e0 ce que le dernier d\u2019entre eux ait fait acc\u00e9der ce \u00ab&nbsp;confetti de l&#8217;Empire&nbsp;\u00bb au statut de d\u00e9partement. Fait unique dans l\u2019histoire&nbsp;\u00bb. La d\u00e9partementalisation, si elle n\u2019a pas r\u00e9solu tous les probl\u00e8mes, a marqu\u00e9 l\u2019aboutissement d\u2019une revendication port\u00e9e par des g\u00e9n\u00e9rations de Mahorais.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Deuxi\u00e8me partie : La colonie en crise (1880-1914) La crise sucri\u00e8re qui frappe Mayotte \u00e0 partir de 1883 est \u00e0 la fois mondiale et locale. 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