{"id":12971,"date":"2026-04-20T22:39:01","date_gmt":"2026-04-20T19:39:01","guid":{"rendered":"https:\/\/masiwa-comores.com\/?p=12971"},"modified":"2026-04-20T22:39:04","modified_gmt":"2026-04-20T19:39:04","slug":"comores-refonder-larmee-ou-accepter-la-fragilite-permanente-deuxieme-partie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/masiwa-comores.com\/opinion\/comores-refonder-larmee-ou-accepter-la-fragilite-permanente-deuxieme-partie\/","title":{"rendered":"Comores : refonder l\u2019arm\u00e9e ou accepter la fragilit\u00e9 permanente (deuxi\u00e8me partie)"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>Le d\u00e9bat sur l\u2019arm\u00e9e ne doit pas \u00eatre confisqu\u00e9 ni \u00e9touff\u00e9. Il concerne chaque citoyen. Il touche au c\u0153ur m\u00eame de notre contrat social. Refuser de poser des questions aujourd\u2019hui, c\u2019est accepter demain une arm\u00e9e d\u00e9connect\u00e9e de la nation, vuln\u00e9rable aux d\u00e9rives et incapable de remplir sa mission fondamentale. Mais au-del\u00e0 des principes, une urgence s\u2019impose : clarifier les r\u00f4les.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><em>Par AHMED Mohamed alias Ben. Coordinateur G\u00e9n\u00e9ral du ROC<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>La question militaire, \u00e0 mon avis, n\u2019est pas une question technique. Elle est <strong>existentielle<\/strong><strong>.<\/strong> Elle touche au c\u0153ur m\u00eame de l\u2019\u00c9tat, \u00e0 sa cr\u00e9dibilit\u00e9, \u00e0 sa survie. Car une \u00e9vidence s\u2019impose : <strong>une nation sans arm\u00e9e r\u00e9publicaine forte est une nation fragile. Mais une arm\u00e9e sans la R\u00e9publique et ses valeurs est une menace permanente.<\/strong>Or, depuis des d\u00e9cennies, notre pays oscille dangereusement entre ces deux failles.<\/p>\n\n\n\n<p>Que doit \u00eatre une arm\u00e9e dans un \u00c9tat \u00ab&nbsp;moderne&nbsp;\u00bb ? Une institution disciplin\u00e9e, au service exclusif de la nation, garante de l\u2019int\u00e9grit\u00e9 territoriale et de la s\u00e9curit\u00e9 des citoyens. Et que voyons-nous aux Comores ? Une institution trop souvent instrumentalis\u00e9e, politis\u00e9e, parfois humili\u00e9e, et r\u00e9guli\u00e8rement d\u00e9tourn\u00e9e de sa vocation premi\u00e8re. Promotions opaques, loyaut\u00e9s personnelles, confusion des r\u00f4les : l\u2019arm\u00e9e comorienne a \u00e9t\u00e9 progressivement enferm\u00e9e dans une logique qui n\u2019est ni r\u00e9publicaine ni professionnelle. Disons-le clairement : <strong>une arm\u00e9e qui sert un \u00ab&nbsp;homme&nbsp;\u00bb, un clan ou un syst\u00e8me ne sert plus la nation.<\/strong><strong><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>L\u2019illusion d\u2019une arm\u00e9e classique<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Les Comores ne sont ni une puissance continentale ni un \u00c9tat en guerre permanente. Notre r\u00e9alit\u00e9 est celle d\u2019un archipel dispers\u00e9, expos\u00e9 \u00e0 des d\u00e9fis bien sp\u00e9cifiques : surveillance maritime, p\u00eache ill\u00e9gale, trafics, catastrophes naturelles, vuln\u00e9rabilit\u00e9 \u00e9conomique. Dans ce contexte, persister dans une vision classique, co\u00fbteuse et inefficace de l\u2019arm\u00e9e rel\u00e8ve de l\u2019aveuglement. Ce dont nous avons besoin, ce n\u2019est pas d\u2019une arm\u00e9e de parade. C\u2019est d\u2019une <strong>force l\u00e9g\u00e8re, mobile, disciplin\u00e9e, tourn\u00e9e vers la mer et la protection des populations et de notre \u00e9cosyst\u00e8me<\/strong>. Or,le v\u00e9ritable mal est l\u00e0.<\/p>\n\n\n\n<p>Tant que l\u2019arm\u00e9e sera per\u00e7ue comme un levier de pouvoir, tant que les carri\u00e8res d\u00e9pendront de la proximit\u00e9 avec le sommet de l\u2019\u00c9tat, aucune r\u00e9forme ne sera cr\u00e9dible. Le soldat ne doit pas \u00eatre un militant en uniforme. Il doit \u00eatre un serviteur de la loi. Aujourd\u2019hui, la confusion persiste. Et elle est dangereuse. L<strong>orsque l\u2019arm\u00e9e entre dans le jeu politique, elle finit toujours par fragiliser l\u2019\u00c9tat qu\u2019elle pr\u00e9tend prot\u00e9ger.<\/strong><strong><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Trois forces, trois missions<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Au sein de notre force de d\u00e9fense, le v\u00e9ritable d\u00e9sordre ne tient pas seulement aux hommes. Il tient \u00e0 une confusion persistante et dangereuse entre <strong>arm\u00e9e, gendarmerie et police<\/strong>. Trois forces, trois missions, mais trop souvent un seul et m\u00eame flou op\u00e9rationnel.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>\u00c0 l\u2019arm\u00e9e : la souverainet\u00e9, rien d\u2019autre<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>Dans un \u00c9tat insulaire comme le n\u00f4tre, la mission de l\u2019arm\u00e9e signifie : s\u00e9curisation des espaces maritimes, lutte contre les intrusions et trafics transnationaux, appui en cas de catastrophes majeures.&nbsp; En revanche, <strong>le maintien de l\u2019ordre public n\u2019est pas une mission militaire. <\/strong>Chaque fois que l\u2019arm\u00e9e est utilis\u00e9e pour g\u00e9rer des tensions internes, c\u2019est un aveu d\u2019\u00e9chec de l\u2019\u00c9tat. Et c\u2019est ouvrir la porte \u00e0 toutes les d\u00e9rives.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>\u00c0 la gendarmerie : le lien strat\u00e9gique entre s\u00e9curit\u00e9 et territoire<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>La gendarmerie, par ailleurs, doit \u00eatre renforc\u00e9e dans son r\u00f4le pivot. Force \u00e0 statut militaire, mais \u00e0 vocation int\u00e9rieure, elle est la mieux plac\u00e9e pour assurer la s\u00e9curit\u00e9 dans les zones rurales et inter\u00eeles, lutter contre la criminalit\u00e9 organis\u00e9e, faire respecter la loi avec discipline et proximit\u00e9. Encore faut-il lui donner les moyens d\u2019agir : formation adapt\u00e9e, ind\u00e9pendance op\u00e9rationnelle, ancrage territorial r\u00e9el. La gendarmerie ne doit plus \u00eatre une force d\u2019appoint. Elle doit devenir <strong>l\u2019\u00e9pine dorsale de la s\u00e9curit\u00e9 nationale int\u00e9rieure<\/strong><strong>.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>\u00c0 la police : la premi\u00e8re ligne de la R\u00e9publique<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>La police est le visage quotidien de l\u2019\u00c9tat. C\u2019est elle que le citoyen voit, interpelle, juge. Elle doit \u00eatre professionnelle, form\u00e9e aux droits humains, pr\u00e9sente dans les quartiers, capable de pr\u00e9venir autant que de r\u00e9primer. Or, aujourd\u2019hui, trop souvent, elle est affaiblie, contourn\u00e9e, voire marginalis\u00e9e. C\u2019est une erreur strat\u00e9gique. Car une police faible appelle l\u2019intervention de l\u2019arm\u00e9e. Et une arm\u00e9e dans les rues est toujours le sympt\u00f4me d\u2019un d\u00e9s\u00e9quilibre grave.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u00c0 chaque force sa mission. \u00c0 chaque mission sa responsabilit\u00e9. <\/strong>L\u2019arm\u00e9e prot\u00e8ge la nation contre les menaces ext\u00e9rieures. La gendarmerie s\u00e9curise le territoire avec rigueur. La police garantit l\u2019ordre public au quotidien. M\u00e9langer ces r\u00f4les, c\u2019est affaiblir tout le monde. Les clarifier, c\u2019est renforcer l\u2019\u00c9tat.<strong><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Refonder : une exigence, pas une option<\/strong><strong><\/strong><\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">La refondation de notre force de d\u00e9fense ne peut plus \u00eatre un slogan. Elle doit \u00eatre un chantier national. Elle suppose des choix clairs et courageux : <strong>rompre d\u00e9finitivement avec les promotions de complaisance<\/strong>, r<strong>efonder la formation autour du droit, de l\u2019\u00e9thique et de la R\u00e9publique<\/strong>, <strong>instaurer un contr\u00f4le parlementaire r\u00e9el et transparent<\/strong>, <strong>garantir des conditions de vie dignes aux militaires<\/strong>, <strong>limiter strictement l\u2019intervention de l\u2019arm\u00e9e dans les affaires int\u00e9rieures<\/strong>. Et surtout, elle exige une ligne rouge intangible : <strong>l\u2019arm\u00e9e ne gouverne pas. Elle prot\u00e8ge. Tout compte fait, il ne peut y avoir une <\/strong>arm\u00e9e r\u00e9publicaine sans contr\u00f4le civil effectif.<\/h3>\n\n\n\n<p>Un budget opaque, des d\u00e9cisions prises dans l\u2019ombre, une absence de redevabilit\u00e9 : voil\u00e0 le terreau de toutes les d\u00e9rives. \u00c0 l\u2019inverse, une arm\u00e9e respect\u00e9e est une arm\u00e9e contr\u00f4l\u00e9e, encadr\u00e9e, inscrite dans un \u00c9tat de droit vivant. Aussi, l\u2019Assembl\u00e9e nationale, la justice, la soci\u00e9t\u00e9 civile doivent jouer leur r\u00f4le. Non pour affaiblir l\u2019arm\u00e9e, mais pour la l\u00e9gitimer.<\/p>\n\n\n\n<p>Le moment est venu de choisir. Continuer dans l\u2019ambigu\u00eft\u00e9 actuelle, c\u2019est accepter une force de d\u00e9fense fragile, instrumentalis\u00e9e, et donc un \u00c9tat vuln\u00e9rable. Refonder, c\u2019est b\u00e2tir une institution solide, respect\u00e9e, au service exclusif de la nation. Ce choix n\u2019est pas militaire. Il est profond\u00e9ment politique.<\/p>\n\n\n\n<p>Refonder l\u2019arm\u00e9e, la gendarmerie et la police, ce n\u2019est pas seulement r\u00e9organiser des institutions. C\u2019est <strong>r\u00e9\u00e9crire le pacte entre la force et le droit<\/strong>. Car une chose est certaine : l\u00e0 o\u00f9 les missions sont floues, les abus prosp\u00e8rent. Mais, l\u00e0 o\u00f9 les responsabilit\u00e9s sont claires, la R\u00e9publique s\u2019enracine.<\/p>\n\n\n\n<p>Les Comores ont-elles besoin d\u2019une arm\u00e9e puissante&nbsp;? Pour faire face \u00e0 quelle menace&nbsp;? Elles ont besoin plut\u00f4t d\u2019une <strong>arm\u00e9e juste et r\u00e9publicaine<\/strong>. Car au fond, la v\u00e9ritable force d\u2019une arm\u00e9e ne r\u00e9side ni dans ses armes, ni dans ses effectifs, mais dans une seule chose : <strong>sa loyaut\u00e9 ind\u00e9fectible \u00e0 la R\u00e9publique.<\/strong> Et sans cette loyaut\u00e9, ce n\u2019est pas seulement l\u2019arm\u00e9e qui vacille. C\u2019est la nation tout enti\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le d\u00e9bat sur l\u2019arm\u00e9e ne doit pas \u00eatre confisqu\u00e9 ni \u00e9touff\u00e9. Il concerne chaque citoyen. Il touche au c\u0153ur m\u00eame de notre contrat social. Refuser de poser des questions aujourd\u2019hui, c\u2019est accepter demain une arm\u00e9e d\u00e9connect\u00e9e de la nation, vuln\u00e9rable aux d\u00e9rives et incapable de remplir sa mission fondamentale. 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