{"id":12895,"date":"2026-03-23T18:18:23","date_gmt":"2026-03-23T15:18:23","guid":{"rendered":"https:\/\/masiwa-comores.com\/?p=12895"},"modified":"2026-03-23T18:18:25","modified_gmt":"2026-03-23T15:18:25","slug":"le-piege-de-la-dette-quand-lavenir-des-comores-est-hypotheque","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/masiwa-comores.com\/opinion\/le-piege-de-la-dette-quand-lavenir-des-comores-est-hypotheque\/","title":{"rendered":"Le pi\u00e8ge de la dette\u00a0: quand l\u2019avenir des Comores est hypoth\u00e9qu\u00e9"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Depuis plusieurs ann\u00e9es, l\u2019<strong>Union des Comores<\/strong>semble engag\u00e9e dans une trajectoire \u00e9conomique inqui\u00e9tante : celle d\u2019un recours syst\u00e9matique \u00e0 l\u2019endettement pour financer l\u2019action publique. Or, il est difficile de voir o\u00f9 passe l\u2019argent de la dette.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Par AHMED Mohamed alias Ben. Coordinateur G\u00e9n\u00e9ral du ROC<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;La dette, qu\u2019elle soit int\u00e9rieure ou ext\u00e9rieure, est devenue l\u2019un des principaux instruments de financement de l\u2019\u00c9tat. Or, dans un pays aux ressources limit\u00e9es et \u00e0 l\u2019\u00e9conomie fragile, la dette n\u2019est jamais une solution neutre. Elle peut \u00eatre un levier de d\u00e9veloppement lorsqu\u2019elle est orient\u00e9e vers des investissements structurants et productifs. Mais elle devient un fardeau lorsqu\u2019elle sert \u00e0 masquer l\u2019absence de vision \u00e9conomique, \u00e0 financer des d\u00e9penses improductives ou \u00e0 entretenir une gouvernance opaque. Aujourd\u2019hui, beaucoup de Comoriens se posent une question simple : <strong>o\u00f9 est pass\u00e9 l\u2019argent de la dette ?<\/strong><strong><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En 2024, la dette publique reste soutenable, mais \u00e0 haut risque de surendettement, atteignant environ 35,8% du PIB. Elle est majoritairement ext\u00e9rieure (82%), compos\u00e9e d\u2019emprunts bilat\u00e9raux (notamment chinois) et multilat\u00e9raux, avec une dette int\u00e9rieure repr\u00e9sentant environ 18% du total. Le FMI et la BM classent les Comores comme un pays \u00e0 haut risque de surendettement. Fort heureusement, car notre dette ext\u00e9rieure est concessionnelle. Elle est compl\u00e9t\u00e9e par des entr\u00e9es de fonds de la diaspora, qui aident \u00e0 la stabilit\u00e9 \u00e9conomique. Jusqu\u2019en 2024, la dette nationale des Comores s\u2019\u00e9levait \u00e0 210,78 milliards de francs comoriens.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans les discours officiels, la multiplication des emprunts est souvent justifi\u00e9e par la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019acc\u00e9l\u00e9rer le d\u00e9veloppement du pays. Routes, infrastructures, modernisation des services publics, investissements dans l\u2019\u00e9nergie ou l\u2019\u00e9ducation : autant d\u2019arguments avanc\u00e9s pour convaincre l\u2019opinion publique de la n\u00e9cessit\u00e9 de s\u2019endetter. Mais sur le terrain, la r\u00e9alit\u00e9 semble bien diff\u00e9rente.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 part quelques kilom\u00e8tres de routes rebouch\u00e9es ou resurfact\u00e9es &#8211; souvent pr\u00e9sent\u00e9s comme de grands projets d\u2019infrastructure &#8211; les transformations structurelles restent difficiles \u00e0 percevoir. Les h\u00f4pitaux manquent toujours d\u2019\u00e9quipements, les \u00e9coles se d\u00e9gradent, les r\u00e9seaux d\u2019eau et d\u2019\u00e9lectricit\u00e9 demeurent pr\u00e9caires, et les services publics continuent de fonctionner avec de graves insuffisances. Dans ces conditions, l\u2019endettement croissant du pays ne se traduit pas par une am\u00e9lioration visible de la qualit\u00e9 de vie des citoyens. Cela nourrit un sentiment d\u2019incompr\u00e9hension.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Contrairement aux grandes \u00e9conomies, les Comores disposent d\u2019une base fiscale \u00e9troite, d\u2019une \u00e9conomie peu diversifi\u00e9e et d\u2019une forte d\u00e9pendance aux importations. L\u2019\u00c9tat dispose donc de peu de marges pour g\u00e9n\u00e9rer les ressources n\u00e9cessaires au remboursement de la dette. Lorsque la dette augmente plus vite que la capacit\u00e9 de l\u2019\u00e9conomie \u00e0 produire des richesses, le pays entre progressivement dans une <strong>spirale de d\u00e9pendance financi\u00e8re<\/strong><strong>.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019\u00c9tat emprunte pour rembourser ses anciennes dettes. Puis il emprunte encore pour financer son budget courant. Et finalement, il emprunte simplement pour maintenir l\u2019illusion de la stabilit\u00e9. Ce m\u00e9canisme est bien connu dans de nombreux pays en d\u00e9veloppement : <strong>la dette devient une perfusion permanente.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les cons\u00e9quences d\u2019un surendettement ne sont pas toujours imm\u00e9diates. Elles s\u2019installent lentement, souvent de mani\u00e8re invisible pour la population. Mais leurs effets peuvent \u00eatre redoutables. Lorsque la dette devient trop lourde, l\u2019\u00c9tat est contraint de consacrer une part croissante de son budget au remboursement des int\u00e9r\u00eats. Cela signifie concr\u00e8tement que l\u2019argent public ne sert plus \u00e0 financer les services essentiels, mais \u00e0 rembourser les cr\u00e9anciers.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019\u00e9ducation, la sant\u00e9, les infrastructures ou les politiques sociales deviennent alors les premi\u00e8res victimes de cette contrainte budg\u00e9taire. Dans ce sc\u00e9nario, l\u2019\u00c9tat perd progressivement sa capacit\u00e9 \u00e0 investir dans l\u2019avenir.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Une hypoth\u00e8que sur les g\u00e9n\u00e9rations futures<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La dette publique n\u2019est pas seulement un probl\u00e8me \u00e9conomique. Elle est aussi une <strong>question morale et g\u00e9n\u00e9rationnelle<\/strong><strong>. <\/strong>Chaque emprunt contract\u00e9 aujourd\u2019hui devra \u00eatre rembours\u00e9 demain. Et ce remboursement reposera sur les \u00e9paules des g\u00e9n\u00e9rations futures.Les enfants qui grandissent aujourd\u2019hui risquent donc d\u2019h\u00e9riter d\u2019un pays dont les ressources seront d\u00e9j\u00e0 largement engag\u00e9es pour payer les dettes accumul\u00e9es par les gouvernements pr\u00e9c\u00e9dents.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Autrement dit, <strong>les g\u00e9n\u00e9rations futures pourraient payer pour des investissements dont elles ne b\u00e9n\u00e9ficieront m\u00eame pas.<\/strong> C\u2019est l\u00e0 l\u2019un des paradoxes les plus inqui\u00e9tants de la situation actuelle : le pays s\u2019endette au nom du d\u00e9veloppement, mais ce d\u00e9veloppement reste invisible.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Un autre probl\u00e8me majeur concerne la gouvernance de la dette. L\u2019endettement public doit \u00eatre encadr\u00e9 par des m\u00e9canismes de transparence et de contr\u00f4le. Les citoyens ont le droit de savoir : combien l\u2019\u00c9tat emprunte et aupr\u00e8s de quels partenaires&nbsp;? \u00c0 quelles conditions et pour financer quels projets ? Or, ces informations restent souvent fragmentaires ou difficiles d\u2019acc\u00e8s.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le d\u00e9bat public sur la dette est quasi inexistant, m\u00eame au niveau de l\u2019Assembl\u00e9e nationale. Les d\u00e9cisions d\u2019emprunt sont prises sans v\u00e9ritable consultation nationale, et les m\u00e9canismes de suivi des projets financ\u00e9s par la dette restent faibles. Cette opacit\u00e9 alimente naturellement les suspicions : mauvaise gestion, gaspillage, corruption ou projets mal con\u00e7us.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Le risque d\u2019une d\u00e9pendance politique<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La dette ext\u00e9rieure comporte \u00e9galement un risque g\u00e9opolitique. Lorsqu\u2019un pays d\u00e9pend fortement de ses cr\u00e9anciers internationaux, il perd une partie de sa souverainet\u00e9 \u00e9conomique. Les bailleurs (BM, FMI, BAD, AFD, etc.) peuvent imposer des conditions, orienter les politiques publiques ou influencer certaines d\u00e9cisions strat\u00e9giques. Cette d\u00e9pendance peut rapidement devenir un facteur de fragilit\u00e9 politique. L\u2019histoire \u00e9conomique mondiale montre que de nombreux pays ont vu leurs politiques \u00e9conomiques dict\u00e9es par leurs cr\u00e9anciers apr\u00e8s une crise de la dette.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ceci \u00e9tant, la question de la dette publique d\u00e9passe largement les rivalit\u00e9s politiques du moment. Elle engage l\u2019avenir de toute une nation. Les autorit\u00e9s de fait actuelles ont une responsabilit\u00e9 historique : celle de ne pas transformer la dette en h\u00e9ritage toxique pour les g\u00e9n\u00e9rations futures.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le d\u00e9veloppement d\u2019un pays ne se mesure pas au volume des emprunts contract\u00e9s, mais \u00e0 la qualit\u00e9 des transformations qu\u2019ils produisent. Si l\u2019endettement ne sert qu\u2019\u00e0 maintenir artificiellement le fonctionnement de l\u2019\u00c9tat sans transformer l\u2019\u00e9conomie, alors il devient un pi\u00e8ge. Notre pays se trouve aujourd\u2019hui \u00e0 la crois\u00e9e des chemins. Continuer sur la voie d\u2019un endettement croissant sans r\u00e9sultats visibles risque de le conduire vers une impasse \u00e9conomique et sociale. Car au-del\u00e0 des chiffres et des budgets, la v\u00e9ritable question est simple : <strong>quelle \u00e9conomie voulons-nous l\u00e9guer aux g\u00e9n\u00e9rations futures des Comores ?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Depuis plusieurs ann\u00e9es, l\u2019Union des Comoressemble engag\u00e9e dans une trajectoire \u00e9conomique inqui\u00e9tante : celle d\u2019un recours syst\u00e9matique \u00e0 l\u2019endettement pour financer l\u2019action publique. Or, il est difficile de voir o\u00f9 passe l\u2019argent de la dette. Par AHMED Mohamed alias Ben. 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