{"id":12877,"date":"2026-03-16T12:31:40","date_gmt":"2026-03-16T09:31:40","guid":{"rendered":"https:\/\/masiwa-comores.com\/?p=12877"},"modified":"2026-03-16T12:32:29","modified_gmt":"2026-03-16T09:32:29","slug":"nouria-ngazi-victime-et-actrice-contre-les-violences-basees-sur-le-genre","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/masiwa-comores.com\/societe\/nouria-ngazi-victime-et-actrice-contre-les-violences-basees-sur-le-genre\/","title":{"rendered":"Nouria\u00a0N\u2019gazi. Victime et actrice contre les Violences bas\u00e9es sur le genre"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Le parcours de Nouria N\u2019gazi est inspirant. Cette femme de 53 ans, qui en a \u00e9t\u00e9 longtemps une victime, est devenue une actrice majeure dans la lutte contre les violences bas\u00e9es sur le genre (VBG), notamment en militant au sein de l\u2019association Mvukisho Ye Masiwa.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Par Hachim Mohamed<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nouria N\u2019gazi est n\u00e9e aux Comores en 1973. Elle part pour la France \u00e0 l\u2019\u00e2ge de six ans. Elle obtient son bac en 1992, son dipl\u00f4me d\u2019infirmi\u00e8re en 1995, et celui de cadre de sant\u00e9 en 2018. A\u00een\u00e9e d\u2019une fratrie de treize enfants (six fr\u00e8res et s\u0153urs du c\u00f4t\u00e9 de sa m\u00e8re et sept fr\u00e8res et s\u0153urs du c\u00f4t\u00e9 de son p\u00e8re), elle a la chance d\u2019\u00eatre la maman de deux grands hommes qu\u2019elle a \u00e9lev\u00e9s seule&nbsp;: Akim, 26 ans, plombier et Amir, 30 ans, avocat.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nouria N\u2019gazi va maintenant vers ses 53 ans. Elle estime que son c\u0153ur est rest\u00e9 aux Comores. Mais, elle vit actuellement en France, o\u00f9 elle travaille en tant que cadre de Sant\u00e9, responsable d\u2019une unit\u00e9 de soins. Elle prend la vie comme un challenge, au quotidien. C\u2019est une force tranquille. Comme d\u2019autres femmes g\u00e9n\u00e9reuses et spontan\u00e9es, elle a, en elle, une rage d\u2019avancer et de changer le monde.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c9videmment, la vie de Nouria N\u2019gazi est loin d&#8217;avoir \u00e9t\u00e9 un conte de f\u00e9e. C\u2019est une survivante de violences bas\u00e9es sur le genre. Adh\u00e9rente de Mvukisho Ye Masiwa (MYM), elle a eu l\u2019opportunit\u00e9 de pouvoir apporter sa petite pierre \u00e0 l\u2019\u00e9difice pour faire rayonner son combat au-del\u00e0 des Comores. Une opportunit\u00e9 d\u2019\u00eatre une d\u00e9fenseure des droits des enfants.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Des bourreaux proches de la famille<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Elle ne se souvient pas, au d\u00e9tail pr\u00e8s, de ses d\u00e9buts dans la souffrance, ni du moment o\u00f9 elle a pris la d\u00e9cision de parler de son statut de victime de la p\u00e9docriminalit\u00e9. C\u2019est dans le cadre du p\u00f4le \u00ab&nbsp;Droits humains&nbsp;\u00bb de MYM, en pr\u00e9parant une conf\u00e9rence sur les violences sexuelles, puis un documentaire, que tout ce qu\u2019elle avait subi dans son enfance a ressurgi, de mani\u00e8re soudaine.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En rembobinant ces ann\u00e9es bien remplies de sa vie, pour en \u00e9pingler des \u00e9pisodes parfois tr\u00e8s lointains, qui ont pu l\u2019impacter, comme si c\u2019\u00e9tait hier, elle se souvient toujours de cette \u00e9poque, entre 10 et 15 ans, \u00e9poque o\u00f9 elle a subi de multiples agressions sexuelles par des bourreaux diff\u00e9rents. Apr\u00e8s l\u2019une de ces agressions, elle a d\u00fb subir une interruption volontaire de grossesse (IVG) \u00e0 l\u2019\u00e2ge de 14 ans. Ce jour reste un des jours les plus traumatisants de son existence.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00ab&nbsp;Ils \u00e9taient tous proches de mes parents, amis ou famille&nbsp;\u00bb, confie-t-elle, en parlant de ses agresseurs. Ses bourreaux n\u2019ayant pas us\u00e9 de violence physique pour abuser d\u2019elle, pendant la phase de conscience, elle n\u2019\u00e9tait pas capable d\u2019associer ces agressions \u00e0 une mauvaise chose. Elle n\u2019\u00e9tait pas encore en mesure de comprendre que personne n\u2019avait le droit de la toucher, et encore moins que c\u2019\u00e9tait mal ce qui lui arrivait, et ce que ces hommes faisaient avec elle. Cela se passait, et puis c\u2019est tout. Parfois avec un peu de douleur, et toujours dans l\u2019enceinte de la maison familiale.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Descente lente dans les t\u00e9n\u00e8bres de la culpabilit\u00e9 et de la honte<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Apr\u00e8s avoir connu ce parcours sem\u00e9 de traumatismes physiques ou \u00e9motionnels, souvent d\u00e9crits comme une \u00ab&nbsp;ge\u00f4li\u00e8re int\u00e9rieure&nbsp;\u00bb qui transforme le quotidien, Nouria N\u2019gazi n\u2019a jamais l\u00e2ch\u00e9 prise.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cette femme est fascinante. La douleur du v\u00e9cu lui a permis, via la p\u00e9riode de sa reconstruction, de donner un sens \u00e0 cette exp\u00e9rience en passant de la souffrance subie \u00e0 une forme de r\u00e9silience. M\u00eame si le r\u00e9cit structure la m\u00e9moire de mani\u00e8re \u00e0 ce que le pass\u00e9 continue de hanter le pr\u00e9sent, il est int\u00e9ressant de voir comment, cette femme, par sa d\u00e9termination, s\u2019est d\u00e9marqu\u00e9e de cette s\u00e9quence douloureuse pour se r\u00e9approprier sa propre vie.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce n\u2019est qu\u2019\u00e0 l&#8217;\u00e2ge adulte qu\u2019elle a r\u00e9ussi \u00e0 mettre des mots sur les violences sexuelles qu\u2019elle avait subies \u00e9tant petite fille ou adolescente. C\u2019\u00e9tait peu apr\u00e8s ses \u00e9tudes d\u2019infirmi\u00e8re, apr\u00e8s la naissance de son premier fils. Elle avait certainement 22 ans. En visionnant un reportage sur la th\u00e9matique des VBG, elle r\u00e9alise que toutes les ann\u00e9es pass\u00e9es n\u2019ont \u00e9t\u00e9 que violence.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Elle a d\u2019abord eu honte d\u2019avoir \u00ab laiss\u00e9 faire \u00bb tout cela. Elle ne sait pas comment, elle a r\u00e9ussi \u00e0 enfouir tout cela dans un petit coin au fin fond de son cerveau.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cela a eu un impact dans sa vie quotidienne, et plus particuli\u00e8rement par rapport \u00e0 l\u2019estime qu\u2019elle avait d\u2019elle-m\u00eame. Tous ces hommes, qui ont fait d\u2019elle une \u00ab femme objet \u00bb, ont contribu\u00e9 \u00e0 sa descente lente dans les t\u00e9n\u00e8bres de la culpabilit\u00e9 et de la honte.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C\u2019est ainsi qu\u2019elle a aval\u00e9 des couleuvres, subi des manipulations de la part des hommes qui ont partag\u00e9 sa vie. Cette souffrance a d\u00e9velopp\u00e9 un manque de confiance en elle qui lui a fait accepter des situations normalement inacceptables. Jusqu\u2019\u00e0 une certaine mesure, car elle finissait toujours par craquer et partir pour sa survie.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Ordre de la fermer<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Elle dit encore&nbsp;: \u00ab&nbsp;Rien ne s\u2019enfouit dans le cerveau \u00e9ternellement&nbsp;\u00bb. T\u00f4t ou tard, cela ressurgit et jamais au bon moment, car il n\u2019y a pas de bon moment. Ainsi, avec tous les souvenirs qui ont r\u00e9apparu, elle a d\u00e9velopp\u00e9 un syndrome post-traumatique avec des nuits blanches \u00e0 n\u2019en plus finir.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Arriv\u00e9e \u00e0 ce stade, le plus dur pour cette femme, \u00e9tait de d\u00e9cider \u00e0 quel moment se livrer \u00e0 sa maman, et faire face \u00e0 ce qui s\u2019est pass\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Un jour, en regardant un documentaire avec sa m\u00e8re, elle lui a tout racont\u00e9. Elle avait 48 ans, se rappelle-t-elle. La m\u00e8re dit n\u2019avoir jamais rien su ni vu. Elle s\u2019est effondr\u00e9e, en larmes. Puis, elle a ordonn\u00e9 le silence.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Elle s\u2019arr\u00eata donc l\u00e0.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En transformant son v\u00e9cu en combat, Nouria N\u2019gazi milite contre les diff\u00e9rentes formes de violences faites aux femmes. Elle v\u00e9hicule aujourd\u2019hui une s\u00e9rie de messages d\u2019espoir et de courage pour d\u2019autres victimes. Pour arriver \u00e0 cet apaisement qui la caract\u00e9rise aujourd\u2019hui, elle a d\u00fb passer par la th\u00e9rapie. C\u2019est gr\u00e2ce \u00e0 celle-ci qu\u2019elle a pardonn\u00e9 \u00e0 sa m\u00e8re, et qu\u2019elle ne place pas tous les hommes dans le m\u00eame sac. \u00ab&nbsp;Mais, cela ne veut pas dire que tout va bien&nbsp;\u00bb, ajoute-t-elle.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pour continuer \u00e0 soigner ses maux tout en aidant les victimes rencontr\u00e9es \u00e0 soigner les leurs. Cela fait quatre ans que Nouria N\u2019gazi, son bin\u00f4me Zayone et les membres de l\u2019association Mvukisho Ye Masiwa sillonnent les \u00eeles pour tenter de r\u00e9veiller les consciences.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En tant que militante, elle est fi\u00e8re d\u2019avoir contribu\u00e9 \u00e0 aider \u00e0 la lib\u00e9ration de la parole pour certaines compatriotes et des femmes d\u2019autres communaut\u00e9s, aussi bien dans l\u2019archipel des Comores qu\u2019en France, aupr\u00e8s de la diaspora.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Elle croit dur comme fer que \u00ab nous devons faire jouer l\u2019\u00e9galit\u00e9 partout et sensibiliser un maximum de personnes, enfants et adolescents, hommes et femmes&nbsp;\u00bb. C\u2019est pour elle \u00ab&nbsp;la cl\u00e9 pour briser cette cha\u00eene de violence et prot\u00e9ger les g\u00e9n\u00e9rations futures&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le parcours de Nouria N\u2019gazi est inspirant. Cette femme de 53 ans, qui en a \u00e9t\u00e9 longtemps une victime, est devenue une actrice majeure dans la lutte contre les violences bas\u00e9es sur le genre (VBG), notamment en militant au sein de l\u2019association Mvukisho Ye Masiwa. 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