{"id":12835,"date":"2026-03-02T13:43:05","date_gmt":"2026-03-02T10:43:05","guid":{"rendered":"https:\/\/masiwa-comores.com\/?p=12835"},"modified":"2026-03-02T13:43:07","modified_gmt":"2026-03-02T10:43:07","slug":"ramadan-la-bouillie-de-sagou-une-passion-comorienne","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/masiwa-comores.com\/societe\/ramadan-la-bouillie-de-sagou-une-passion-comorienne\/","title":{"rendered":"Ramadan. La bouillie de sagou, une passion comorienne"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>La bouillie de sagou a une place privil\u00e9gi\u00e9e sur la table de la rupture du je\u00fbne comorien, du moins dans certaines r\u00e9gions de Ngazidja. Elle ouvre souvent le repas par sa douceur. Sa fabrication est exigeante, mais rentable pendant le mois de Ramadan.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><em>Par Fatouma Ali Sa\u00efd Abdallah<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><a><\/a><a>D\u00e8s que le muezzin appelle \u00e0 la sal\u00e2t ansuri, les grosses cuill\u00e8res raclent les marmites<\/a> pour terminer la cuisson. La bouillie de sagou, f\u00e9cule d\u00e9lay\u00e9e, eau, lait, sucre ou sel passe ti\u00e8de dans les bols. Hydratation douce, glucides lents. Pour certains foyers, c\u2019est la bouillie de ma\u00efs qui fait ce travail. Pour Masiwa, trois maris et une productrice racontent pourquoi le sagou l\u2019emporte dans leurs familles respectives.<\/p>\n\n\n\n<p>Salim Yasser, chauffeur de taxi\u2011brousse, p\u00e8re de quatre enfants, explique qu&#8217;il commence ses tourn\u00e9es avant l\u2019aube <a><\/a><a>et qu\u2019il arr\u00eate son travail seulement apr\u00e8s l\u2019ansuri et donc il rompt souvent fatigu\u00e9<\/a>. \u00ab&nbsp;Quand je rentre, ma femme verse d\u00e9j\u00e0 le sagou dans les bols. Elle le fait l\u00e9ger, avec du lait en poudre et juste un trait de sucre. J\u2019y m\u00e9lange une pinc\u00e9e de cannelle pil\u00e9e au mortier. Ce que j\u2019appr\u00e9cie, c\u2019est la sensation, pr\u00e8s de douze heures sans eau, la bouillie glisse, elle apaise la soif sans remplir. Je peux boire un verre d\u2019eau, manger deux dattes, prendre cette ration ti\u00e8de, puis aller prier \u00e0 la mosqu\u00e9e du quartier&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Il ajoute qu\u2019un kilo de farine de sagou dure trois soirs, bien moins cher que les jus. Les enfants en redemandent, ils appellent \u00e7a \u00ab&nbsp;le velours&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Ses paroles r\u00e9pondent \u00e0 celles de Sa\u00efd Youssouf, enseignant en primaire, c\u00e9libataire.&nbsp; Il raconte qu\u2019il travaille d\u00e9bout toute la journ\u00e9e, \u00ab&nbsp;l\u2019appel du maghrib me trouve souvent vid\u00e9. Le sagou me redonne un niveau d\u2019\u00e9nergie stable, pas le coup de fouet du sucre suivi d\u2019un \u00e9croulement.&nbsp; Je reste \u00e9veill\u00e9 pour r\u00e9viser et organiser mes cours du lendemain matin. J\u2019appr\u00e9cie \u00e9norm\u00e9ment le fait de rompre le je\u00fbne avec un repas sans conservateur, sans produits chimiques. \u00c7a vient de chez nous et on sait que c\u2019est naturel. Et \u00e9galement \u00e7a un bon go\u00fbt et donne beaucoup d\u2019\u00e9nergie&nbsp;\u00bb, a-t-il conclu.<\/p>\n\n\n\n<p>Ahmed Youssouf, menuisier, qui a six enfants \u00e0 la maison, il passe le Ramadan \u00e0 poncer, assembler, et livrer des chaises sous la chaleur. \u00ab&nbsp;Le soir, je pousse la porte, je sens le sagou avant m\u00eame d\u2019\u00f4ter mes chaussures. Ma femme le pr\u00e9f\u00e8re nature, sans sucre, avec du lait. On le mange en silence, puis chacun dit alhamdulilahi. Le sagou co\u00fbte peu et \u00e7a me donne la force de reprendre le lendemain matin, mon travail&nbsp;\u00bb, dit-il, avant de conclure&nbsp;: \u00ab&nbsp;\u00e7a me r\u00e9pare le fond avant les brochettes. Sans le bol de la bouillie au sagou pos\u00e9e sur la table, mon ftour semblerait incomplet&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Antouria Mihidjahi, mari\u00e9e, m\u00e8re de cinq enfants, productrice de farine de sagou, a commenc\u00e9 \u00e0 en faire depuis 2015, presque par hasard. \u00ab&nbsp;Je viens d\u2019une famille de cultivateurs. J\u2019ai achet\u00e9 une machine \u00e0 broyer les sagous en France, une autre pour \u00e9craser les noyaux au Kenya, et j\u2019ai appris seule. La passion s\u2019est install\u00e9e d\u2019un coup, je ne sais pas vraiment comment le m\u00e9tier est n\u00e9. \u00c7a contribue financi\u00e8rement et moralement. Savoir que des gens comptent sur ma farine m\u2019aide beaucoup moralement ; c\u2019est une satisfaction personnelle. C\u2019est \u00e9puisant, bien s\u00fbr. J\u2019ach\u00e8te jusqu\u2019\u00e0 cinq cents kilos de noyaux par saison, surtout dans le Mbadjini, parfois le Hamahame Mbude&nbsp;\u00bb. Pendant le mois de Ramadan ses commandes doublent, elle n\u2019a pas de mal \u00e0 \u00e9couler ses stocks. \u00ab&nbsp;\u00c0 l\u2019heure actuelle, je n\u2019ai plus rien. Le travail devient plus fatigant et plus rentable, alhamdulilahi&nbsp;\u00bb, ajoute-t-elle.<\/p>\n\n\n\n<p>Certains pr\u00e9f\u00e8rent la bouillie de ma\u00efs, plus rustique, et le d\u00e9bat anime parfois les cours le soir. Mais, dans les maisons de Salim, Sa\u00efd et Ahmed, le sagou tient le premier r\u00f4le&nbsp;: modeste, ti\u00e8de, il est r\u00e9gulier au c\u0153ur du Ramadan.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La bouillie de sagou a une place privil\u00e9gi\u00e9e sur la table de la rupture du je\u00fbne comorien, du moins dans certaines r\u00e9gions de Ngazidja. Elle ouvre souvent le repas par sa douceur. Sa fabrication est exigeante, mais rentable pendant le mois de Ramadan. 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