{"id":12735,"date":"2026-01-26T11:37:28","date_gmt":"2026-01-26T08:37:28","guid":{"rendered":"https:\/\/masiwa-comores.com\/?p=12735"},"modified":"2026-01-26T11:37:30","modified_gmt":"2026-01-26T08:37:30","slug":"la-peche-aux-comores-un-secteur-vital-pour-leconomie-comorienne","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/masiwa-comores.com\/societe\/la-peche-aux-comores-un-secteur-vital-pour-leconomie-comorienne\/","title":{"rendered":"La p\u00eache aux Comores. Un secteur vital pour l\u2019\u00e9conomie comorienne"},"content":{"rendered":"\n<p><strong><em>L\u2019abondance du poisson en cette saison de kashkazi s\u2019accompagne d\u2019une baisse du prix au kilo. C\u2019est une aubaine pour les familles en prise avec la forte augmentation de l\u2019inflation. Mais, cela cache les d\u00e9fauts d\u2019un secteur peu structur\u00e9 et peu soutenu par le gouvernement.&nbsp;<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><em>Par Par Naenmati Ibrahim<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Comme chaque ann\u00e9e \u00e0 la m\u00eame p\u00e9riode, durant la saison du kashkazi, les c\u00f4tes comoriennes connaissent une abondance de poissons, notamment de la bonite et du thon. Cette hausse des captures entra\u00eene une baisse significative des prix sur les march\u00e9s, rendant le poisson plus accessible \u00e0 une large partie de la population. Si cette situation soulage temporairement les m\u00e9nages, elle met \u00e9galement en lumi\u00e8re les fragilit\u00e9s structurelles du secteur halieutique national, encore peu organis\u00e9 et insuffisamment soutenu par des infrastructures adapt\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p>Aux Comores, la p\u00eache constitue l\u2019un des piliers de l\u2019\u00e9conomie et un moyen de subsistance essentiel pour une large partie de la population, en particulier dans les zones c\u00f4ti\u00e8res. Bien qu\u2019elle demeure majoritairement artisanale, elle joue un r\u00f4le crucial dans la s\u00e9curit\u00e9 alimentaire, l\u2019emploi et la coh\u00e9sion sociale. Selon une estimation relay\u00e9e en 2016 par la Banque mondiale, citant l\u2019Agence nationale pour la promotion des investissements (ANPI), environ 140 000 personnes vivaient directement ou indirectement de la p\u00eache dans l\u2019archipel, incluant les p\u00eacheurs artisanaux et l\u2019ensemble des acteurs d\u00e9pendant de cette fili\u00e8re, tels que les vendeurs, les mareyeurs et les transporteurs.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Vivre de la p\u00eache, faute d\u2019alternative<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 Tsembehou, El Hadj Ben Saeindou, plus connu sous le nom de No\u00ebl, illustre cette r\u00e9alit\u00e9 sociale et \u00e9conomique. Titulaire d\u2019un dipl\u00f4me en philosophie, il a pourtant choisi la vente de poisson comme principale source de revenus. Depuis pr\u00e8s de dix-huit ans, il exerce ce m\u00e9tier pour subvenir aux besoins de sa famille, dans un contexte o\u00f9 les opportunit\u00e9s d\u2019emploi restent limit\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab Apr\u00e8s mes \u00e9tudes, j\u2019ai tent\u00e9 l\u2019enseignement, mais sans salaire r\u00e9gulier, il m\u2019\u00e9tait impossible de nourrir mes enfants. La vente de poisson est devenue ma seule source de revenus fiable \u00bb, explique-t-il.<\/p>\n\n\n\n<p>Install\u00e9 \u00e0 Tsembehou et \u00e0 Ouani, No\u00ebl s\u2019approvisionne quotidiennement \u00e0 Ouani, o\u00f9 il ach\u00e8te du poisson frais qu\u2019il revend dans sa ville natale. P\u00e8re de huit enfants, avec deux familles \u00e0 charge, il ne peut se permettre d\u2019attendre un hypoth\u00e9tique recrutement dans la fonction publique. Faute de moyens de conservation, il ach\u00e8te uniquement la quantit\u00e9 n\u00e9cessaire \u00e0 la vente du jour, une contrainte partag\u00e9e par de nombreux vendeurs vivant loin des zones c\u00f4ti\u00e8res, expos\u00e9s aux risques de pertes financi\u00e8res en cas d\u2019invendus.<\/p>\n\n\n\n<p>No\u00ebl n\u2019est pas un cas isol\u00e9. \u00c0 Anjouan comme dans le reste du pays, la p\u00eache est devenue un v\u00e9ritable m\u00e9tier pour de nombreux hommes et femmes, souvent exerc\u00e9 par n\u00e9cessit\u00e9 plut\u00f4t que par choix. Malgr\u00e9 les difficult\u00e9s, les ruptures d\u2019approvisionnement restent rares, tant l\u2019\u00e9cosyst\u00e8me marin comorien demeure g\u00e9n\u00e9reux, offrant une ressource relativement abondante tout au long de l\u2019ann\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Une biodiversit\u00e9 marine remarquable<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Class\u00e9es parmi les pays les plus pauvres du monde, les Comores disposent pourtant d\u2019une biodiversit\u00e9 marine exceptionnelle, encore largement sous-exploit\u00e9e. Les eaux comoriennes abritent une grande vari\u00e9t\u00e9 d\u2019esp\u00e8ces, notamment les thonid\u00e9s, l\u2019espadon, le requin, ainsi que des crustac\u00e9s et des mollusques comme le poulpe, tr\u00e8s pris\u00e9 sur les march\u00e9s locaux.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019archipel est \u00e9galement connu pour le c\u0153lacanthe, esp\u00e8ce mythique qui porte le nom local de gombessa, quasi disparu ailleurs dans le monde et devenu un embl\u00e8me national. Sa pr\u00e9sence t\u00e9moigne de la singularit\u00e9 des fonds marins comoriens et de la n\u00e9cessit\u00e9 de pr\u00e9server cet h\u00e9ritage naturel. Cette richesse biologique constitue un potentiel \u00e9conomique et \u00e9cologique consid\u00e9rable, \u00e0 condition qu\u2019elle soit exploit\u00e9e de mani\u00e8re durable.<\/p>\n\n\n\n<p>Mayotte, qui fait partie de l\u2019archipel des Comores, illustre cette abondance marine. Son lagon, l\u2019un des plus vastes et des mieux pr\u00e9serv\u00e9s au monde, avec sa double barri\u00e8re de corail et ses eaux turquoise, attire chercheurs, plongeurs et touristes. Il met en \u00e9vidence les opportunit\u00e9s qu\u2019offre une gestion \u00e9quilibr\u00e9e des ressources marines, tout en soulignant l\u2019importance strat\u00e9gique de la pr\u00e9servation des \u00e9cosyst\u00e8mes.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Modernisation de la p\u00eache et hausse des captures<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Les ann\u00e9es 1950 mettaient d\u00e9j\u00e0 en \u00e9vidence la richesse halieutique des Comores. Dans \u00ab&nbsp;Ichthyologie et p\u00eache aux Comores&nbsp;\u00bb (1954), le biologiste P. Fourmanoir soulignait l\u2019abondance et la diversit\u00e9 des esp\u00e8ces marines, tout en relevant le manque d\u2019organisation de la p\u00eache locale, exerc\u00e9e de mani\u00e8re essentiellement traditionnelle. Ce d\u00e9ficit obligeait alors l\u2019archipel \u00e0 importer du poisson, notamment depuis Madagascar ou Zanzibar, malgr\u00e9 un potentiel local important.<\/p>\n\n\n\n<p>Aujourd\u2019hui, le secteur a connu une \u00e9volution notable gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019appui de partenaires internationaux, en particulier le Japon. L\u2019introduction d\u2019embarcations en fibre de verre (FRP) \u00e9quip\u00e9es de moteurs hors-bord, en remplacement des pirogues \u00e0 balancier, ainsi que le d\u00e9veloppement de la p\u00eache \u00e0 la tra\u00eene de style japonais, ont permis d\u2019augmenter significativement les captures de thon et de bonite, notamment \u00e0 Anjouan et \u00e0 Ngazidja. Ces innovations ont \u00e9galement contribu\u00e9 \u00e0 am\u00e9liorer la s\u00e9curit\u00e9 des p\u00eacheurs en mer.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette modernisation est \u00e9troitement li\u00e9e au r\u00f4le de l\u2019\u00c9cole nationale de p\u00eache et de la marine marchande des Comores, situ\u00e9e \u00e0 Mirontsy, \u00e0 Anjouan, qui forme depuis plusieurs ann\u00e9es des p\u00eacheurs aux techniques modernes, tout en tenant compte des r\u00e9alit\u00e9s locales et des savoir-faire traditionnels.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Quand l\u2019abondance fait chuter les prix<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Depuis plusieurs semaines, notamment \u00e0 Anjouan, la forte abondance de bonite entra\u00eene une baisse marqu\u00e9e des prix sur les march\u00e9s. Si cette situation b\u00e9n\u00e9ficie aux consommateurs, elle p\u00e9nalise souvent p\u00eacheurs et vendeurs, contraints d\u2019\u00e9couler rapidement leurs prises faute de moyens de conservation et de stockage adapt\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 Ngazidja, au port de Moroni, le prix du poisson est r\u00e9cemment descendu entre 1 500 et 1 750 francs comoriens le kilo, alors qu\u2019il peut atteindre 4 000 francs en p\u00e9riode de raret\u00e9. Cette fluctuation importante fragilise les revenus des acteurs du secteur.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 Anjouan, lors des phases de surproduction, le poisson se vend autour de 750 francs chez les p\u00eacheurs et 1 000 francs chez les revendeurs. En p\u00e9riode de p\u00e9nurie, les prix peuvent grimper jusqu\u2019\u00e0 2 500 francs, un niveau jug\u00e9 \u00e9lev\u00e9 par les m\u00e9nages, dans un contexte de pouvoir d\u2019achat limit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Un potentiel \u00e0 mieux valoriser<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Selon un rapport de la FAO datant de 2018, les Comores comptaient environ 7 600 p\u00eacheurs actifs, r\u00e9partis entre Ngazidja, Anjouan et Moh\u00e9li, sans inclure les nombreux acteurs vivant indirectement de la p\u00eache. Bien qu\u2019aucune \u00e9tude r\u00e9cente ne soit disponible, ces chiffres illustrent l\u2019importance strat\u00e9gique du secteur pour l\u2019\u00e9conomie nationale et pour la stabilit\u00e9 sociale.<\/p>\n\n\n\n<p>Le v\u00e9ritable enjeu de la p\u00eache aux Comores ne r\u00e9side donc pas uniquement dans l\u2019abondance de la ressource, mais dans sa gestion durable, sa valorisation \u00e9conomique et le d\u00e9veloppement d\u2019infrastructures de conservation, de transformation et d\u2019exportation. Sans investissements dans l\u2019\u00e9nergie, la cha\u00eene du froid et l\u2019organisation des march\u00e9s, les progr\u00e8s r\u00e9alis\u00e9s resteront limit\u00e9s et fragiles.<\/p>\n\n\n\n<p>La p\u00eache demeure ainsi un pilier vital pour nourrir les familles comoriennes, cr\u00e9er des revenus durables et pr\u00e9server la richesse naturelle de l\u2019archipel pour les g\u00e9n\u00e9rations futures, \u00e0 condition qu\u2019elle soit accompagn\u00e9e d\u2019une vision politique et \u00e9conomique \u00e0 long terme.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L\u2019abondance du poisson en cette saison de kashkazi s\u2019accompagne d\u2019une baisse du prix au kilo. C\u2019est une aubaine pour les familles en prise avec la forte augmentation de l\u2019inflation. 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