{"id":12674,"date":"2026-01-05T10:51:39","date_gmt":"2026-01-05T07:51:39","guid":{"rendered":"https:\/\/masiwa-comores.com\/?p=12674"},"modified":"2026-01-07T11:37:56","modified_gmt":"2026-01-07T08:37:56","slug":"terezaa-transgenre-dans-une-societe-traditionnelle","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/masiwa-comores.com\/societe\/terezaa-transgenre-dans-une-societe-traditionnelle\/","title":{"rendered":"Terezaa, transgenre dans une soci\u00e9t\u00e9 traditionnelle"},"content":{"rendered":"\n<p><strong><em>Le documentaire d\u2019Ousseni Mahamoud, qui sort ce lundi aborde le sujet de la transidentit\u00e9 et de l\u2019homosexualit\u00e9 dans la soci\u00e9t\u00e9 comorienne, un pays o\u00f9 les transgenres \u00e9taient totalement invisibilis\u00e9s jusqu\u2019\u00e0 l\u2019apparition des r\u00e9seaux sociaux.<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><em>Par MiB<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-drop-cap\">Terezaa est n\u00e9 homme, mais il vit une vie de femme dans cette soci\u00e9t\u00e9 traditionnelle et musulmane des Comores. Faute d\u2019obtenir un travail, il est vendeur ambulant. Puisque la soci\u00e9t\u00e9 r\u00e9clame des explications, il tente d\u2019expliquer. C\u2019est Dieu qui l\u2019a voulu ainsi. Il se rappelle aussi un temps o\u00f9 sa m\u00e8re le laissait seul \u00e0 la maison avec sa petite s\u0153ur et o\u00f9 il devait lui chanter les berceuses pour le calmer, un temps pendant lequel il prenait le visage d\u2019une m\u00e8re aimante. Il ne sait pas trop et se contredit entre le \u00ab&nbsp;je suis n\u00e9 comme \u00e7a&nbsp;\u00bb et un comportement apparu plus tard, \u00e0 l\u2019adolescence.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Un tabou soci\u00e9tal<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Le film du journaliste Ousseni Mahamoud intitul\u00e9 \u00ab&nbsp;Terezaa, n\u00e9 diff\u00e9rent&nbsp;\u00bb sort ce lundi sur la plateforme YouTube \u00ab&nbsp;Studio M Production Ouani&nbsp;\u00bb. C\u2019est presque un OVNI dans la production cin\u00e9matographique ou m\u00eame dans les m\u00e9dias comoriens, o\u00f9 les sujets sur les transgenres ou les homosexuels sont soigneusement \u00e9vit\u00e9s. Ces questions ne sont pas non plus abord\u00e9es dans la soci\u00e9t\u00e9 comorienne, sinon dans la perspective de l\u2019interdit religieux ou de la moquerie. Pourtant, des transgenres coexistent parfois dans les grandes villes des quatre \u00eeles de l\u2019archipel. Certains se sont m\u00eame sp\u00e9cialis\u00e9s dans l\u2019organisation de f\u00eates de mariages traditionnels et ils sont tol\u00e9r\u00e9s, voire respect\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>Pourtant, la loi comorienne r\u00e9prime l\u2019homosexualit\u00e9, m\u00eame s\u2019il n\u2019y a quasiment jamais de proc\u00e8s, peut-\u00eatre par peur de r\u00e9v\u00e9lations qui pourraient toucher des personnalit\u00e9s. Mais, en d\u00e9cembre 2024, deux jeunes femmes avaient \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9es \u00e0 plusieurs mois de prison ferme pour des actes \u00ab&nbsp;contre-nature&nbsp;\u00bb, apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9es et mises en prison depuis juin de la m\u00eame ann\u00e9e, sur la base de rumeurs pr\u00e9tendant qu\u2019elles \u00e9taient entr\u00e9es en contact avec un kadhwi (cadi) pour les marier. Elles ont ni\u00e9 les accusations, le kadhwi a ni\u00e9 avoir \u00e9t\u00e9 contact\u00e9, mais cela n\u2019a pas suffi.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est pourquoi le cin\u00e9aste semble marcher sur des \u0153ufs tant il sait que son film expose des gens qui peuvent subir les quolibets des citoyens et peut-\u00eatre des pressions des autorit\u00e9s judiciaires, selon les circonstances&nbsp;: \u00ab&nbsp;Cette question a \u00e9t\u00e9 au c\u0153ur de mes pr\u00e9occupations d\u00e8s le d\u00e9but du projet. C\u2019est pour cela que le film a mis beaucoup de temps \u00e0 sortir. La s\u00e9curit\u00e9 et la dignit\u00e9 des personnes film\u00e9es ont toujours prim\u00e9. Rien n\u2019a \u00e9t\u00e9 fait sans leur consentement \u00e9clair\u00e9, et chaque choix \u2014 visuel, narratif ou identitaire \u2014 a \u00e9t\u00e9 r\u00e9fl\u00e9chi avec elles&nbsp;\u00bb, affirme-t-il avant d\u2019ajouter une \u00e9vidence quand on aborde ce genre de sujet d\u00e9licat dans la soci\u00e9t\u00e9 comorienne&nbsp;: \u00ab&nbsp;Le vrai danger, ce n\u2019est pas de montrer, mais de r\u00e9duire ces personnes au silence. La stigmatisation existe d\u00e9j\u00e0, comme le pr\u00e9cise le personnage principal dans le film. Donc, ce film ne la cr\u00e9e pas, il la r\u00e9v\u00e8le. Et en la rendant visible, on ouvre aussi la possibilit\u00e9 de la combattre par la compr\u00e9hension et le dialogue&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Une m\u00e8re aimante<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Le film d\u2019Ousseni Mahamoud montre aussi une m\u00e8re attentionn\u00e9e, pr\u00e9sente dans la vie du jeune homme, qui a l\u2019air de sortir de l\u2019adolescence. C\u2019est une chance, car ici aussi, les parents peuvent abandonner dans la rue un enfant transgenre ou homosexuel. La m\u00e8re de Terezaa joue jusqu\u2019au bout son r\u00f4le de m\u00e8re. Elle le prot\u00e8ge. Elle met en garde ceux qui lui font des reproches et se moquent de son enfant. Si Terezaa est ainsi, c\u2019est par la volont\u00e9 divine, explique-t-elle, et peut-\u00eatre qu\u2019un jour Dieu lui permettra de redevenir \u00ab&nbsp;normal&nbsp;\u00bb. Elle y croit sinc\u00e8rement et avec espoir. D\u2019ailleurs, elle a commenc\u00e9 \u00e0 percevoir des changements chez son fils, notamment dans sa mani\u00e8re de s\u2019habiller. Il a abandonn\u00e9 les habits de femmes. Elle a confiance en Dieu&nbsp;: c\u2019est Lui qui d\u00e9cide. Et Terezaa n\u2019est pas loin de penser comme sa m\u00e8re, il aimerait changer et redevenir homme et il a aussi l\u2019espoir que cela arrivera un jour.<\/p>\n\n\n\n<p>Ousseni Mahmoud, le r\u00e9alisateur de ce documentaire, a fait des \u00e9tudes de sciences naturelles. Et cela se retrouve dans sa mani\u00e8re d\u2019explorer les probl\u00e8mes sociaux. Il use de sa cam\u00e9ra comme d\u2019un scalpel qui scrute les corps. Il est comme le scientifique en retrait devant son sujet, dans la phase d\u2019observation&nbsp;: il ne commente pas, il ne juge pas, il laisse voir \u00e0 travers sa cam\u00e9ra les drames int\u00e9rieurs qui se jouent chez Terezaa, mais aussi chez cette m\u00e8re dont on devine les combats pass\u00e9s pour prot\u00e9ger son enfant. \u00ab&nbsp;En tant que r\u00e9alisateur et journaliste, mon r\u00f4le est de t\u00e9moigner, d\u2019\u00e9couter et de montrer ce que l\u2019on refuse souvent de voir. Ce film cherche \u00e0 susciter la r\u00e9flexion, l\u2019humanit\u00e9 et le dialogue, mais pas le jugement, car comprendre n\u2019est pas forc\u00e9ment approuver, mais ignorer ou nier n\u2019a jamais r\u00e9solu un probl\u00e8me&nbsp;\u00bb, explique le r\u00e9alisateur.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Le respect de l\u2019humain<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Les deux personnages principaux semblent \u00eatre parvenus au m\u00eame stade, celui o\u00f9 toute lutte semble inutile, celui o\u00f9 on laisse dire, tout en se pr\u00e9servant. Celui aussi o\u00f9 le croyant comorien s\u2019en remet \u00e0 Dieu et cesse de combattre.<\/p>\n\n\n\n<p>Le religieux, Fundi Thaoubane, \u00e0 qui le r\u00e9alisateur a demand\u00e9 un avis d\u2019expert, donne d\u2019abord la position des textes religieux. Pour lui, l\u2019homosexualit\u00e9 est une anormalit\u00e9 et le but de l\u2019acte sexuel n\u2019est pas le plaisir, mais la procr\u00e9ation\u2026 C\u2019est d\u2019ailleurs la position des trois religions monoth\u00e9istes. Mais, il surprend aussi par sa position d\u2019\u00e9ducateur cherchant \u00e0 guider les gens vers une certaine compr\u00e9hension et sur la possibilit\u00e9 d\u2019un changement dans le futur. Il n\u2019est pas loin du positionnement de Tereza et de sa m\u00e8re. Et surtout, il est clair&nbsp;: l\u2019islam recommande de \u00ab&nbsp;respecter l\u2019homme&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Un psychologue et un sociologue sont aussi invit\u00e9s \u00e0 donner une position. Le sociologue fait remarquer qu\u2019avec la diff\u00e9rence de l\u00e9gislation entre Mayotte et les trois autres \u00eeles de l\u2019archipel, les transgenres et des homosexuels sont incit\u00e9s \u00e0 partir d\u2019une mani\u00e8re clandestine vers cette \u00eele, o\u00f9 il est possible pour deux femmes ou deux hommes de contracter un mariage. Ces propos sont en quelque sorte att\u00e9nu\u00e9s par l\u2019exp\u00e9rience de Terezaa, qui a fait la travers\u00e9e avec un ami. Il a d\u00e9cid\u00e9 de revenir \u00e0 Anjouan, apr\u00e8s avoir assist\u00e9 \u00e0 l\u2019agression homophobe de son ami.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Une r\u00e9alit\u00e9 int\u00e9rieure<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Avec le film d\u2019Ousseni Mahamoud, le citoyen est loin des r\u00e9v\u00e9lations trashs des r\u00e9seaux sociaux, d\u2019un certain voyeurisme dont certains se d\u00e9lectent pendant des semaines, \u00e0 propos de l\u2019homosexualit\u00e9 aux Comores. Avec la pudeur qui le caract\u00e9rise, Ousseni Mahamoud pr\u00e9sente une situation et laisse ses interlocuteurs exposer leurs points de vue. Mais, m\u00eame si l\u2019auteur semble se tenir \u00e0 distance du sujet, son film plaide pour la compr\u00e9hension et la tol\u00e9rance. Il traduit aussi une \u00e9volution chez le journaliste, une \u00e9volution de sa pens\u00e9e sur les homosexuels qu\u2019il explique simplement \u00e0 Masiwa&nbsp;: \u00ab&nbsp;Moi-m\u00eame, quand j\u2019\u00e9tais jeune, je les jugeais sans m\u00eame vouloir les \u00e9couter. Je les voyais comme des personnes qui souhaitent aller \u00e0 l\u2019encontre des principes de la vie, des recommandations divines. J\u2019ai fait ce film non pas pour provoquer ou imposer une vision, mais pour donner la parole \u00e0 une r\u00e9alit\u00e9 qui existe dans notre pays depuis belle lurette. Une r\u00e9alit\u00e9 taboue, mais qui existe. L\u2019homosexualit\u00e9 n\u2019est pas un ph\u00e9nom\u00e8ne import\u00e9 ni une provocation, elle concerne des \u00eatres humains, issus de nos familles et de notre soci\u00e9t\u00e9, qui vivent dans le silence, la peur ou le rejet. C\u2019est donc une fa\u00e7on pour moi de mettre en lumi\u00e8re cette question sans vouloir cr\u00e9er une pol\u00e9mique sur la religion et les coutumes&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Ousseni Mahmoud est un journaliste de l\u2019Office de Radio-T\u00e9l\u00e9vision des Comores (ORTC) depuis 2007. Il a aussi \u00e9t\u00e9 fixeur pour des m\u00e9dias \u00e9trangers, notamment France 2. Il fait tout, de la prise de vue jusqu\u2019au montage. Form\u00e9 \u00e0 la production audiovisuelle en \u00c9gypte, \u00e0 Madagascar et \u00e0 la R\u00e9union, il a d\u00e9but\u00e9 comme reporter d\u2019images \u00e0 la Radio et T\u00e9l\u00e9vision d\u2019Anjouan (RTA). Depuis, il ne fait que filmer, il aime cela et le spectateur le per\u00e7oit. Il a rafl\u00e9 plusieurs prix aux Comores, dont un prix lors du premier Festival international du film des Comores (CIF) avec \u00ab&nbsp;Hadisi ya Ismaili&nbsp;\u00bb, l\u2019histoire d\u2019un homme qui d\u00e9cide de quitter la clandestinit\u00e9 \u00e0 Mayotte pour venir cultiver sa terre \u00e0 Anjouan. Il vient \u00e9galement de remporter le Prix Saminya Bounou 2025 pour le portrait qu\u2019il a fait de Fatima Halidane, une sage-femme dont on estime, \u00e0 Anjouan, qu\u2019elle a sauv\u00e9 toute une g\u00e9n\u00e9ration.<\/p>\n\n\n\n<p>Le film d&#8217;Ousseni Mahamoud est visible ici : <a href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=cdEwZtdTqI4&amp;t=661s\">Tereza, n\u00e9 diff\u00e9rent, jug\u00e9 coupable<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le documentaire d\u2019Ousseni Mahamoud, qui sort ce lundi aborde le sujet de la transidentit\u00e9 et de l\u2019homosexualit\u00e9 dans la soci\u00e9t\u00e9 comorienne, un pays o\u00f9 les transgenres \u00e9taient totalement invisibilis\u00e9s jusqu\u2019\u00e0 l\u2019apparition des r\u00e9seaux sociaux. Par MiB Terezaa est n\u00e9 homme, mais il vit une vie de femme dans cette soci\u00e9t\u00e9 traditionnelle et musulmane des Comores. [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":5,"featured_media":12676,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[52],"tags":[158,560,563,565,564,561,562,97],"class_list":["post-12674","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-societe","tag-comores","tag-edition-565","tag-homosexualite","tag-ousseni-mahamoud","tag-tereza","tag-transgenre","tag-transidentie","tag-trending"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/masiwa-comores.com\/json\/wp\/v2\/posts\/12674","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/masiwa-comores.com\/json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/masiwa-comores.com\/json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/masiwa-comores.com\/json\/wp\/v2\/users\/5"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/masiwa-comores.com\/json\/wp\/v2\/comments?post=12674"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/masiwa-comores.com\/json\/wp\/v2\/posts\/12674\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":12684,"href":"https:\/\/masiwa-comores.com\/json\/wp\/v2\/posts\/12674\/revisions\/12684"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/masiwa-comores.com\/json\/wp\/v2\/media\/12676"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/masiwa-comores.com\/json\/wp\/v2\/media?parent=12674"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/masiwa-comores.com\/json\/wp\/v2\/categories?post=12674"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/masiwa-comores.com\/json\/wp\/v2\/tags?post=12674"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}