{"id":12647,"date":"2025-12-29T11:57:10","date_gmt":"2025-12-29T08:57:10","guid":{"rendered":"https:\/\/masiwa-comores.com\/?p=12647"},"modified":"2025-12-29T11:57:11","modified_gmt":"2025-12-29T08:57:11","slug":"pour-une-litterature-comorienne-en-shikomori","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/masiwa-comores.com\/culture\/pour-une-litterature-comorienne-en-shikomori\/","title":{"rendered":"Pour une litt\u00e9rature comorienne en shikomori"},"content":{"rendered":"\n<p><strong><em>Le 21 d\u00e9cembre dernier, l\u2019association Udzima Culture a r\u00e9uni un grand nombre d\u2019intellectuels et cadres comoriens autour du premier livre de Nourdine Mba\u00e9&nbsp;: \u00ab&nbsp;Tsozi Dalao&nbsp;\u00bb. Une conf\u00e9rence enti\u00e8rement en shikomori, ce qui est rare dans ce milieu en France.<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><em>Par Mahmoud Ibrahime<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>La litt\u00e9rature comorienne s\u2019\u00e9crit de plus en plus en shikomori depuis quelques ann\u00e9es, en parall\u00e8le avec la normalisation de l\u2019orthographe et de la grammaire par le linguiste Mohamed Ahmed-Chamanga (voir son dernier ouvrage&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>La conjugaison comorienne&nbsp;\u00bb<\/em>, C\u0153lacanthe, 2025).<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est dans la perspective de contribuer \u00e0 la fortification de la langue et de la litt\u00e9rature comorienne que la jeune structure Udzima Culture a invit\u00e9 Nourdine Mba\u00e9 \u00e0 venir discuter de son livre \u00ab&nbsp;Tsozi Dalao&nbsp;\u00bb publi\u00e9 aux \u00e9ditions KomEDIT en juin 2023.<\/p>\n\n\n\n<p>La rencontre qui a eu lieu \u00e0 Sarcelles le 21 d\u00e9cembre dernier \u00e9tait coanim\u00e9e par Mohamed Issihaka, le fondateur de l\u2019association Udzima Culture et le philosophe Salim Youssouf Idjabou, ami de l\u2019auteur, qui a \u00e9galement pr\u00e9fac\u00e9 le livre. Elle a r\u00e9uni un grand nombre d\u2019intellectuels et cadres d\u2019origine comorienne demeurant en r\u00e9gion parisienne ou de passage. Son originalit\u00e9 a \u00e9t\u00e9 que tous les \u00e9changes se sont tenus en langue comorienne pour mieux rendre compte du contenu du livre.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Mettre en avant la langue de Mbae Trambwe<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s avoir fait la distinction entre les genres d\u2019\u00e9critures (roman, essais\u2026), Salim Youssouf idjabou a indiqu\u00e9 que l\u2019auteur a choisi la forme po\u00e9tique (pohori, en shikomori) pour faire passer ses id\u00e9es. Il s\u2019est ensuite livr\u00e9 \u00e0 une explication du titre compos\u00e9, selon lui, de deux mots qui s\u2019opposent&nbsp;(\u00ab&nbsp;larmes&nbsp;\u00bb et \u00ab&nbsp;rem\u00e8de&nbsp;\u00bb), mais qui se compl\u00e8tent aussi dans le sens o\u00f9, quand un malheur survient, les larmes sont aussi le premier rem\u00e8de, un d\u00e9but de gu\u00e9rison.<\/p>\n\n\n\n<p>Nourdine Mba\u00e9 a concentr\u00e9 son propos sur la langue comorienne et sur le combat politique que m\u00e8ne la diaspora et auquel il participe. Il a ainsi attir\u00e9 l\u2019attention du lecteur sur le fait que son recueil est aussi un reflet de ce combat.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans l\u2019avant-propos de son livre, l\u2019auteur rappelle qu\u2019il est le fils d\u2019un homme qui ne parlait pas fran\u00e7ais et qui donc lui a permis d\u2019\u00e9largir son vocabulaire du shikomori, mais surtout qu\u2019il est le petit-fils d\u2019une maitresse d\u2019\u00e9cole coranique qui \u00e9tait aussi une po\u00e9tesse dans la ville de Mbeni, une ville de Ngazidja o\u00f9 les orateurs savent particuli\u00e8rement manier la langue de Mbae Trambwe, dont il a \u00e9t\u00e9 question durant la conf\u00e9rence.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>L\u2019omnipr\u00e9sence du combat politique<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Le contenu du livre est vari\u00e9, car il aborde plusieurs th\u00e8mes dont on ne voit pas l\u2019unit\u00e9. Mais, est-ce que l\u2019auteur a voulu une unit\u00e9 de sens dans ce recueil&nbsp;? On peut en douter. Il se laisse aller entre l\u2019amour, le combat politique, l\u2019observation de la soci\u00e9t\u00e9\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Quand ses lecteurs le ram\u00e8nent \u00e0 la politique, il se r\u00e9fugie dans la po\u00e9sie et la polys\u00e9mie de toute \u0153uvre litt\u00e9raire. Lors de la conf\u00e9rence, Hadji Mba\u00e9 et Omar Mirali, ses compagnons de lutte contre la dictature aux Comores, l\u2019ont interpell\u00e9 \u00e0 propos du troisi\u00e8me po\u00e8me intitul\u00e9 \u00ab&nbsp;Puhu&nbsp;\u00bb et dont le premier vers dit \u00ab&nbsp;Puhu lendjia djumbe kalitsoka mfaume&nbsp;\u00bb (\/Lorsqu\u2019un rat entre dans un palais, il ne devient pas sultan) et un plus loin&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>Puhu lendjia djumbe, le daho lo uka mshana<\/p>\n\n\n\n<p><em>\/Lorsqu\u2019un rat entre dans un palais, la demeure il devient un lieu d\u2019aisance<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Ngarizonao leo zinu tsi nd\u2019ezakaya djana<\/p>\n\n\n\n<p><em>\/On le voit aujourd\u2019hui, ce n\u2019est pas ce qu\u2019on voyait autrefois<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Ces lecteurs, compagnons de l\u2019auteur au sein du mouvement Dawula ya Haki (\u00ab&nbsp;\u00c9tat de Droit&nbsp;\u00bb) ont cru voir dans ce po\u00e8me des fl\u00e8ches directement lanc\u00e9es contre le chef de l\u2019\u00c9tat comorien, Azali Assoumani. L\u2019auteur s\u2019est content\u00e9 de dire que c\u2019est leur interpr\u00e9tation, mais qu\u2019il y a d\u2019autres interpr\u00e9tations possibles, laissant ainsi ouverte la richesse de sa po\u00e9sie.<\/p>\n\n\n\n<p>Pourtant, l\u2019auteur lui-m\u00eame a d\u00e9cid\u00e9 de mettre en avant, par une lecture donn\u00e9e par une enfant, un po\u00e8me (\u00ab&nbsp;Kadjafa bure&nbsp;\u00bb) qui glorifie ceux qui sont morts dans le combat politique. Tous ceux qui \u00e9taient pr\u00e9sents ne pouvaient penser qu\u2019au jeune Mouslim Ahamada, le 18 janvier 2024, tu\u00e9 d\u2019une balle dans la t\u00eate pendant les manifestations cons\u00e9cutives aux fraudes pendant la pr\u00e9sidentielle. Ailleurs, l\u2019auteur fait r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 l\u2019enterrement du major Bapale, assassin\u00e9 dans un camp militaire, sans lavement du corps et sans pri\u00e8res.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Une langue qui a besoin d\u2019un engagement collectif<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>La conf\u00e9rence a \u00e9t\u00e9 enrichie par de nombreuses interventions, dont celles de l\u2019anthropologue Ibrahim Barwane et les \u00e9crivains Mahafidh Ibrahim et Wadjih Abderemane qui ont tous lou\u00e9 la mise en avant de la langue comorienne. Ce dernier, qui vit au pays depuis trois ans maintenant et qui a cr\u00e9\u00e9 l\u2019orchestre Twarab \u00c2yn des Comores affirme que la probl\u00e9matique de l\u2019usage du shikomori ne se pose pas uniquement en termes de litt\u00e9rature et de lecture, mais aussi de son abandon \u00e0 l\u2019oral, dans la vie de tous les jours. Et il a insist\u00e9&nbsp;: cela ne rel\u00e8ve pas uniquement de l\u2019\u00c9tat. Il a voulu ainsi r\u00e9pondre aux propos de l\u2019auteur qui montrait que le fran\u00e7ais ne s\u2019est d\u00e9velopp\u00e9, \u00e0 partir du 16<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, que gr\u00e2ce \u00e0 la volont\u00e9 du roi Fran\u00e7ois 1<sup>er<\/sup> d\u2019en faire la langue d\u2019usage dans toutes les administrations, \u00e0 la place du latin qui n\u2019\u00e9tait parl\u00e9 que par les \u00e9lites.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignright size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"691\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/masiwa-comores.com\/cififuv\/2025\/12\/Couv_TsoziDalao-691x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-12651\" style=\"aspect-ratio:0.674810022278512;width:356px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/masiwa-comores.com\/cififuv\/2025\/12\/Couv_TsoziDalao-691x1024.jpg 691w, https:\/\/masiwa-comores.com\/cififuv\/2025\/12\/Couv_TsoziDalao-202x300.jpg 202w, https:\/\/masiwa-comores.com\/cififuv\/2025\/12\/Couv_TsoziDalao-768x1138.jpg 768w, https:\/\/masiwa-comores.com\/cififuv\/2025\/12\/Couv_TsoziDalao-600x889.jpg 600w, https:\/\/masiwa-comores.com\/cififuv\/2025\/12\/Couv_TsoziDalao-750x1112.jpg 750w, https:\/\/masiwa-comores.com\/cififuv\/2025\/12\/Couv_TsoziDalao.jpg 869w\" sizes=\"auto, (max-width: 691px) 100vw, 691px\" \/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p>Le recueil de po\u00e8mes de Nourdine Mba\u00e9 ne lance pas seulement des messages, en particulier en faveur du combat politique pour l\u2019instauration d\u2019une d\u00e9mocratie aux Comores. Il loue et promeut sans le dire, la langue comorienne. D\u00e8s la pr\u00e9face de Salim Youssouf Idjabou, il est question de la place du shikomori dans une situation de colonisation, et m\u00eame dans une situation postcoloniale. Pour le philosophe, le premier souci du colonisateur \u00e9tait d\u2019effacer la langue maternelle des colonis\u00e9s pour imposer partout la sienne. Il per\u00e7oit quand m\u00eame un changement dans le fait que partout, en Afrique, des intellectuels comme Nourdine Mba\u00e9, qui a fait toutes ses \u00e9tudes en fran\u00e7ais, qui enseigne le fran\u00e7ais, veulent remettre au go\u00fbt du jour leurs langues maternelles, notamment \u00e0 travers la litt\u00e9rature contemporaine.<\/p>\n\n\n\n<p>La conf\u00e9rence a tenu ses promesses, tout en mouvement, entre les explications de l\u2019auteur et de ceux qui \u00e9taient \u00e0 la tribune, ponctu\u00e9es de lectures \u00e0 haute voix par de jeunes filles et les interventions riches du public. Il \u00e9tait impossible de s\u2019ennuyer.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est durant ces interventions du public que deux enseignants qui ont exerc\u00e9 aux Comores ont fait remarquer la pauvret\u00e9 des biblioth\u00e8ques, y compris celle de l\u2019universit\u00e9, surtout en ce qui concerne les auteurs comoriens. L\u2019un d\u2019eux a fait remarquer qu\u2019il est quasiment impossible de trouver dans une biblioth\u00e8que un livre comme celui de Nourdine Mba\u00e9. Salim Youssouf Idjabou a donc lanc\u00e9 l\u2019id\u00e9e de mobiliser les maisons d\u2019\u00e9dition, mais aussi les lecteurs pour fournir aux biblioth\u00e8ques comoriennes des livres r\u00e9cents d\u2019auteurs originaires du pays, notamment les livres en langue comorienne.<\/p>\n\n\n\n<p>Le 4 janvier prochain, c\u2019est le Dr Abdou Djohar, linguiste et romancier qui devrait s\u2019adresser \u00e0 un public marseillais par l\u2019entremise de l\u2019Agence comorienne pour la Promotion de la Culture (ACPC).<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le 21 d\u00e9cembre dernier, l\u2019association Udzima Culture a r\u00e9uni un grand nombre d\u2019intellectuels et cadres comoriens autour du premier livre de Nourdine Mba\u00e9&nbsp;: \u00ab&nbsp;Tsozi Dalao&nbsp;\u00bb. Une conf\u00e9rence enti\u00e8rement en shikomori, ce qui est rare dans ce milieu en France. 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