{"id":12613,"date":"2025-12-15T06:18:15","date_gmt":"2025-12-15T03:18:15","guid":{"rendered":"https:\/\/masiwa-comores.com\/?p=12613"},"modified":"2025-12-15T06:18:16","modified_gmt":"2025-12-15T03:18:16","slug":"mohamed-ali-nohooi-la-guerre-dalgerie-a-ete-un-conflit-tres-violent-et-traumatisant","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/masiwa-comores.com\/culture\/mohamed-ali-nohooi-la-guerre-dalgerie-a-ete-un-conflit-tres-violent-et-traumatisant\/","title":{"rendered":"Mohamed Ali Nohooi\u00a0: \u00ab\u00a0La guerre d\u2019Alg\u00e9rie a \u00e9t\u00e9 un conflit tr\u00e8s violent et traumatisant\u00a0\u00bb"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>Mohamed Ali Nohooi, plus connu sous le nom d\u2019\u00ab&nbsp;Alg\u00e9rie&nbsp;\u00bb, est un militaire fran\u00e7ais, d&#8217;origine comorienne, n\u00e9 en 1936. Il a connu la violence sanglante de la guerre d\u2019Alg\u00e9rie (1954-1962) et a surv\u00e9cu \u00e0 une blessure due \u00e0 une mine antipersonnelle.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><em>Propos recueillis par Fatouma Ali Sa\u00efd Abdallah<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Masiwa &#8211; En quelle ann\u00e9e a commenc\u00e9 la guerre en Alg\u00e9rie ?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>La guerre de l\u2019Alg\u00e9rie contre la France a commenc\u00e9 en 1954. Et 1955 fut le d\u00e9but de l\u2019intensification des combats.<\/p>\n\n\n\n<p>Les affrontements entre les forces fran\u00e7aises et les nationalistes alg\u00e9riens se sont aggrav\u00e9s et sont devenus plus violents, avec des attaques et des ripostes de plus en plus fr\u00e9quentes et intenses.<\/p>\n\n\n\n<p>Pendant l&#8217;ann\u00e9e 1955, le gouvernement fran\u00e7ais a d\u00e9clar\u00e9 l&#8217;\u00e9tat d&#8217;urgence en Alg\u00e9rie et a donn\u00e9 les pleins pouvoirs \u00e0 l&#8217;arm\u00e9e pour r\u00e9primer la r\u00e9bellion.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Masiwa &#8211; \u00c0 quel \u00e2ge, avez-vous rejoint l&#8217;arm\u00e9e fran\u00e7aise<\/strong> ?<\/p>\n\n\n\n<p>Je suis entr\u00e9 \u00e0 l&#8217;arm\u00e9e fran\u00e7aise \u00e0 Madagascar, Tamatave, en 1957. Et en 1960, je me suis port\u00e9 volontaire pour la guerre d\u2019Alg\u00e9rie. J&#8217;\u00e9tais c\u00e9libataire et sans enfant. J&#8217;ai combattu durant une p\u00e9riode de deux ans et six mois.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Masiwa &#8211; Combien de militaires comoriens ont combattu pendant la guerre d&#8217;Alg\u00e9rie<\/strong> ?<\/p>\n\n\n\n<p>Au total, nous \u00e9tions 25 militaires comoriens. Il y avait moi, de la ville d&#8217;Ikoni et d\u2019autres venant de la ville Kua ya Mitsamihuli, Itsandraya, Mitsamihuli mdjini, M&#8217;de ya Bambao, trois militaires de Mal\u00e9, \u00e9galement des militaires des autres \u00eeles : Moh\u00e9li, Mayotte et Anjouan.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous sommes tous retourn\u00e9s chez nous aux Comores sains et saufs. Je suis le seul \u00e0 rentrer avec une blessure suite \u00e0 l\u2019explosion d\u2019une mine sur mon genou gauche. La blessure est encore visible et pesante. Elle a \u00e9t\u00e9 caus\u00e9e par \u00ab&nbsp;une mine antipersonnelle&nbsp;\u00bb. J&#8217;ai march\u00e9 sur un champ de mines et, par chance, seul mon genou a \u00e9t\u00e9 touch\u00e9. Et malgr\u00e9 cet accident, j&#8217;ai continu\u00e9 la bataille avec le genou bless\u00e9. Cependant, je n&#8217;ai jamais eu de difficult\u00e9s durant toute ma jeunesse. J&#8217;ai v\u00e9cu avec la blessure sans jamais me plaindre. Il a fallu attendre dix ans, plus tard, et, avec l&#8217;\u00e2ge avanc\u00e9, j\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 ressentir des douleurs.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Masiwa &#8211; Quel a \u00e9t\u00e9 le processus de recrutement des militaires comoriens pour la guerre d&#8217;Alg\u00e9rie ?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Volontaires ! On nous a parl\u00e9 d&#8217;une guerre en Alg\u00e9rie et chacun se portait volontaire ! Quiconque souhaitait y aller, \u00e9crivait son pr\u00e9nom et son nom sur une liste. En effet, personne n&#8217;a \u00e9t\u00e9 pris de force. On se portait volontaire.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Masiwa &#8211; Avez-vous \u00e9t\u00e9 pr\u00e9par\u00e9s \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 de la guerre d&#8217;Alg\u00e9rie<\/strong> <strong>avant de vous y rendre ?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Non ! On ne nous a ni inform\u00e9s ni explicit\u00e9 l&#8217;ampleur de la guerre. On a simplement parl\u00e9 d&#8217;une guerre en Alg\u00e9rie. N\u00e9anmoins, \u00e9tant dans l&#8217;arm\u00e9e fran\u00e7aise, nous \u00e9tions form\u00e9s et pr\u00e9par\u00e9s \u00e0 toute \u00e9ventuelle bataille. On nous apprenait \u00e0 nous d\u00e9fendre : \u00e0 tirer, utiliser diff\u00e9rentes armes\u2026 Nous faisions m\u00eame des exercices de guerre \u00e0 la caserne. On apprenait aussi la discipline sociale : le respect, l&#8217;amour, l&#8217;engagement, l&#8217;honneur, les valeurs humaines,&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Masiwa &#8211; Avec quelle arme avez-vous combattu ?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>J&#8217;ai \u00e9t\u00e9 tireur d&#8217;\u00e9lite. J&#8217;avais une carabine. C&#8217;est une arme \u00e0 feu, g\u00e9n\u00e9ralement \u00e9quip\u00e9e d&#8217;un canon et d&#8217;un calibre.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Masiwa &#8211; Quel \u00e9tait votre grade ?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Premi\u00e8re classe.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Masiwa &#8211; Comment \u00e9tait la guerre ?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Tr\u00e8s difficile. Car, c&#8217;\u00e9tait une guerre de r\u00e9bellion. Jour et nuit, en p\u00e9riode d&#8217;\u00e9t\u00e9 comme en hiver, on combattait ! J&#8217;avais 25 ans \u00e0 la fin de cette guerre.<\/p>\n\n\n\n<p>Z\u00e9ro repos ! Jour et nuit ! En p\u00e9riode d&#8217;\u00e9t\u00e9 comme d&#8217;hiver !<\/p>\n\n\n\n<p>La guerre d&#8217;Alg\u00e9rie a \u00e9t\u00e9 un conflit tr\u00e8s violent et traumatisant physiquement et moralement. Les combats ont \u00e9t\u00e9 intenses et les pertes humaines consid\u00e9rables. Nombreux sont les Europ\u00e9ens morts, pi\u00e9g\u00e9s par des femmes alg\u00e9riennes. Ces derni\u00e8res, s\u00e9duisaient les militaires europ\u00e9ens et, une fois avec eux, dans le m\u00eame lit, elles les tuaient !<\/p>\n\n\n\n<p>Nous n&#8217;avions pas le droit de nous d\u00e9shabiller : il arrivait souvent qu\u2019on nous reveille en pleine nuit pour aller combattre ! On dormait avec les casques. Nos armes \u00e0 feu, nos armes de poing, nos revolvers, nos calibres \u00e9taient nos oreillers !<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Masiwa &#8211; Avez-vous obtenu des m\u00e9dailles ?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>J&#8217;ai eu deux m\u00e9dailles : une aupr\u00e8s d&#8217;Allah et l\u2019autre aux yeux des hommes.<\/p>\n\n\n\n<p>Durant l&#8217;\u00e9t\u00e9 1961, nous \u00e9tions en pleine guerre, c\u2019\u00e9tait pendant le mois de Ramadan. \u00c0 cette \u00e9poque-l\u00e0, il y avait ce qu&#8217;on appelait un poste radio. Elle pesait 9 kg ! Sans oublier ma carabine et autres instruments militaires que je portais sur moi. Le poids total \u00e9tait de 47 kg.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 l&#8217;heure du petit d\u00e9jeuner, au milieu de la for\u00eat, je n\u2019ai pas mang\u00e9, car j&#8217;avais fait le ramadan. Mon sup\u00e9rieur a souri en me disant que j&#8217;allais me tuer avec le poids que je portais sur mon dos et la chaleur intense de l&#8217;\u00e9t\u00e9, plus le je\u00fbne. Il m&#8217;a dit que si je tenais jusqu&#8217;\u00e0 12 heures, il me donnerait 5000 francs. \u00c0 cette \u00e9poque en 1961, cette somme valait 250 000 francs comoriens. J\u2019ai r\u00e9ussi et il a tenu sa promesse !<\/p>\n\n\n\n<p>En 1974, on a d\u00e9mantel\u00e9 l&#8217;arm\u00e9e fran\u00e7aise \u00e0 Madagascar. Tout militaire, qui avait moins de six ans de service, a \u00e9t\u00e9 vir\u00e9. Ceux qui avaient plus de dix ans de service ont \u00e9t\u00e9 pay\u00e9s et mis \u00e0 la retraite officielle. Sauf moi ! Notre sup\u00e9rieur m\u2019a laiss\u00e9 le choix : soit de rester dans l&#8217;arm\u00e9e fran\u00e7aise ou partir. J&#8217;ai d\u00e9cid\u00e9 de rester. Et on m&#8217;a affect\u00e9 directement \u00e0 la R\u00e9union. C&#8217;est ainsi que mon sup\u00e9rieur m&#8217;a inform\u00e9 que cette opportunit\u00e9 m\u2019a \u00e9t\u00e9 offerte suite aux notes pendant la guerre d\u2019Alg\u00e9rie, en plein mois de Ramadan. Et, il m\u2019a parl\u00e9 de la m\u00e9daille remport\u00e9e suite \u00e0 mon histoire. Ainsi, j&#8217;ai eu deux m\u00e9dailles : aupr\u00e8s d\u2019Allah et aux yeux des hommes.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Masiwa &#8211; Quelle \u00e9tait votre compagnie ?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019\u00e9tais rattach\u00e9 \u00e0 la caserne Lambert \u00e0 la R\u00e9union. Cela me vaut de recevoir chaque 14 juillet et 11 novembre, une invitation de la part de l\u2019Ambassade de France pour nous honorer, nous les militaires fran\u00e7ais.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Masiwa &#8211; Vous \u00eates aussi connu par le nom \u00ab&nbsp;Alg\u00e9rie&nbsp;\u00bb, comment \u00e7a s\u2019explique ?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 mon arriv\u00e9e aux Comores, plus pr\u00e9cis\u00e9ment dans ma ville, on m&#8217;a attribu\u00e9 ce nom \u00ab&nbsp;Alg\u00e9rie&nbsp;\u00bb ! J&#8217;ai eu un accueil chaleureux, royal et majestueux, organis\u00e9 par ma ville, Iconi. Et, vu que je suis parti pour la guerre d&#8217;Alg\u00e9rie et que je suis revenu vivant, toute ma ville m&#8217;a surnomm\u00e9 Alg\u00e9rie et c\u2019est rest\u00e9 jusqu&#8217;\u00e0 pr\u00e9sent ! Tout le monde me connait par ce nom, \u00ab&nbsp;Alg\u00e9rie&nbsp;\u00bb !<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Mohamed Ali Nohooi, plus connu sous le nom d\u2019\u00ab&nbsp;Alg\u00e9rie&nbsp;\u00bb, est un militaire fran\u00e7ais, d&#8217;origine comorienne, n\u00e9 en 1936. Il a connu la violence sanglante de la guerre d\u2019Alg\u00e9rie (1954-1962) et a surv\u00e9cu \u00e0 une blessure due \u00e0 une mine antipersonnelle. 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