{"id":12598,"date":"2025-12-08T06:09:54","date_gmt":"2025-12-08T03:09:54","guid":{"rendered":"https:\/\/masiwa-comores.com\/?p=12598"},"modified":"2025-12-08T06:09:55","modified_gmt":"2025-12-08T03:09:55","slug":"comores-leffondrement-silencieux","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/masiwa-comores.com\/opinion\/comores-leffondrement-silencieux\/","title":{"rendered":"COMORES, L\u2019EFFONDREMENT SILENCIEUX"},"content":{"rendered":"\n<p>Les Comores avancent \u00e0 reculons, englouties dans une obscurit\u00e9 qui renvoie aux pages les plus sombres de leur histoire. \u00c0 ce rythme, l\u2019archipel court tout droit vers un nouveau <em>\u00ab mongwa nane \u00bb<\/em>, cette famine de 1883 qui avait d\u00e9cim\u00e9 la population comorienne, notamment \u00e0 Ngazidja, o\u00f9 l\u2019on ramassait les corps \u00e0 m\u00eame le sol, partout, jusque dans les chemins des villages. Les signaux d\u2019alerte sont d\u00e9j\u00e0 l\u00e0. <\/p>\n\n\n\n<p><em>Par Said Yassine Said Ahmed<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>En 2022, des enfants mouraient de malnutrition \u00e0 Anjouan. Aujourd\u2019hui encore, la faim, la soif et la mis\u00e8re se r\u00e9pandent sur l\u2019ensemble du territoire. Un peuple s\u2019affame, s\u2019\u00e9puise et s\u2019effondre sous le regard d\u2019un pouvoir qui ne semble \u00e9prouver ni honte ni scrupule. Ses seules priorit\u00e9s : les plaisirs, les f\u00eates, les banquets, les d\u00e9lices illicites et l\u2019ivresse d\u2019un luxe qui nargue la d\u00e9tresse populaire. Car le pays n\u2019est plus dirig\u00e9 : il est manipul\u00e9, capricieusement administr\u00e9 par un Secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral du Gouvernement qui foule la nation de son arrogance et impose ses humeurs comme des lois. Un pouvoir plac\u00e9 litt\u00e9ralement <strong>sous ses pieds<\/strong>, au service de ses caprices, et non du peuple qu\u2019il pr\u00e9tend gouverner.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u00ab&nbsp;Comores sous un gouvernement de fa\u00e7ade&nbsp;\u00bb<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Dans trois mois, le r\u00e9gime f\u00eatera sa dixi\u00e8me ann\u00e9e. Une d\u00e9cennie marqu\u00e9e non pas par le progr\u00e8s, mais par l\u2019asphyxie politique. Depuis 2016, un syst\u00e8me s\u2019est install\u00e9, dur, vertical, ferm\u00e9, indiff\u00e9rent aux souffrances qu\u2019il provoque. Ce n\u2019est plus seulement de la mauvaise gestion : c\u2019est la confiscation pure et simple de l\u2019\u00c9tat. La mauvaise gouvernance, ce n\u2019est pas une cravate mal nou\u00e9e, c\u2019est regarder un pays mourir de faim sans broncher. Pendant que la population descend chaque jour plus bas dans l\u2019\u00e9chelle de la mis\u00e8re, la violence s\u2019est install\u00e9e comme une seconde nature. Les vols, les agressions, les viols, la drogue, la prostitution, tout cela se normalise dans le silence assourdissant des autorit\u00e9s. Et la justice reste inerte. Le jeudi 4 d\u00e9cembre 2025, deux cadavres sont retrouv\u00e9s, l\u2019un \u00e0 Dembeni, l\u2019autre \u00e0 Moroni. Dans n\u2019importe quel pays o\u00f9 la vie humaine a encore un sens, la nation aurait \u00e9t\u00e9 secou\u00e9e. Ici, rien. Pas une r\u00e9action. Le pouvoir continue de vivre au ralenti de sa propre indiff\u00e9rence, comme si la mort faisait partie du d\u00e9cor.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u00ab&nbsp;Se soumettre ou se barrer&nbsp;\u00bb<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Et pourtant, malgr\u00e9 ce climat de d\u00e9sespoir, les festivit\u00e9s officielles se succ\u00e8dent \u00e0 un rythme obsc\u00e8ne. S\u00e9minaires creux, c\u00e9r\u00e9monies interminables, c\u00e9l\u00e9brations sans fond : le pouvoir danse alors que le peuple se meurt. Depuis dix ans, les Comoriens demandent simplement de quoi manger. Le pouvoir, lui, s\u2019enrichit. Certains deviennent richissimes sans h\u00e9ritage, sans entreprise, sans m\u00e9rite, sinon celui d\u2019\u00eatre les proches du cercle pr\u00e9sidentiel. La sueur du peuple finance l\u2019opulence de quelques-uns. Dans cet univers o\u00f9 se m\u00ealent privil\u00e8ges et peur, la dignit\u00e9 a \u00e9t\u00e9 remplac\u00e9e par la soumission. On voit des ministres se courber devant un simple secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral du gouvernement, et pourtant, ils font l\u2019\u00e2ge de son p\u00e8re, non pour ses comp\u00e9tences, mais parce qu\u2019il est le fils du pr\u00e9sident. Ceux qui refusent d\u2019abandonner leur honneur sont marginalis\u00e9s, appauvris, humili\u00e9s. Aux Comores, l\u2019ascension se paye en all\u00e9geance, la r\u00e9bellion en mis\u00e8re. Le r\u00e9sultat est implacable : un peuple bris\u00e9, un pays \u00e0 genoux, un \u00c9tat au cr\u00e9puscule. Les Comores n\u2019avancent plus. Elles s\u2019effondrent. Et face \u00e0 ce naufrage, une question simple, mais terrible s\u2019impose d\u00e9sormais : combien de temps un peuple peut-il endurer un pouvoir qui le laisse mourir \u00e0 petit feu ?<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les Comores avancent \u00e0 reculons, englouties dans une obscurit\u00e9 qui renvoie aux pages les plus sombres de leur histoire. \u00c0 ce rythme, l\u2019archipel court tout droit vers un nouveau \u00ab mongwa nane \u00bb, cette famine de 1883 qui avait d\u00e9cim\u00e9 la population comorienne, notamment \u00e0 Ngazidja, o\u00f9 l\u2019on ramassait les corps \u00e0 m\u00eame le sol, [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":12600,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[53],"tags":[556,97],"class_list":["post-12598","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-opinion","tag-edition-561","tag-trending"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/masiwa-comores.com\/json\/wp\/v2\/posts\/12598","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/masiwa-comores.com\/json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/masiwa-comores.com\/json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/masiwa-comores.com\/json\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/masiwa-comores.com\/json\/wp\/v2\/comments?post=12598"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/masiwa-comores.com\/json\/wp\/v2\/posts\/12598\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":12601,"href":"https:\/\/masiwa-comores.com\/json\/wp\/v2\/posts\/12598\/revisions\/12601"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/masiwa-comores.com\/json\/wp\/v2\/media\/12600"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/masiwa-comores.com\/json\/wp\/v2\/media?parent=12598"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/masiwa-comores.com\/json\/wp\/v2\/categories?post=12598"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/masiwa-comores.com\/json\/wp\/v2\/tags?post=12598"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}