{"id":12577,"date":"2025-12-01T18:12:50","date_gmt":"2025-12-01T15:12:50","guid":{"rendered":"https:\/\/masiwa-comores.com\/?p=12577"},"modified":"2025-12-01T18:12:52","modified_gmt":"2025-12-01T15:12:52","slug":"le-mythe-dangereux-de-lirremplacable-dans-ladministration-comorienne","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/masiwa-comores.com\/opinion\/le-mythe-dangereux-de-lirremplacable-dans-ladministration-comorienne\/","title":{"rendered":"Le mythe dangereux de\u00a0l\u2019irrempla\u00e7able dans l\u2019administration comorienne"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>Certes l\u2019exp\u00e9rience est utile dans l\u2019administration, mais elle ne doit pas conduire, comme aux Comores, \u00e0 l\u2019immobilisme et m\u00eame au rejet de l\u2019innovation par la jeunesse.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><em>Par AMP<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab Il ne faut pas le changer, il a de l\u2019exp\u00e9rience&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;Sans lui, le service ne peut pas fonctionner. \u00bb <\/em>Ces phrases, r\u00e9p\u00e9t\u00e9es de minist\u00e8re en minist\u00e8re, de direction en direction, traduisent une mentalit\u00e9 profond\u00e9ment ancr\u00e9e dans notre culture administrative. Elles expriment une crainte du changement, un attachement \u00e0 la routine et une conception fig\u00e9e de la comp\u00e9tence. Ce discours revient sans cesse, presque comme une v\u00e9rit\u00e9 \u00e9tablie dans l\u2019administration comorienne. Pourtant, cette mani\u00e8re de penser freine notre d\u00e9veloppement et condamne notre pays \u00e0 l\u2019immobilisme.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>L\u2019exp\u00e9rience : une valeur mal comprise<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019exp\u00e9rience est, en soi, une qualit\u00e9 pr\u00e9cieuse. Elle repr\u00e9sente l\u2019accumulation du savoir-faire, la connaissance du terrain, la ma\u00eetrise des proc\u00e9dures. Mais elle ne vaut que si elle produit des r\u00e9sultats concrets. Or, dans beaucoup de nos institutions, les m\u00eames personnes occupent les m\u00eames fonctions depuis des d\u00e9cennies, sans que les performances s\u2019am\u00e9liorent ni que les services publics se modernisent.<\/p>\n\n\n\n<p>On nous parle d\u2019exp\u00e9rience, mais, dans les faits, ce sont souvent des exp\u00e9riences d\u2019\u00e9checs r\u00e9p\u00e9t\u00e9s, de lenteurs administratives, de blocages bureaucratiques et de manque d\u2019innovation. Si, apr\u00e8s tant d\u2019ann\u00e9es de pr\u00e9sence dans les postes cl\u00e9s, notre administration continue d\u2019\u00eatre inefficace, il faut bien admettre que cette exp\u00e9rience n\u2019a pas port\u00e9 ses fruits.<\/p>\n\n\n\n<p>Il ne suffit pas d\u2019avoir travaill\u00e9 longtemps dans un service pour \u00eatre utile \u00e0 son \u00e9volution. Ce qui compte, ce n\u2019est pas le nombre d\u2019ann\u00e9es pass\u00e9es derri\u00e8re un bureau, mais la capacit\u00e9 \u00e0 am\u00e9liorer ce bureau, \u00e0 r\u00e9former son fonctionnement, \u00e0 former d\u2019autres, \u00e0 transmettre un savoir. Une exp\u00e9rience qui ne sert qu\u2019\u00e0 maintenir un statu quo devient une forme d\u2019autojustification, un confort personnel, parfois m\u00eame un moyen de bloquer les nouvelles g\u00e9n\u00e9rations.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Des postes verrouill\u00e9s et une jeunesse mise \u00e0 l\u2019\u00e9cart<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Dans plusieurs secteurs sensibles, les finances, l\u2019\u00e9conomie, la planification, les infrastructures, ou encore l\u2019\u00e9ducation, on retrouve les m\u00eames visages depuis plus de vingt ans. Certains sont devenus intouchables, presque propri\u00e9taires de leurs fonctions. On dit d\u2019eux qu\u2019ils connaissent tout, qu\u2019ils sont indispensables. Pourtant, ce sont pr\u00e9cis\u00e9ment ces domaines qui, depuis l\u2019ind\u00e9pendance, peinent le plus \u00e0 se transformer.<\/p>\n\n\n\n<p>Pire encore, certaines personnes se retrouvent aujourd\u2019hui dans les secteurs de l\u2019\u00e9conomie et des finances non pas pour la rigueur de leur gestion ou la qualit\u00e9 de leurs r\u00e9sultats, mais tout simplement parce qu\u2019elles ma\u00eetrisent l\u2019art de manipuler les donn\u00e9es pour plaire aux partenaires \u00e9trangers. On entretient ainsi une illusion de comp\u00e9tence, alors qu\u2019en r\u00e9alit\u00e9, ces manipulations contribuent \u00e0 cacher les failles structurelles du pays plut\u00f4t qu\u2019\u00e0 les r\u00e9soudre.<\/p>\n\n\n\n<p>Le comble, c\u2019est que l\u2019on voit des personnes ayant \u00e9chou\u00e9 dans la gestion de soci\u00e9t\u00e9s d\u2019\u00c9tat, parfois jusqu\u2019\u00e0 les faire couler, \u00eatre reconduites dans des postes de haut niveau au sein de l\u2019administration publique. Comment quelqu\u2019un qui n\u2019a pas pu g\u00e9rer correctement une entreprise d\u2019\u00c9tat peut-il \u00eatre charg\u00e9 de superviser des institutions nationales enti\u00e8res, voire occuper la position de deuxi\u00e8me administrateur de la R\u00e9publique ? Cette contradiction illustre parfaitement les d\u00e9rives de notre syst\u00e8me.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette situation cr\u00e9e un effet pervers : la jeunesse comp\u00e9tente, dipl\u00f4m\u00e9e et motiv\u00e9e, ne trouve pas sa place. Beaucoup de jeunes cadres se d\u00e9couragent ou finissent par quitter le pays, convaincus qu\u2019aucun effort ne leur ouvrira les portes d\u2019un poste de responsabilit\u00e9. On leur demande de patienter, d\u2019attendre, d\u2019apprendre encore, mais aupr\u00e8s de qui, si ceux qui devraient transmettre refusent de c\u00e9der la place ?<\/p>\n\n\n\n<p>Le blocage g\u00e9n\u00e9rationnel est aujourd\u2019hui l\u2019un des plus grands dangers pour la fonction publique comorienne. Il entretient une administration vieillissante, r\u00e9fractaire \u00e0 la technologie, peu ouverte \u00e0 la modernisation et souvent coup\u00e9e des r\u00e9alit\u00e9s du monde contemporain. Dans une \u00e9poque o\u00f9 la gouvernance exige rapidit\u00e9, transparence et innovation, nous continuons de fonctionner avec des m\u00e9thodes d\u2019un autre temps.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Le faux argument de la stabilit\u00e9<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Certains justifient cette situation par la n\u00e9cessit\u00e9 de la stabilit\u00e9. On dit qu\u2019il ne faut pas trop changer les \u00e9quipes, car cela d\u00e9stabiliserait les institutions. Mais la v\u00e9ritable stabilit\u00e9 ne r\u00e9side pas dans le maintien des m\u00eames individus. Elle r\u00e9side dans la solidit\u00e9 des structures et des proc\u00e9dures. Un syst\u00e8me bien con\u00e7u doit pouvoir fonctionner m\u00eame si les personnes changent. C\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment parce que nos structures d\u00e9pendent trop des individus qu\u2019elles sont fragiles.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce culte de l\u2019indispensable r\u00e9v\u00e8le une faiblesse institutionnelle : tout repose sur quelques personnes, alors que le service public devrait reposer sur des r\u00e8gles, des comp\u00e9tences partag\u00e9es et des \u00e9quipes form\u00e9es. Tant que nous n\u2019aurons pas compris cela, nous resterons prisonniers d\u2019un mod\u00e8le administratif fond\u00e9 sur des logiques personnelles plut\u00f4t que sur la performance collective.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Le courage du renouvellement<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Il faut avoir le courage politique et moral d\u2019instaurer une v\u00e9ritable culture du renouvellement. Cela ne signifie pas \u00e9carter brutalement les anciens, mais organiser une transition intelligente o\u00f9 l\u2019exp\u00e9rience se met au service du changement. Les plus anciens doivent accompagner les jeunes, partager leurs savoirs, mais aussi leur c\u00e9der progressivement les responsabilit\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans beaucoup de pays qui ont su amorcer leur d\u00e9veloppement, la cl\u00e9 du succ\u00e8s a \u00e9t\u00e9 le renouvellement des cadres publics et la promotion de la jeunesse. Les nouvelles g\u00e9n\u00e9rations apportent non seulement des connaissances actualis\u00e9es, mais aussi une autre mani\u00e8re de voir, de d\u00e9cider et d\u2019agir. Leur \u00e9nergie, leur ouverture sur le monde et leur familiarit\u00e9 avec les outils modernes sont des atouts que nous sous-exploitons.<\/p>\n\n\n\n<p>Il ne s\u2019agit pas d\u2019opposer les g\u00e9n\u00e9rations, mais de r\u00e9tablir un \u00e9quilibre. Un pays qui garde \u00e9ternellement les m\u00eames responsables dans ses postes strat\u00e9giques se prive de perspectives. Et celui qui \u00e9carte sa jeunesse de la gestion publique pr\u00e9pare son propre d\u00e9clin.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>L\u2019heure du sursaut<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Aux Comores, nous avons besoin d\u2019un sursaut collectif. Le pays ne peut pas continuer \u00e0 fonctionner sur la base de relations personnelles, de fid\u00e9lit\u00e9s administratives ou de r\u00e9flexes conservateurs. Nous devons repenser notre rapport \u00e0 la comp\u00e9tence, \u00e0 la responsabilit\u00e9 et \u00e0 la transmission.<\/p>\n\n\n\n<p>Un agent exp\u00e9riment\u00e9 qui n\u2019a jamais am\u00e9lior\u00e9 son service n\u2019a pas d\u2019exp\u00e9rience utile ; il a simplement accumul\u00e9 des ann\u00e9es. Et quelqu\u2019un qui n\u2019a pas su faire progresser son domaine \u00e0 40 ans ne le fera pas \u00e0 60. L\u2019avenir appartient \u00e0 ceux qui osent innover, pas \u00e0 ceux qui s\u2019accrochent \u00e0 leurs si\u00e8ges.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019exp\u00e9rience n\u2019est pas un privil\u00e8ge, c\u2019est une mission. Elle doit servir \u00e0 guider le changement, non \u00e0 l\u2019emp\u00eacher. Si nous voulons voir les Comores se d\u00e9velopper, il faut cesser de sacraliser l\u2019immobilisme et donner \u00e0 la jeunesse la place qu\u2019elle m\u00e9rite.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Certes l\u2019exp\u00e9rience est utile dans l\u2019administration, mais elle ne doit pas conduire, comme aux Comores, \u00e0 l\u2019immobilisme et m\u00eame au rejet de l\u2019innovation par la jeunesse. 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