{"id":12554,"date":"2025-11-24T05:41:05","date_gmt":"2025-11-24T02:41:05","guid":{"rendered":"https:\/\/masiwa-comores.com\/?p=12554"},"modified":"2025-11-24T05:41:07","modified_gmt":"2025-11-24T02:41:07","slug":"mwendo-wa-dzihiro-4e-edition-a-anjouan","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/masiwa-comores.com\/societe\/mwendo-wa-dzihiro-4e-edition-a-anjouan\/","title":{"rendered":"Mwendo wa Dzihiro. 4e \u00e9dition \u00e0 Anjouan"},"content":{"rendered":"\n<p><strong><em>La quatri\u00e8me \u00e9dition du \u00ab&nbsp;Mwendo wa Dzihiro&nbsp;\u00bb, la marche contre les violences sexuelles s\u2019est d\u00e9roul\u00e9e cette ann\u00e9e dans l\u2019\u00eele d\u2019Anjouan.<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><em>Par Naenmati Ibrahim<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-drop-cap\">Aux Comores, les violences sexuelles restent un fl\u00e9au silencieux, souvent dissimul\u00e9 derri\u00e8re le poids des traditions et des normes patriarcales. Pour briser ce silence, l\u2019association Mvukisho ye Masiwa organise le \u00ab&nbsp;Mwendo wa Dzihiro&nbsp;\u00bb, une marche symbolique et militante qui sensibilise, soutient et mobilise les communaut\u00e9s. L\u2019\u00e9dition 2025 \u00e0 Anjouan illustre la force d\u2019un mouvement qui transforme la parole en action et la douleur en espoir.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Un fl\u00e9au qu\u2019on tait<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Les violences sexuelles constituent l\u2019un des ph\u00e9nom\u00e8nes parmi les plus graves et les plus universels dans le monde. Pourtant, aux Comores, elles demeurent largement taboues, \u00e9touff\u00e9es par des normes soci\u00e9tales et des traditions qui valorisent le silence plut\u00f4t que la protection des victimes. Ce silence, loin de prot\u00e9ger les innocents, prot\u00e8ge les agresseurs et contribue \u00e0 la souffrance des femmes, des enfants et m\u00eame des hommes.<\/p>\n\n\n\n<p>Selon l\u2019UNICEF, environ 25 % des violences signal\u00e9es concernent des agressions sexuelles, et les chiffres restent dramatiquement sous-estim\u00e9s. Un rapport de 2024 r\u00e9v\u00e8le que, sur 145 cas de violences, 31 concernaient des violences sexuelles, dont 87 % des victimes \u00e9taient des femmes ou des filles, et 13 % des hommes. Les enfants, surtout \u00e2g\u00e9s de 11 \u00e0 17 ans, sont particuli\u00e8rement vuln\u00e9rables, et les enfants en situation de handicap sont \u00e9galement touch\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>Le constat est clair&nbsp;: malgr\u00e9 les statistiques, la majorit\u00e9 des victimes n\u2019osent pas parler, souvent par honte ou par crainte, laissant le fl\u00e9au se perp\u00e9tuer dans l\u2019ombre.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Mvukisho ye Masiwa&nbsp;: un engagement pour les droits de la personne<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Fond\u00e9e en 2015, Mvukisho ye Masiwa a d\u2019abord concentr\u00e9 ses efforts sur la protection de l\u2019environnement. Mais au fil des ann\u00e9es, l\u2019association a \u00e9largi son action pour lutter contre les violences bas\u00e9es sur le genre (VBG) et pr\u00e9server le patrimoine culturel comorien \u00e0 travers des journ\u00e9es culturelles.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour ses membres, issus en grande partie de la diaspora, ces journ\u00e9es culturelles permettent de renouer avec leurs racines. Comme le souligne la pr\u00e9sidente, Nouria Ngazi&nbsp;: \u00ab C\u2019est quand on sait d\u2019o\u00f9 l\u2019on vient qu\u2019on sait o\u00f9 l\u2019on va. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Ces derni\u00e8res ann\u00e9es, la priorit\u00e9 de l\u2019association s\u2019est port\u00e9e sur les violences sexuelles, devenues persistantes aux Comores. Des \u00e9tudes men\u00e9es par l\u2019association montrent que 90 % des abus sexuels sont commis par des proches, renfor\u00e7ant le besoin urgent de briser le silence et de sensibiliser les communaut\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Naissance du Mwendo wa Dzihiro<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est dans ce contexte que Zaina Yahaya Ben Ahmed, alias Zayone Zay, a fond\u00e9 le Mwendo wa Dzihiro. Vivant en France, elle a elle-m\u00eame \u00e9t\u00e9 victime de violences sexuelles dans son enfance et d\u2019un mariage forc\u00e9 lors d\u2019un s\u00e9jour \u00e0 Ngazidja.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour gu\u00e9rir de ses traumatismes et prot\u00e9ger d\u2019autres victimes, elle a cr\u00e9\u00e9 cette marche th\u00e9rapeutique, parcourant plusieurs kilom\u00e8tres de village en village. Cette initiative n\u2019est pas une simple promenade&nbsp;: elle symbolise la r\u00e9sistance, la lib\u00e9ration et la sensibilisation des populations.<\/p>\n\n\n\n<p>Aux c\u00f4t\u00e9s de Nouria Ngazi, \u00e9galement survivante et pr\u00e9sidente de l\u2019association, Zayone Zay incarne une sororit\u00e9 militante&nbsp;: un engagement collectif, une solidarit\u00e9 concr\u00e8te et une responsabilit\u00e9 partag\u00e9e. Ensemble, elles mobilisent femmes, hommes et jeunes, brisant les tabous et donnant une voix \u00e0 celles et ceux que le silence \u00e9touffe.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Un moyen de briser les tabous.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Depuis sa cr\u00e9ation en 2022, le Mwendo wa Dzihiro a parcouru les \u00eeles comoriennes&nbsp;: Ngazidja (2022), Moh\u00e9li (2023), Mayotte (2024) et Anjouan (2025).<\/p>\n\n\n\n<p>Chaque \u00e9tape de la marche est&nbsp;un espace de sensibilisation et une occasion pour les victimes de t\u00e9moigner,<\/p>\n\n\n\n<p>Pour Fran\u00e7oise Belloeil, sage-femme venue de France pour soutenir le mouvement, cette marche est un outil puissant&nbsp;: \u00ab Elle permet de cr\u00e9er des liens et de bien v\u00e9hiculer le message \u00bb, confie-t-elle lors d\u2019une rencontre avec le maire de Domoni.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce qui distingue le Mwendo wa Dzihiro, c\u2019est le tandem form\u00e9 par Zayone Zay et Nouria Ngazi&nbsp;: l\u2019une engage la jeunesse via les r\u00e9seaux sociaux, l\u2019autre agit sur le terrain aupr\u00e8s des communaut\u00e9s. Ensemble, elles incarnent la force de la sororit\u00e9, capable de transformer la parole en action.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Un documentaire pour donner la parole aux victimes<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Pour renforcer leur action, l\u2019association a r\u00e9alis\u00e9 un documentaire p\u00e9dagogique qui donne la parole aux victimes. Certaines t\u00e9moignent \u00e0 visage d\u00e9couvert, d\u2019autres pr\u00e9f\u00e8rent rester anonymes. Le film montre la r\u00e9alit\u00e9 crue des violences sexuelles aux Comores, mais aussi l\u2019espoir, la r\u00e9silience et la lutte pour la justice.<\/p>\n\n\n\n<p>Le documentaire a \u00e9t\u00e9 projet\u00e9 \u00e0 Paris, Mayotte, Mitsamihuli et Itsandra. Bien qu\u2019il ne soit pas disponible en ligne pour des raisons de s\u00e9curit\u00e9 et de confidentialit\u00e9, il constitue un outil essentiel de sensibilisation.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 Anjouan, la projection pr\u00e9vue n\u2019a pas pu \u00eatre organis\u00e9e, mais l\u2019accueil des communaut\u00e9s locales a \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s chaleureux. Selon l\u2019association, Anjouan est une \u00eele magnifique, tant par sa nature que par la chaleur de ses habitants, ce qui a rendu la marche encore plus impactante.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Un accueil chaleureux<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019\u00e9dition 2025 a rassembl\u00e9 18 participants&nbsp;: 7 femmes et 11 hommes. Parmi eux, Nafissa Hamadi, 19 ans, originaire de Ou\u00e9llah Itsandra. Ce n\u2019est pas une victime, mais elle s\u2019engage pour la sensibilisation. Sa pr\u00e9sence rappelle que la lutte contre les violences sexuelles concerne toute la soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Pendant la premi\u00e8re nuit, les marcheurs ont \u00e9t\u00e9 accueillis \u00e0 Mutsamudu par Fatima Boyer. Ils ont ensuite \u00e9t\u00e9 h\u00e9berg\u00e9s dans une maison familiale \u00e0 Dindri, puis chez la famille de marehemu Dr V\u00e9lo \u00e0 Domoni au cours de la troisi\u00e8me nuit.<\/p>\n\n\n\n<p>Au cours de la quatri\u00e8me nuit, \u00e0 Komoni, ils ont c\u00e9l\u00e9br\u00e9 la Journ\u00e9e mondiale des droits de l\u2019enfant avec un l\u00e2cher de ballons biod\u00e9gradables. Le bivouac fut organis\u00e9 par l\u2019ONG Hifadhu.<\/p>\n\n\n\n<p>La cinqui\u00e8me nuit a \u00e9t\u00e9 pass\u00e9 dans un internat \u00e0 Vouani, puis, apr\u00e8s une randonn\u00e9e jusqu\u2019\u00e0 Sima, ce fut le retour \u00e0 Mutsamudu. C\u2019est dans le chef-lieu de l\u2019\u00eele qu\u2019ils ont pass\u00e9 la derni\u00e8re nuit apr\u00e8s un concert solidaire \u00e0 la citadelle.<\/p>\n\n\n\n<p>Chaque \u00e9tape a \u00e9t\u00e9 anim\u00e9e par le d\u00e9sir de toucher les communaut\u00e9s et de cr\u00e9er un espace de parole.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Un outil de transformation sociale<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Mwendo wa Dzihiro n\u2019est pas qu\u2019une marche symbolique. C\u2019est un outil de transformation sociale qui permet de cr\u00e9er un espace de parole l\u00e0 o\u00f9 le silence domine, soutenir les victimes dans leur processus de gu\u00e9rison, mobiliser les communaut\u00e9s avec des actions concr\u00e8tes et rassembler au-del\u00e0 des diff\u00e9rences&nbsp;: femmes, hommes, jeunes, anciens, diaspora.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette marche d\u00e9montre que la \u00ab randonn\u00e9e th\u00e9rapeutique \u00bb, comme l\u2019appellent les organisatrices, peut \u00eatre une force capable de soigner, d\u2019\u00e9lever et de transformer.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Le chemin reste long<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Malgr\u00e9 les efforts de sensibilisation, le combat reste immense. Les ressources sont limit\u00e9es, les services de soutien insuffisants et la stigmatisation persistante.<\/p>\n\n\n\n<p>Il est urgent que les institutions publiques s\u2019engagent davantage&nbsp;dans la protection des victimes. Pourtant, l\u2019association Mvukisho ya Masiwa offre une lueur d\u2019espoir. Par ses marches, ses t\u00e9moignages et ses campagnes, l\u2019association transforme le silence en r\u00e9sistance. Chaque pas, chaque mot, chaque projection ouvre la voie \u00e0 une soci\u00e9t\u00e9 plus juste, empathique et solidaire.<\/p>\n\n\n\n<p>Contrairement \u00e0 ce qu\u2019on pourrait croire, la violence sexuelle aux Comores n\u2019est pas un ph\u00e9nom\u00e8ne isol\u00e9&nbsp;: c\u2019est une r\u00e9alit\u00e9 profond\u00e9ment ancr\u00e9e et ressentie. Face \u00e0 cela, la parole, la marche et la solidarit\u00e9 deviennent des armes puissantes pour transformer la douleur en un avenir plus s\u00fbr.<\/p>\n\n\n\n<p>En avan\u00e7ant ensemble, les membres du Mwendo wa Dzihiro montrent que la solidarit\u00e9 peut \u00eatre un bouclier, que le silence peut devenir une voix collective et la douleur se transformer en force.<\/p>\n\n\n\n<p>Le poing lev\u00e9 de Zayone Zay et de tous les marcheurs n\u2019est pas seulement synonyme de r\u00e9sistance, il est le symbole d\u2019une victoire annonc\u00e9e contre les pr\u00e9dateurs sexuels.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La quatri\u00e8me \u00e9dition du \u00ab&nbsp;Mwendo wa Dzihiro&nbsp;\u00bb, la marche contre les violences sexuelles s\u2019est d\u00e9roul\u00e9e cette ann\u00e9e dans l\u2019\u00eele d\u2019Anjouan. Par Naenmati Ibrahim Aux Comores, les violences sexuelles restent un fl\u00e9au silencieux, souvent dissimul\u00e9 derri\u00e8re le poids des traditions et des normes patriarcales. 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