{"id":12505,"date":"2025-11-10T06:30:30","date_gmt":"2025-11-10T03:30:30","guid":{"rendered":"https:\/\/masiwa-comores.com\/?p=12505"},"modified":"2025-11-10T06:30:32","modified_gmt":"2025-11-10T03:30:32","slug":"anjouan-victime-dun-systeme-centralise-et-corrompu","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/masiwa-comores.com\/politique\/anjouan-victime-dun-systeme-centralise-et-corrompu\/","title":{"rendered":"Anjouan, victime d\u2019un syst\u00e8me centralis\u00e9 et corrompu"},"content":{"rendered":"\n<p><strong><em>\u00c0 Anjouan, l\u2019obtention d\u2019un passeport ou d\u2019une carte d\u2019identit\u00e9 rel\u00e8ve du parcours du combattant, un processus kafka\u00efen dans lequel patience, humiliation et corruption s\u2019entrem\u00ealent, sans compter les lourdes charges financi\u00e8res qui s\u2019imposent, l\u2019in\u00e9galit\u00e9 et l\u2019esprit s\u00e9paratiste entretenus par le pouvoir central.<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><em>Par Nabil Jaffar<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-drop-cap\">\u00c0 Anjouan, les citoyens affrontent un mur administratif invisible. Pour obtenir un passeport, le temps d\u2019attente se compte d\u00e9sormais en semaines, parfois en mois, sans qu\u2019aucune explication officielle ne soit donn\u00e9e. La situation a pris une tournure alarmante : des jeunes se voient contraints d\u2019abandonner leurs projets universitaires, et d\u2019autres perdent des opportunit\u00e9s professionnelles ou m\u00e9dicales \u00e0 l\u2019\u00e9tranger.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 l\u2019immigration de Mutsamudu, la rumeur du \u00ab passeport express \u00bb en 48 heures circule avec insistance. Mais ce privil\u00e8ge a un prix : 10 000 francs comoriens, gliss\u00e9s discr\u00e8tement \u00e0 un agent de police. Une somme qui ach\u00e8te non pas un service acc\u00e9l\u00e9r\u00e9, mais un espoir d\u2019\u00e9chapper au labyrinthe. Ahmed, un autre citoyen, t\u00e9moigne avoir c\u00e9d\u00e9 \u00e0 ce chantage sans jamais voir la couleur de son passeport. Dans cette confusion, une autre crise s\u2019ajoute : la p\u00e9nurie d\u2019extraits de naissance biom\u00e9triques. Ce document essentiel, import\u00e9 depuis Moroni, arrive \u00e0 Anjouan au compte-gouttes, nourrissant un march\u00e9 noir florissant. Pendant ce temps, l\u2019administration ferme les yeux, laissant la corruption prosp\u00e9rer sur le dos d\u2019un peuple d\u00e9j\u00e0 exasp\u00e9r\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Identit\u00e9 en souffrance : le calvaire des Anjouanais<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Pour un Anjouanais, obtenir sa carte d\u2019identit\u00e9 ou son passeport rel\u00e8ve d\u2019un cauchemar administratif. Dans une file interminable, hommes, femmes et \u00e9tudiants patientent des heures sous le soleil, esp\u00e9rant qu\u2019un nom sera enfin appel\u00e9. Mais souvent, la r\u00e9ponse reste la m\u00eame : \u00ab Revenez demain \u00bb. Ce \u00ab demain \u00bb sans fin est devenu le symbole d\u2019un syst\u00e8me malade, min\u00e9 par la lenteur et la centralisation du pouvoir. Les t\u00e9moignages se multiplient. Halima, une m\u00e8re de famille, raconte : \u00ab Je devais partir en Tanzanie pour un rendez-vous m\u00e9dical. Mon passeport reste bloqu\u00e9 depuis six mois. On m\u2019a refus\u00e9 le visa de sortie. On m\u2019oblige de passer par Moroni pour le renouveler. Mais, m\u00eame l\u00e0-bas, rien ne bouge. \u00bb Ces r\u00e9cits r\u00e9v\u00e8lent une profonde injustice territoriale : \u00e0 Moroni, certains documents sont trait\u00e9s en quelques jours, tandis qu\u2019\u00e0 Anjouan, les citoyens attendent des mois dans le silence absolu.<\/p>\n\n\n\n<p>Avoir une pi\u00e8ce d\u2019identit\u00e9 \u00e0 Anjouan, c\u2019est comme combattre un crocodile \u00e0 mains nues. Les machines d\u00e9fectueuses, les imprimantes \u00e0 court d\u2019encre et les connexions internet capricieuses paralysent les services. Pendant ce temps, les passeports dorment dans les tiroirs, attendant qu\u2019un ordre de Moroni les r\u00e9veille. Cette situation insupportable pousse les Anjouanais dans la col\u00e8re et le d\u00e9sespoir. Derri\u00e8re chaque dossier non trait\u00e9, il y a une vie suspendue : un \u00e9tudiant bloqu\u00e9, un malade en d\u00e9tresse, un travailleur sans visa. L\u2019identit\u00e9, pourtant droit fondamental, est devenue un luxe que seuls les plus patients \u2013 ou les plus riches \u2013 peuvent s\u2019offrir.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>La parole du pr\u00e9sident n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 respect\u00e9e<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Salim Antoy, aujourd\u2019hui \u00e0 Madagascar, se souvient de son propre calvaire : \u00ab J\u2019ai obtenu mon passeport apr\u00e8s cinq jours \u00e0 Moroni, en activant tous les lobbys possibles.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Son cas n\u2019est malheureusement pas isol\u00e9. Rien n\u2019a chang\u00e9 et tout tend \u00e0 montrer qu\u2019un Anjouanais vit dans un labyrinthe du march\u00e9 noir ? \u00ab Je me suis d\u00e9plac\u00e9 vers Moroni pour mon passeport. Depuis le dernier mardi du mois d\u2019octobre jusqu\u2019\u00e0 ce vendredi 7 novembre, mais aucune r\u00e9ponse. \u00bb Ces mots, lourds de d\u00e9sespoir, viennent de Fahad Abdallah, un jeune bachelier d\u2019Anjouan qui r\u00eave simplement de poursuivre ses \u00e9tudes en Tanzanie.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Pourquoi un document aussi banal devient-il un luxe pour les Anjouanais ? \u00bb c\u2019est la question que se posait Salim Antoy. La r\u00e9ponse semble se trouver dans la centralisation excessive de l\u2019administration \u00e0 Moroni, la capitale, par o\u00f9 tout doit passer, laissant les autres \u00eeles dans un \u00e9tat de d\u00e9pendance et de d\u00e9sarroi. M\u00eame le pr\u00e9sident Azali Assoumani, lors d\u2019un discours en 2023 \u00e0 Mutsamudu, avait promis que \u00ab tous les Anjouanais pourront bient\u00f4t obtenir leurs documents de voyage au m\u00eame rythme que ceux de Moroni \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais cette promesse est rest\u00e9e lettre morte. Aujourd\u2019hui encore, les guichets de Mutsamudu sont vides, et la mafia administrative prosp\u00e8re. Chaque jour, des dizaines de citoyens s\u2019agglutinent devant les bureaux de l\u2019immigration, les bras charg\u00e9s de formulaires. Certains viennent des villages les plus recul\u00e9s, d\u2019autres ont vendu leurs biens pour payer le voyage jusqu\u2019\u00e0 la capitale. Tous repartent avec les m\u00eames mots : \u00ab Revenez demain \u00bb. L\u2019espoir devient une habitude, la r\u00e9signation une norme&nbsp;?&nbsp; Pendant ce temps, les agents de l\u2019immigration manquent de moyens, de mat\u00e9riel, et souvent de motivation. Certains avouent officieusement que \u00ab tout est bloqu\u00e9 \u00e0 Moroni \u00bb, d\u2019autres insinuent que les retards arrangent ceux qui profitent du syst\u00e8me parall\u00e8le. Les dossiers des passeports expirent avant m\u00eame que les passeports ne soient imprim\u00e9s, les cartes biom\u00e9triques se rar\u00e9fient, et les citoyens deviennent les otages d\u2019une bureaucratie d\u00e9faillante.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Quand l\u2019identit\u00e9 devient un parcours du combattant<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Dans les rues de Mutsamudu, la col\u00e8re gronde. Les citoyens parlent d\u00e9sormais de \u00ab honte nationale \u00bb. Certains attendent depuis trois mois pour un simple renouvellement, d\u2019autres ont pay\u00e9 plusieurs fois les frais officiels \u2013 sans jamais voir de r\u00e9sultat. Le d\u00e9sespoir pousse certains \u00e0 s\u2019endetter pour acheter un document au march\u00e9 noir.<\/p>\n\n\n\n<p>ORTC, la chaine nationale avait d\u2019ailleurs diffus\u00e9 un reportage sur un p\u00e8re de famille, revenu de Mayotte pour faire des papiers et qui racontait qu\u2019un maire lui avait demand\u00e9 dix fois la somme normale pour acc\u00e9l\u00e9rer la proc\u00e9dure<a><\/a><a>. Le p\u00e8re de famille avait pay\u00e9, mais n\u2019avait pas re\u00e7u son document.<\/a> Ces pratiques illustrent la d\u00e9rive d\u2019un syst\u00e8me dans lequel la corruption est devenue la r\u00e8gle et la transparence, l\u2019exception.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019extrait de naissance biom\u00e9trique, cens\u00e9 garantir l\u2019authenticit\u00e9 et la s\u00e9curit\u00e9 des donn\u00e9es, est aujourd\u2019hui un produit rare, vendu au compte-gouttes dans certaines mairies. Les documents arrivent de Moroni par intermittence, aussit\u00f4t d\u00e9tourn\u00e9s ou revendus \u00e0 prix d\u2019or. Ce monopole administratif nourrit la col\u00e8re populaire et r\u00e9v\u00e8le un profond d\u00e9s\u00e9quilibre entre les \u00eeles. La centralisation du pouvoir \u00e0 Moroni appauvrit Anjouan, \u00e9touffe ses initiatives locales et alimente un sentiment d\u2019injustice. Les Anjouanais se sentent abandonn\u00e9s, oubli\u00e9s, voire punis parce qu\u2019ils r\u00e9clament l\u2019\u00e9galit\u00e9 administrative. Pendant que la capitale et Ngazidja concentrent tout, les autres \u00eeles se noient dans la paperasse et la mis\u00e8re bureaucratique.<\/p>\n\n\n\n<p>Au fond, cette crise des passeports d\u00e9passe la simple question administrative. Elle symbolise le d\u00e9s\u00e9quilibre structurel entre les \u00eeles, le manque de respect des droits des citoyens et la faillite d\u2019un \u00c9tat incapable de garantir \u00e0 son peuple l\u2019acc\u00e8s \u00e0 des documents d\u2019identit\u00e9. Pour beaucoup, \u00eatre Anjouanais, c\u2019est vivre dans un pays o\u00f9 prouver qu\u2019on existe est d\u00e9j\u00e0 un combat. Les promesses politiques s\u2019envolent, la corruption s\u2019enracine, et les r\u00eaves s\u2019effondrent dans les couloirs d\u2019une administration sans \u00e2me. Quand l\u2019\u00c9tat ferme les yeux sur la souffrance de son peuple, ce n\u2019est plus de la lenteur administrative, c\u2019est de la cruaut\u00e9 institutionnalis\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00c0 Anjouan, l\u2019obtention d\u2019un passeport ou d\u2019une carte d\u2019identit\u00e9 rel\u00e8ve du parcours du combattant, un processus kafka\u00efen dans lequel patience, humiliation et corruption s\u2019entrem\u00ealent, sans compter les lourdes charges financi\u00e8res qui s\u2019imposent, l\u2019in\u00e9galit\u00e9 et l\u2019esprit s\u00e9paratiste entretenus par le pouvoir central. Par Nabil Jaffar \u00c0 Anjouan, les citoyens affrontent un mur administratif invisible. 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