{"id":12488,"date":"2025-11-03T05:44:06","date_gmt":"2025-11-03T02:44:06","guid":{"rendered":"https:\/\/masiwa-comores.com\/?p=12488"},"modified":"2025-11-03T07:16:10","modified_gmt":"2025-11-03T04:16:10","slug":"vendeuses-ambulantes","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/masiwa-comores.com\/societe\/vendeuses-ambulantes\/","title":{"rendered":"Vendeuses ambulantes"},"content":{"rendered":"\n<p><strong><em>\u00c0 Anjouan, des femmes parcourent villes et villages pour vendre leurs produits. Entre courage, pr\u00e9carit\u00e9 et espoir, elles incarnent la force du secteur informel.<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Par Naenmati Ibrahim<\/p>\n\n\n\n<p>Chaque matin, avant m\u00eame que le soleil ne se l\u00e8ve, elles sont d\u00e9j\u00e0 sur pied. Hafika Mahamoud et Hassana Ahmed, toutes deux originaires de Magnassine dans la r\u00e9gion de Nioumak\u00e9l\u00e9 (Nyumakele), enroulent dans leurs mains des \u00ab&nbsp;<em>tavouwa&nbsp;\u00bb<\/em> et tiennent aussi des \u00ab&nbsp;<em>kofia&nbsp;\u00bb<\/em> qu\u2019elles pr\u00e9sentent aux passants, mais aussi pour attirer les regards vers leurs marchandises.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Un m\u00e9tier de r\u00e9sistance<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Sous le soleil br\u00fblant de midi ou sous la pluie soudaine, car cela arrive, elles avancent sans rel\u00e2che. Ces femmes parcourent parfois des kilom\u00e8tres pour vendre quelques \u00ab&nbsp;<em>tavouwa&nbsp;\u00bb<\/em> ou \u00ab&nbsp;<em>kofia&nbsp;\u00bb<\/em>, des produits artisanaux fabriqu\u00e9s par elles-m\u00eames ou par des proches. \u00ab Parfois, on ne vend rien, raconte Hassana Ahmed. On n\u2019a m\u00eame pas de quoi payer le transport du retour. Il nous arrive de dormir chez des gens qui acceptent de nous h\u00e9berger. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Hafika et Hassana ont la cinquantaine. Mari\u00e9es \u00e0 des paysans, elles sont m\u00e8res de familles nombreuses : cinq enfants pour l\u2019une, neuf pour l\u2019autre. Les revenus agricoles \u00e9tant devenus trop faibles, elles ont choisi la vente ambulante pour subvenir aux besoins du foyer.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab C\u2019est gr\u00e2ce \u00e0 ce m\u00e9tier que j\u2019ai pu faire \u00e9tudier mes enfants \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Patsy \u00bb, explique Hafika. \u00ab Mais, comme ils n\u2019ont pas encore trouv\u00e9 de travail, je continue \u00e0 vendre pour les nourrir. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Cela fait plus de cinq ans qu\u2019elles sillonnent l\u2019\u00eele, d\u2019un village \u00e0 l\u2019autre et d\u2019une ville \u00e0 l\u2019autre : Mutsamudu, Domoni, Sima, Tsembehou ou encore Badrani. \u00ab On se l\u00e8ve t\u00f4t et on rentre souvent apr\u00e8s le coucher du soleil \u00bb, dit Hassana. \u00ab Mais, quand on arrive \u00e0 vendre, m\u00eame un peu, on rentre contentes. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Le \u00ab&nbsp;<\/strong><em><strong>Tavouwa&nbsp;\u00bb<\/strong><\/em><strong>, symbole d\u2019un savoir-faire<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Fabriquer un \u00ab&nbsp;<em>tavouwa&nbsp;\u00bb<\/em> n\u2019est pas une t\u00e2che facile. \u00ab Il faut presque une semaine pour en faire un seul \u00bb, explique Hassana.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 Mutsamudu, ces colliers traditionnels utilis\u00e9s lors des grands mariages se vendent \u00e0 15.000 francs, mais les vendeuses ambulantes les c\u00e8dent souvent \u00e0 12 500, voire 10 000 francs, apr\u00e8s n\u00e9gociations. \u00ab On discute toujours, sinon les clients ne prennent pas \u00bb, ajoute Hafika. Elles auraient pu vendre des fruits ou des l\u00e9gumes, comme d\u2019autres femmes rurales, mais elles ont choisi de pr\u00e9server ce savoir-faire. Elles ne fabriquent pas les \u00ab&nbsp;<em>kofia&nbsp;\u00bb<\/em> : ce sont des amies ou des proches qui les leur confient pour les vendre et elles leur reversent ensuite une partie de l\u2019argent.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Un patrimoine menac\u00e9<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Le \u00ab&nbsp;<em>tavouwa&nbsp;\u00bb<\/em> et le \u00ab&nbsp;<em>kofia&nbsp;\u00bb<\/em> ne sont pas de simples objets : ils repr\u00e9sentent la beaut\u00e9, le prestige et la culture anjouanaise. Pourtant, face \u00e0 l\u2019arriv\u00e9e massive de produits import\u00e9s, cet artisanat local risque de dispara\u00eetre.<\/p>\n\n\n\n<p>Autrefois \u00e0 Tsembehou, des femmes brodaient des tissus pour en faire des mouchoirs qu\u2019elles offraient ou vendaient aux hommes. Souvent, ce sont ces m\u00eames femmes qui fabriquaient les <em>kofia<\/em>. Mais, aujourd\u2019hui, on ne voit plus personne faire ces mouchoirs. Une preuve que m\u00eame les \u00ab&nbsp;Kofia&nbsp;\u00bb et les \u00ab&nbsp;Tavouwa&nbsp;\u00bb risquent de dispara\u00eetre.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 Anjouan, il n\u2019existe aucune initiative pour accompagner ces femmes. Aucune structure ne leur propose de formation ni de soutien. Elles apprennent seules, en observant les anciennes, en se transmettant les gestes et les secrets. Pourtant, leur savoir-faire constitue une richesse culturelle et \u00e9conomique qu\u2019il faudrait prot\u00e9ger.<\/p>\n\n\n\n<p>Ces femmes font partie du secteur informel, un univers sans statut l\u00e9gal, sans s\u00e9curit\u00e9 sociale et souvent sans reconnaissance. Pourtant, leur r\u00f4le est vital. Dans un pays o\u00f9 le ch\u00f4mage reste \u00e9lev\u00e9, leur travail fait vivre des familles enti\u00e8res.<\/p>\n\n\n\n<p>Selon les estimations locales, une grande partie des foyers comoriens d\u00e9pend de ces petits commerces de rue o\u00f9 chaque franc gagn\u00e9 compte.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Dignit\u00e9 et espoir<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Malgr\u00e9 la fatigue, les kilom\u00e8tres parcourus et les maigres b\u00e9n\u00e9fices, les vendeuses tiennent bon. Elles gardent leur sourire, m\u00eame quand la journ\u00e9e n\u2019a pas rapport\u00e9 grand-chose. Elles avancent, fi\u00e8res, conscientes que leur force ne r\u00e9side pas dans la richesse, mais dans la dignit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Sous le soleil, la poussi\u00e8re et la fatigue, Hafika, Hassana et toutes les autres poursuivent leur chemin.<\/p>\n\n\n\n<p>Invisibles pour certains, mais elles sont un rappel que la grandeur d\u2019un peuple se mesure aussi au courage de celles qui, chaque jour, se l\u00e8vent avant l\u2019aube pour vivre honn\u00eatement.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00c0 Anjouan, des femmes parcourent villes et villages pour vendre leurs produits. Entre courage, pr\u00e9carit\u00e9 et espoir, elles incarnent la force du secteur informel. Par Naenmati Ibrahim Chaque matin, avant m\u00eame que le soleil ne se l\u00e8ve, elles sont d\u00e9j\u00e0 sur pied. 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