{"id":12417,"date":"2025-10-13T05:55:32","date_gmt":"2025-10-13T02:55:32","guid":{"rendered":"https:\/\/masiwa-comores.com\/?p=12417"},"modified":"2025-10-21T11:56:34","modified_gmt":"2025-10-21T08:56:34","slug":"mission-medicale-tanzanienne-a-anjouan-la-deception-derriere-lespoir","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/masiwa-comores.com\/sante\/mission-medicale-tanzanienne-a-anjouan-la-deception-derriere-lespoir\/","title":{"rendered":"Mission m\u00e9dicale tanzanienne \u00e0 Anjouan. La d\u00e9ception derri\u00e8re l\u2019espoir"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>Arriv\u00e9s d\u00e9but octobre pour une mission humanitaire pr\u00e9sent\u00e9e comme une bouff\u00e9e d\u2019air m\u00e9dicale, les m\u00e9decins tanzaniens de passage \u00e0 Anjouan ont d\u2019abord fait r\u00eaver. Mais derri\u00e8re les sourires et les blouses blanches, la r\u00e9alit\u00e9 a vite rattrap\u00e9 les espoirs : d\u00e9sorganisation, frustrations et attentes trahies. Une op\u00e9ration qui, au lieu d\u2019apaiser, a raviv\u00e9 les blessures d\u2019un syst\u00e8me sanitaire en souffrance.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><em>Par Anoir Ahamadi<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Le 3 octobre dernier, un groupe de m\u00e9decins venus de Tanzanie a foul\u00e9 le sol anjouanais dans le cadre d\u2019une mission m\u00e9dicale humanitaire. Trois jours plus tard, les consultations d\u00e9marraient dans plusieurs points de l\u2019\u00eele, notamment \u00e0 l\u2019h\u00f4pital de Bambao Mtsanga pour le service d\u2019ophtalmologie.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019annonce avait sem\u00e9 une joie sinc\u00e8re dans les foyers. On parlait d\u2019un geste fraternel, d\u2019une initiative salutaire dans un contexte o\u00f9 beaucoup peinent \u00e0 acc\u00e9der \u00e0 des soins sp\u00e9cialis\u00e9s. Les Comoriens, et plus particuli\u00e8rement les Anjouanais, y voyaient une lueur d\u2019espoir.<\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab Quand j\u2019ai appris que des ophtalmologues tanzaniens venaient, j\u2019ai pens\u00e9 \u00e0 ma m\u00e8re qui souffre de cataracte depuis deux ans. On croyait qu\u2019elle allait enfin \u00eatre op\u00e9r\u00e9e ici, \u00e0 Anjouan \u00bb<\/em>, raconte Amina, une habitante de Koki, d\u00e9\u00e7ue.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Une d\u00e9sorganisation qui g\u00e2che tout<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Mais d\u00e8s les premiers jours, les choses se sont compliqu\u00e9es. \u00c0 Bambao Mtsanga, les files d\u2019attente s\u2019\u00e9tiraient d\u00e8s l\u2019aube. Des listes de patients ont \u00e9t\u00e9 dress\u00e9es, puis myst\u00e9rieusement modifi\u00e9es. Certains t\u00e9moins parlent de favoritisme, d\u2019autres d\u2019une simple confusion logistique.<\/p>\n\n\n\n<p>Toujours est-il que la situation a vite \u00e9chapp\u00e9 au contr\u00f4le des organisateurs.<\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab Une premi\u00e8re liste a \u00e9t\u00e9 faite, puis chang\u00e9e \u00e0 la derni\u00e8re minute. Ceux qui \u00e9taient inscrits depuis le matin ont vu passer d\u2019autres avant eux. On aurait cru assister \u00e0 une sc\u00e8ne ordinaire de nos h\u00f4pitaux \u00bb<\/em>, d\u00e9plore Roukia Anli, rencontr\u00e9e dans les couloirs encombr\u00e9s du centre. \u00ab <em>Ce n\u2019est pas normal. On parlait d\u2019humanitaire, mais on a retrouv\u00e9 les m\u00eames pratiques locales : d\u00e9sordre et favoritisme.<\/em> \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>La chaleur, le manque de ventilation et la promiscuit\u00e9 ont rendu l\u2019attente insupportable. Des femmes \u00e2g\u00e9es, des enfants et des patients fatigu\u00e9s attendaient depuis des heures dans des conditions pr\u00e9caires. Certains ont fini par repartir sans avoir \u00e9t\u00e9 consult\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Une sc\u00e8ne choquante \u00e0 l\u2019h\u00f4pital<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Au milieu de ce chaos, un incident a particuli\u00e8rement marqu\u00e9 les esprits.<\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab Une femme venue de Bimbini a fait un malaise alors qu\u2019elle attendait son tour. Elle s\u2019est renvers\u00e9e sur une chaise. Tout le monde criait, c\u2019\u00e9tait la panique \u00bb<\/em>, raconte Nouredine Hamza, t\u00e9moin de la sc\u00e8ne.<\/p>\n\n\n\n<p>Selon plusieurs sources, la victime aurait \u00e9t\u00e9 transport\u00e9e d\u2019urgence vers un autre service. L\u2019incident, relay\u00e9 dans la population, a choqu\u00e9 et renforc\u00e9 le sentiment d\u2019amertume g\u00e9n\u00e9rale.<\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab Ce n\u2019est pas la faute des m\u00e9decins eux-m\u00eames \u00bb<\/em>, nuance un infirmier local. <em>\u00ab Ils \u00e9taient comp\u00e9tents et bien intentionn\u00e9s, mais l\u2019organisation sur place \u00e9tait d\u00e9faillante. On aurait d\u00fb mieux planifier leur intervention. \u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Des attentes d\u00e9\u00e7ues : l\u2019illusion des soins gratuits<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Au fil des jours, les d\u00e9sillusions se sont accumul\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p>Les malades atteints de cataracte, nombreux \u00e0 s\u2019\u00eatre d\u00e9plac\u00e9s dans l\u2019espoir d\u2019une op\u00e9ration, ont d\u00e9couvert qu\u2019aucune intervention chirurgicale n\u2019\u00e9tait pr\u00e9vue \u00e0 Anjouan. Les m\u00e9decins tanzaniens se limitaient \u00e0 des consultations et \u00e0 des diagnostics.<\/p>\n\n\n\n<p>Le r\u00eave d\u2019une gu\u00e9rison sur place s\u2019est transform\u00e9 en un message inattendu : pour \u00eatre op\u00e9r\u00e9, il fallait se rendre\u2026 en Tanzanie.<\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab On nous a dit d\u2019aller l\u00e0-bas si on voulait \u00eatre op\u00e9r\u00e9s. Mais alors, pourquoi faire tout ce d\u00e9placement ? Pourquoi nous donner de faux espoirs ? \u00bb<\/em>, s\u2019interroge Roukia Anli, am\u00e8re. <em>\u00ab On croyait \u00e0 un v\u00e9ritable service rendu \u00e0 la population. Finalement, ce n\u2019\u00e9tait qu\u2019une consultation d\u00e9guis\u00e9e. \u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019annonce a provoqu\u00e9 la col\u00e8re de plusieurs patients qui ont quitt\u00e9 les lieux furieux. Pour beaucoup, cette mission n\u2019avait plus rien d\u2019humanitaire.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Derri\u00e8re l\u2019humanitaire, une strat\u00e9gie \u00e9conomique ?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Cette frustration a fait na\u00eetre une rumeur persistante : et si cette mission n\u2019\u00e9tait qu\u2019une strat\u00e9gie de promotion pour le tourisme m\u00e9dical tanzanien ?<\/p>\n\n\n\n<p>Ces derni\u00e8res ann\u00e9es, de nombreux Comoriens se rendent \u00e0 Madagascar pour leurs soins sp\u00e9cialis\u00e9s. La Tanzanie chercherait-elle \u00e0 se positionner comme une nouvelle destination de sant\u00e9 dans la r\u00e9gion ?<\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab Peut-\u00eatre qu\u2019ils sont venus pour faire conna\u00eetre leurs h\u00f4pitaux et inciter les gens \u00e0 aller se faire soigner l\u00e0-bas \u00bb<\/em>, suppose Nouredine Hamza. \u00ab <em>Dans le fond, on ne leur en veut pas. Mais il ne fallait pas nous faire miroiter une aide gratuite qu\u2019on n\u2019a finalement pas eu lieu.<\/em> \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Un miroir de la crise sanitaire comorienne<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Au-del\u00e0 de cette mission controvers\u00e9e, c\u2019est tout le syst\u00e8me de sant\u00e9 comorien qui se trouve remis en question. Le manque de m\u00e9decins sp\u00e9cialistes, d\u2019\u00e9quipements modernes et de coordination entre les structures m\u00e9dicales rend le pays d\u00e9pendant des aides ext\u00e9rieures. Or, ces missions, souvent ponctuelles et mal encadr\u00e9es, ne r\u00e9solvent rien sur le long terme.<\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab On ne peut pas toujours compter sur des missions temporaires pour traiter nos malades \u00bb,<\/em> s\u2019inqui\u00e8te un agent de sant\u00e9 de Bambao Mtsanga. <em>\u00ab L\u2019\u00c9tat doit investir s\u00e9rieusement dans la formation et le maintien de nos propres m\u00e9decins. \u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Ce constat fait mal, d\u2019autant plus que les discours officiels \u00e9voquent r\u00e9guli\u00e8rement \u00ab&nbsp;l\u2019\u00e9mergence&nbsp;\u00bb du pays. Mais comment parler d\u2019\u00e9mergence quand le simple acc\u00e8s \u00e0 des soins de base reste un d\u00e9fi quotidien ?<\/p>\n\n\n\n<p>En r\u00e9alit\u00e9, l\u2019\u00e9mergence sanitaire reste encore un r\u00eave encore lointain. Au XXI\u1d49 si\u00e8cle, les Comores aspirent \u00e0 l\u2019\u00e9mergence \u00e9conomique et sociale. Pourtant, le secteur de la sant\u00e9 demeure l\u2019un des plus n\u00e9glig\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>Les h\u00f4pitaux manquent de moyens, les jeunes m\u00e9decins peinent \u00e0 \u00eatre stabilis\u00e9s, et les patients perdent confiance dans le syst\u00e8me. Chaque mission \u00e9trang\u00e8re devient alors un espoir \u00e9ph\u00e9m\u00e8re, suivi d\u2019un retour brutal \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab L\u2019\u00e9mergence ne peut pas \u00eatre qu\u2019un slogan politique \u00bb<\/em>, d\u00e9clare un m\u00e9decin de l\u2019h\u00f4pital de Bambao ayant requis l\u2019anonymat . <em>\u00ab Elle doit d\u2019abord se traduire par un syst\u00e8me de sant\u00e9 digne de ce nom, capable de r\u00e9pondre aux besoins de la population sans d\u00e9pendre de l\u2019ext\u00e9rieur. \u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Le\u00e7ons d\u2019un \u00e9chec<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Cette mission tanzanienne, qui devait \u00eatre un symbole de coop\u00e9ration et de solidarit\u00e9, restera dans les m\u00e9moires comme une occasion manqu\u00e9e. Elle a montr\u00e9 la bonne volont\u00e9 des m\u00e9decins \u00e9trangers, mais aussi les carences de notre propre organisation. Elle rappelle surtout une v\u00e9rit\u00e9 simple : la sant\u00e9 publique ne peut pas se construire sur des interventions ponctuelles.<\/p>\n\n\n\n<p>La population anjouanaise, elle, n\u2019a pas besoin de promesses, mais de r\u00e9sultats. Elle ne r\u00e9clame pas des miracles, mais une prise en charge humaine, organis\u00e9e et durable. Tant que les missions m\u00e9dicales seront g\u00e9r\u00e9es avec autant de l\u00e9g\u00e8ret\u00e9, la m\u00e9fiance s\u2019installera, et chaque nouvelle initiative sera accueillie avec scepticisme.<\/p>\n\n\n\n<p>De l\u2019espoir \u00e0 la d\u00e9ception, la mission m\u00e9dicale tanzanienne aura suivi le chemin inverse de celui qu\u2019elle promettait. Venue pour gu\u00e9rir, elle a finalement r\u00e9v\u00e9l\u00e9 les maux plus profonds d\u2019un syst\u00e8me d\u00e9faillant, le manque de planification, le favoritisme et l\u2019absence de transparence.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais derri\u00e8re cet \u00e9chec apparent se cache un message clair : les Comores doivent apprendre \u00e0 compter sur elles-m\u00eames, \u00e0 investir dans leurs h\u00f4pitaux, \u00e0 valoriser leurs m\u00e9decins et \u00e0 mieux organiser la coop\u00e9ration sanitaire.<\/p>\n\n\n\n<p>Les citoyens comoriens ne demandent qu\u2019une chose : que la sant\u00e9 devienne une priorit\u00e9 nationale, car la vraie mission humanitaire, celle dont r\u00eave tout Anjouanais, c\u2019est celle qui commencerait enfin chez nous.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Arriv\u00e9s d\u00e9but octobre pour une mission humanitaire pr\u00e9sent\u00e9e comme une bouff\u00e9e d\u2019air m\u00e9dicale, les m\u00e9decins tanzaniens de passage \u00e0 Anjouan ont d\u2019abord fait r\u00eaver. 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