{"id":12353,"date":"2025-09-29T10:35:10","date_gmt":"2025-09-29T07:35:10","guid":{"rendered":"https:\/\/masiwa-comores.com\/?p=12353"},"modified":"2025-09-29T10:35:12","modified_gmt":"2025-09-29T07:35:12","slug":"environnement-et-sante-aux-comores-cet-air-qui-nous-tue-tous","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/masiwa-comores.com\/non-classe\/environnement-et-sante-aux-comores-cet-air-qui-nous-tue-tous\/","title":{"rendered":"Environnement et Sant\u00e9 aux Comores. Cet air qui nous tue tous"},"content":{"rendered":"\n<p>Par Dr AHMED BACAR REZIDA Mohamed, M\u00e9decin, Economiste de la Sant\u00e9 et Ecrivain<\/p>\n\n\n\n<p>Aux Comores, l\u2019urgence de sant\u00e9 publique s\u2019\u00e9tend \u00e0 la qualit\u00e9 m\u00eame de l\u2019\u2019air respir\u00e9 dans les foyers. La pollution domestique, provoqu\u00e9e principalement par l\u2019utilisation massive du bois et du charbon de bois dans les foyers reste un fl\u00e9au sous-estim\u00e9 mais aux impacts d\u00e9sastreux. Ce combat, qui affecte particuli\u00e8rement les plus pauvres et les plus vuln\u00e9rables, s\u2019enracine dans une r\u00e9alit\u00e9 quotidienne encore peu visible mais terriblement concr\u00e8te dans le paysage de l\u2019ensemble des \u00eeles. Entre un environnement fragilis\u00e9 et une population confront\u00e9e \u00e0 des risques sanitaires majeurs, l\u2019heure appelle \u00e0 l\u2019action avant que la facture ne soit encore plus sal\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>La fum\u00e9e, cette tueuse invisible qui \u00e9touffe tout<\/strong><br>Dans la majorit\u00e9 des foyers comoriens, la cuisine vit au rythme des flammes de bois ou de charbon, sources d\u2019\u00e9nergie encore incontournables pour une grande majorit\u00e9 des familles. Pr\u00e8s de six m\u00e9nages sur dix aux Comores utilisent exclusivement du bois et du charbon pour la cuisson quotidienne. Une pratique g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e \u00e0 travers l\u2019archipel, si bien que la biomasse repr\u00e9sente 57 % de l\u2019\u00e9nergie totale consomm\u00e9e. Chaque jour, ce sont 5 \u00e0 7 kilogrammes de bois qui sont br\u00fbl\u00e9s dans ces cuisines, souvent sans ventilation ad\u00e9quate, produisant une fum\u00e9e \u00e9paisse, charg\u00e9e d\u2019innombrables particules fines. Ces particules que personne ne voit mais que tout le monde, petits et grands respirent, sont potentiellement toxiques et peuvent \u00eatre responsables d\u2019affections respiratoires graves, de maladies chroniques, voire de cancers. Selon les experts de l\u2019OMS, ce cocktail toxique est l\u2019une des principales causes d\u2019affections respiratoires graves chez les enfants, d\u2019asthme chronique et de maladies pulmonaires, souvent fatales. Un autre chiffre traduit une r\u00e9alit\u00e9 encore plus gla\u00e7ante : un enfant comorien sur trois souffrirait de maladies li\u00e9es \u00e0 la pollution domestique. \u00c0 ce drame de l\u2019air s\u2019ajoute un d\u00e9r\u00e8glement de l\u2019\u00e9cosyst\u00e8me dans son ensemble.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Un cercle vicieux aux cons\u00e9quences g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9es<\/strong><br>Aux Comores, la surconsommation de bois alimente une d\u00e9forestation d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9occupante, la couverture bois\u00e9e s\u2019\u00e9tiole, touchant 80\u202f% des espaces bois\u00e9s restants dans l\u2019archipel, dont l\u2019\u00eele d\u2019Anjouan reste particuli\u00e8rement la plus affect\u00e9e. La pression sur les ressources foresti\u00e8res li\u00e9e \u00e0 la pr\u00e9carit\u00e9 de la population dont pr\u00e8s de 44,8\u202f% vivent en dessous du seuil de pauvret\u00e9, avec 23,5% dans la pauvret\u00e9 extr\u00eame (Banque mondiale.2020), des in\u00e9galit\u00e9s criantes entre zones rurales et urbaines et l\u2019abattage du bois accentuent non seulement la d\u00e9forestation, mais elle modifie le paysage et aggrave la vuln\u00e9rabilit\u00e9 des sols. Ce cercle vicieux fragilise \u00e0 son tour l\u2019\u00e9cosyst\u00e8me, affecte la biodiversit\u00e9, met en danger la s\u00e9curit\u00e9 alimentaire et multiplie les risques sanitaires li\u00e9s \u00e0 la d\u00e9gradation de la qualit\u00e9 de l\u2019eau.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Eau potable : un luxe encore trop rare et inaccessible<\/strong><br>La moiti\u00e9 de la population comorienne n\u2019a toujours pas acc\u00e8s \u00e0 une eau potable. Les r\u00e9seaux d\u2019approvisionnement souvent v\u00e9tustes, les coupures d\u2019eau quotidiennes, m\u00eame dans les grandes villes, la corrosion caus\u00e9e par l\u2019eau sal\u00e9e, l\u2019absence d\u2019un syst\u00e8me efficace de collecte et de gestion des d\u00e9chets m\u00e9nagers et la pollution chronique menacent la sant\u00e9 des familles. Le rapport de la Banque mondiale 2023 pointe un \u00ab co\u00fbt environnemental et sanitaire colossal \u00bb\u2009: contamination des nappes phr\u00e9atiques par une gestion anarchique des d\u00e9chets, prolif\u00e9ration des d\u00e9potoirs \u00e0 ciel ouvert, explosions de maladies infectieuses lors des saisons des pluies. L\u2019\u00e9tude montre que la majorit\u00e9 des d\u00e9chets solides m\u00e9nagers sont abandonn\u00e9s ou br\u00fbl\u00e9s \u00e0 proximit\u00e9 des habitations, aggravant la pollution de l\u2019air et des eaux. Cette situation alimente des flamb\u00e9es r\u00e9guli\u00e8res d\u2019infections hydriques, telles que chol\u00e9ra qui a s\u00e9vi r\u00e9cemment, entre f\u00e9vrier et juin 2024 avec 10 142 cas suspects et 147 d\u00e9c\u00e8s dans le pays, la bilharziose ou la fi\u00e8vre typho\u00efde, maladies qui prennent leur plus lourd tribut chez les enfants en bas \u00e2ge. Plus de 35% des cas de Chol\u00e9ra enregistr\u00e9s lors de l\u2019\u00e9pid\u00e9mie de 2024, rapporte Patrick G\u00e9r\u00f4me (M\u00e9decine des voyages, 2024), \u00e9taient des enfants et des adolescents, 25% avaient moins de 15 ans. Dans un pays o\u00f9 31\u202f% des enfants souffrent encore de malnutrition chronique, l\u2019absence d\u2019eau courante, accessible et saine pose un risque mortel suppl\u00e9mentaire.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Villes en crise : marcher devient un challenge<\/strong><br>Dans ce contexte d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9occupant s\u2019ajoute l\u2019absence d\u2019am\u00e9nagements urbains adapt\u00e9s \u00e0 l\u2019activit\u00e9 physique permettant une meilleure oxyg\u00e9nation \u00ab compensatrice \u00bb. Cette carence condamne la plupart des habitants \u00e0 un quotidien loin des b\u00e9n\u00e9fices de l\u2019exercice physique. En ville comme en zone p\u00e9riurbaine, les infrastructures pi\u00e9tonnes sont quasi inexistantes, d\u00e9courageant la marche, le sport et limitant la vie sociale, tout en favorisant une s\u00e9dentarit\u00e9 propice au d\u00e9veloppement du diab\u00e8te, de l\u2019hypertension art\u00e9rielle ou encore de l\u2019ob\u00e9sit\u00e9. Sur la route, le r\u00e9seau v\u00e9tuste, l\u2019ins\u00e9curit\u00e9 des d\u00e9placements, et l\u2019insuffisance des normes routi\u00e8res participent \u00e0 un lourd bilan d\u2019accidents, notamment chez les jeunes de moins de 30 ans. Le taux de mortalit\u00e9 par accident routier, estim\u00e9 \u00e0 24 d\u00e9c\u00e8s pour 100 000 habitants, est alarmant et fait des Comores, un des pays les plus touch\u00e9s en Afrique dans cette cat\u00e9gorie.<\/p>\n\n\n\n<p>Face \u00e0 ces enjeux, les Comores doivent oser une politique ambitieuse et transversale concr\u00e8te : Le \u00ab Plan Comores \u00c9mergent 2030 \u00bb et la \u00ab Strat\u00e9gie \u00c9nerg\u00e9tique 2033 \u00bb pr\u00f4n\u00e9s par les autorit\u00e9s appellent \u00e0 une r\u00e9volution profonde mais restent encore au stade des paroles et \u00e0 la d\u00e9magogie politique. R\u00e9duire la d\u00e9pendance \u00e0 la biomasse, acc\u00e9l\u00e9rer la g\u00e9n\u00e9ralisation du gaz et des \u00e9nergies propres, moderniser les r\u00e9seaux d\u2019eau, instituer une gestion int\u00e9gr\u00e9e et citoyenne des d\u00e9chets, investir dans la transition \u00e9nerg\u00e9tique (solutions renouvelables), prot\u00e9ger les for\u00eats, d\u00e9velopper une gestion p\u00e9renne de l\u2019eau, et repenser les espaces urbains pour favoriser l\u2019activit\u00e9 physique, garantir la mobilit\u00e9 s\u00fbre de tous, soutenir les projets de reboisement et d\u2019assainissement, sont autant de d\u00e9fis aux priorit\u00e9s vitales. Mais, les Comores, un des pays les plus vuln\u00e9rables au changement climatique, n\u2019ont plus vraiment le choix. La jeunesse et la biodiversit\u00e9 paieront le prix de l\u2019inaction \u00e9tatique. Changer est possible, avec des volont\u00e9s politiques publiques fortes, courageuses, l\u2019engagement de la soci\u00e9t\u00e9 civile et des investissements nationaux assortis de m\u00e9canismes de contr\u00f4le plus stricts. Chaque famille sensibilis\u00e9e \u00e0 l\u2019enjeu, chaque arpent de for\u00eat rebois\u00e9, chaque route s\u00e9curis\u00e9e, chaque d\u00e9chet valoris\u00e9, chaque quartier anim\u00e9 d\u2019activit\u00e9s physiques collectives deviennent un maillon d\u2019une cha\u00eene de survie. Ce sont l\u00e0 des leviers concrets pour gagner le pari de la sant\u00e9 publique et offrir, enfin, aux g\u00e9n\u00e9rations futures un v\u00e9ritable \u00ab air \u00e0 respirer \u00bb.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Par Dr AHMED BACAR REZIDA Mohamed, M\u00e9decin, Economiste de la Sant\u00e9 et Ecrivain Aux Comores, l\u2019urgence de sant\u00e9 publique s\u2019\u00e9tend \u00e0 la qualit\u00e9 m\u00eame de l\u2019\u2019air respir\u00e9 dans les foyers. 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