{"id":12238,"date":"2025-08-25T16:31:18","date_gmt":"2025-08-25T13:31:18","guid":{"rendered":"https:\/\/masiwa-comores.com\/?p=12238"},"modified":"2025-08-25T16:31:22","modified_gmt":"2025-08-25T13:31:22","slug":"un-homme-exemplaire","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/masiwa-comores.com\/societe\/un-homme-exemplaire\/","title":{"rendered":"Un homme exemplaire"},"content":{"rendered":"\n<p><strong><em>C\u2019est l\u2019histoire d\u2019un kofia perdu et retrouv\u00e9 un mois apr\u00e8s en r\u00e9gion parisienne, apr\u00e8s la pri\u00e8re du vendredi.<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><em>Kamar Eddine Ben Abdallah, Animateur culturel, com\u00e9dien<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Un geste simple, mais qui m\u00e9rite une grande reconnaissance. Un homme au c\u0153ur pur, dot\u00e9 d\u2019une capacit\u00e9 de suffisance absolue. Un cas tr\u00e8s rare, de nos jours, vient de se produire dans la capitale fran\u00e7aise. Un homme entre 40 et 50 ans, pas loin de cet \u00e2ge-l\u00e0. Sans doute, il croit en Dieu. Sans doute, il a re\u00e7u une bonne \u00e9ducation. Sans doute, il est issu d\u2019une famille conservatrice et honn\u00eate.<\/p>\n\n\n\n<p>Un bon matin de l\u2019A\u00efd el-Hedj, en plus ! Mais, pris par l\u2019exigence du syst\u00e8me capitaliste \u2014 le travail, c\u2019est le travail \u2014 pas de droit aux f\u00eates religieuses ou autres. Ce jour-l\u00e0, bien que croyant, il se trouva dans l\u2019obligation, \u00e0 contrec\u0153ur, de se rendre au travail. Mais, avec sa bonne foi, il croise un homme qui s\u2019appr\u00eate \u00e0 se rendre au grand rassemblement des musulmans, en ce jour b\u00e9ni, commun\u00e9ment appel\u00e9 l\u2019A\u00efd el-Hedj. Et sans h\u00e9sitation, il propose \u00e0 ce dernier de le d\u00e9poser \u00e0 la mosqu\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Par co\u00efncidence, cet homme venait \u00e0 peine de perdre un bonnet, il y a de cela un mois et une semaine, dans le quartier. Ce monsieur r\u00e9pond au nom de Mohamed Issihaka, que je connais bien. Un homme de culture. Et je pr\u00e9cise qu\u2019aujourd\u2019hui, il est l\u2019un des m\u00e9diateurs culturels de notre pays, parmi les plus qualifi\u00e9s professionnellement. Il est l\u2019un des rares \u00e0 avoir suivi un cursus universitaire en animation culturelle. Et aujourd\u2019hui, install\u00e9 en France, il poursuit une formation en m\u00e9diation culturelle, tout en ayant d\u00e9j\u00e0 compl\u00e9t\u00e9 une formation en m\u00e9diation sociale. Ce double parcours lui conf\u00e8re une solide expertise dans la compr\u00e9hension et la transmission des valeurs culturelles.<\/p>\n\n\n\n<p>Juste pour vous dire que ce bonnet qu\u2019il avait perdu, il l\u2019aimait mille fois, pour mille raisons. D\u2019abord, c\u2019\u00e9tait un cadeau offert par sa femme. Ensuite, c\u2019est l\u2019un des symboles de notre identit\u00e9 culturelle. Pour vous dire que ce bonnet est cher aux yeux d\u2019un m\u00e9diateur culturel. Vu que son r\u00f4le est de promouvoir la culture, ce bonnet lui plaisait \u00e9norm\u00e9ment. C\u2019\u00e9tait un joli cadeau, mais en plus, bien cousu.<\/p>\n\n\n\n<p>Je me suis permis d\u2019aller dans les d\u00e9tails pour attirer votre attention sur ce dont je parle, et sur la juste valeur de cet objet, pour la personne et au sein m\u00eame de la soci\u00e9t\u00e9 comorienne. Ceux qui ne connaissent pas la valeur d\u2019un bonnet aux Comores\u2026 Personnellement, en tant qu\u2019animateur culturel de formation, comme mon ami Mohamed, je vous dis : qui dit bonnet dit symbole d\u2019amour.<\/p>\n\n\n\n<p>Aujourd\u2019hui, une femme qui offre un bonnet \u00e0 son mari, cela vaut beaucoup d&#8217;affection, un vrai signe d\u2019estime. Surtout ces femmes qui prennent leur temps pour coudre les mille trous, un \u00e0 un, jusqu\u2019\u00e0 broder avec un fil dor\u00e9 le bonnet tout entier.<\/p>\n\n\n\n<p>On raconte que l\u2019origine de cette confection et broderie traditionnelle du bonnet, commun\u00e9ment d\u00e9nomm\u00e9 kofia, vient d\u2019une profonde r\u00e9flexion d\u2019une femme, follement amoureuse de son mari, qui voulait lui offrir un joli cadeau en signe de d\u00e9claration d\u2019un amour inconditionnel. Depuis lors, ce geste est devenu une tradition. Malheureusement, de nos jours, on peut dire que le kofia est devenu petit \u00e0 petit un objet commercialis\u00e9, dont le prix ne cesse d\u2019augmenter chaque jour.<\/p>\n\n\n\n<p>Je pr\u00e9cise aussi que le bonnet perdu portait, en lettres arabes, le nom d\u2019Allah. En shikomori, on dit \u00c2lama bisimila. Et je ne vous cache pas : c\u2019est la marque la plus ch\u00e8re des kofia(s). Je vous laisse comprendre combien de fois mon ami Mohamed Issihaka \u00e9tait attrist\u00e9 apr\u00e8s avoir constat\u00e9 qu\u2019il avait perdu son bonnet.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais, vu son attachement \u00e0 ce kofia, symbole d\u2019un amour vrai, d\u2019une union toute r\u00e9cente, Dieu lui a facilit\u00e9 le chemin pour retrouver son bonnet. Le bonnet \u00e9tait tomb\u00e9 entre de bonnes mains.<\/p>\n\n\n\n<p>Un homme qui lui avait propos\u00e9 de le d\u00e9poser \u00e0 la mosqu\u00e9e, apr\u00e8s les salutations, lui demanda soudainement s\u2019il n\u2019avait pas eu vent que quelqu\u2019un aurait perdu un bonnet \u2014 mais vraiment un bonnet de qualit\u00e9 ! Mohamed \u00e9tait \u00e9mu. Il resta sans un mot jusqu\u2019\u00e0 ce que l\u2019homme lui demande : \u00ab Tu vas bien ? \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Et le m\u00e9diateur culturel de r\u00e9pondre qu\u2019il allait bien. \u00ab&nbsp;Mais ce que tu viens de me dire me surprend beaucoup. D\u00e9j\u00e0, je suis stup\u00e9fait de ton grand c\u0153ur. Je ne m\u2019attendais pas \u00e0 ce qu\u2019il existe encore, sur cette terre, des hommes comme toi : au grand c\u0153ur, confiants, et profond\u00e9ment humains. Il me semble que ce bonnet m\u2019appartient. Car j\u2019ai perdu un bonnet de marque, il y a de cela un mois et une semaine, ici m\u00eame, dans ce quartier. Mais vous \u00eates un homme particulier. Et surtout, cette co\u00efncidence\u2026 ce n\u2019est pas juste une co\u00efncidence. Elle d\u00e9passe les limites ! D\u00e9j\u00e0, de ta propre volont\u00e9, tu m\u2019as propos\u00e9 de me d\u00e9poser \u00e0 la mosqu\u00e9e. Et tu m\u2019annonces cette bonne nouvelle. Tu es un ange.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Pauvres Comores ! Ce ne sont pas les bonnes personnes qui te manquent. C\u2019est la reconnaissance et l\u2019encouragement. C\u2019est pourquoi ayant appris cette bonne nouvelle, j\u2019ai voulu rendre hommage \u00e0 cet homme\u2026 pour saluer ce geste d\u2019une personne de confiance et de respect.<\/p>\n\n\n\n<p>Personnellement, le geste de cet homme pieux m\u2019a beaucoup touch\u00e9, d\u2019autant plus qu\u2019il a souhait\u00e9 garder l\u2019anonymat. Il me donne aussi le droit de r\u00eaver qu\u2019un jour, les Comores changeront. Il suffirait d\u2019avoir une personne comme cet homme exemplaire au chevet de ce pays souffrant, pill\u00e9, vid\u00e9 jusqu\u2019au dernier centime.<\/p>\n\n\n\n<p>Je profite aussi de cette occasion pour lancer un vibrant appel \u00e0 mes compatriotes : imitons ce geste ! Optons pour la voie positive !<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019en profite aussi pour souhaiter courage et pers\u00e9v\u00e9rance \u00e0 cet homme de confiance et de g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9. Longue vie \u00e0 lui, et bonne continuation dans ce sens, car il nous redonne confiance en l\u2019homme en g\u00e9n\u00e9ral et \u00e0 notre communaut\u00e9, en particulier. Ulewa mdru mwana disent les Wangazidja, \u00ab&nbsp;l\u2019espoir&nbsp;\u00bb vient d\u2019un enfant digne et confiant comme cet homme discret, au c\u0153ur immense.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>C\u2019est l\u2019histoire d\u2019un kofia perdu et retrouv\u00e9 un mois apr\u00e8s en r\u00e9gion parisienne, apr\u00e8s la pri\u00e8re du vendredi. Kamar Eddine Ben Abdallah, Animateur culturel, com\u00e9dien Un geste simple, mais qui m\u00e9rite une grande reconnaissance. Un homme au c\u0153ur pur, dot\u00e9 d\u2019une capacit\u00e9 de suffisance absolue. 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