{"id":12235,"date":"2025-08-25T16:27:50","date_gmt":"2025-08-25T13:27:50","guid":{"rendered":"https:\/\/masiwa-comores.com\/?p=12235"},"modified":"2025-08-25T16:27:55","modified_gmt":"2025-08-25T13:27:55","slug":"mtoro-chamou-enflamme-anjouan-et-secoue-les-consciences","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/masiwa-comores.com\/culture\/mtoro-chamou-enflamme-anjouan-et-secoue-les-consciences\/","title":{"rendered":"Mtoro Chamou enflamme Anjouan et secoue les consciences"},"content":{"rendered":"\n<p><strong><em>Anjouan a toujours vibr\u00e9 au rythme de la musique. Le concert r\u00e9cent de Mtoro Chamou au stade de Missiri, dans le cadre du Festival international Watoro, a d\u00e9pass\u00e9 les fronti\u00e8res du simple divertissement. L\u2019artiste d\u2019origine mahoraise, fid\u00e8le \u00e0 sa r\u00e9putation, n\u2019a pas seulement fait danser la foule. Il a aussi r\u00e9veill\u00e9 les consciences par une parole tranchante, une image forte qui restera grav\u00e9e dans les m\u00e9moires.<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><em>Par Salma Abdillah<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Depuis plusieurs jours, Mutsamudu vivait au rythme du festival. Les jeunes, nombreux \u00e0 arpenter les ruelles de la m\u00e9dina, parlaient avec excitation de la venue de Mtoro Chamou. Les organisateurs du groupe Watoro avaient mis\u00e9 sur lui comme t\u00eate d\u2019affiche pour cette deuxi\u00e8me \u00e9dition, et le pari \u00e9tait os\u00e9, mais r\u00e9ussi : l\u2019\u00eele a r\u00e9pondu pr\u00e9sent.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Mtoro, libre<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 l\u2019entr\u00e9e du stade, les spectateurs annon\u00e7aient la couleur : \u00ab Unis pour la paix \u00bb. Derri\u00e8re cette devise, se lisaient les efforts conjoints de plusieurs institutions locales, du gouvernorat de Ndzuani et la mairie de Mutsamudu. Mais au-del\u00e0 des institutions, il y avait aussi des partenaires priv\u00e9s qui avaient r\u00e9pondu \u00e0 l\u2019appel, parmi lesquels l\u2019agence Maria Galanta, visible et active. Ce m\u00e9lange d\u2019acteurs publics et priv\u00e9s traduisait une m\u00eame volont\u00e9 : offrir aux jeunes une f\u00eate culturelle qui soit \u00e0 la fois un exutoire et une \u00e9cole de la citoyennet\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>N\u00e9 en 1974 \u00e0 Mamoudzou, sur l&#8217;\u00eele de Mayotte, Chamsidini Momed, alias Mtoro Chamou, est un artiste engag\u00e9 qui m\u00eale les rythmes traditionnels de son \u00eele avec des influences contemporaines. Son nom d\u2019artiste, \u00ab&nbsp;Mtoro Chamou&nbsp;\u00bb, signifie \u00ab&nbsp;Chamou le sauvage&nbsp;\u00bb ou le \u00ab&nbsp;marron&nbsp;\u00bb, en hommage aux esclaves r\u00e9volt\u00e9s ou en fuite, symbolisant sa volont\u00e9 de lib\u00e9rer la parole \u00e0 travers la musique. D\u00e8s son plus jeune \u00e2ge, il est immerg\u00e9 dans un environnement musical riche, gr\u00e2ce \u00e0 son p\u00e8re passionn\u00e9 de musique et \u00e0 son grand-p\u00e8re maternel, joueur de tambour et chanteur de shigoma, une danse traditionnelle de mariage et de c\u00e9r\u00e9monie.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;<em>\u00ab Vwa chidza ata mtsana \u00bb<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Le soir venu, le stade s\u2019est rempli. Des familles enti\u00e8res avaient fait le d\u00e9placement, des \u00e9tudiants, des enfants perch\u00e9s sur les \u00e9paules de leurs a\u00een\u00e9s. Certains avaient m\u00eame travers\u00e9 des kilom\u00e8tres depuis les villages de l\u2019int\u00e9rieur pour assister au spectacle. \u00c0 Missiri (Mutsamudu), on ne parlait plus que de cela : \u00ab Chamou arrive, Chamou chante ce soir \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Les premi\u00e8res notes retentirent comme une d\u00e9flagration. Le son lourd des tambours, les guitares \u00e9lectriques et la voix chaude de Mtoro Chamou envahirent l\u2019espace. La foule, d\u00e9j\u00e0 conquise, entra en transe. Des cris, des chants repris en ch\u0153ur, des pas de danse improvis\u00e9s\u2026 la f\u00eate battait son plein.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais ce que l\u2019on retiendra avant tout de cette nuit, ce n\u2019est pas seulement la liesse populaire. C\u2019est ce moment o\u00f9, entre deux morceaux, l\u2019artiste s\u2019est adress\u00e9 \u00e0 la foule d\u2019une voix ferme et solennelle&nbsp;: \u00ab Vwa chidza ata mtsana \u00bb, a-t-il lanc\u00e9 (en fran\u00e7ais : \u00ab L\u2019obscurit\u00e9 est l\u00e0, m\u00eame en plein jour \u00bb).<\/p>\n\n\n\n<p>Un silence surprenant a parcouru l\u2019assembl\u00e9e, comme si chacun voulait entendre, comprendre, capter la port\u00e9e des mots. Loin d\u2019une simple formule po\u00e9tique, Chamou a en r\u00e9alit\u00e9 adress\u00e9 un message cinglant aux autorit\u00e9s. Derri\u00e8re l\u2019image, il d\u00e9non\u00e7ait l\u2019obscurit\u00e9 dans laquelle vivent encore de nombreux citoyens, malgr\u00e9 la lumi\u00e8re du soleil. Plus pr\u00e9cis\u00e9ment, il pointait du doigt les routes d\u00e9grad\u00e9es, notamment la nationale Domoni\u2013Mutsamudu, v\u00e9ritable calvaire quotidien.<\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab Comment parler de bien-\u00eatre social, comment r\u00eaver de d\u00e9veloppement quand une simple travers\u00e9e devient un parcours d\u2019obstacles ?<\/em> \u00bb, <a><\/a><a>a-t-il demand\u00e9 \u00e0 voix haute<\/a>, traduisant une frustration partag\u00e9e par tous. Dans ce cri, beaucoup ont reconnu leur propre fatigue et leur propre col\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Quand la musique devient un miroir social<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Ce n\u2019\u00e9tait pas la premi\u00e8re fois qu\u2019un artiste local se risquait \u00e0 critiquer, mais Chamou a eu le m\u00e9rite de le faire en pleine f\u00eate, au milieu d\u2019une c\u00e9l\u00e9bration cens\u00e9e rassembler. Sa phrase a eu l\u2019effet d\u2019une piq\u00fbre de rappel : la culture ne doit pas se couper de la r\u00e9alit\u00e9, elle doit au contraire la refl\u00e9ter.<\/p>\n\n\n\n<p>Certains spectateurs, interrog\u00e9s apr\u00e8s le concert, confiaient avoir \u00e9t\u00e9 surpris par le courage du chanteur. <em>\u00ab On ne s\u2019attendait pas \u00e0 entendre \u00e7a ici, dans ce contexte de f\u00eate<\/em> \u00bb, murmurait le jeune \u00e9tudiant, Anli Abdallah. Mais tous saluaient l\u2019audace : <em>\u00ab Il a dit tout haut ce que nous vivons tous les jours \u00bb, <\/em>affirmait Chamsia Daniel.<\/p>\n\n\n\n<p>En ce sens, Mtoro Chamou a redonn\u00e9 \u00e0 la musique sa dimension premi\u00e8re : celle d\u2019un langage populaire et politique, capable de transcender les fronti\u00e8res de l\u2019art pour interpeller la soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Un festival aux multiples visages<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Au-del\u00e0 de ce moment fort, le Festival Watoro a confirm\u00e9 sa vocation de lieu de rencontre et de brassage culturel. Des artistes comoriens de divers horizons ont partag\u00e9 la sc\u00e8ne, rappelant la richesse d\u2019un patrimoine qui m\u00e9rite d\u2019\u00eatre pr\u00e9serv\u00e9. Les organisateurs ont multipli\u00e9 les appels \u00e0 la paix et \u00e0 la solidarit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Le gouverneur de Ndzuani avait d\u00e9j\u00e0 insist\u00e9 sur le r\u00f4le de la culture pour rapprocher les jeunes. Le maire de Mutsamudu, lui, parlait de <em>\u00ab reconnecter la jeunesse avec ses racines \u00bb. <\/em>Dans les coulisses, les b\u00e9n\u00e9voles s\u2019activaient pour assurer la logistique, d\u00e9montrant qu\u2019une f\u00eate populaire est aussi une entreprise collective.<\/p>\n\n\n\n<p>Toute une mosa\u00efque d\u2019acteurs locaux a contribu\u00e9 \u00e0 faire de ce festival une r\u00e9ussite en tous points de vue.<\/p>\n\n\n\n<p>Reste que, dans toutes les discussions qui suivront ce concert, une phrase dominera : \u00ab Vwa chidza ata mtsana \u00bb. Cette m\u00e9taphore restera comme l\u2019image la plus forte du passage de Mtoro Chamou \u00e0 Missiri. Elle est d\u00e9j\u00e0 reprise sur les r\u00e9seaux sociaux, discut\u00e9e dans les caf\u00e9s et r\u00e9p\u00e9t\u00e9e dans les bus qui sillonnent l\u2019\u00eele.<\/p>\n\n\n\n<p>La force de cette parole tient au fait qu\u2019elle ne d\u00e9nonce pas seulement une route d\u00e9grad\u00e9e, mais bien plus : un syst\u00e8me o\u00f9 les manquements s\u2019accumulent, o\u00f9 la lumi\u00e8re promise reste parfois inaccessible aux citoyens ordinaires.<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi, ce concert de Chamou n\u2019aura pas seulement \u00e9t\u00e9 une nuit de musique. Il aura \u00e9t\u00e9 une le\u00e7on, une invitation \u00e0 regarder la r\u00e9alit\u00e9 en face. En chantant, en d\u00e9non\u00e7ant, en mobilisant, l\u2019artiste a donn\u00e9 \u00e0 la culture comorienne une dimension politique et citoyenne qui manquait parfois \u00e0 ses grands rendez-vous.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 Anjouan, la m\u00e9moire populaire retiendra que le deuxi\u00e8me Festival Watoro n\u2019a pas seulement c\u00e9l\u00e9br\u00e9 la paix, mais qu\u2019il a aussi fait jaillir une v\u00e9rit\u00e9 en pleine f\u00eate. L\u2019obscurit\u00e9 en plein jour.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Anjouan a toujours vibr\u00e9 au rythme de la musique. Le concert r\u00e9cent de Mtoro Chamou au stade de Missiri, dans le cadre du Festival international Watoro, a d\u00e9pass\u00e9 les fronti\u00e8res du simple divertissement. L\u2019artiste d\u2019origine mahoraise, fid\u00e8le \u00e0 sa r\u00e9putation, n\u2019a pas seulement fait danser la foule. 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