{"id":12223,"date":"2025-08-18T06:40:25","date_gmt":"2025-08-18T03:40:25","guid":{"rendered":"https:\/\/masiwa-comores.com\/?p=12223"},"modified":"2025-08-18T06:40:26","modified_gmt":"2025-08-18T03:40:26","slug":"la-longue-agonie-du-systeme-de-sante-comorien-le-divorce-entre-medecins-et-patients","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/masiwa-comores.com\/sante\/la-longue-agonie-du-systeme-de-sante-comorien-le-divorce-entre-medecins-et-patients\/","title":{"rendered":"La longue agonie du syst\u00e8me de sant\u00e9 comorien\u00a0: le divorce entre m\u00e9decins et patients."},"content":{"rendered":"<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignright size-full is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"567\" height=\"567\" src=\"https:\/\/masiwa-comores.com\/cififuv\/2025\/08\/Rezida-1.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-12225\" style=\"width:248px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/masiwa-comores.com\/cififuv\/2025\/08\/Rezida-1.jpg 567w, https:\/\/masiwa-comores.com\/cififuv\/2025\/08\/Rezida-1-300x300.jpg 300w, https:\/\/masiwa-comores.com\/cififuv\/2025\/08\/Rezida-1-150x150.jpg 150w, https:\/\/masiwa-comores.com\/cififuv\/2025\/08\/Rezida-1-100x100.jpg 100w, https:\/\/masiwa-comores.com\/cififuv\/2025\/08\/Rezida-1-75x75.jpg 75w, https:\/\/masiwa-comores.com\/cififuv\/2025\/08\/Rezida-1-350x350.jpg 350w\" sizes=\"auto, (max-width: 567px) 100vw, 567px\" \/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Entre p\u00e9nurie chronique, d\u00e9fiance populaire et exil m\u00e9dical, l\u2019archipel des Comores vit une crise sanitaire qui mine la relation entre soignants et soign\u00e9s, h\u00e9ritage d\u2019un si\u00e8cle d\u2019abandon.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Par Dr AHMED BACAR REZIDA Mohamed, m\u00e9decin, \u00e9conomiste de la Sant\u00e9 et \u00e9crivain.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>L\u2019h\u00e9ritage lourd d\u2019une m\u00e9decine d\u2019\u00e9vacuation.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans son bureau exigu et mal \u00e9clair\u00e9 \u00e0 l\u2019H\u00f4pital de r\u00e9f\u00e9rence r\u00e9gional, le Dr Mohamed, jette un regard fatigu\u00e9 sur les dossiers accumul\u00e9s.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00ab\u202fIci, soigner, c\u2019est souvent pr\u00e9parer un dossier pour l\u2019\u00e9tranger. On ne gu\u00e9rit pas, on transf\u00e8re.\u202f\u00bb Ce constat amer rejoint le rappel de son confr\u00e8re et cardiologue, le Dr Mohamed Anssoufouddine qui \u00e9crit dans <em>\u00ab Quelque chose de d\u00e9j\u00e0 rompu. La marchandisation du Corps&nbsp;\u00bb<\/em> (revue <em>pratique,<\/em> dossier n\u00b080)&nbsp;: <em>\u00ab La m\u00e9decine hospitali\u00e8re, elle, \u00e9tait une m\u00e9decine fond\u00e9e sur l\u2019\u00e9vacuation sanitaire<\/em><em>&nbsp;\u00bb. <\/em>&nbsp;Il r\u00e9sume en une phrase un si\u00e8cle de trajectoire sanitaire\u202fdu patient comorien.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Notre m\u00e9decine a donc toujours \u00e9t\u00e9, selon l\u2019actuel Directeur de la Sant\u00e9 R\u00e9gionale d\u2019Anjouan, et le reste encore de nos jours, \u00ab&nbsp;une m\u00e9decine d\u2019\u00e9vacuation&nbsp;\u00bb.\u202f Depuis la colonisation, jamais les Comores n\u2019ont dispos\u00e9 des infrastructures n\u00e9cessaires pour traiter localement les cas graves. Au temps du Dr Sa\u00efd Mohamed Cheikh, premier m\u00e9decin comorien sous l\u2019administration coloniale, la r\u00e8gle \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 simple\u202f: les malades \u00e9taient envoy\u00e9s \u00e0 Madagascar, parfois dans des conditions rudimentaires, pour recevoir des soins plus sp\u00e9cialis\u00e9s. Sa\u00efd Mohamed Cheikh, lui-m\u00eame, pr\u00e9sident du Conseil de gouvernement, est \u00e9vacu\u00e9 en mars 1970 \u00e0 l\u2019h\u00f4pital Girard et Robic \u00e0 Madagascar, o\u00f9 il meurt le 16 mars. Cette logique perdure. Ainsi s\u2019est ancr\u00e9, g\u00e9n\u00e9ration apr\u00e8s g\u00e9n\u00e9ration, un r\u00e9flexe culturel\u202f: face \u00e0 la gravit\u00e9, l\u2019espoir est au-del\u00e0 de la mer. Les soins \u00e0 l\u2019\u00e9tranger sont synonymes de s\u00e9curit\u00e9 et de meilleure expertise, tandis que les soins locaux \u00e9voquent le manque de moyens et une gu\u00e9rison incertaine.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Infrastructures v\u00e9tustes et une m\u00e9decine \u00e0 t\u00e2tons.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 Anjouan, le premier h\u00f4pital fut celui de Hombo. D\u2019abord nomm\u00e9 H\u00f4pital Georges Garoust puis baptis\u00e9 en 1974, H\u00f4pital Sa\u00efd Mohamed Cheikh et enfin Centre Hospitalier R\u00e9gional au lendemain de l\u2019ind\u00e9pendance chapard\u00e9e \u00e0 la France. Il n\u2019a \u00e9volu\u00e9 que par le nom. De m\u00e9moire d\u2019homme, il n\u2019avait jamais b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 d\u2019une quelconque r\u00e9novation, \u00e0 l\u2019instar des autres centres m\u00e9dicaux du pays. Pire, une grande partie a \u00e9t\u00e9 d\u00e9truite et certains services condamn\u00e9s dans le cadre du fameux projet de r\u00e9habilitation financ\u00e9 par le Qatar dont le but avou\u00e9 \u00e9tait de reconstruire une nouvelle b\u00e2tisse hospitali\u00e8re avec tout le n\u00e9cessaire d\u2019un Centre hospitalier moderne. Mais les espoirs de la population anjouanaise furent de courte dur\u00e9e lorsque le nouveau chef d\u2019\u00c9tat comorien, fraichement \u00e9lu, d\u00e9cide de changer d\u2019orientation politique internationale en s\u2019aligner du c\u00f4t\u00e9 de l\u2019Arabie Saoudite dans le litige qui l\u2019opposait au Qatar. La rupture diplomatique avec ce pays fr\u00e8re fut imm\u00e9diate et sans \u00e9quivoque. Le chantier en construction de ce qui s\u2019annon\u00e7ait \u00eatre un joyau m\u00e9dical sur l\u2019ile tomba \u00e0 l\u2019eau. Il fut par la suite, abandonn\u00e9 par l\u2019\u00c9tat qui a pr\u00e9f\u00e9r\u00e9, semble-t-il, privil\u00e9gier un autre projet dans la capitale. D\u00e8s lors, la carcasse de briques et les murs en ruine tr\u00f4nent dans l\u2019enceinte de l\u2019H\u00f4pital de Hombo, tel un ch\u00e2teau hant\u00e9, digne d\u2019un d\u00e9cor d\u2019un film d\u2019\u00e9pouvante \u00e0 la Hollywood. Une v\u00e9ritable plaie ouverte pour tous les anjouanais qui se sentent une nouvelle fois froiss\u00e9s par le pouvoir central \u00e0 Beit-Salam et par la niaiserie des diff\u00e9rents ministres de la Sant\u00e9 qui se sont succ\u00e9d\u00e9 depuis. Comme si ce d\u00e9sastre ne suffisait pas, \u00ab&nbsp;p<em>our \u00e9viter des accidents, les responsables du Centre hospitalier de Hombo ont d\u00e9cid\u00e9 de d\u00e9molir les b\u00e2timents dont les plafonds \u00e9taient en mauvais \u00e9tat par peur ou par risque que sa tombe sur la t\u00eate de quelqu\u2019un<\/em>&nbsp;\u00bb, rapporte Naenmati Ibrahim dans Masiwa n\u00b0441 (https:\/\/masiwa-comores.com\/sante\/lhopital-de-hombo-en-ruines\/).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cependant, le pire dans la prise en charge des malades n\u2019est pas de manquer d\u2019infrastructures aux normes, dans un contexte de guerre, on ampute \u00e0 ciel ouvert, aussi&nbsp;sans plateau technique, mais de manquer du n\u00e9cessaire en termes d\u2019analyses biologiques et d\u2019imageries m\u00e9dicales. Il est connu des plus avertis qu\u2019un m\u00e9decin aussi exp\u00e9riment\u00e9 soit-il, sans l\u2019aide d\u2019examens param\u00e9dicaux ni imagerie m\u00e9dicale en appui de la clinique, n\u2019est autre qu\u2019un navigateur sans boussole en plein oc\u00e9an. Il avance \u00e0 l\u2019estime, et parfois dans le brouillard complet, au risque de poser un diagnostic incertain.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans les centres hospitaliers comoriens, il n\u2019existe quasiment pas ou repartis de mani\u00e8re sporadique sur les \u00eeles, de scanner, d\u2019IRM, d\u2019\u00e9chographies sp\u00e9cifiques, d\u2019analyses anatomopathologiques, et m\u00eame de simples analyses sanguines \u2013 dosage de kali\u00e9mie, HBA1c, NT proBnp, D-dim\u00e8res etc., pourtant essentiels pour la pose de diagnostic de pathologies relativement graves. Au p\u00e9ril de leur vie, les patients sont invit\u00e9s \u00e0 se d\u00e9placer vers Moroni, partir \u00e0 Madagascar ou \u00e0 d\u00e9faut d\u2019attendre le retour des r\u00e9sultats exp\u00e9di\u00e9s \u00e0 l\u2019\u00e9tranger dont les d\u00e9lais peuvent parfois \u00eatre si longs que des patients d\u00e9c\u00e8dent avant d\u2019avoir un diagnostic.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce manque de moyens n\u2019est pas seulement une question d\u2019argent\u202f: il est aussi le produit d\u2019un d\u00e9faut criant de vision politique sur le long terme et des cons\u00e9quences sur l\u2019avenir de la sant\u00e9 publique en termes de confiance voir de d\u00e9fiance de la population envers le corps m\u00e9dical.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Le prix du savoir : des m\u00e9decins form\u00e9s \u00e0 l\u2019\u00e9tranger, pay\u00e9s au prix fort par leurs familles.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Aux Comores, devenir m\u00e9decin rel\u00e8ve autant de la vocation que du sacrifice. Il n\u2019existe pas de facult\u00e9 de m\u00e9decine sur place\u202f; les \u00e9tudiants sont contraints de partir \u00e0 Madagascar, au Maroc, voire plus loin. Les parents, modestes souvent p\u00eacheurs, cultivateurs ou petits commer\u00e7ants, financent cette aventure au prix de grands sacrifices, d\u2019ann\u00e9es de travail et de dettes contract\u00e9es.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00ab<em>\u202f<\/em><em>J\u2019ai vendu un champ l\u00e9gu\u00e9 par mes d\u00e9funts parents, ma femme les bijoux de notre mariage et avons contract\u00e9 un pr\u00eat de dix ans \u00e0 la Meck de Hampanga que nous continuions \u00e0 rembourser encore, pour que notre fils devienne m\u00e9decin<\/em><em>, sans aucune aide de l\u2019\u00c9tat <\/em>\u00bb, raconte Mw\u00e9gn\u00e9 Abdallah Combo, ancien cultivateur de Mutsamudu. \u00ab<em>\u202f<\/em><em>Aujourd\u2019hui, il est rentr\u00e9 dipl\u00f4m\u00e9 de la Facult\u00e9 de M\u00e9decine d\u2019Antanarivo, mais au ch\u00f4mage<\/em>.\u202f\u00bb&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Et quand ces jeunes m\u00e9decins revenus dans le pays trouvent du travail, c\u2019est souvent pour des stages non r\u00e9mun\u00e9r\u00e9s dans les Centres hospitaliers d\u2019El-Maarouf, du CHR de Hombo ou de Fomboni, sans contrat ni perspectives. Beaucoup connaissent alors une profonde d\u00e9sillusion\u202f: certains quittent la m\u00e9decine, d\u2019autres ouvrent un cabinet priv\u00e9, mais imposent des tarifs que la majorit\u00e9 de la population juge inabordables, justifiant ces prix par la n\u00e9cessit\u00e9 de rembourser des ann\u00e9es de dettes ou simplement pour leur survie. Ce contraste entre la vocation initiale et la dure r\u00e9alit\u00e9 \u00e9conomique ab\u00eeme aussi la relation avec les patients aux maigres moyens, qui se sentent exclus des soins voir spoli\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Une d\u00e9fiance culturelle et un dialogue brouill\u00e9.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La crise de confiance entre patients et toubibs ne repose pas uniquement sur les manquements techniques. Elle plonge ses racines dans un rapport culturel complexe \u00e0 la m\u00e9decine. La langue comorienne, riche pour parler des \u00e9motions ou de la vie sociale, manque de pr\u00e9cision lorsqu\u2019il s\u2019agit de d\u00e9crire une douleur ou un sympt\u00f4me\u202f: un m\u00eame mot peut d\u00e9signer plusieurs affections&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Tsika tsi sikwa na palu \u00bb <\/em>(litt\u00e9ralement&nbsp;:<em> \u00ab&nbsp;J\u2019ai eu le palu&nbsp;\u00bb).<\/em> La phrase peut d\u00e9signer aussi bien une \u00e9l\u00e9vation de la temp\u00e9rature du corps, de simples frissons ressentis, une affection \u00e0 la typho\u00efde, au chikungunya, une covid-19, un neuro-paludisme. \u00ab&nbsp;<em>Tsina Estomac<\/em>&nbsp;\u00bb, le propos ne signifie pas litt\u00e9ralement, \u00ab&nbsp;<em>j\u2019ai un estomac<\/em>&nbsp;\u00bb. Il pourrait aussi bien signifier un \u00e9pisode d\u2019\u00e9pigastralgie, de dyspepsie, un reflux gastroduod\u00e9nal, un ulc\u00e8re d\u2019estomac &#8211; sans parler de cancer duod\u00e9nal qu\u2019on ne diagnostique assur\u00e9ment pas au pays, \u00e0 cause de l\u2019absence d\u2019endoscopie digestive pour biopsie-. Cette approximation linguistique laisse place \u00e0 des malentendus qui brouillent le diagnostic.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 cela s\u2019ajoutent la honte et la peur\u202fdes patients : beaucoup \u00e9vitent de d\u00e9crire pr\u00e9cis\u00e9ment leurs souffrances ou omettent sciemment des informations essentielles, craignant que leur intimit\u00e9 ne soit compromise. L\u2019absence de lois strictes sur le secret m\u00e9dical alimente ces craintes. Halima, m\u00e8re de trois enfants, confie \u00e0 voix basse\u202f: \u00ab<em>\u202f<\/em><em>Je ne dis pas tout\u2026 j\u2019ai peur que le m\u00e9decin en parle \u00e0 quelqu\u2019un de ma famille<\/em>.\u202f\u00bb Cette crainte, ajout\u00e9e \u00e0 l\u2019absence de syst\u00e8me de sant\u00e9 informatis\u00e9 des donn\u00e9es m\u00e9dicales des patients, fait que bien souvent, le patient comorien arrive devant le m\u00e9decin tel un gant neuf, d\u00e9pourvu de toute souillure maladive. Ce qui non seulement est un facteur d\u2019erreur pour poser certains diagnostics, mais peut \u00e9galement causer des d\u00e9g\u00e2ts et des cons\u00e9quences graves dans sa prise en charge et conditionner la r\u00e9ussite du projet th\u00e9rapeutique instaur\u00e9 par le m\u00e9decin.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">A ceux-ci viennent s\u2019agripper telle des sangsues, les croyances traditionnelles profond\u00e9ment ancr\u00e9es. Dans de nombreux villes et villages, on pense encore que certaines maladies sont le fruit du mauvais \u0153il du voisin d\u2019\u00e0 c\u00f4t\u00e9, d\u2019un sort jet\u00e9 par un membre de la famille ou d\u2019un ch\u00e2timent divin. R\u00e9sultat\u202f: la premi\u00e8re \u00e9tape vers la recherche de gu\u00e9rison passe souvent par un gu\u00e9risseur, une tradith\u00e9rapie, une autom\u00e9dication, un \u00ab&nbsp;<em>douan&nbsp;\u00bb<\/em> sollicit\u00e9 aupr\u00e8s du shaykh du quartier ou de l\u2019imam \u00e0 la mosqu\u00e9e avant de consulter le m\u00e9decin, parfois trop tard.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Un march\u00e9 pharmaceutique hors de contr\u00f4le.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans les petites boutiques comme dans certaines officines, des m\u00e9dicaments sont vendus sans ordonnance, parfois p\u00e9rim\u00e9s. Les tradith\u00e9rapies circulent librement, sans contr\u00f4le de composition ni des effets secondaires.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00ab <em>J\u2019ai vu un gamin de 8 ans en d\u00e9tresse respiratoire apr\u00e8s avoir pris un sirop &#8220;naturel&#8221; achet\u00e9 au march\u00e9<\/em> \u00bb, se souvient le Dr Mohamed. Cette absence de r\u00e9gulation s\u2019\u00e9tend aux soignants eux-m\u00eames\u202f: des param\u00e9dicaux, et parfois de simples aides-soignants, posent des diagnostics ou prescrivent des antibiotiques, brouillant les rep\u00e8res du public. Pour une partie de la population, un uniforme blanc vaut automatiquement dipl\u00f4me de m\u00e9decine, renfor\u00e7ant les faux diagnostics et la confusion.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>In\u00e9galit\u00e9s g\u00e9ographiques et poids \u00e9crasant de la pr\u00e9carit\u00e9.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 Moroni, le nouvel h\u00f4pital El Maarouf incarnera la modernit\u00e9 m\u00e9dicale, avec ses \u00e9quipements flambant neuf et &#8211; esp\u00e9rons-le &#8211; des \u00e9quipes qualifi\u00e9es, r\u00e9mun\u00e9r\u00e9es comme il se doit et motiv\u00e9es. Mais sur le reste du territoire, les r\u00e9alit\u00e9s restent radicalement diff\u00e9rentes\u202f: des maternit\u00e9s mal \u00e9quip\u00e9es, des centres de sant\u00e9 de base des districts sans moyens ni humains ni mat\u00e9riels, sans &nbsp;\u00e9lectricit\u00e9 ni eau courante, des trajets interminables pour atteindre un plateau technique correct.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Mais pour la majorit\u00e9 des Comoriens, la barri\u00e8re n\u2019est pas seulement g\u00e9ographique\u202f: elle est financi\u00e8re. Sans assurance maladie, avec des revenus souvent inf\u00e9rieurs au seuil de pauvret\u00e9, un salaire al\u00e9atoire re\u00e7u une fois tous les mois de ramadan pour les fonctionnaires, un ch\u00f4mage gangrenant affectant la quasi-totalit\u00e9 de la population jeune, beaucoup renoncent aux soins. Comme le r\u00e9sume un vieil homme de Moh\u00e9li\u202f: \u00ab<em>\u202fPourquoi se rendre \u00e0 l\u2019h\u00f4pital quand la premi\u00e8re question qu\u2019on vous pose en arrivant est&nbsp;: \u00ab&nbsp;Est-ce que vous avez de quoi payer vos soins&nbsp;? <\/em><em>Parfois, on pr\u00e9f\u00e8re mourir \u00e0 la maison que de vivre endett\u00e9 pour des soins m\u00e9dicaux.<\/em>\u202f\u00bb&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">M\u00eame si l\u2019\u00c9tat, avec l\u2019appui d\u2019organismes internationaux, tente de cr\u00e9er une Caisse d\u2019assurance maladie universelle, le chantier est colossal et encore au stade exp\u00e9rimental.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>La fuite des talents : un pays qui forme pour l\u2019\u00e9tranger.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Face \u00e0 un quotidien sans moyens, \u00e0 la pression des patients et \u00e0 l\u2019absence de perspectives, les m\u00e9decins qualifi\u00e9s quittent le pays. Certains d\u00e9crochent des postes de sp\u00e9cialistes \u00e0 l\u2019\u00e9tranger, d\u2019autres acceptent de redevenir simples infirmiers, voire aides-soignants, pour b\u00e9n\u00e9ficier d\u2019une stabilit\u00e9 financi\u00e8re.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00ab<em>\u202f<\/em><em>J\u2019ai \u00e9tudi\u00e9 pendant dix ans dans la gal\u00e8re que personne ne peut imaginer \u00e0 l\u2019\u00e9tranger pour finir stagiaire b\u00e9n\u00e9vole, en tant que M\u00e9decin-chef dans un Centre m\u00e9dical \u00e0 Anjouan et responsable de Centres de sant\u00e9 de bases de la r\u00e9gion, sans r\u00e9mun\u00e9ration pendant un an, sans mat\u00e9riel, sans reconnaissance. &nbsp;En France, je suis infirmier, mais au moins j\u2019ai de quoi vivre et aider ma famille<\/em><em>\u202f<\/em>\u00bb, raconte, amer, un ancien m\u00e9decin g\u00e9n\u00e9raliste de 42 ans install\u00e9 dans le Val d\u2019Oise. Ce cas n\u2019est pas une exception. Ils sont nombreux, contraints de quitter le pays pour leur survie. Ce d\u00e9part massif fragilise encore le syst\u00e8me d\u00e9j\u00e0 mal en point. Moins de m\u00e9decins, moins de comp\u00e9tences, et donc toujours plus de d\u00e9fiance de la population.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Un cercle vicieux \u00e0 briser d\u2019urgence.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les Comores se trouvent face \u00e0 un carrefour critique. Continuer ainsi, c\u2019est accepter que la sant\u00e9 reste un luxe r\u00e9serv\u00e9 \u00e0 ceux qui peuvent partir. Inverser la tendance suppose un ensemble de r\u00e9formes\u202f: former localement une nouvelle g\u00e9n\u00e9ration de m\u00e9decins, ou du moins aider les familles au financement de la formation m\u00e9dicale souvent longue et remplie d\u2019embuches, r\u00e9habiliter et \u00e9quiper uniform\u00e9ment les structures sanitaires, r\u00e9guler strictement la distribution de m\u00e9dicaments et encadrer les pratiques param\u00e9dicales et la tradith\u00e9rapie, instaurer des lois claires de protection du patient et du salari\u00e9 dans les milieux m\u00e9dicaux, refonder l\u2019ordre des m\u00e9decins dont le r\u00f4le semble plus que fallacieux et non op\u00e9rationnel, r\u00e9organiser le syst\u00e8me de sant\u00e9 dans son ensemble , lancer des appels \u00e0 projets dont le but serait d\u2019\u00e9tablir de v\u00e9ritables axes&nbsp; d\u2019am\u00e9lioration du syst\u00e8me de sant\u00e9 sans toujours d\u00e9pendre des instances internationales pour avancer, renforcer et mener \u00e0 terme le projet de la Caisse nationale d\u2019assurance maladie ouverte \u00e0 tous, doter de moyens mat\u00e9riels en particulier en termes de disponibilit\u00e9s des bilans biologiques et d\u2019imageries standards au moins sur chaque \u00eele, sp\u00e9cialiser les centres m\u00e9dicaux pour une meilleure gestion des ressources, initier un syst\u00e8me de suivi informatis\u00e9 des donn\u00e9es m\u00e9dicales des patients pour une meilleure tra\u00e7abilit\u00e9 des ant\u00e9c\u00e9dents des malades et surtout, cr\u00e9er un v\u00e9ritable dialogue entre m\u00e9decins et patients. Ceci passera par des \u00e9missions sur la sant\u00e9, sur les canaux de diffusions classiques et des m\u00e9dias pour sensibiliser, former et \u00e9duquer constamment la population.&nbsp; Vanter les m\u00e9rites et les r\u00e9ussites des m\u00e9decins locaux pour ainsi r\u00e9tablir la v\u00e9rit\u00e9 sur ce que valent nos fr\u00e8res et s\u0153urs apr\u00e8s leurs nombreuses ann\u00e9es d\u2019\u00e9tudes. Ils ne sont en rien diff\u00e9rents des m\u00e9decins malgaches, tanzaniens, marocains, voire fran\u00e7ais. Plus qu\u2019une r\u00e9forme du secteur, c\u2019est une r\u00e9conciliation nationale autour de la sant\u00e9 qu\u2019il faut engager. Ce n\u2019est pas seulement notre syst\u00e8me de sant\u00e9 qui est malade. C\u2019est le lien humain entre nous m\u00e9decins et ceux que nous voulons soigner.&nbsp;Socrate, p\u00e8re de la m\u00e9decine moderne disait&nbsp;: \u00ab&nbsp;Bien que conscient de la gravit\u00e9 de sa pathologie, le patient arrive \u00e0 avoir la sant\u00e9, tout simplement parce qu\u2019il a l\u2019impression d\u2019avoir un bon m\u00e9decin&nbsp;\u00bb. Alors si nous ne traitons pas en premier la confiance rompue avec nos patients, rien d\u2019autre ne tiendra.\u202f<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Entre p\u00e9nurie chronique, d\u00e9fiance populaire et exil m\u00e9dical, l\u2019archipel des Comores vit une crise sanitaire qui mine la relation entre soignants et soign\u00e9s, h\u00e9ritage d\u2019un si\u00e8cle d\u2019abandon. Par Dr AHMED BACAR REZIDA Mohamed, m\u00e9decin, \u00e9conomiste de la Sant\u00e9 et \u00e9crivain. L\u2019h\u00e9ritage lourd d\u2019une m\u00e9decine d\u2019\u00e9vacuation. 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