{"id":12172,"date":"2025-08-04T07:04:13","date_gmt":"2025-08-04T04:04:13","guid":{"rendered":"https:\/\/masiwa-comores.com\/?p=12172"},"modified":"2025-08-04T07:04:14","modified_gmt":"2025-08-04T04:04:14","slug":"en-quete-de-soins-a-mayotte-4-membres-dune-meme-famille-perissent-en-mer","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/masiwa-comores.com\/societe\/en-quete-de-soins-a-mayotte-4-membres-dune-meme-famille-perissent-en-mer\/","title":{"rendered":"En qu\u00eate de soins \u00e0 Mayotte, 4 membres d&#8217;une m\u00eame famille p\u00e9rissent en mer"},"content":{"rendered":"\n<p><strong><em>Une nouvelle trag\u00e9die en mer a endeuill\u00e9 l\u2019\u00eele d\u2019Anjouan lundi 28 juillet, ravivant une douleur collective que les Comoriens connaissent trop bien.<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><em>Par Anoir Ahamada<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Une embarcation de fortune (kwasa-kwasa), parti de la r\u00e9gion de Shissiwani \u00e0 destination de Mayotte, a chavir\u00e9 dans des conditions particuli\u00e8rement p\u00e9rilleuses. Parmi les victimes, quatre membres d\u2019une m\u00eame famille, originaires du village de Boungou\u00e9ni, dans la commune de Sima : Saindou Mirdane, Mistoih Mirdane, Mouhoulissou Mirdane et Amdillah Saindou.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette travers\u00e9e dramatique n&#8217;\u00e9tait pas un simple voyage d\u2019\u00e9migration \u00e9conomique, mais une course d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e vers des soins m\u00e9dicaux introuvables sur les trois autres \u00eeles de l\u2019archipel. Saindou Mirdane, gri\u00e8vement bless\u00e9 \u00e0 Moroni la semaine pr\u00e9c\u00e9dente, devait imp\u00e9rativement recevoir une prise en charge sp\u00e9cialis\u00e9e. Devant l\u2019incapacit\u00e9 du syst\u00e8me de sant\u00e9 local \u00e0 le sauver, ses proches ont pris la terrible d\u00e9cision de tenter la travers\u00e9e. \u00c0 bord du kwasa se trouvaient ses deux fr\u00e8res et son fils, tous convaincus que cette exp\u00e9dition clandestine repr\u00e9sentait leur seule chance de salut.<\/p>\n\n\n\n<p>Le destin en a d\u00e9cid\u00e9 autrement. Emport\u00e9s par les flots, les quatre hommes n\u2019ont pas surv\u00e9cu, \u00e0 l\u2019instar d\u2019un nombre ind\u00e9termin\u00e9 d&#8217;autres passagers anonymes. Le nombre exact de victimes reste flou, comme souvent dans ces trag\u00e9dies maritimes, mais les t\u00e9moignages \u00e9voquent un bilan humain tr\u00e8s lourd.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Des vies bris\u00e9es, une communaut\u00e9 sous le choc<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Le deuil est profond \u00e0 Boungou\u00e9ni, ce paisible village du sud d\u2019Anjouan d\u2019o\u00f9 \u00e9taient originaires les disparus. Le silence pesant qui r\u00e8gne dans les ruelles t\u00e9moigne de la douleur d\u2019une population une fois de plus confront\u00e9e \u00e0 l\u2019horreur. Ousseni Abdou, cousin des d\u00e9funts, peine \u00e0 contenir son \u00e9motion : \u00ab C\u2019est trop dur, trop injuste. Quatre membres d\u2019une m\u00eame famille, partis ensemble, engloutis dans les eaux. On ne peut m\u00eame pas leur dire adieu correctement. C\u2019est \u00e9coeurant. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Dans la m\u00eame veine, Bacar Ahmed, un ami proche de Mouhoulissou Mirdane, raconte avec stupeur leurs derni\u00e8res heures : <em>\u00ab On discutait ensemble la veille, comme d\u2019habitude. Je n\u2019aurais jamais imagin\u00e9 que c\u2019\u00e9tait notre derni\u00e8re conversation. Il ne m\u2019avait rien dit. Peut-\u00eatre pour ne pas m\u2019inqui\u00e9ter\u2026 \u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Ces t\u00e9moignages bouleversants rappellent que derri\u00e8re chaque naufrage il y a des visages, des histoires, des projets bris\u00e9s, des familles an\u00e9anties. Ils mettent aussi en lumi\u00e8re une r\u00e9alit\u00e9 effroyable : l&#8217;exil sanitaire est devenu, pour beaucoup, une sentence de mort potentielle, une roulette russe avec l\u2019oc\u00e9an.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Une mer meurtri\u00e8re, une urgence ignor\u00e9e<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Ce drame intervient dans un contexte m\u00e9t\u00e9orologique particuli\u00e8rement d\u00e9favorable. La mer \u00e9tait fortement agit\u00e9e et une alerte cyclonique avait \u00e9t\u00e9 \u00e9mise. Naviguer dans de telles conditions rel\u00e8ve de l&#8217;inconscience, diraient certains. Mais pour Nouredine Abdallah, habitant de Shissiwani, cette d\u00e9cision est le reflet d\u2019un d\u00e9sespoir profond, d\u2019un choix contraint par l\u2019urgence : <em>\u00ab On le savait, la mer n\u2019\u00e9tait pas bonne. Mais que faire ? Quand ton fr\u00e8re est entre la vie et la mort, tu fais ce que tu peux. Ici, on n\u2019a pas d\u2019alternative. \u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Cette d\u00e9claration en dit long sur la faillite du syst\u00e8me de sant\u00e9 comorien. Dans un pays o\u00f9 les structures hospitali\u00e8res manquent cruellement de moyens, de personnel, de m\u00e9dicaments et d\u2019\u00e9quipements, la moindre urgence m\u00e9dicale grave pousse les familles vers des solutions aussi risqu\u00e9es qu\u2019ill\u00e9gales. Mayotte, \u00eele voisine et d\u00e9partement fran\u00e7ais, incarne pour beaucoup l\u2019ultime chance d\u2019\u00eatre soign\u00e9 dignement, malgr\u00e9 la peur de l\u2019expulsion, le rejet, et surtout, le danger du voyage clandestin.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Trois kwassa chavir\u00e9s en un mois : l\u2019h\u00e9catombe silencieuse<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Le mois de juillet 2025 restera grav\u00e9 comme l\u2019un des plus sombre de ces derni\u00e8res ann\u00e9es. Selon plusieurs sources locales, ce naufrage est le troisi\u00e8me en moins de quatre semaines, et chaque incident apporte son lot de disparus et de douleurs indicibles. Les chiffres exacts sont flous comme toujours, les travers\u00e9es s\u2019effectuent en secret, sans registre pr\u00e9cis mais la tendance est incontestablement inqui\u00e9tante.<\/p>\n\n\n\n<p>Les autorit\u00e9s, souvent promptes \u00e0 condamner l\u2019\u00e9migration irr\u00e9guli\u00e8re, peinent \u00e0 proposer des alternatives cr\u00e9dibles. L\u2019opinion publique commence \u00e0 s\u2019impatienter. La r\u00e9p\u00e9tition des drames finit par interroger la responsabilit\u00e9 collective : \u00e0 qui la faute ? Aux autorit\u00e9s politiques qui n\u2019ont pas su (ou voulu) construire un syst\u00e8me de sant\u00e9 digne de ce nom ? \u00c0 la population qui continue de risquer sa vie en mer malgr\u00e9 les avertissements climatiques ? Ou aux deux, \u00e0 force de renoncements mutuels ?<\/p>\n\n\n\n<p>Un habitant de Sima, ayant requis l\u2019anonymat, s\u2019interroge \u00e0 voix haute : <em>\u00ab Il faudra combien de morts encore pour que les choses changent ? On parle de souverainet\u00e9, d\u2019ind\u00e9pendance, mais nos citoyens meurent parce qu\u2019ils n\u2019ont pas acc\u00e8s \u00e0 un h\u00f4pital. \u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong>L\u2019insoutenable banalisation de la trag\u00e9die<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Ce qui choque le plus, au-del\u00e0 m\u00eame du drame, c\u2019est cette forme de r\u00e9signation sociale qui semble s\u2019installer. Les naufrages ne suscitent plus l\u2019\u00e9moi national qu\u2019ils devraient provoquer. Quelques jours d\u2019indignation sur les r\u00e9seaux sociaux, quelques larmes vers\u00e9es dans les familles, puis la vie continue. Les familles enterrent les absents quand elles le peuvent et reprennent tant bien que mal le cours de leur existence.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais \u00e0 Boungou\u00e9ni, la plaie reste b\u00e9ante. Le nom des Mirdane restera \u00e0 jamais associ\u00e9 \u00e0 cette mer impitoyable qui a englouti leurs espoirs. La communaut\u00e9, unie dans la douleur, demande que justice soit faite, non pas au sens p\u00e9nal, mais au sens moral et politique : que l\u2019\u00c9tat prenne enfin ses responsabilit\u00e9s et que plus jamais une famille n\u2019ait \u00e0 sacrifier quatre de ses membres pour tenter de soigner un bless\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Une question de dignit\u00e9 nationale<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Ce naufrage n\u2019est pas un accident isol\u00e9. Il est le sympt\u00f4me d\u2019un mal plus profond : le sentiment d\u2019abandon ressenti par une frange croissante de la population comorienne. Quand se soigner devient un luxe inaccessible, quand partir en mer est per\u00e7u comme une n\u00e9cessit\u00e9 de survie, c\u2019est que la nation a failli dans sa mission la plus \u00e9l\u00e9mentaire : garantir la vie.<\/p>\n\n\n\n<p>Il ne suffit plus de compatir. Il faut agir. Offrir un acc\u00e8s aux soins digne de ce nom. Renforcer les infrastructures hospitali\u00e8res. Former et retenir les m\u00e9decins. \u00c9quiper les centres de sant\u00e9. R\u00e9tablir la confiance. Redonner de la dignit\u00e9 \u00e0 ceux qui n\u2019ont plus que l\u2019exil pour se soigner. Car si rien ne change, d&#8217;autres kwasa partiront. Et d&#8217;autres familles, comme celle des Mirdane, paieront le prix fort. Et nous, collectivement, resterons complices d\u2019un silence qui tue.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Une nouvelle trag\u00e9die en mer a endeuill\u00e9 l\u2019\u00eele d\u2019Anjouan lundi 28 juillet, ravivant une douleur collective que les Comoriens connaissent trop bien. Par Anoir Ahamada Une embarcation de fortune (kwasa-kwasa), parti de la r\u00e9gion de Shissiwani \u00e0 destination de Mayotte, a chavir\u00e9 dans des conditions particuli\u00e8rement p\u00e9rilleuses. Parmi les victimes, quatre membres d\u2019une m\u00eame famille, [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":12173,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[52],"tags":[92,524],"class_list":["post-12172","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-societe","tag-a-la-une","tag-edition-543"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/masiwa-comores.com\/json\/wp\/v2\/posts\/12172","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/masiwa-comores.com\/json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/masiwa-comores.com\/json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/masiwa-comores.com\/json\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/masiwa-comores.com\/json\/wp\/v2\/comments?post=12172"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/masiwa-comores.com\/json\/wp\/v2\/posts\/12172\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":12174,"href":"https:\/\/masiwa-comores.com\/json\/wp\/v2\/posts\/12172\/revisions\/12174"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/masiwa-comores.com\/json\/wp\/v2\/media\/12173"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/masiwa-comores.com\/json\/wp\/v2\/media?parent=12172"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/masiwa-comores.com\/json\/wp\/v2\/categories?post=12172"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/masiwa-comores.com\/json\/wp\/v2\/tags?post=12172"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}