{"id":12163,"date":"2025-07-28T20:20:29","date_gmt":"2025-07-28T17:20:29","guid":{"rendered":"https:\/\/masiwa-comores.com\/?p=12163"},"modified":"2025-07-28T20:20:31","modified_gmt":"2025-07-28T17:20:31","slug":"guy-cidey-un-chercheur-acharne-un-amoureux-des-comoriens","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/masiwa-comores.com\/societe\/guy-cidey-un-chercheur-acharne-un-amoureux-des-comoriens\/","title":{"rendered":"Guy Cidey. Un chercheur acharn\u00e9, un amoureux des Comoriens"},"content":{"rendered":"\n<p><strong><em>Lou Belletan, Kari Ngama, Kana Hazi, Foundi Kaji Atta ou Casimir\u2026 sous ces pseudonymes se cachent Guy Cidey, ancien enseignant aux Comores sous la colonisation et qui a consacr\u00e9 une bonne partie de sa vie \u00e0 l\u2019\u00e9tude de l\u2019histoire et de la soci\u00e9t\u00e9 des Comores. Il vient de nous quitter \u00e0 l\u2019\u00e2ge de 83 ans.<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><em>Par Mahmoud Ibrahime, Historien<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Guy Cidey \u00e9tait n\u00e9 \u00e0 Nice en 1938, au soleil. Il avait pris sa retraite dans une petite ville, non loin de sa ville de naissance&nbsp;: Grasse. C\u2019est \u00e0 Cannes, toute proche, que son c\u0153ur s\u2019est arr\u00eat\u00e9 de battre ce 23 juillet 2025, laissant une \u0153uvre inachev\u00e9e, malgr\u00e9 un rythme soutenu de production ces derni\u00e8res ann\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Grasse, la ville aux parfums des Comores<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est \u00e0 la Commune dans cette commune de Grasse que Guy Cidey a laiss\u00e9 ses archives (Fonds Casimir), il y a d\u00e9j\u00e0 quelques ann\u00e9es, dont certainement une grande partie provient de son passage Comores, du moins c\u2019est ce que laisse supposer un document du conseil municipal de cette ville en date du 9 novembre 2021. Cette ville de Grasse n\u2019est pas inconnue des plus anciens aux Comores et des historiens puisque c\u2019est une des villes o\u00f9 arrivaient les essences de parfum de l\u2019archipel. C\u2019est \u00e9galement dans cette ville que s\u2019\u00e9tait retir\u00e9 et est mort l\u2019ancien Directeur de cabinet de Sa\u00efd Mohamed Cheikh, Raymond Groussolles, qui avait aussi servi Ahmed Abdallah. Guy Cidey et Raymond Groussolles, se sont retrouv\u00e9s \u00e0 la retraite \u00e0 Grasse. Les deux hommes semblaient se respecter, sans vraiment entretenir de liens id\u00e9ologiques. C\u2019est aussi de cette ville de Grasse qu\u2019\u00e9tait originaire Georges Chiris, parfumeur qui avait cr\u00e9\u00e9 la Soci\u00e9t\u00e9 coloniale de Bambao. Tout cela pour dire que Guy Cidey retrouvait, en quelque sorte, les effluves des Comores dans cette ville du sud de la France, m\u00eame s\u2019il se rendait de temps en temps encore aux Comores.<\/p>\n\n\n\n<p>Et puis en janvier 2024, il envoyait \u00e0 des amis un message qui disait&nbsp;: \u00ab&nbsp;En raison d\u2019ennuis de sant\u00e9, je ne pourrai me rendre aux Comores comme pr\u00e9vu, en juillet 2.024&nbsp;donc mon d\u00e9placement est report\u00e9 \u00e0 JUILLET 2.026 n\u00e9ka Mgwavendz\u00e9&nbsp;\u00bb. On apprenait alors que sa sant\u00e9 \u00e9tait d\u00e9faillante et qu\u2019il avait perdu une partie de sa mobilit\u00e9. Il continuait cependant \u00e0 travailler.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Anticolonialiste<\/strong><strong><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Au cours de ces derni\u00e8res ann\u00e9es, quand il a commenc\u00e9 \u00e0 \u00e9crire, l\u2019homme a pris plusieurs pseudonymes, pourtant apr\u00e8s tant de livres sur les Comores, \u00e0 l\u2019heure o\u00f9 l\u2019on voudrait faire le bilan de sa vie. Il ne nous reste v\u00e9ritablement que ses livres, tant il \u00e9tait discret sur sa vie. Peu d\u2019\u00e9crits sur lui, peu de t\u00e9moignages et peu de photos.<\/p>\n\n\n\n<p>Avant d\u2019arriver aux Comores, Guy Cidey avait bourlingu\u00e9 pendant un temps. Apr\u00e8s le service militaire en Alg\u00e9rie, o\u00f9 il a certainement v\u00e9cu les horreurs de la guerre entre 1959 et 1961, il a pass\u00e9 un moment en Tunisie et au Congo-Brazzaville. En 1973, lors de la gr\u00e8ve des \u00e9l\u00e8ves du lyc\u00e9e de Moroni, il est professeur d\u2019anglais. La gr\u00e8ve dure un mois, du 13 novembre au 12 d\u00e9cembre 1973. Il est parmi les rares enseignants m\u00e9tropolitains qui prennent le parti des \u00e9l\u00e8ves maltrait\u00e9s par l\u2019administration du lyc\u00e9e, comme son ami Ali Soilihi.<\/p>\n\n\n\n<p>Les faits sont enregistr\u00e9s dans les archives de l\u2019administration coloniale. Une fois la gr\u00e8ve arr\u00eat\u00e9e, l\u2019administration du Haut-Commissariat donne le choix aux professeurs qui ont soutenu et conseill\u00e9 les \u00e9l\u00e8ves&nbsp;: soit ils acceptent de rentrer en France, soit ils seront poursuivis en justice. Casimir est le seul enseignant qui refuse de partir et qui assume. Il est mis en garde \u00e0 vue avec Ali Soilihi, 13 militants du Parti pour l\u2019\u00c9volution des Comores (PEC) et du Parti Socialiste des Comores (PASOCO), ainsi que certains \u00e9l\u00e8ves. Au final, il sera le seul en compagnie d\u2019un \u00e9l\u00e8ve (marehemu Abdouroihmane Sa\u00efd Omar dit Poup\u00e9e de Mutsamudu), qui sera jug\u00e9 le 15 janvier 1974. Condamn\u00e9, il fait appel et il est rejug\u00e9 le 25 janvier 1974 (archives anciennement localis\u00e9es au Centre des Archives de Fontainebleau \u2013 CAC&nbsp;: 19940163\/83).<\/p>\n\n\n\n<p>En d\u00e9cembre 1975, apr\u00e8s l\u2019\u00e9chec des n\u00e9gociations entre la France et les Comores, notamment au sujet du statut de Mayotte, la puissance coloniale menace de retirer au jeune \u00c9tat les enseignants fran\u00e7ais. Ali Soilihi donne alors un d\u00e9lai \u00e0 la France pour rapatrier ses fonctionnaires. Guy Cidey d\u00e9cide de rester aux Comores, o\u00f9 il va vivre pendant de nombreuses ann\u00e9es, en parcourant les villages pour recueillir les traditions orales et interroger les responsables politiques. Il suivra de tr\u00e8s pr\u00e8s l\u2019exp\u00e9rience r\u00e9volutionnaire.<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s la restauration d\u2019Ahmed Abdallah prot\u00e9g\u00e9 par les mercenaires, Guy Cidey enseigne de nouveau dans l\u2019archipel, mais \u00e0 Mayotte entre 1985 et 1988, avant de partir \u00e0 la R\u00e9union et d\u2019y exercer pendant dix ans.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Une \u0153uvre immense<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Pendant, toute cette p\u00e9riode, il n\u2019a cess\u00e9 de faire des recherches sur les Comores en interrogeant des personnalit\u00e9s et en allant fouiller des archives un peu partout. C\u2019est en 1993 qu\u2019il publie son premier ouvrage pour le grand public, une auto-\u00e9dition, imprim\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00eele Maurice. Il s\u2019intitule \u00ab&nbsp;La guerre de la salive&nbsp;\u00bb. Dans un avant-propos, plut\u00f4t ironique, il le \u00ab&nbsp;d\u00e9die&nbsp;\u00bb aux fonctionnaires du minist\u00e8re de l\u2019outre-mer et \u00e0 \u00ab&nbsp;leurs agents&nbsp;\u00bb, Comoriens et mercenaires qui lui ont mis des b\u00e2tons dans les roues pendant une vingtaine d\u2019ann\u00e9es. Le ton \u00e9tait pos\u00e9 et il indique l\u2019objectif de ses \u00e9tudes, un objectif soilihiste&nbsp;: \u00ab&nbsp;l\u2019\u00e9tude de la personnalit\u00e9 comorienne \u00e0 construire\u2026&nbsp;\u00bb En quelque sorte, il entend avec ses recherches poursuivre l\u2019\u0153uvre d\u2019Ali Soilihi qui voulait un nouveau citoyen comorien, d\u00e9barrass\u00e9 de ses oripeaux les plus r\u00e9trogrades.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;La guerre de la salive&nbsp;\u00bb s\u2019appuie sur l\u2019histoire et l\u2019anthropologie des quatre \u00eeles constituant l\u2019archipel des Comores pour montre l\u2019in-justice qu\u2019a constitu\u00e9 la s\u00e9paration de Mayotte du reste de l\u2019archipel, au m\u00e9pris du droit, mais aussi des engagements pris par les autorit\u00e9s fran\u00e7aises.<\/p>\n\n\n\n<p>Par la suite, il fonde les \u00e9ditions Djahazi dans lesquelles il fera paraitre tous ses livres. Il y publie notamment une traduction (\u00e0 laquelle il a contribu\u00e9, m\u00eame si son nom n\u2019apparait sur la couverture) le manuscrit de Tabibou Ahamadi (qui date de 1959). Il y transpose une bonne partie de ses recherches sur les princes du Badjini (sud-est de Ngazidja), les sultans Mdombozi.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais, l\u2019essentiel de l\u2019\u0153uvre de Guy Cidey est consacr\u00e9 \u00e0 Ali Soilihi et \u00e0 la pens\u00e9e que celui-ci \u00e9tait en train de faire na\u00eetre avant son assassinat en 1978. Sa contribution la plus \u00e9vidente sur la connaissance du r\u00e9volutionnaire comorien demeure le monumental \u00ab&nbsp;L\u2019imposture F\u00e9odalo-Bourgeoise&nbsp;\u00bb. \u00c0 la fois une biographie d\u2019Ali Soilihi et une r\u00e9flexion sur la soci\u00e9t\u00e9 comorienne, \u00e0 l\u2019aune des transformations que le \u00ab&nbsp;Guide de la R\u00e9volution Socialiste&nbsp;\u00bb a tent\u00e9 d\u2019imposer.<\/p>\n\n\n\n<p>Les historiens comoriens, mais aussi les sociologues reconna\u00eetront dans le futur une dette envers Guy Cidey, tellement ses recherches sur les Comores sont nombreuses, vari\u00e9es et demandent \u00e0 \u00eatre analys\u00e9es et approfondies. Tous les chercheurs comoriens sauront un jour ce qu\u2019ils doivent \u00e0 cet homme, fid\u00e8le \u00e0 la r\u00e9volution comorienne, mais surtout amoureux du peuple comorien.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans \u00ab&nbsp;De l\u2019instruction du peuple&nbsp;\u00bb (2014) sign\u00e9 par Foundi Kaji Atta, un livre qui se veut l\u2019explicitation de \u00ab&nbsp;L\u2019imposture F\u00e9odalo-bourgeoise&nbsp;\u00bb avec 150 petites sortes de fiches, il note&nbsp;: \u00ab&nbsp;Naturellement, ces opinions demeurent ouvertes, en fait et en droit, \u00e0 la critique et \u00e0 la contestation, sans lesquelles il n\u2019est pas de progr\u00e8s dans la connaissance&nbsp;\u00bb. Cette phrase n\u2019est pas seulement une posture du chercheur, elle refl\u00e8te aussi la modestie de l\u2019homme qu\u2019\u00e9tait Guy Cidey, habitu\u00e9 aux d\u00e9bats d\u00e9mocratiques, mais aussi au travail acharn\u00e9, aussi bien pour chercher la v\u00e9rit\u00e9, mais aussi pour expliquer et convaincre les non sp\u00e9cialistes.<\/p>\n\n\n\n<p>Le 14 d\u00e9cembre 2024 dernier, alors que la maladie ne lui permettait plus de faire grand-chose, il envoie une sorte d\u2019ultime message \u00e0 son cercle d\u2019amis&nbsp;pour annoncer la sortie de son dernier livre&nbsp;: \u00ab&nbsp;L\u2019aisselle qui pue. Le statut de l\u2019homicide \u00e0 Komori&nbsp;\u00bb, un ouvrage qui aborde la question de l\u2019esclavage et surtout de sa perception aux Comores.<\/p>\n\n\n\n<p>Jusqu\u2019\u00e0 la fin, il aura \u00e9t\u00e9 ce travailleur acharn\u00e9, serviteur du peuple comorien. Et en cela, il aura \u00e9t\u00e9 fid\u00e8le \u00e0 la m\u00e9moire d\u2019Ali Soilihi qu\u2019il d\u00e9crit quelques mois avant son assassinat comme diminu\u00e9 par le cancer, conscient que son temps \u00e9tait compt\u00e9, mais qui poursuivait le travail sur le terrain pour tenter d\u2019aller le plus loin possible vers ce qu\u2019il appelait \u00ab&nbsp;le point de non-retour&nbsp;\u00bb dont il \u00e9tait persuad\u00e9 qu\u2019il sauverait les Comoriens du \u00ab&nbsp;milanantsi ugangui&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>La mort de Guy Cidey a suscit\u00e9 une \u00e9motion forte parmi les Comoriens et les intellectuels qui le croisaient souvent dans les conf\u00e9rences organis\u00e9es par la communaut\u00e9. Pourtant, ces derniers ouvrages sont peu lus. Sa modestie aurait \u00e9t\u00e9 surprise par les marques d\u2019affection que sa disparition a soulev\u00e9es. Mais, on ne peut pas se tromper en disant qu\u2019il pr\u00e9f\u00e9rerait qu\u2019on lise ses livres et qu\u2019on en tire des le\u00e7ons d\u2019histoire pour la soci\u00e9t\u00e9 comorienne d\u2019aujourd\u2019hui.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Lou Belletan, Kari Ngama, Kana Hazi, Foundi Kaji Atta ou Casimir\u2026 sous ces pseudonymes se cachent Guy Cidey, ancien enseignant aux Comores sous la colonisation et qui a consacr\u00e9 une bonne partie de sa vie \u00e0 l\u2019\u00e9tude de l\u2019histoire et de la soci\u00e9t\u00e9 des Comores. Il vient de nous quitter \u00e0 l\u2019\u00e2ge de 83 ans. 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