{"id":12097,"date":"2025-07-14T10:46:49","date_gmt":"2025-07-14T07:46:49","guid":{"rendered":"https:\/\/masiwa-comores.com\/?p=12097"},"modified":"2025-07-14T10:46:50","modified_gmt":"2025-07-14T07:46:50","slug":"alcool-drogue-et-sexe-dans-la-republique-des-imberbes-et-le-kafir-du-karthala","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/masiwa-comores.com\/culture\/alcool-drogue-et-sexe-dans-la-republique-des-imberbes-et-le-kafir-du-karthala\/","title":{"rendered":"Alcool, drogue et sexe dans La R\u00e9publique des Imberbes et Le Kafir du Karthala"},"content":{"rendered":"\n<p>Les deux premiers romans de Mohamed Toihiri traitent de sujets graves tels que le pouvoir r\u00e9volutionnaire ou celui des mercenaires. Mais ils abordent \u00e9galement des sujets beaucoup plus l\u00e9gers, mais provocateurs (pour un lectorat comorien des ann\u00e9es 1980 et 1990) tels que l\u2019alcool, la drogue et le sexe.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Par Nassurdine Ali Mhoumadi, Docteur \u00e8s Lettres et Arts<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Drogue<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>La drogue est discr\u00e8tement pr\u00e9sente dans <em>La R\u00e9publique des Imberbes<\/em> et compl\u00e8tement absente dans <em>Le Kafir du Karthala<\/em>. Ainsi, le lecteur apprend-il tout juste dansle premier roman que Guigoz, \u00e9tudiant \u00e0 Paris, s\u2019essaie \u00e0 diff\u00e9rentes drogues et stup\u00e9fiants et que, devenu pr\u00e9sident, en consomme avec ses collaborateurs pendant les s\u00e9ances de travail : \u00ab&nbsp;[\u2026] le D.R.P. [le Directoire R\u00e9volutionnaire Provisoire] \u00e9tait r\u00e9uni \u00e0 la Pr\u00e9sidence. [\u2026] Chacun avait aussi devant lui une cigarette roul\u00e9e \u00e9trangement&nbsp;\u00bb (p. 53-54).<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Alcool<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019alcool coule en revanche \u00e0 flots dans <em>La R\u00e9publique<\/em>&nbsp;! Le lecteur sait d\u00e8s le d\u00e9but de l\u2019ouvrage que Guigoz \u00e9tait ivre lorsqu\u2019il s\u2019est fait arr\u00eater par les mercenaires qui ont fait tomber son r\u00e9gime&nbsp;: \u00ab&nbsp;Sur le coup, Guigoz, le sang imbib\u00e9 d\u2019alcool, fantasque, ne r\u00e9alisa pas ce qui lui arrivait&nbsp;\u00bb (p. 22). Faut-il s\u2019en \u00e9tonner&nbsp;? D\u00e8s ses ann\u00e9es parisiennes, \u00ab&nbsp;Il s\u2019habitua au scotch, au vin, \u00e0 la bi\u00e8re et m\u00eame \u00e0 l\u2019armagnac&nbsp;\u00bb (p. 30). D\u2019ailleurs, les membres de son gouvernement consomment du whisky avec lui pendant les r\u00e9unions de travail : \u00ab&nbsp;Quatre bouteilles de scotch de la meilleure qualit\u00e9 et un seau de gla\u00e7ons tr\u00f4naient au milieu de la table ovale. Un verre en cristal \u00e9tait plac\u00e9 devant chaque assistant intimid\u00e9&nbsp;\u00bb (p. 53-54). Le narrateur fait m\u00eame remarquer que le pouvoir pr\u00e9texte souvent des r\u00e9unions de travail pour organiser des f\u00eates tr\u00e8s alcoolis\u00e9es&nbsp;: \u00ab&nbsp;Ces filles et ces fils de musulmans faisaient d\u2019\u00e9tranges libations rappelant les f\u00eates hell\u00e8nes [\u2026]&nbsp;\u00bb (p. 112). Il semble m\u00eame que Rawaz convoite le poste de ministre des Affaires \u00e9trang\u00e8res, entre autres raisons, pour pouvoir boire sereinement \u00e0 l\u2019\u00e9tranger&nbsp;: \u00ab&nbsp;Surtout je profiterai de ces d\u00e9placements \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur pour boire \u00e0 loisir, loin de ce pays-couvent&nbsp;\u00bb (p. 42).<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019alcool coule \u00e9norm\u00e9ment aussi dans <em>Le Kafir<\/em>. Mazamba, dans un diner avec Aub\u00e9ri (qui deviendra son amante) \u00e0 Anjouan, prend du vin blanc pour accompagner sa langouste (p. 39). Lors d\u2019un voyage en Afrique du Sud avec elle, il commande, dans l\u2019avion, une grande bouteille de champagne (p. 122). Les deux amoureux, dans un moment de complicit\u00e9 chez Aub\u00e9ri, boivent du whisky (p. 156-157).<\/p>\n\n\n\n<p>Mais c\u2019est surtout dans les diners que l\u2019alcool inonde les tables. Aub\u00e9ri \u2013 eh oui encore elle&nbsp;!) \u2013, dans un diner mondain, boit du champagne alors que certains membres du gouvernement ingurgitent du whisky tout en essayant, piteusement, de le dissimuler (p. 16). Boisson qui d\u00e9sinhibe, au demeurant, certains consommateurs qui se sont mis \u00e0 donner un spectacle hilarant aux invit\u00e9s : \u00ab&nbsp;Brusquement un attroupement se fit autour de la piste. Il s\u2019y trouvait deux hommes [\u2026] Monsieur le professeur se tenait \u00e0 gauche de la piste, un verre presque plein de Haut-Brion sur la t\u00eate. Droit. Monsieur le directeur, face \u00e0 l\u2019autre, jambes cambr\u00e9es, veste tomb\u00e9e, un verre rempli de vodka en \u00e9quilibre sur des cheveux grisonnants, souriait. La musique lan\u00e7a un kwassa-kwassa. Le professeur avan\u00e7a le pied gauche&nbsp;; le directeur bomba le torse&nbsp;; les verres ne tomb\u00e8rent pas&nbsp;; la foule goguenarde applaudit&nbsp;\u00bb (p. 17).<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019alcool est servi abondamment aussi dans une r\u00e9ception raffin\u00e9e offerte par le Rotary-club. Comme toujours, la bourgeoisie comorienne profite de ces rares moments d\u2019entre-soi pour boire \u00e0 sati\u00e9t\u00e9, mais tout en \u00e9vitant, bien entendu, d\u2019\u00eatre rep\u00e9r\u00e9e : \u00ab&nbsp;Quant au vin de table, on tendait son verre \u00e0 une vitesse vertigineuse \u00e0 son voisin europ\u00e9en pour que le voisin comorien susceptible de colporter la rumeur de votre ivrognerie n\u2019ait pas le temps de voir [\u2026] \u00bb (p. 242).<\/p>\n\n\n\n<p>Non loin de l\u00e0, et presque simultan\u00e9ment, au Coelacanthe-Amani, un autre diner tr\u00e8s distingu\u00e9 est offert par le ministre de la S\u00e9curit\u00e9 Idi Wa Mazamba \u00e0 la Garde pr\u00e9sidentielle compos\u00e9e essentiellement d\u2019Occidentaux. Un repas au menu tr\u00e8s original et fort bien arros\u00e9 d\u2019ailleurs puisque la r\u00e9ception a commenc\u00e9 avec un ap\u00e9ritif auquel a succ\u00e9d\u00e9 un vin de table lui-m\u00eame suivi d\u2019un digestif&nbsp;: \u00ab&nbsp;en ap\u00e9ritif on servit une liqueur 1980, venu de Cosme-Begaar dans les Landes, en entr\u00e9e des langoustes arros\u00e9es d\u2019un petit blanc, en premier plat, du riz Basmati au matapa \u00e0 la viande de h\u00e9risson, accompagn\u00e9 d\u2019un ch\u00e2teau Montlavedan 1981 cultiv\u00e9 \u00e0 Pessac, avec du rougaille&nbsp;; le deuxi\u00e8me plat [\u2026] fut des sagots avec de la chair de chauve-souris. En final, il y eut de la salade de Maw\u00e9ni et un dessert de papaye de Patsy [\u2026] le Ministre comorien fit venir comme pousse-rapi\u00e8re une bouteille d\u2019Armagnac 1975 venue directement de Maul\u00e9on d\u2019Armagnac [\u2026]&nbsp;\u00bb (p. 244-245).<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Sexe<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Le lecteur d\u00e9couvre d\u00e8s le d\u00e9but du roman que Guigoz aime les femmes (p. 22), mais ne s\u2019interdit aucunement des exp\u00e9riences homosexuelles pendant son s\u00e9jour parisien&nbsp;(p. 30) au cours duquel il s\u2019initie au demeurant aux partouses (p. 30) qu\u2019il continue une fois rentr\u00e9 aux Comores puisqu\u2019il a \u00e9t\u00e9 recueilli au cours d\u2019une orgie par les mercenaires qui l\u2019ont destitu\u00e9 : \u00ab&nbsp;Cinq personnes s\u2019y trouvaient&nbsp;: un Blanc vautr\u00e9 dans un fauteuil en faux cuir [\u2026] sur ses genoux se trouvait une gazelle nue, [\u2026] Le chef de l\u2019\u00c9tat, lui, affal\u00e9 dans un sofa, avait de chaque c\u00f4t\u00e9 une fille assise dans une position impudique. Les filles enti\u00e8rement nues, les cuisses avantageusement ouvertes, offraient leur joyau lubrifi\u00e9 aux lubriques doigts pr\u00e9sidentiels&nbsp;\u00bb (p. 22).<\/p>\n\n\n\n<p>Quant \u00e0 Rawaz \u2013 eh oui toujours lui&nbsp;! \u2013, plusieurs raisons le motivent \u00e0 s\u2019emparer du portefeuille charg\u00e9 de la diplomatie du pays parmi lesquelles pouvoir acc\u00e9der \u00e0 des femmes facilement, et surtout, aux filles mineures&nbsp;(p. 42).<\/p>\n\n\n\n<p>Mais ce n\u2019est pas seulement le sommet du pouvoir r\u00e9volutionnaire qui s\u2019int\u00e9resse au sexe. Sa base s\u2019y met \u00e9galement qui pr\u00e9texte des r\u00e9unions de travail pour organiser des f\u00eates sexuelles (p. 112). Il semble m\u00eame que la police maritime r\u00e9volutionnaire viole les femmes qui tentent de fuir le r\u00e9gime avant de les tuer&nbsp;(p. 203).<\/p>\n\n\n\n<p>Il serait illusoire de croire que le sexe attire seulement les serviteurs du pouvoir. Shandrabo, un sorcier redout\u00e9 et respect\u00e9, manifeste une forte attirance pour Mma Said qui, \u00e0 l\u2019inverse, n\u2019\u00e9prouve pour lui que d\u00e9go\u00fbt si bien qu\u2019elle r\u00e9ussit \u00e0 repousser la tentative de viol dont elle a failli \u00eatre victime (p. 72-73). Ha\u00efdar et Yasmine, deux tourtereaux, se sont lanc\u00e9s dans des pr\u00e9liminaires interrompus par leur ami asiatique Heng (p. 211-212).<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est incontestablement <em>Le Kafir <\/em>qui offre les sc\u00e8nes sexuelles les plus audacieuses. On peut citer notamment la sc\u00e8ne des \u00e9bats sexuels d\u2019Aub\u00e9ri et Mazamba commis dans une \u00e9glise en Afrique du Sud. Le narrateur a pris vraiment un malin plaisir \u00e0 n\u2019\u00e9pargner aucun d\u00e9tail aux lecteurs : \u00ab&nbsp;Elle releva la t\u00eate du Comorien et la mit \u00e0 la hauteur de sa poitrine. Alors il d\u00e9fit les trois boutons de la robe. Il d\u00e9couvrit deux petites mangues. Il se mit \u00e0 les grignoter. Elle poussa un g\u00e9missement. Mazamba t\u00e2ta, toucha, croqua, fureta, but. Ils prof\u00e9r\u00e8rent des insanit\u00e9s, profan\u00e8rent, diffam\u00e8rent et blasph\u00e9m\u00e8rent avec tendresse. Ils inond\u00e8rent de leur tendre communion ce banc rugueux. La jeune femme crut voir un des douze ap\u00f4tres indign\u00e9 froncer les sourcils.&nbsp;\u00bb (p. 140).<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019autre sc\u00e8ne \u00e9rotique offerte par <em>Le Kafir <\/em>concerne Issa et Marie-Ame. Sauf qu\u2019ici, il s\u2019agit tout simplement d\u2019une magnifique simulation magnifiquement interpr\u00e9t\u00e9e par la jeune femme en vue, d\u2019une part, de se montrer vierge au cours de ce qui \u00e9tait sens\u00e9 \u00eatre son premier rapport sexuel et, d\u2019autre part, d\u2019extorquer du m\u00eame coup le maximum d\u2019argent \u00e0 son mari&nbsp;Issa (petit fonctionnaire au minist\u00e8re des Finances) : \u00ab&nbsp;Mais la jeune fille se fit prier. Affol\u00e9, ayant perdu la t\u00eate, Issa fon\u00e7a, trouva de la r\u00e9sistance, ahana, se cabra et se tendit avec violence. Blessure&#8230; Le cri de douleur que poussa la jeune fille remplit de joie le c\u0153ur m\u00e2le d\u2019Issa, soulagea la m\u00e8re de l\u2019\u00e9pous\u00e9e [\u2026]&nbsp;Marie-Ame continuait \u00e0 souffrir [\u2026] Les pleurs de cette derni\u00e8re devinrent g\u00e9missements. Peu \u00e0 peu elle se plut dans son r\u00f4le de gousse de vanille bien fendue, exhalant son parfum. Alors il la gogotta avec violence. Et elle, elle le totocha sourdement. Il ahana son plaisir dans plaie qu\u2019il croyait lui avoir faite \u00e0 l\u2019instant \u00bb (p. 167-168).<\/p>\n\n\n\n<p><em>La R\u00e9publique des Imberbes<\/em> et <em>Le Kafir du Karthala<\/em> restent non seulement provocateurs politiquement, mais aussi socialement en abordant des sujets subversifs tels que la drogue, l\u2019alcool et le sexe. On peut n\u00e9anmoins imaginer que les premiers lecteurs de ces romans, issus essentiellement de la petite bourgeoisie comorienne, ont d\u00e9j\u00e0 connu sinon tous ces sujets du moins un des trois (tout au moins discr\u00e8tement&nbsp;!), ce qui explique, fort probablement, pourquoi ils n\u2019ont \u00e9t\u00e9 ni choqu\u00e9s ni scandalis\u00e9s par ces th\u00e8mes, \u00e0 bien des \u00e9gards, anticonformistes&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les deux premiers romans de Mohamed Toihiri traitent de sujets graves tels que le pouvoir r\u00e9volutionnaire ou celui des mercenaires. Mais ils abordent \u00e9galement des sujets beaucoup plus l\u00e9gers, mais provocateurs (pour un lectorat comorien des ann\u00e9es 1980 et 1990) tels que l\u2019alcool, la drogue et le sexe. 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