{"id":12055,"date":"2025-06-30T19:44:49","date_gmt":"2025-06-30T16:44:49","guid":{"rendered":"https:\/\/masiwa-comores.com\/?p=12055"},"modified":"2025-06-30T19:44:51","modified_gmt":"2025-06-30T16:44:51","slug":"un-bateau-disparu-entre-majunga-et-anjouan","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/masiwa-comores.com\/societe\/un-bateau-disparu-entre-majunga-et-anjouan\/","title":{"rendered":"Un bateau disparu entre Majunga et Anjouan"},"content":{"rendered":"\n<p><strong><em>Depuis le 16 juin, un bateau malgache en route pour Anjouan s\u2019est volatilis\u00e9. \u00c0 bord, il y avait 11 membres d\u2019\u00e9quipage et 19 passagers, des tonnes de marchandises, et l\u2019espoir de familles enti\u00e8res.<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><em>Par Anoir Ahamadi<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Aujourd\u2019hui, \u00e0 Madagascar comme aux Comores, l\u2019angoisse a pris le dessus. Les c\u0153urs sont lourds, les regards fix\u00e9s vers la mer, et les pri\u00e8res se multiplient en silence.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Disparition entre Madagascar et les Comores<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Cela fait maintenant plus de deux semaines que le bateau A.W., parti de Majunga (Madagascar) \u00e0 destination de Mutsamudu (Anjouan), est port\u00e9 disparu. Le navire, qui a quitt\u00e9 les c\u00f4tes malgaches le lundi 16 juin 2025, devait accoster deux jours plus tard. Mais depuis, plus rien. Aucun signal. Aucun d\u00e9bris. Aucun espoir tangible. Seulement le silence angoissant d\u2019un oc\u00e9an r\u00e9put\u00e9 impr\u00e9visible.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 bord du bateau, en plus des 11 membres d\u2019\u00e9quipage, il y avait 19 voyageurs, dont 14 Malgaches, 4 Comoriens et un Afghan. Des hommes et une femme, tous habitu\u00e9s \u00e0 emprunter cette travers\u00e9e commerciale essentielle \u00e0 la survie \u00e9conomique de nombreuses familles entre les deux pays. Outre les passagers, le navire transportait plusieurs tonnes de marchandises destin\u00e9es aux march\u00e9s comoriens.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais au matin du 19 juin, alors qu\u2019il aurait d\u00fb \u00eatre visible \u00e0 l\u2019approche de Mutsamudu, aucune trace du bateau n\u2019a \u00e9t\u00e9 d\u00e9tect\u00e9e. Les appels restent sans r\u00e9ponse. Les familles commencent \u00e0 comprendre l\u2019impensable : le bateau a disparu.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u00ab Tout \u00e9tait un pr\u00eat\u2026 et ma cousine aussi \u00bb<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Parmi ceux qui attendent dans la douleur, Olinah Razafiarimalala, une commer\u00e7ante d\u2019origine malgache install\u00e9e \u00e0 Anjouan, n\u2019a pas pu retenir ses larmes en \u00e9voquant sa situation.<em> \u00ab Ma cousine \u00e9tait sur ce bateau. Elle convoyait pour moi des oignons, du gingembre, des taros, des lentilles, des sodas\u2026 Toutes ces marchandises devaient \u00eatre vendues ici, aux Comores. Mais tout \u00e9tait achet\u00e9 \u00e0 cr\u00e9dit. L\u2019argent venait d\u2019un pr\u00eat bancaire. \u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Aujourd\u2019hui, Olinah se dit prise au pi\u00e8ge entre le deuil et la faillite.<em> \u00ab Je ne sais plus ce que je dois faire. Je pense \u00e0 ma cousine, mais aussi \u00e0 tout ce que je perds. Les dettes vont me noyer si le bateau ne refait pas surface. \u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Son cri du c\u0153ur refl\u00e8te la r\u00e9alit\u00e9 de nombreuses familles qui d\u00e9pendent directement de ce commerce maritime. Car au-del\u00e0 de la trag\u00e9die humaine, c\u2019est tout un pan de l\u2019\u00e9conomie informelle entre Madagascar et les Comores qui est touch\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Un canal meurtrier et des recherches infructueuses<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Le canal du Mozambique, connu pour ses vents puissants et ses courants instables, est l\u2019un des plus dangereux pour les petites embarcations. Les autorit\u00e9s comoriennes et malgaches, avec le soutien des Seychelles et de Maurice, ont lanc\u00e9 une op\u00e9ration de recherche d\u2019envergure : avions de reconnaissance, patrouilles maritimes, drones, p\u00eacheurs b\u00e9n\u00e9voles\u2026 Rien n\u2019a \u00e9t\u00e9 laiss\u00e9 au hasard.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais les jours passent. Et aucune trace du bateau. Pas un objet flottant. Pas une planche de bois. Le myst\u00e8re est total, et l\u2019angoisse devient insupportable.<\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab C\u2019est comme s\u2019il avait \u00e9t\u00e9 englouti par la mer sans un cri \u00bb, <\/em>d\u00e9clare un agent du port de Mutsamudu, impuissant.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Familles bris\u00e9es, march\u00e9s d\u00e9stabilis\u00e9s<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Les cons\u00e9quences sont multiples. D\u2019un c\u00f4t\u00e9, la d\u00e9tresse humaine : familles abattues, m\u00e8res effondr\u00e9es, enfants en larmes. \u00c0 Madagascar comme aux Comores, les visages sont ferm\u00e9s, les mots manquent. L\u2019attente est insupportable. Certains refusent encore de croire \u00e0 une disparition d\u00e9finitive. D\u2019autres esp\u00e8rent un miracle, une \u00eele, un radeau, un signal.<\/p>\n\n\n\n<p>De l\u2019autre c\u00f4t\u00e9, les cons\u00e9quences \u00e9conomiques. Des cargaisons enti\u00e8res de produits agricoles et de consommation manquent \u00e0 l\u2019appel. \u00c0 Anjouan, de nombreux commer\u00e7ants avaient mis\u00e9 gros sur ces livraisons pour reconstituer leurs stocks apr\u00e8s des semaines de vaches maigres. La perte de ces marchandises risque de provoquer des ruptures d\u2019approvisionnement, mais aussi des d\u00e9faillances de remboursement de pr\u00eats bancaires ou informels.<\/p>\n\n\n\n<p>Cet incident ravive une question lancinante : la s\u00e9curit\u00e9 maritime est-elle r\u00e9ellement assur\u00e9e dans cette r\u00e9gion ? Les bateaux qui relient Majunga \u00e0 Mutsamudu sont souvent v\u00e9tustes, mal entretenus, et d\u00e9pourvus de syst\u00e8mes modernes de communication ou de localisation. Certains naviguent sans aucun \u00e9quipement de secours. Et pourtant, ces travers\u00e9es continuent.<\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab On joue chaque fois \u00e0 la roulette russe \u00bb, <\/em>commente un ancien marin anjouanais.<em> \u00ab On sait que c\u2019est dangereux, mais c\u2019est \u00e7a ou mourir de faim.\u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong>L\u2019appel des familles : qu\u2019on ne les oublie pas<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Aujourd\u2019hui, alors que le bateau est toujours port\u00e9 disparu, les familles des passagers se sentent abandonn\u00e9es. Certaines affirment n\u2019avoir re\u00e7u aucun message officiel des autorit\u00e9s. D\u2019autres d\u00e9noncent une mobilisation trop lente, trop faible. Mais toutes demandent la m\u00eame chose : que l\u2019on continue \u00e0 chercher, qu\u2019on parle de leurs proches, qu\u2019on ne les laisse pas sombrer dans l\u2019oubli.<\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab M\u00eame un v\u00eatement, m\u00eame un bidon flottant, ce serait d\u00e9j\u00e0 une piste. Mais l\u00e0, on ne sait rien. C\u2019est le vide absolu<\/em> \u00bb, t\u00e9moigne une cousine d\u2019une des passag\u00e8res.<\/p>\n\n\n\n<p>Alors que les heures deviennent des jours, et les jours des semaines, la mer reste muette. Aucune certitude. Aucune image. Aucune trace. Juste ce vide, immense, qui ronge les familles. Et cette col\u00e8re sourde, que les larmes ne suffisent plus \u00e0 apaiser.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 Majunga, \u00e0 Mutsamudu, dans les ruelles et sur les quais, les regards sont tourn\u00e9s vers l\u2019horizon. Comme si, de ce bleu profond et redoutable, allait surgir un signe. Un espoir. Un adieu.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Depuis le 16 juin, un bateau malgache en route pour Anjouan s\u2019est volatilis\u00e9. \u00c0 bord, il y avait 11 membres d\u2019\u00e9quipage et 19 passagers, des tonnes de marchandises, et l\u2019espoir de familles enti\u00e8res. 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