{"id":12003,"date":"2025-06-16T09:18:08","date_gmt":"2025-06-16T06:18:08","guid":{"rendered":"https:\/\/masiwa-comores.com\/?p=12003"},"modified":"2025-06-16T09:18:10","modified_gmt":"2025-06-16T06:18:10","slug":"les-contractuels-de-lhopital-de-hombo-en-greve","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/masiwa-comores.com\/societe\/les-contractuels-de-lhopital-de-hombo-en-greve\/","title":{"rendered":"Les contractuels de l\u2019h\u00f4pital de Hombo en gr\u00e8ve"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>Le Centre hospitalier de Hombo est secou\u00e9 par une gr\u00e8ve illimit\u00e9e men\u00e9e par le personnel contractuel. Un arr\u00eat de travail justifi\u00e9 par des retards de paiement, une pr\u00e9carit\u00e9 prolong\u00e9e et des tensions autour d\u2019un nouveau contrat propos\u00e9 par la direction. Les voix s\u2019\u00e9l\u00e8vent, les t\u00e9moignages s\u2019accumulent, et la crise interroge la gestion des ressources humaines dans le secteur public.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><em>Par Anoir Ahamadi<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-drop-cap\">Au Centre hospitalier de Hombo, \u00e0 Mutsamudu, l\u2019ambiance est tendue, mais calme. Depuis plusieurs jours, une gr\u00e8ve illimit\u00e9e y est observ\u00e9e par une partie du personnel contractuel. Dans les couloirs, les patients continuent d\u2019\u00eatre re\u00e7us, les services fonctionnent \u00e0 minima, mais les soignants gr\u00e9vistes ne d\u00e9col\u00e8rent pas. Ils r\u00e9clament des droits \u00e9l\u00e9mentaires, bafou\u00e9s depuis trop longtemps.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette mobilisation pacifique, d\u00e9clench\u00e9e mercredi dernier, repose sur des revendications urgentes : retards de salaires de plusieurs mois, absence de r\u00e9gularisation des contrats pour certains agents en poste depuis plus de dix ans, et menaces de pr\u00e9carisation avec l\u2019introduction d\u2019un contrat dit \u00ab\u202fde vacation \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;<em>\u00ab Cela fait 12 ans que certains m\u00e9decins et infirmiers travaillent ici sans aucun contrat stable. Ils sont pay\u00e9s quand l\u2019\u00c9tat veut, ou pas du tout \u00bb,<\/em> d\u00e9plore un infirmier sous le sceau de l\u2019anonymat.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Des mois sans salaires : la col\u00e8re des familles<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Le ton est mesur\u00e9, mais la souffrance est palpable. Pour beaucoup, la coupe est pleine. Amina, sage-femme contractuelle, fait partie des voix qui s\u2019\u00e9l\u00e8vent avec dignit\u00e9. <em>\u00ab C\u2019est une gr\u00e8ve pacifique. Nous n\u2019emp\u00eachons personne d\u2019acc\u00e9der \u00e0 l\u2019h\u00f4pital. Nous voulons juste vivre de notre travail. Ce que nous subissons est inhumain. \u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Les cons\u00e9quences de cette crise d\u00e9passent les murs de l\u2019h\u00f4pital. Isma\u00ebl Daoud, \u00e9poux d\u2019une soignante contractuelle, raconte son d\u00e9sarroi. <em>\u00ab Ma femme ne touche plus son salaire depuis 7 mois. Comment voulez-vous que l\u2019on s\u2019en sorte ?<\/em> \u00bb Pour lui, les r\u00e9percussions sont lourdes. \u00ab Cette situation a profond\u00e9ment affect\u00e9 notre quotidien. Nous ne parvenons plus \u00e0 satisfaire nos besoins essentiels. Tout devient plus compliqu\u00e9, m\u00eame nourrir les enfants. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Dans de nombreux foyers d\u2019Anjouan, cette gr\u00e8ve r\u00e9v\u00e8le une r\u00e9alit\u00e9 sociale difficile : des agents de sant\u00e9, piliers d\u2019un h\u00f4pital r\u00e9gional, laiss\u00e9s \u00e0 l\u2019abandon, sans salaires, sans reconnaissance, sans contrats dignes de ce nom.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Un contrat de vacation d\u00e9cri\u00e9<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Le projet qui a mis le feu aux poudres est la proposition de contrats de vacation par la direction de l\u2019h\u00f4pital. Ce nouveau format ferait passer la r\u00e9mun\u00e9ration mensuelle des agents de 60 000 francs comoriens \u00e0 30 000 francs (60 euros). Une r\u00e9duction de moiti\u00e9, sans garantie de stabilit\u00e9 ni protection sociale. Pour les gr\u00e9vistes, c\u2019est une man\u0153uvre de fragilisation d\u00e9guis\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Le Dr Ibrahim Salim Mari, directeur du CHRI de Hombo depuis 2021, a tent\u00e9 d\u2019apaiser les tensions. Dans une r\u00e9cente d\u00e9claration, il dit comprendre les dol\u00e9ances du personnel et affirme avoir saisi les autorit\u00e9s comp\u00e9tentes pour une r\u00e9solution rapide de la situation. Il insiste aussi sur le fait que les services essentiels restent ouverts.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais ces propos ne suffisent plus \u00e0 calmer les esprits.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Une gestion contest\u00e9e<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Le syndicat est mont\u00e9 au cr\u00e9neau. Sa\u00efd Ahmed, secr\u00e9taire adjoint de la Conf\u00e9d\u00e9ration des Travailleurs Comoriens (CTC), d\u00e9nonce avec force la posture de la direction :<em>\u00ab Nous condamnons fermement la politique du directeur. Parler de licenciement, c\u2019est une provocation. \u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Mais il va plus loin. Selon lui, la situation actuelle est d\u2019autant plus choquante que l\u2019h\u00f4pital de Hombo b\u00e9n\u00e9ficie r\u00e9guli\u00e8rement de subventions, aussi bien nationales qu\u2019internationales. <em>\u00ab Cet argent existe. Il est l\u00e0 pour am\u00e9liorer les conditions de travail, pour assurer un service public digne. Mais o\u00f9 va-t-il ?<\/em> \u00bb se demande-t-il, soup\u00e7onnant une mauvaise gestion.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour lui, le contrat de vacation n\u2019est rien d\u2019autre qu\u2019une ruse pour contourner les obligations l\u00e9gales de l\u2019\u00c9tat vis-\u00e0-vis de son personnel.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Une crise structurelle r\u00e9v\u00e9l\u00e9e<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>La situation \u00e0 Hombo n\u2019est pas un cas isol\u00e9. Elle met en lumi\u00e8re un probl\u00e8me structurel qui touche plusieurs \u00e9tablissements de sant\u00e9 du pays : recrutements sans base l\u00e9gale, absence de r\u00e9gularisation, syst\u00e8mes de paiement opaques et manque de suivi des ressources.<\/p>\n\n\n\n<p>Comment un pays peut-il envisager un avenir \u00ab\u202f\u00e9mergent\u202f\u00bb, avec un syst\u00e8me de sant\u00e9 aussi vuln\u00e9rable ? La question d\u00e9range, mais elle m\u00e9rite d\u2019\u00eatre pos\u00e9e. Car lorsqu\u2019on maltraite le personnel m\u00e9dical, on met en p\u00e9ril toute la cha\u00eene de soins. Des professionnels fatigu\u00e9s, sous-pay\u00e9s, d\u00e9moralis\u00e9s, ne peuvent offrir de soins optimaux. Les retards s\u2019accumulent, les diagnostics se compliquent, les erreurs deviennent plus fr\u00e9quentes. Et les patients, eux, en paient le prix.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Une dignit\u00e9 \u00e0 restaurer<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Cette gr\u00e8ve est aussi un cri de dignit\u00e9. Celle d\u2019hommes et de femmes qui ont continu\u00e9 \u00e0 soigner pendant les pand\u00e9mies, qui ont assist\u00e9 les accouchements, soign\u00e9 les malades, accompagn\u00e9 les mourants, souvent sans recevoir un sou pendant des mois. Leur silence d\u2019hier est aujourd\u2019hui remplac\u00e9 par une parole ferme, mais digne.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour beaucoup d\u2019Anjouanais, cette mobilisation d\u00e9passe le cadre syndical. Elle symbolise le ras-le-bol g\u00e9n\u00e9ral face aux injustices sociales et \u00e0 l\u2019abandon de certains secteurs cl\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab Si l\u2019\u00c9tat laisse tomber ceux qui sauvent des vies, que peut-on esp\u00e9rer pour les autres ?<\/em> \u00bb, l\u00e2che un patient dans la cour de l\u2019h\u00f4pital.<\/p>\n\n\n\n<p>Face \u00e0 cette crise, les attentes sont claires. Le personnel souhaite la r\u00e9gularisation imm\u00e9diate de ses contrats, le paiement des arri\u00e9r\u00e9s de salaires, et l\u2019abandon pur et simple du contrat de vacation. Des revendications que le gouvernement comorien ne peut plus ignorer.<\/p>\n\n\n\n<p>Les jours \u00e0 venir seront d\u00e9cisifs. Faute de r\u00e9ponse rapide et concr\u00e8te, la confiance entre les agents de sant\u00e9 et les autorit\u00e9s pourrait \u00eatre irr\u00e9m\u00e9diablement rompue.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans un pays o\u00f9 les d\u00e9fis sanitaires sont nombreux, la situation \u00e0 Hombo doit servir de r\u00e9veil collectif. Il ne s\u2019agit plus d\u2019un simple mouvement social, mais d\u2019un combat pour la justice, la dignit\u00e9, et le respect du m\u00e9tier de soignant.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Pourquoi cherche-t-on \u00e0 tuer les h\u00f4pitaux \u00e0 Anjouan ?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>La question commence \u00e0 se poser s\u00e9rieusement. Apr\u00e8s avoir laiss\u00e9 sombrer l\u2019h\u00f4pital de r\u00e9f\u00e9rence de Bambao Mtsanga, c\u2019est aujourd\u2019hui le centre hospitalier de Hombo qui vacille sous le poids du silence administratif, des contrats humiliants et de l\u2019indiff\u00e9rence politique. Pourquoi ?<\/p>\n\n\n\n<p>Certains y voient une strat\u00e9gie tacite de fragilisation des structures hospitali\u00e8res \u00e0 Anjouan, au profit du gigantesque projet d\u2019El Maarouf, le futur h\u00f4pital national en construction \u00e0 Moroni depuis maintenant neuf ans. Un projet certes ambitieux, mais qui semble se d\u00e9velopper au d\u00e9triment d\u2019un r\u00e9seau hospitalier \u00e9quilibr\u00e9 sur l\u2019ensemble du territoire.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 Hombo comme \u00e0 Bambao, les professionnels parlent d\u2019abandon, les citoyens d\u2019injustice. Et pendant que les murs de b\u00e9ton d\u2019El Maarouf s\u2019\u00e9l\u00e8vent, les piliers humains de la sant\u00e9, eux, s\u2019\u00e9croulent en silence.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le Centre hospitalier de Hombo est secou\u00e9 par une gr\u00e8ve illimit\u00e9e men\u00e9e par le personnel contractuel. Un arr\u00eat de travail justifi\u00e9 par des retards de paiement, une pr\u00e9carit\u00e9 prolong\u00e9e et des tensions autour d\u2019un nouveau contrat propos\u00e9 par la direction. 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