{"id":11976,"date":"2025-06-09T13:49:09","date_gmt":"2025-06-09T10:49:09","guid":{"rendered":"https:\/\/masiwa-comores.com\/?p=11976"},"modified":"2025-06-09T13:49:10","modified_gmt":"2025-06-09T10:49:10","slug":"anjouan-un-potentiel-agricole-ignore-des-decideurs","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/masiwa-comores.com\/economie\/anjouan-un-potentiel-agricole-ignore-des-decideurs\/","title":{"rendered":"Anjouan, un potentiel agricole ignor\u00e9 des d\u00e9cideurs"},"content":{"rendered":"\n<p><strong><em>\u00c0 Anjouan, les march\u00e9s croulent sous les bananes. C\u2019est le reflet d\u2019un potentiel agricole ignor\u00e9.<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><em>Par Naenmati Ibrahim<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Il y a quelques mois encore, la banane \u00e9tait rare et ch\u00e8re. Elle se n\u00e9gociait \u00e0 prix fort, surtout pendant le mois de ramadan. Aujourd\u2019hui, les \u00e9tals d\u00e9bordent. On voit m\u00eame des camions en emporter vers les grandes villes. Dans les march\u00e9s de Mutsamudu ou de Domoni, on croirait que la nature se montre soudain g\u00e9n\u00e9reuse&nbsp;: des r\u00e9gimes de bananes s\u2019alignent \u00e0 perte de vue.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour 2&nbsp;000 francs comoriens, les clients repartent avec de grands tas bien garnis. Une sc\u00e8ne qui contraste fortement avec la r\u00e9alit\u00e9 r\u00e9cente, marqu\u00e9e par une flamb\u00e9e des prix et une r\u00e9duction des quantit\u00e9s pour un m\u00eame tarif. Cette soudaine abondance n\u2019est pas anodine. Elle en dit long sur la richesse de la terre anjouanaise, mais aussi sur les fractures sociales qui traversent l\u2019\u00eele.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Une p\u00e9nurie aux causes multiples<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Pendant le ramadan, la banane \u00e9tait devenue un aliment de luxe. Une grande partie des r\u00e9coltes partait vers Mayotte, frapp\u00e9e de plein fouet par le cyclone Chido. L\u00e0-bas, les plantations avaient \u00e9t\u00e9 ravag\u00e9es. R\u00e9sultat&nbsp;: une grande partie des habitants de l\u2019\u00eele voisine, en crise agricole, sollicitait massivement les membres des familles vivant dans les autres \u00eeles, essentiellement \u00e0 Anjouan et \u00e0 Mwali pour se ravitailler en bananes, manioc, patates, taros, noix de coco\u2026 Et Anjouan, la plus proche, \u00e9tait la plus sollicit\u00e9e et elle a r\u00e9pondu \u00e0 l\u2019appel.<\/p>\n\n\n\n<p>Des familles achetaient donc au prix fort, juste pour envoyer quelques r\u00e9gimes \u00e0 leurs proches vivant \u00e0 Mayotte. Au fur et \u00e0 mesure que l\u2019offre locale s\u2019\u00e9puisait et devenait rare, les prix s\u2019envolaient.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Le r\u00e9veil d\u2019un potentiel agricole<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Aujourd\u2019hui, la situation a chang\u00e9. Et si elle surprend, elle r\u00e9v\u00e8le surtout une v\u00e9rit\u00e9 que beaucoup avaient oubli\u00e9e&nbsp;: Anjouan a du potentiel en mati\u00e8re d\u2019agriculture. Contrairement \u00e0 une id\u00e9e r\u00e9pandue, il n\u2019y a pas de v\u00e9ritable \u00ab saison des bananes \u00bb aux Comores. La production d\u00e9pend surtout du climat et de l\u2019entretien des champs.<\/p>\n\n\n\n<p>Et ces derniers temps, certaines zones de l\u2019\u00eele ont su tirer leur \u00e9pingle du jeu. Dans le Nyumakele ou dans des localit\u00e9s comme Dindri, les champs sont florissants. Les commer\u00e7ants le confirment&nbsp;: la majorit\u00e9 des bananes qui inondent les march\u00e9s viennent bien d\u2019Anjouan, m\u00eame si une part arrive aussi de Moh\u00e9li.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce renouveau agricole ne se limite pas \u00e0 l\u2019autosuffisance. Depuis le passage du cyclone, Anjouan joue aussi un r\u00f4le de p\u00e9pini\u00e8re pour Mayotte. Des Comoriens r\u00e9sidant \u00e0 Mayotte viennent y acheter des plants de bananiers et d\u2019autres esp\u00e8ces. Une forme de solidarit\u00e9 inter\u00eeles s\u2019installe, avec Anjouan comme point d\u2019ancrage.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Des tas de bananes\u2026 mais des ventres vides<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Pourtant, l\u2019abondance sur les \u00e9tals ne rime pas forc\u00e9ment avec abondance dans les foyers. \u00c0 Anjouan, une grande partie de la population n\u2019a pas acc\u00e8s \u00e0 ces produits locaux. M\u00eame \u00e0 2&nbsp;000 francs le tas bien garni, beaucoup n\u2019ont pas les moyens de s\u2019en offrir.<\/p>\n\n\n\n<p>Le ch\u00f4mage, la pr\u00e9carit\u00e9, la d\u00e9pendance aux envois de la diaspora&nbsp;: autant de freins \u00e0 une alimentation r\u00e9guli\u00e8re. Dans certaines familles, on ne mange des bananes que lorsqu\u2019elles viennent du champ familial. Et m\u00eame les producteurs eux-m\u00eames n\u2019en profitent pas toujours&nbsp;: par n\u00e9cessit\u00e9, ils pr\u00e9f\u00e8rent vendre leur r\u00e9colte pour acheter du riz, payer les soins m\u00e9dicaux ou les frais de scolarit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce qui devrait \u00eatre un produit du quotidien reste, pour beaucoup, un luxe.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Vers une agriculture plus juste et durable<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019actuelle profusion de bananes ne doit pas rester un \u00e9pisode isol\u00e9. Elle devrait \u00eatre un signal. Une alerte. Une opportunit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Car Anjouan a tout pour devenir un p\u00f4le agricole d\u2019envergure&nbsp;: des terres fertiles, un climat favorable, des cultivateurs aguerris et un savoir-faire ancestral. Ce qu\u2019il manque, c\u2019est une vision. Un accompagnement. Des formations, des outils, des d\u00e9bouch\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>Il est temps de repenser les politiques agricoles pour que les richesses de la terre profitent d\u2019abord \u00e0 ceux qui la cultivent. Pour que l\u2019agriculture nourrisse non seulement les march\u00e9s, mais aussi les maisons. Pour que, demain, la banane ne soit plus le symbole d\u2019un contraste, mais celui d\u2019une promesse&nbsp;: celle d\u2019une \u00eele qui se nourrit elle-m\u00eame, avec dignit\u00e9 et fiert\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00c0 Anjouan, les march\u00e9s croulent sous les bananes. C\u2019est le reflet d\u2019un potentiel agricole ignor\u00e9. Par Naenmati Ibrahim Il y a quelques mois encore, la banane \u00e9tait rare et ch\u00e8re. Elle se n\u00e9gociait \u00e0 prix fort, surtout pendant le mois de ramadan. Aujourd\u2019hui, les \u00e9tals d\u00e9bordent. 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