{"id":11821,"date":"2025-05-06T21:08:03","date_gmt":"2025-05-06T18:08:03","guid":{"rendered":"https:\/\/masiwa-comores.com\/?p=11821"},"modified":"2025-05-06T21:08:06","modified_gmt":"2025-05-06T18:08:06","slug":"lachat-de-mayotte-un-acte-prepare-plus-de-20-ans-auparavant","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/masiwa-comores.com\/opinion\/lachat-de-mayotte-un-acte-prepare-plus-de-20-ans-auparavant\/","title":{"rendered":"L\u2019achat de Mayotte, un acte pr\u00e9par\u00e9 plus de 20 ans auparavant"},"content":{"rendered":"\n<p>\u00ab&nbsp;Remettons les faits \u00e0 leur juste place : Mayotte est fran\u00e7aise depuis 1841. Ce n\u2019est ni une erreur de l\u2019histoire ni une annexion forc\u00e9e, mais le fruit d\u2019un acte volontaire&#8230; \u00c0 l\u2019\u00e9poque o\u00f9 les Comores n\u2019\u00e9taient encore qu\u2019un concept en gestation&#8230;Rappelons que Mayotte fut la premi\u00e8re \u00eele de l\u2019archipel, bien avant les autres, \u00e0 \u00eatre rattach\u00e9e \u00e0 la France via Madagascar sous l\u2019appellation \u00ab&nbsp;Madagascar et d\u00e9pendances&nbsp;\u00bb. Elle a \u00e9t\u00e9 c\u00e9d\u00e9e \u00e0 la France un si\u00e8cle avant la cr\u00e9ation de l\u2019\u00c9tat comorien. Mayotte n\u2019a donc jamais \u00e9t\u00e9 comorienne, ni de jure ni de facto.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p><em>Par Rabouba Jr Al Shahashahani<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Il s\u2019agit l\u00e0 d\u2019un extrait d\u2019une tribune libre de Mayotte-Hebdo du 29 avril 2025 r\u00e9dig\u00e9e par un certain Abdou-Roihmane. Le titre de l\u2019article est&nbsp;: \u00ab&nbsp;Mayotte, la souverainet\u00e9 fran\u00e7aise, l&#8217;heure du choix&nbsp;\u00bb. Je voudrais revenir sur cette tribune, mais il ne s\u2019agit pas pour moi de remettre en question le choix de la majorit\u00e9 des habitants de Maore sur le destin politique du territoire.<\/p>\n\n\n\n<p>L&#8217;auteur de cette tribune nous informe sur l&#8217;\u00e9v\u00e9nement du 25 avril 1841, faisant de Maore une Colonie fran\u00e7aise. \u00ab&nbsp;Ce n&#8217;est ni une erreur de l&#8217;histoire\u2026&nbsp;\u00bb, dit-il. Oui. L&#8217;annexion de l&#8217;\u00eele n&#8217;est pas du tout une erreur, mais un acte pr\u00e9par\u00e9 depuis des ann\u00e9es par le minist\u00e8re de la Marine et des Colonies depuis la perte de l&#8217;\u00eele de France, Maurice, en 1814-15. Le centre des op\u00e9rations se situait sur l&#8217;\u00eele de Bourbon, aujourd&#8217;hui La R\u00e9union. \u00c0 partir de l\u00e0-bas, le gouverneur du Territoire envoya un espion.<\/p>\n\n\n\n<p>Le 24 juillet 1819, le Gouverneur Milius envoya Lelieur de Cl\u00e8ves dans le but suivant : \u00ab&nbsp;M. Lelieur prendra \/des renseignements\/ sur les institutions civiles, l&#8217;\u00e9tat de la population, la qualit\u00e9 et l&#8217;\u00e9tendue des terres cultivables\/ la quantit\u00e9 des eaux\/ les for\u00eats \/ la facilit\u00e9 des communications et des transports\/\/ [il] sondera \/ les Arabes\/&nbsp;\u00bb. En outre ces informations permettraient de savoir si le pays, selon ses propres mots, \u00e9tait \u00ab&nbsp;fertile&nbsp;\u00bb ou \u00ab&nbsp;malsain&nbsp;\u00bb pour \u00e9tablir des \u00ab&nbsp;\u00e9tablissements de culture&nbsp;\u00bb. Ainsi Lelieur devait explorer les \u00eeles de Maore et de Hinzwani.<\/p>\n\n\n\n<p>Quelques ann\u00e9es plus tard, en novembre 1828, le Gouverneur, le Comte de Cheffontaine indiqua au Commandant Pr\u00e9vost de Langristin \u00e0 Hinzwani : \u00ab&nbsp;Anjouan est un pays peu sain, vous n&#8217;y resterez que le temps n\u00e9cessaire pour l&#8217;accomplissement de votre mission. Durant ce temps vous \u00e9tudierez autant que vous le pouvez la situation de cette \u00eele, son gouvernement, ses ressources, ses produits, son commerce, en un mot tout ce qui vous para\u00eetra digne d&#8217;attention, afin de me remettre \u00e0 votre retour un rapport circonstanci\u00e9 qui me mette \u00e0 port\u00e9e de bien juger des avantages qui pourraient offrir pour notre colonie (Bourbon) des relations avec les \u00eeles sous la domination du sultan d\u2019Anjouan.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Le deuxi\u00e8me espion envoy\u00e9 avait les m\u00eames objectifs que le premier : conna\u00eetre le terrain avant d&#8217;y pr\u00e9parer leur installation. Le premier a rapport\u00e9 ses informations. Cela a permis au Gouverneur de l&#8217;\u00eele de Bourbon de conna\u00eetre l&#8217;\u00e9tendue du pouvoir et de l&#8217;influence du sultan de Hinzwani sur les autres \u00eeles. Depuis l&#8217;\u00e9v\u00e9nement du Sultanat au sein de notre archipel, les sultans de cette \u00eele \u00e9taient consid\u00e9r\u00e9s comme \u00e9tant le Sultan des \u00eeles des Comores. C&#8217;\u00e9tait le syst\u00e8me en vigueur&nbsp;qui faisait valoir leur unit\u00e9 \u00e0 travers cette d\u00e9signation.<\/p>\n\n\n\n<p>Donc la Marine fran\u00e7aise souhaitait s\u2019installer dans les \u00eeles Comores apr\u00e8s la perte de l&#8217;\u00cele-de-France. Cela a \u00e9t\u00e9 facilit\u00e9 par un prince mahorais, Cadi Omar fils de Abubakar al Nabhani, qui a appris d&#8217;un des ministres de Driantsuly, Wazir Ahmad, que le Sakalava souhaitait exterminer sa famille et lui afin de prendre le contr\u00f4le de l&#8217;\u00eele de Maore. Alors pour se prot\u00e9ger de ce massacre, le Cadi a pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 offrir l&#8217;\u00eele au Roi de France. Il esp\u00e9rait avoir les m\u00eames privil\u00e8ges que ses cousins de Hinzwani, partenaires des Anglais.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous observons qu\u2019au d\u00e9part l&#8217;acte \u00e9tait volontaire pour se mettre derri\u00e8re un puissant empire europ\u00e9en dans le but de sauver la famille royale de Maore de la tuerie pr\u00e9vue par Driantsuly. Cependant, \u00e0 la mort de celui-ci, le 26 septembre 1845, Cadi Omar souhaitait le d\u00e9part de Passot &amp; Co. Il s&#8217;\u00e9tait alli\u00e9 \u00e0 un des Sultans de Ngazidja, Fumbavu, pour l&#8217;aider \u00e0 \u00e9loigner les colons de Maore. Deux hommes de Fumbavu \u00e9taient envoy\u00e9s sur l&#8217;\u00eele. Mais, \u00e0 peine arriv\u00e9s, ils ont \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9s. Cadi Omar fut destitu\u00e9 de son poste de Cadi, des princes maorais ont \u00e9t\u00e9 massacr\u00e9s. Cela a caus\u00e9 l\u2019exode en Grande Terre pour certains alors que d&#8217;autres prirent les voiles vers Hinzwani, Mwali et Zanzibar.<\/p>\n\n\n\n<p>Au final, l&#8217;annexion de Maore fut forc\u00e9e. Il s&#8217;agit d&#8217;une colonisation puisque les autochtones souhaitaient le d\u00e9part des colons qui les maltraitaient d\u00e9j\u00e0 avant le d\u00e9c\u00e8s de Driantsuly. Cela n&#8217;\u00e9tait pas une erreur puisque le minist\u00e8re de la Marine et des Colonies avait planifi\u00e9 leur installation dans l&#8217;une des Comores et l&#8217;acte volontaire de donner l&#8217;\u00eele \u00e9tait pr\u00e9sent. En revanche il \u00e9tait limit\u00e9 dans le temps.<\/p>\n\n\n\n<p>La prise officielle de Maore fut effectu\u00e9e le 13 juin 1843 par un arr\u00eat\u00e9 datant du 27 mai 1843. \u00c0 cette \u00e9poque l&#8217;\u00eele faisait partie des d\u00e9pendances de la colonie de l&#8217;\u00eele de Bourbon. Le 25 juillet 1912 fut le jour o\u00f9 Maore, colonie fran\u00e7aise, et les trois autres \u00eeles des Comores, Protectorats fran\u00e7ais, ont \u00e9t\u00e9 rattach\u00e9es comme d\u00e9pendances de Madagascar. Avant cela les quatre \u00eeles formaient ce que les Colons avaient appel\u00e9 \u00ab&nbsp;Mayotte et d\u00e9pendances&nbsp;\u00bb qui a dur\u00e9 entre 1886 et 1896, puis elle fut renouvel\u00e9e de 1899 jusqu&#8217;en 1912. De 1946 \u00e0 1975, l&#8217;archipel \u00e9tait devenu un Territoire d&#8217;Outre-Mer nomm\u00e9 par le Gouvernement de l&#8217;\u00e9poque \u00ab&nbsp;Territoire des Comores&nbsp;\u00bb. Ces deux entit\u00e9s politiques cr\u00e9\u00e9es par les Gouvernements fran\u00e7ais avaient comme Chef-Lieu Dzaudzi.<\/p>\n\n\n\n<p>Les pouvoirs \u00e9taient centr\u00e9s sur un lieu g\u00e9ographique de l&#8217;archipel, ce qui correspond au concept d&#8217;\u00c9tat-nation. Mais les n\u00f4tres n&#8217;ont pas attendu qu&#8217;une puissance \u00e9trang\u00e8re vienne les unir \u00e0 travers ces deux entit\u00e9s administratives. Les Gouverneurs de Bourbon avaient remarqu\u00e9, \u00e0 l&#8217;issue des rapports \u00e9tablis par leurs espions, que le sultan de Hinzwani \u00e9tait aussi le chef politique de l\u2019ensemble de l\u2019archipel. Nos Anc\u00eatres avaient, aussi, fond\u00e9 la lign\u00e9e maternelle, Inya shoza shua lors du Congr\u00e8s de Mzalia qui a eu lieu au cours du XIVe si\u00e8cle. Il a consist\u00e9 \u00e0 \u00e9tablir qui devait \u00eatre Sultan, ministre, Gouverneur, Cadi, etc. Ces deux mani\u00e8res de s&#8217;unir sont class\u00e9es dans le concept de Nation sans \u00c9tat.<\/p>\n\n\n\n<p>En l&#8217;occurrence, il n&#8217;y a pas besoin de centraliser un lieu pour g\u00e9rer toutes les affaires de la Nation, mais chacun le fait chez lui et de temps en temps les concern\u00e9s se r\u00e9unissent pour faire un \u00e9tat de lieu de leurs r\u00e9gions respectives. C&#8217;est ce que faisaient nos a\u00efeux et cela fut rapport\u00e9 par James Prior au cours de son voyage datant de 1812 lorsqu&#8217;il \u00e9tait pass\u00e9 sur l&#8217;archipel.<\/p>\n\n\n\n<p>En r\u00e9sum\u00e9, nos Anciens avaient form\u00e9 leur \u00c9tat sans le centraliser. Celui-ci portait le nom de l&#8217;Inya shoza shua, un pouvoir de lignage sur une \u00eele. Tous les Rois et les Reines de Mwali, Hinzwzni, Maore et ceux des Inya Fwambaya et Matswa Pirusa en faisaient partie. Ainsi Maore faisait partie des institutions de l&#8217;\u00e9poque et n&#8217;\u00e9tait pas du tout \u00e0 part. En d&#8217;autres mots, l&#8217;\u00eele est comorienne par sa g\u00e9ographie et son histoire. En revanche elle est, aussi, fran\u00e7aise par son statut, \u00e9volu\u00e9 au fil des d\u00e9cennies.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab&nbsp;Remettons les faits \u00e0 leur juste place : Mayotte est fran\u00e7aise depuis 1841. 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