{"id":11802,"date":"2025-04-29T22:22:56","date_gmt":"2025-04-29T19:22:56","guid":{"rendered":"https:\/\/masiwa-comores.com\/?p=11802"},"modified":"2025-04-29T22:22:59","modified_gmt":"2025-04-29T19:22:59","slug":"anjouan-sabreuve-a-sa-propre-source-leau-lemploi-et-les-enjeux","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/masiwa-comores.com\/economie\/anjouan-sabreuve-a-sa-propre-source-leau-lemploi-et-les-enjeux\/","title":{"rendered":"Anjouan s\u2019abreuve \u00e0 sa propre source : l\u2019eau, l\u2019emploi et les enjeux"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>Depuis quelques ann\u00e9es, Anjouan conna\u00eet un essor sans pr\u00e9c\u00e9dent dans le domaine de l\u2019embouteillage d\u2019eau potable. De petites et moyennes entreprises locales fleurissent, cr\u00e9ent de l\u2019emploi, stimulent le march\u00e9 et encouragent une forme d\u2019ind\u00e9pendance \u00e9conomique. Mais, cela ne ne vient pas sans effets secondaires.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><em>Par Anoir Ahamadi<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est \u00e0 une r\u00e9volution silencieuse qui stimulent la cr\u00e9ation de petites unit\u00e9s de productions, notamment dans l\u2019embouteillage d\u2019eau de source \u00e0 Anjouan. \u00c0 tel point que l\u2019eau en bouteille n\u2019est plus un luxe r\u00e9serv\u00e9 aux plus nantis.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Des entreprises au service d\u2019une \u00e9conomie insulaire<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Sur toute l\u2019\u00eele, des entreprises locales d\u2019embouteillage ont \u00e9merg\u00e9 en quelques ann\u00e9es \u00e0 peine, bouleversant \u00e0 la fois le paysage \u00e9conomique, les habitudes de consommation et les enjeux environnementaux. Cette nouvelle dynamique traduit une qu\u00eate d\u2019autosuffisance alimentaire, port\u00e9e par une jeunesse qui ne veut plus attendre.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019arriv\u00e9e successive d\u2019entreprises comme Al Hayi (2018), Uhayati Industrie (2022), Tasnim, Unono SARL, puis plus r\u00e9cemment Kom\u2019eau et Madjiriha en 2025, illustre une tendance claire : Anjouan veut produire ce qu\u2019elle consomme. Cette volont\u00e9 d\u2019\u00e9mancipation passe par la valorisation d\u2019une ressource naturelle pr\u00e9cieuse et abondante : l\u2019eau.<\/p>\n\n\n\n<p>Sur le plan \u00e9conomique, les retomb\u00e9es sont palpables. Chaque soci\u00e9t\u00e9 repr\u00e9sente une cha\u00eene d\u2019emplois, de revenus, et d\u2019espoirs concrets pour les jeunes. \u00c0 Ouani, Bahadidja, employ\u00e9 r\u00e9cemment chez Kom\u2019eau, nous raconte avec un sourire modeste sa nouvelle situation&nbsp;: \u00ab <em>Gr\u00e2ce \u00e0 mon poste de chauffeur-livreur, je peux subvenir \u00e0 mes besoins les plus fondamentaux. C\u2019est la premi\u00e8re fois que je me sens utile et stable \u00e0 la fois. \u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Le cas de Bahadidja n\u2019est pas isol\u00e9. Ce type d\u2019entreprise s\u2019est r\u00e9v\u00e9l\u00e9 \u00eatre une v\u00e9ritable bou\u00e9e de sauvetage pour de nombreux jeunes qui, jusque-l\u00e0, se heurtaient \u00e0 un ch\u00f4mage persistant et \u00e0 une absence d\u2019opportunit\u00e9s sur leur propre terre. C\u2019est toute une jeunesse qui trouve aujourd\u2019hui une alternative concr\u00e8te \u00e0 l\u2019exil.<\/p>\n\n\n\n<p>Kazem, employ\u00e9 par Unono SARL, t\u00e9moigne : <em>\u00ab Nous sommes une centaine \u00e0 travailler ici. Des jeunes pour la plupart. Et c\u2019est bien pay\u00e9. Ce genre d\u2019entreprise, \u00e7a lutte directement contre le ch\u00f4mage. \u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Le sentiment d\u2019utilit\u00e9 sociale et \u00e9conomique se conjugue avec une fiert\u00e9 de participer \u00e0 une production locale, respectueuse du besoin fondamental qu\u2019est l\u2019eau potable.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Une \u00e9mulation \u00e9conomique, des prix tir\u00e9s vers le bas<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Ces soci\u00e9t\u00e9s n\u2019ont pas seulement g\u00e9n\u00e9r\u00e9 de l\u2019emploi. Elles ont aussi stimul\u00e9 un jeu de concurrence qui a profond\u00e9ment modifi\u00e9 le march\u00e9. Les prix, jadis prohibitifs, ont \u00e9t\u00e9 revus \u00e0 la baisse, rendant l\u2019eau trait\u00e9e accessible m\u00eame aux plus modestes. Nazihati, qui tient une petite \u00e9picerie, confirme :<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab <em>L\u2019eau, c\u2019est un aliment de base. Personne ne peut s\u2019en passer. Avec la baisse des prix, les gens ach\u00e8tent plus, et moi je vends mieux. \u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Ce changement n\u2019est pas anodin. Il marque une rupture avec une \u00e9poque o\u00f9 l\u2019eau conditionn\u00e9e venait d\u2019ailleurs, \u00e0 des prix souvent hors de port\u00e9e pour une majorit\u00e9. D\u00e9sormais, la production locale r\u00e9pond \u00e0 la demande locale \u2014 avec une r\u00e9gularit\u00e9 et une adaptabilit\u00e9 que les importations ne pouvaient offrir. L\u2019\u00eele ne subit plus la raret\u00e9, elle produit en abondance.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Une richesse nationale mieux exploit\u00e9e<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>La r\u00e9ussite de ces entreprises repose aussi sur une r\u00e9alit\u00e9 g\u00e9ographique et g\u00e9ologique : Anjouan regorge de sources d\u2019eau potable. Longtemps sous-exploit\u00e9es, ces ressources sont d\u00e9sormais au c\u0153ur d\u2019une activit\u00e9 \u00e9conomique en pleine croissance. Djamel Ahmed, consommateur r\u00e9gulier, nous confie : <em>\u00ab C\u2019est une bonne chose. On exploite nos richesses. Et tout le monde peut s\u2019approvisionner r\u00e9guli\u00e8rement. \u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Ce sentiment partag\u00e9 renforce l\u2019attachement des populations \u00e0 ces entreprises locales. L\u2019eau n\u2019est plus seulement un bien de consommation, elle devient un symbole de souverainet\u00e9, de capacit\u00e9 locale, et de reconqu\u00eate \u00e9conomique.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Mais \u00e0 quel prix pour la nature ?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Cependant, cette r\u00e9volution hydrique ne vient pas sans revers. La prolif\u00e9ration de bouteilles plastiques dans les rues, les caniveaux et les littoraux inqui\u00e8te de plus en plus. La consommation a augment\u00e9, mais la gestion des d\u00e9chets n\u2019a pas suivi. Il est d\u00e9sormais difficile de marcher dans certains quartiers urbains sans voir des bouteilles vides s&#8217;accumuler, au m\u00e9pris des paysages et des \u00e9cosyst\u00e8mes.<\/p>\n\n\n\n<p>Le g\u00e9ographe Toildine Ahmed alerte : <em>\u00ab Tout progr\u00e8s devrait s\u2019accompagner d\u2019un progr\u00e8s moral. Respecter la nature, c\u2019est aussi penser \u00e0 ce que deviennent nos d\u00e9chets. \u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Or, \u00e0 ce jour, aucune de ces entreprises ne semble avoir mis en place un programme de r\u00e9cup\u00e9ration ou de recyclage des bouteilles usag\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p>Pourtant, les id\u00e9es ne manquent pas. Ces d\u00e9chets pourraient \u00eatre r\u00e9utilis\u00e9s dans des ateliers d\u2019art plastique, de d\u00e9coration, ou encore int\u00e9gr\u00e9s \u00e0 des programmes scolaires pour sensibiliser la jeunesse au recyclage cr\u00e9atif. Un simple partenariat entre \u00e9coles, collectivit\u00e9s et producteurs d\u2019eau pourrait faire na\u00eetre un \u00e9cosyst\u00e8me vertueux.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Le r\u00f4le n\u00e9cessaire de l\u2019\u00c9tat<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Si l\u2019initiative priv\u00e9e m\u00e9rite d\u2019\u00eatre salu\u00e9e, l\u2019\u00c9tat comorien se doit aussi de jouer un r\u00f4le d\u2019accompagnement plus affirm\u00e9. En facilitant l\u2019acc\u00e8s au march\u00e9, en all\u00e9geant certaines taxes ou en proposant des incitations \u00e0 l\u2019innovation \u00e9cologique, il peut contribuer \u00e0 faire de ce secteur un pilier durable de l\u2019\u00e9conomie insulaire.<\/p>\n\n\n\n<p>Encourager ces entreprises, c\u2019est investir dans l\u2019avenir. C\u2019est reconna\u00eetre qu\u2019un pays peut se construire sur ses propres ressources, pour peu qu\u2019on les g\u00e8re intelligemment.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019autosuffisance en eau embouteill\u00e9e \u00e0 Anjouan est une r\u00e9ussite \u00e9conomique ind\u00e9niable. Elle cr\u00e9e de l\u2019emploi, dynamise le march\u00e9, exploite les ressources locales et r\u00e9pond \u00e0 un besoin vital. Mais pour que cette r\u00e9ussite soit durable, elle doit s\u2019accompagner d\u2019une conscience \u00e9cologique plus forte, d\u2019une organisation des d\u00e9chets et d\u2019une implication plus active de l\u2019\u00c9tat.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019eau, \u00e0 Anjouan, est d\u00e9sormais une richesse partag\u00e9e. Encore faut-il qu\u2019elle ne devienne pas un poison pour l\u2019environnement. Car le vrai progr\u00e8s, c\u2019est celui qui hydrate sans \u00e9touffer, qui fait vivre sans polluer, et qui pr\u00e9pare demain tout en r\u00e9pondant \u00e0 aujourd\u2019hui.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Depuis quelques ann\u00e9es, Anjouan conna\u00eet un essor sans pr\u00e9c\u00e9dent dans le domaine de l\u2019embouteillage d\u2019eau potable. De petites et moyennes entreprises locales fleurissent, cr\u00e9ent de l\u2019emploi, stimulent le march\u00e9 et encouragent une forme d\u2019ind\u00e9pendance \u00e9conomique. 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