{"id":11770,"date":"2025-04-21T10:56:45","date_gmt":"2025-04-21T07:56:45","guid":{"rendered":"https:\/\/masiwa-comores.com\/?p=11770"},"modified":"2025-04-21T10:56:46","modified_gmt":"2025-04-21T07:56:46","slug":"un-temoignage-sur-les-tortures-apres-lassassinat-de-karume-1972","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/masiwa-comores.com\/culture\/un-temoignage-sur-les-tortures-apres-lassassinat-de-karume-1972\/","title":{"rendered":"Un t\u00e9moignage sur les tortures apr\u00e8s l\u2019assassinat de Karume (1972)"},"content":{"rendered":"\n<p><strong><em>Avec <\/em><\/strong><strong>Baraza ya Majestic na Machinjioni Kwa Bamkwe<em>, Ibrahim Mohammed Hussein revient sur la p\u00e9riode qu\u2019il a pass\u00e9e dans les ge\u00f4les de Zanzibar apr\u00e8s l\u2019assassinat d\u2019Abeid Amani Karume. Il d\u00e9crit les tortures et les actes de deshumanisation auxquels des musulmans se sont livr\u00e9s contre des compatriotes, souvent innocents comme lui. La torture est pr\u00e9sente dans les prisons \u00e0 Zanzibar depuis la r\u00e9volution de 1964, elle s\u2019amplifie \u00e0 partir de 1972. &nbsp;<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-drop-cap\">Dans un swahili classique de la ville de Zanzibar, appel\u00e9 <em>Kiunguja<\/em>, et un style tr\u00e8s simple, Ibrahim Mohammed Hussein relate en d\u00e9tails la vie et les m\u00e9thodes de tortures employ\u00e9es dans les ge\u00f4les infernales de Zanzibar. <em>Baraza ya Majestic na Machinjioni Kwa Bamkwe&nbsp;<\/em>(\u00ab&nbsp;De la Place Majestic Aux Abattoirs de Chez Bamkwe&nbsp;\u00bb) vient s\u2019ajouter aux \u00e9crits d\u2019anciens d\u00e9tenus qui ont \u00e9crit leurs m\u00e9moires. Les ge\u00f4les de Zanzibar ont \u00e9t\u00e9 extr\u00eamement remplies \u00e0 la suite d\u2019une campagne massive d\u2019arrestations arbitraires qui ont suivi l\u2019assassinat de Abeid Amani Karume, premier pr\u00e9sident de ce qui a \u00e9t\u00e9 la R\u00e9publique populaire de Zanzibar et pr\u00e9sident du parti au pouvoir Afro Shirazi (ASP). L\u2019\u00e9crivain raconte avec beaucoup de clart\u00e9 et de courage ce qui lui est arriv\u00e9 apr\u00e8s l&#8217;assassinat du pr\u00e9sident de Zanzibar et l\u2019av\u00e8nement du Conseil de la R\u00e9volution, le vendredi 7 avril 1972.<\/p>\n\n\n\n<p>Cet \u00e9v\u00e8nement plonge le pays dans l&#8217;obscurit\u00e9 et un climat de peur. La vie sur les \u00eeles devient incertaine. Les arrestations arbitraires sont le lot quotidien des habitants. L&#8217;auteur, comme un nombre important de ses pairs, jeunes de la ville de Zanzibar, est pris dans une nasse d\u2019arrestations. Il est incarc\u00e9r\u00e9 et tortur\u00e9. Son seul tort est de faire partie des membres du Baraza de Majestic. C\u2019est un lieu de rencontre pour les jeunes de gauche qui partagent des affinit\u00e9s politiques. Baraza de Majestic, situ\u00e9 au pied du cin\u00e9ma Majestic, au milieu de la capitale de Zanzibar est un endroit o\u00f9 l\u2019auteur a l&#8217;habitude de passer son temps libre pour faire le tour du monde et plaisanter avec ses amis.<\/p>\n\n\n\n<p>Comme une larme apr\u00e8s l\u2019autre, chaque goutte d\u2019encre qui tombe de sa plume sur le papier blanc est un t\u00e9moignage des conditions infernales et des humiliations qui lui ont \u00e9t\u00e9 inflig\u00e9es&nbsp;; des humiliations qui le privent de sa dignit\u00e9 et de son humanit\u00e9. Son corps, comme ceux de ses cod\u00e9tenus, est transform\u00e9 en tambour, battu avec des barres de fer et des branches de goyavier. Les prisonniers doivent faire leurs besoins en public pendant que les autres attendent leurs tours.<\/p>\n\n\n\n<p>La finesse et la clart\u00e9 de la langue utilis\u00e9e par l&#8217;auteur pour d\u00e9crire son histoire, \u00e0 la fois passionnante et tr\u00e8s triste, suscitent l\u2019envie de la lire sans h\u00e9sitation. Chaque page nous rapproche du lourd rideau de fer qui a cach\u00e9, durant des ann\u00e9es, toutes les atrocit\u00e9s les plus inattendues, pour ne pas dire inimaginables, dans le contexte de la vie et de l&#8217;\u00e9ducation des Zanzibaris.<\/p>\n\n\n\n<p>Les personnes qui connaissent Zanzibar, une soci\u00e9t\u00e9 construite sur les fondements de la religion islamique, la foi musulmane, et l&#8217;esprit d\u2019humanit\u00e9, seront choqu\u00e9es de lire ce qui se passe derri\u00e8re la porte principale de la prison de Kiinua Miguu. Divis\u00e9e en deux parties, la premi\u00e8re Kumbakumba est celle o\u00f9 vont g\u00e9n\u00e9ralement les prisonniers de droit commun, et la seconde Kwa Bamkwe est celle o\u00f9 sont envoy\u00e9s les prisonniers pour d\u00e9lits politiques. C\u2019est dans cette derni\u00e8re partie de la prison que se d\u00e9roulent quotidiennement les atrocit\u00e9s les plus abominables. <em>Machinjioni Kwa Bamkwe<\/em>, c\u2019est-\u00e0-dire \u00ab&nbsp;Aux Abattoirs de Chez Bamkwe&nbsp;\u00bbest comme un royaume pour les tortionnaires, soumis \u00e0 l\u2019autorit\u00e9 d\u2019un dieu tortionnaire unique, d\u00e9nomm\u00e9 Hassan Mandera. Quant \u00e0 ses disciples, ils se consid\u00e8rent comme Munkar et Nakir (les anges qui testent la foi des morts dans leurs tombes) sur terre. L\u2019arrogance et l\u2019ignorance portent les tortionnaires, au point que leur grand leader, Hassan Mandera, ose dire \u00e0 ses victimes qu\u2019\u00e0 l&#8217;ext\u00e9rieur de la prison, c&#8217;est Dieu qui pourvoie mais \u00e0 l&#8217;int\u00e9rieur, dans son royaume infernal, c&#8217;est lui-m\u00eame.<\/p>\n\n\n\n<p>L&#8217;auteur emm\u00e8ne son lecteur entre les murs et \u00e0 travers les m\u00e9andres des cercles de tortures qui s\u00e9vissent dans la maison infernale de la prison de Kiinua Miguu. A travers ce livre Ibrahim Hussein l\u00e8ve le voile en citant les noms, photos \u00e0 l\u2019appui, des tortionnaires connus pour leur cruaut\u00e9 aux abattoirs de chez Bamkwe. Certains de ces tortionnaires, \u00e9taient des personnes tr\u00e8s polies et pieuses dans la vie quotidienne et m\u00eame tr\u00e8s respect\u00e9es dans la soci\u00e9t\u00e9 et les mosqu\u00e9es. La publication de ce livre permet de mettre \u00e0 jour un autre, sinon leurs vrais visages. La plupart d\u2019entre eux ayant \u00e9t\u00e9 form\u00e9e dans les anciens pays de l\u2019Est, ils avaient des pratiques qui rappellent les vices des forces de police secr\u00e8te les plus notoires du monde, comme la Gestapo (de l&#8217;Allemagne d&#8217;Hitler) et les Tontons Macoutes (Ha\u00efti de Duvallier, Papa Doc). Ce sont des murs o\u00f9 r\u00e9sonnent des cris d\u2019humiliation et de souffrance. Des murs qui ont vu des trag\u00e9dies et des injustices innombrables.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019auteur, comme les autres victimes, n\u2019a jamais re\u00e7u aucun soutien ni suivi psychologique apr\u00e8s sa sortie de prison.<\/p>\n\n\n\n<p>La publication de ce livre est une \u00e9tape majeure et importante dans sa vie, dans ses efforts th\u00e9rapeutiques et son voyage pour gu\u00e9rir son \u00e2me.<\/p>\n\n\n\n<p>Mohamed Ahmed Saleh<\/p>\n\n\n\n<p>Paris, le 20 avril 2025<\/p>\n\n\n\n<p>Ibrahim Mohammed Hussein,<strong> <em>Baraza ya Majestic na Machinjioni Kwa Bamkwe<\/em><\/strong>, pr\u00e9face d\u2019Ahmed Rajab, sous la direction de Mohamed A. Saleh, Buluu Publishers, 2024, Paris, 202 pages&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-embed\"><div class=\"wp-block-embed__wrapper\">\nhttps:\/\/www.lulu.com\/shop\/ibrahim-mohammed-hussein-and-ahmed-rajab-and-mohamed-a-saleh\/baraza-ya-majestic-na-machinjioni-kwa-bamkwe\/paperback\/product-gjgkyde.html?srsltid=AfmBOoolqXIf2ncW-KkFk1E25bu8AFGs1NJbyP4n67Hb5_vvIPy6-KWP&#038;page=1&#038;pageSize=4\n<\/div><\/figure>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Avec Baraza ya Majestic na Machinjioni Kwa Bamkwe, Ibrahim Mohammed Hussein revient sur la p\u00e9riode qu\u2019il a pass\u00e9e dans les ge\u00f4les de Zanzibar apr\u00e8s l\u2019assassinat d\u2019Abeid Amani Karume. Il d\u00e9crit les tortures et les actes de deshumanisation auxquels des musulmans se sont livr\u00e9s contre des compatriotes, souvent innocents comme lui. La torture est pr\u00e9sente dans [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":11771,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[56,164],"tags":[492,97],"class_list":["post-11770","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-culture","category-histoire","tag-edition-528","tag-trending"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/masiwa-comores.com\/json\/wp\/v2\/posts\/11770","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/masiwa-comores.com\/json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/masiwa-comores.com\/json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/masiwa-comores.com\/json\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/masiwa-comores.com\/json\/wp\/v2\/comments?post=11770"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/masiwa-comores.com\/json\/wp\/v2\/posts\/11770\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":11772,"href":"https:\/\/masiwa-comores.com\/json\/wp\/v2\/posts\/11770\/revisions\/11772"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/masiwa-comores.com\/json\/wp\/v2\/media\/11771"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/masiwa-comores.com\/json\/wp\/v2\/media?parent=11770"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/masiwa-comores.com\/json\/wp\/v2\/categories?post=11770"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/masiwa-comores.com\/json\/wp\/v2\/tags?post=11770"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}