{"id":11721,"date":"2025-04-07T15:13:43","date_gmt":"2025-04-07T12:13:43","guid":{"rendered":"https:\/\/masiwa-comores.com\/?p=11721"},"modified":"2025-04-07T15:13:45","modified_gmt":"2025-04-07T12:13:45","slug":"fahari-vendeur-deau-en-tricycle","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/masiwa-comores.com\/societe\/fahari-vendeur-deau-en-tricycle\/","title":{"rendered":"Fahari, vendeur d\u2019eau en tricycle"},"content":{"rendered":"\n<p><strong><em>Vous connaissez les taxis traditionnels, les minibus surcharg\u00e9s qui desservent les r\u00e9gions. Mais avez-vous d\u00e9j\u00e0 entendu parler des motos transporteuses de l&#8217;eau \u00e0 Ngazidja ?<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><em>Par Hachim Mohamed<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-drop-cap\">\u00c0 la Grande-Comore comme \u00e0 Anjouan ou sous d\u2019autres cieux en Afrique, des personnes vendent de l\u2019eau en la transportant sur leur moto. C\u2019est un tricycle ou une moto-citerne, puissante, \u00e9quip\u00e9e de la technologie moderne. Aux Comores, avec la crise de l\u2019eau qui se prolonge, certains g\u00e9nies des affaires utilisent ces motos pour transporter l&#8217;eau et la vendre dans les boulangeries, les chantiers, les maisons\u2026 \u00c0 Moroni pour livrer l\u2019eau \u00e0 leurs clients, ils sont partout ces jeunes pilotes de tricycle, casques color\u00e9s, souvent sans v\u00e9ritables protections. &nbsp;Ils circulent environ 10 \u00e0 15 heures \u00e0 zigzaguer entre voitures, pi\u00e9tons et autres motos.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette activit\u00e9 participe au bien-\u00eatre de la population dans la mesure o\u00f9 il y a toujours des secteurs qui n&#8217;ont pas encore de branchement \u00e0 l\u2019eau et que la Soci\u00e9t\u00e9 nationale d\u2019Exploitation et de Distribution des Eaux (SONEDE) justifie, depuis plusieurs mois, les coupures d\u2019eau pour ses abonn\u00e9s, par des travaux. &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>V\u00e9ritable ph\u00e9nom\u00e8ne \u00e0 Moroni, ce mode de transport de l\u2019eau explose depuis plusieurs ann\u00e9es. Rapide, \u00e9conomique, accessible partout, la moto transporteuse d\u2019eau change profond\u00e9ment la vie quotidienne de milliers d\u2019habitants.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais attention, tout n\u2019est pas rose pour autant\u2026 Pourquoi ce boom des motos transporteurs de l&#8217;eau \u00e0 Moroni ?<\/p>\n\n\n\n<p>Si vous \u00eates coinc\u00e9 dans les quartiers comme Combodje, Amani ou Madjadjou dans un contexte de p\u00e9nurie d\u2019eau, avec leurs ruelles interminables, vous comprenez vite l\u2019int\u00e9r\u00eat de ces motos pour les habitants qui souffrent du manque cruel d\u2019eau.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 l\u2019instar du Cameroun, B\u00e9nin, Rwanda, Ouganda qui pour divers usages commerciaux utilisent cet engin, les WaNgazidja et les WaNdzuani ont adopt\u00e9 ce mode de transport tr\u00e8s pratique pour la vente de l\u2019eau. Faciles \u00e0 manier, notamment chez les jeunes conducteurs, les tricycles transporteurs d\u2019eau envahissent les rues, transportant des centaines de litres d\u2019eau chaque jour avec cette particularit\u00e9 de passer partout, m\u00eame sur des routes d\u00e9fonc\u00e9es ou inaccessibles aux voitures. Aujourd\u2019hui, c\u2019est m\u00eame le moyen de transport informel qui progresse le plus vite. \u00c9videmment, ce succ\u00e8s s\u2019explique aussi par l\u2019in\u00e9galit\u00e9 chronique d\u2019acc\u00e8s \u00e0 l\u2019eau courante dans la capitale, Moroni, mais aussi dans les grandes villes du pays. Les milliers d\u2019habitants, d\u00e9laiss\u00e9s par l\u2019\u00ab&nbsp;\u00c9mergence&nbsp;\u00bb ou le \u00ab&nbsp;Renouveau&nbsp;\u00bb, se tournent naturellement vers ce mode de distribution du liquide pr\u00e9cieux.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Une r\u00e9alit\u00e9 complexe<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Il faut aussi savoir que la majorit\u00e9 des pilotes de ces motos transporteurs d\u2019eau ne sont pas propri\u00e9taires de leurs v\u00e9hicules. Les conducteurs des tricycles sont des jeunes dont l\u2019\u00e2ge est compris entre 18 ans et 35 ans. Les plus jeunes sont d\u00e9scolaris\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>Les propri\u00e9taires de tricycles sont g\u00e9n\u00e9ralement des commer\u00e7ants, souvent des Anjouanais, \u00e0 l\u2019image d\u2019Hermann qui vit au quartier Oasis (Moroni) et poss\u00e8de plusieurs motos \u00e0 trois roues.<\/p>\n\n\n\n<p>Les conducteurs de ces engins sont soumis \u00e0 deux types de contrats. D\u2019une mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, le travail n\u00e9cessite la collaboration de deux personnes&nbsp;: un chauffeur et un apprenti par jour, car l\u2019activit\u00e9 est \u00e9puisante. L\u2019apprenti est l\u00e0 pour aider \u00e0 charger l\u2019engin de bidons d\u2019eau et \u00e0 pousser le tricycle en cas d\u2019embourbement d\u00fb au mauvais \u00e9tat des pistes.<\/p>\n\n\n\n<p>Souvent, le chauffeur doit reverser une partie des gains aux investisseurs ou propri\u00e9taires. \u00c0 en croire un jeune conducteur surnomm\u00e9 \u00ab B\u00e9nin \u00bb, le propri\u00e9taire ne fixe pas de montant \u00e0 verser \u00e0 son chauffeur. Le contrat est bas\u00e9 sur la bonne foi du conducteur qui fait un versement \u00e0 son patron chaque jour en fonction de ce qu\u2019il gagne apr\u00e8s avoir pris sa part. Le gain mensuel ou quotidien par livraison des chauffeurs est fonction du montant total g\u00e9n\u00e9r\u00e9 par le tricycle \u00e0 la fin de la journ\u00e9e. Une fois remise la part du propri\u00e9taire et de l\u2019apprenti, le chauffeur prend son d\u00fb sur le reste de la recette journali\u00e8re. \u00c0 raison de six jours de travail par semaine, le propri\u00e9taire per\u00e7oit 75000KMF par semaine.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Fahari, fier conducteur de tricycle<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Il existe un second type de contrat qui, visiblement, est le plus r\u00e9pandu. Le propri\u00e9taire fixe un montant que le conducteur est charg\u00e9 de lui verser chaque soir. Le gain mensuel des chauffeurs, qui n\u2019est pas fixe, est inf\u00e9rieur \u00e0 celui du propri\u00e9taire.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans tous les cas, il faut plusieurs mois d\u2019activit\u00e9 sans panne pour amortir le tricycle dont le prix d\u2019achat varie entre 500 000 et 800&nbsp;000 KMF. Ainsi, derri\u00e8re cette activit\u00e9 en apparence simple se cache une r\u00e9alit\u00e9 plus complexe.<\/p>\n\n\n\n<p>Interrog\u00e9 dans une boulangerie o\u00f9 il faisait des achats, Fahari, un conducteur de tricycle, qui est fier de son travail, a racont\u00e9 comment il travaille avec son patron.<\/p>\n\n\n\n<p>T\u00f4t le matin, Fahari part \u00e0 Vouvouni pour le remplissage de sa citerne d\u2019un m\u00e8tre cube (1000 litres). Il ach\u00e8te un ticket pour cela. Si les affaires marchent bien, il peut faire la navette entre Vouvouni et Moroni trois fois par voyage. Cela lui permet d\u2019empocher 35000 KMF \u00e0 raison de 12.500 KMF par voyage.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour chaque d\u00e9placement, il paie 4000 pour le carburant et d\u00e9pense 2000 KMF pour sa nourriture. S\u2019il y a un apprenti, il lui donne 1500 KMF. Le reste du gain quotidien est vers\u00e9 \u00e0 son patron. Sur les trois voyages quotidiens, il verse au bas mot 20.000 KMF par jour \u00e0 son boss.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Si le business ne marche pas trop, le versement est inf\u00e9rieur \u00e0 la somme habituelle&nbsp;\u00bb, ajoute-t-il. De son poignant t\u00e9moignage, il ajoute que faire le plein de bidons et de la cuve de mille litres \u00e0 Vouvouni ne passe pas en un claquement de doigts. Les tricycles font la queue comme les bidons align\u00e9s \u00e0 la fontaine Omar Kassim \u00e0 Moroni, apr\u00e8s avoir \u00e9videmment auparavant pay\u00e9 le ticket de 1500 KMF. Et remplir les bidons (une cinquantaine) prend plus de temps que remplir la cuve, une op\u00e9ration qui ne dure que quelques minutes en introduisant un gros tuyau dans la cuve.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Une activit\u00e9 informelle b\u00e9n\u00e9fique<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Face \u00e0 une urbanisation galopante, la forte densit\u00e9 de la population, les tricycles apparaissent aujourd\u2019hui comme une solution incontournable pour se fournir de l\u2019eau aux habitants vivant dans des quartiers inaccessibles aux gros camions.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans la capitale, les difficult\u00e9s inh\u00e9rentes \u00e0 la distribution d\u2019eau subsistent encore, la pr\u00e9sence des tricycles contribue \u00e0 les amoindrir. \u00ab C\u2019est un luxe pour beaucoup de nos compatriotes, mais \u00e7a fait presque deux ans que j\u2019ach\u00e8te les bidons d\u2019eau. Je prends 20 de ces r\u00e9cipients tous les trois jours pour 5000 KMF \u00bb, affirme un jeune p\u00e8re de famille, Habib qui regrette l\u2019\u00e9poque o\u00f9 l\u2019eau arrivait dans ses robinets pour une facture de 10.000 KMF de la SONEDE.<\/p>\n\n\n\n<p>La moto transporteur d\u2019eau permet ainsi \u00e0 des habitants isol\u00e9s des quartiers populaires d\u2019acc\u00e9der \u00e0 l\u2019eau courante, mais aussi \u00e0 de jeunes ch\u00f4meurs d\u2019avoir un emploi. Les gains sont repartis entre les diff\u00e9rents acteurs de l\u2019activit\u00e9. Les motos procurent de l\u2019argent aux propri\u00e9taires, aux conducteurs, aux apprentis, aux m\u00e9caniciens ou encore au vendeur de carburant.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019activit\u00e9 du tricycle \u00e0 Moroni et au-del\u00e0, \u00e0 Ngazidja et \u00e0 Ndzuani, est une source de revenus pour les divers acteurs qui interviennent dans le secteur. Bien plus qu\u2019un simple mode de transport, les tricycles recouvrent un v\u00e9ritable syst\u00e8me \u00e9conomique informel, un exemple de d\u00e9brouillardise issue de l\u2019abandon de l\u2019\u00c9tat, et qui rapporte.<\/p>\n\n\n\n<p>Entre les gros camions, les minibus et les tricycles, la SONEDE tire largement son \u00e9pingle du jeu et on peut se demander si elle ne se satisfait pas de ce march\u00e9 parall\u00e8le, tellement la crise de l\u2019eau dure.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Vous connaissez les taxis traditionnels, les minibus surcharg\u00e9s qui desservent les r\u00e9gions. Mais avez-vous d\u00e9j\u00e0 entendu parler des motos transporteuses de l&#8217;eau \u00e0 Ngazidja ? Par Hachim Mohamed \u00c0 la Grande-Comore comme \u00e0 Anjouan ou sous d\u2019autres cieux en Afrique, des personnes vendent de l\u2019eau en la transportant sur leur moto. 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