{"id":11679,"date":"2025-03-24T08:29:19","date_gmt":"2025-03-24T05:29:19","guid":{"rendered":"https:\/\/masiwa-comores.com\/?p=11679"},"modified":"2025-03-24T08:29:20","modified_gmt":"2025-03-24T05:29:20","slug":"naufrage-dun-kwasa-au-large-de-mayotte","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/masiwa-comores.com\/societe\/naufrage-dun-kwasa-au-large-de-mayotte\/","title":{"rendered":"Naufrage d\u2019un kwasa au large de Mayotte"},"content":{"rendered":"\n<p><strong><em>Le 18 mars dernier, un kwasa-kwasa en provenance d\u2019Anjouan a chavir\u00e9 pr\u00e8s de Mayotte. Fort heureusement, malgr\u00e9 les rumeurs, cette fois, aucune victime n\u2019a \u00e9t\u00e9 d\u00e9plor\u00e9e.<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><em>Par Naenmati Ibrahim<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-drop-cap\">Un kwasa-kwasa en provenance de Hassimpawo, dans la r\u00e9gion du Nyumak\u00e9l\u00e9 (Anjouan), a chavir\u00e9 au large de Mayotte, pr\u00e8s de Mbouini, mardi 18 mars. Si les premi\u00e8res rumeurs faisaient \u00e9tat de plusieurs morts, une source fiable a rapidement rectifi\u00e9 l\u2019information en affirmant que tous les passagers avaient \u00e9t\u00e9 secourus et plac\u00e9s au Centre de R\u00e9tention Administrative (CRA) \u00e0 Pamandzi par les autorit\u00e9s fran\u00e7aises.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Mayotte, une \u00eele en d\u00e9tresse, mais toujours un mirage<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Ce drame n\u2019est malheureusement pas un cas isol\u00e9. Depuis des d\u00e9cennies, la travers\u00e9e en vedette entre Anjouan et Mayotte est synonyme de danger et de trag\u00e9dies. Si cette fois, la mer n\u2019a pas pris de vies, l\u2019histoire n\u2019en reste pas moins dramatique. Ce naufrage illustre une r\u00e9alit\u00e9 qui dure depuis pr\u00e8s de 30 ans&nbsp;: malgr\u00e9 les dangers en mer et les conditions de vie pr\u00e9caires sur l\u2019\u00eele, Mayotte continue d\u2019attirer des milliers de migrants en qu\u00eate d\u2019un avenir meilleur. Un paradoxe cruel, alors m\u00eame que l\u2019\u00eele est en crise, ravag\u00e9e par le cyclone Chido et frapp\u00e9e par une grave p\u00e9nurie alimentaire.<\/p>\n\n\n\n<p>Des voyages p\u00e9rilleux vers une \u00eele elle-m\u00eame en d\u00e9tresse, car pour beaucoup d\u2019Anjouanais, Mayotte demeure un Eldorado, un dernier espoir, m\u00eame dans le chaos.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Un drame \u00e9vit\u00e9 de justesse<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019annonce du naufrage a d\u2019abord circul\u00e9 sur les r\u00e9seaux sociaux, accompagn\u00e9e de la rumeur faisant \u00e9tat de plusieurs morts. Mais une femme, dont deux fr\u00e8res faisaient partie des passagers, a tenu \u00e0 r\u00e9tablir la v\u00e9rit\u00e9 en envoyant un message \u00e0 une personne ayant partag\u00e9 la publication contenant cette fausse information. Elle a d\u00e9clar\u00e9&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab Vous \u00eates des menteurs, il n\u2019y a eu aucun d\u00e9c\u00e8s, tous ont \u00e9t\u00e9 secourus et transf\u00e9r\u00e9s au Selec. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>La Selec est le terme utilis\u00e9 par les gens \u00e0 Mayotte pour d\u00e9signer le Centre de R\u00e9tention Administrative, o\u00f9 sont enferm\u00e9s les migrants avant leur expulsion vers Anjouan ou la Grande-Comore.<\/p>\n\n\n\n<p>En proie \u00e0 l\u2019angoisse, cette femme a m\u00eame menac\u00e9 la personne en question, bien que celle-ci n\u2019ait fait que partager la publication et n\u2019en soit pas l\u2019auteur. Son t\u00e9moignage illustre la peur omnipr\u00e9sente des familles&nbsp;: chaque d\u00e9part est une angoisse, chaque travers\u00e9e un risque mortel. Pourtant, cela n\u2019emp\u00eache pas les kwasa-kwasa de continuer \u00e0 prendre la mer.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Mayotte, consid\u00e9r\u00e9e comme une \u00eele comorienne<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Ce qui choque dans cette trag\u00e9die, ce n\u2019est pas seulement le naufrage, mais le fait que les migrants continuent d\u2019y affluer malgr\u00e9 un danger flagrant. La v\u00e9ritable raison de ces d\u00e9parts massifs r\u00e9side dans le lien historique et familial qui unit Mayotte aux Comores. Beaucoup d\u2019Anjouanais ont des proches dans l\u2019\u00eele, ce qui les pousse \u00e0 braver les interdits et tous les risques pour les rejoindre.<\/p>\n\n\n\n<p>M\u00eame si Mayotte est aujourd\u2019hui \u00e0 genoux, frapp\u00e9e par le cyclone Chido et confront\u00e9e \u00e0 une crise alimentaire sans pr\u00e9c\u00e9dent, les arriv\u00e9es clandestines ne cessent pas pour autant.<\/p>\n\n\n\n<p>Quelques jours apr\u00e8s la catastrophe, alors que la situation \u00e9tait vraiment dramatique, une vingtaine de kwasa-kwasa ont accost\u00e9 sur l\u2019\u00eele. Les passeurs avaient compris que la surveillance maritime serait rel\u00e2ch\u00e9e en raison de l\u2019\u00e9tat d\u2019urgence. Cela t\u00e9moigne de la d\u00e9termination des Anjouanais \u00e0 rejoindre Mayotte, co\u00fbte que co\u00fbte.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Un cycle infernal<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Ceux qui parviennent clandestinement \u00e0 Mayotte vivent dans la peur permanente d\u2019\u00eatre arr\u00eat\u00e9s et ce n\u2019est pas tout, ils vivent dans une pr\u00e9carit\u00e9 extr\u00eame. Les interpellations sont nombreuses, en mer comme sur terre. Leurs habitations, jug\u00e9es insalubres, sont souvent d\u00e9truites. Mais \u00eatre expuls\u00e9 ne signifie pas renoncer&nbsp;: beaucoup retentent imm\u00e9diatement la travers\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce cycle sans fin est accentu\u00e9 par une autre r\u00e9alit\u00e9 encore plus brutale&nbsp;: pour beaucoup, il n\u2019y a plus d\u2019avenir \u00e0 Anjouan. Certains vendent tout ce qu\u2019ils poss\u00e8dent pour financer leur voyage. Mais comme la travers\u00e9e est risqu\u00e9e, ils doivent souvent essayer plusieurs fois, jusqu\u2019\u00e0 se ruiner. \u00c0 ce stade, retourner \u00e0 Mayotte devient la seule option, au p\u00e9ril de leur vie.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Un drame qui dure depuis 30 ans<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Cette trag\u00e9die s\u2019inscrit dans une longue s\u00e9rie de naufrages qui endeuillent l\u2019archipel des Comores depuis l\u2019instauration du visa Balladur en 1995. En pr\u00e8s de 30 ans, des milliers de migrants ont p\u00e9ri en mer, tentant de rejoindre Mayotte malgr\u00e9 l\u2019interdiction de la France. Pourtant, aucune solution politique durable n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 trouv\u00e9e pour \u00e9viter ces drames.<\/p>\n\n\n\n<p>La France continue ses expulsions massives, tandis que les Comores restent impuissantes face \u00e0 l\u2019exode de leur population. Pendant ce temps, les kwassa-kwassa continuent de partir, les familles continuent de pleurer leurs disparus, et l\u2019oc\u00e9an continue d\u2019engloutir des vies dans l\u2019indiff\u00e9rence g\u00e9n\u00e9rale.<\/p>\n\n\n\n<p>Le bras de mer entre Anjouan et Mayotte est devenu un cimeti\u00e8re qui fait pourtant couler de l\u2019encre.<\/p>\n\n\n\n<p>Alors, certes, le naufrage du 18 mars n\u2019a fait aucune victime. Mais combien d\u2019autres kwasa-kwasa sombreront encore avant qu\u2019une v\u00e9ritable solution ne soit trouv\u00e9e&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le 18 mars dernier, un kwasa-kwasa en provenance d\u2019Anjouan a chavir\u00e9 pr\u00e8s de Mayotte. Fort heureusement, malgr\u00e9 les rumeurs, cette fois, aucune victime n\u2019a \u00e9t\u00e9 d\u00e9plor\u00e9e. 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