{"id":11625,"date":"2025-03-10T14:31:28","date_gmt":"2025-03-10T11:31:28","guid":{"rendered":"https:\/\/masiwa-comores.com\/?p=11625"},"modified":"2025-03-10T14:31:29","modified_gmt":"2025-03-10T11:31:29","slug":"anjouan-les-fonctionnaires-pris-en-otage-par-la-nouvelle-organisation-des-paiements","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/masiwa-comores.com\/societe\/anjouan-les-fonctionnaires-pris-en-otage-par-la-nouvelle-organisation-des-paiements\/","title":{"rendered":"Anjouan. Les fonctionnaires pris en otage par la nouvelle organisation des paiements"},"content":{"rendered":"\n<p>C\u2019est la troisi\u00e8me fois en l\u2019espace de quelques mois que les fonctionnaires anjouanais vivent un v\u00e9ritable calvaire pour pouvoir percevoir leurs salaires. La centralisation des paiements dans seulement deux bureaux de poste, \u00e0 Missiri (Mutsamudu) et Domoni, plonge les salari\u00e9s dans une pr\u00e9carit\u00e9 inqui\u00e9tante. Entre les files d\u2019attente interminables, le favoritisme et le manque de transparence, cette situation paralyse des secteurs cl\u00e9s comme l\u2019\u00c9ducation et la Sant\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p><em> Par Naenmati Ibrahim<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Avant cette r\u00e9forme, chaque employ\u00e9 de l\u2019\u00c9tat pouvait r\u00e9cup\u00e9rer son salaire dans sa ville ou sa r\u00e9gion, sans avoir \u00e0 faire de longs d\u00e9placements. D\u00e9sormais, ils doivent obligatoirement se rendre \u00e0 l\u2019un des deux seuls bureaux de poste encore en activit\u00e9, \u00e0 Missiri (Mutsamudu) ou Domoni.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab On passe des heures, parfois m\u00eame plusieurs jours, \u00e0 attendre. Et maintenant que nous sommes en plein Ramadan, c\u2019est encore plus difficile \u00bb, t\u00e9moigne un fonctionnaire \u00e9puis\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette r\u00e9organisation bouleverse le quotidien de nombreux fonctionnaires. Certains doivent parcourir des dizaines de kilom\u00e8tres pour atteindre ces bureaux satur\u00e9s. Ceux vivant dans des zones recul\u00e9es, sans acc\u00e8s facile aux transports, se retrouvent dans des situations critiques. Certains empruntent m\u00eame de l\u2019argent pour payer le trajet, esp\u00e9rant \u00eatre pay\u00e9s le jour m\u00eame. Mais une fois sur place, une autre \u00e9preuve les attend&nbsp;: l\u2019attente interminable.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Un calvaire sous un soleil de plomb<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Les probl\u00e8mes se sont aggrav\u00e9s avec l\u2019approche du ramadan. D\u00e8s l\u2019aube, des files interminables se forment devant les bureaux de poste. Avant le d\u00e9but du ramadan, certains salari\u00e9s, \u00e9puis\u00e9s par l\u2019attente, finissaient par s\u2019asseoir \u00e0 m\u00eame le sol, faute de chaises ou de bancs.<\/p>\n\n\n\n<p>Face \u00e0 cette situation, quelques am\u00e9liorations ont \u00e9t\u00e9 apport\u00e9es, comme l\u2019installation de chaises pour att\u00e9nuer la fatigue des fonctionnaires. Mais cela reste insuffisant. La plupart des fonctionnaires doivent patienter sous un soleil br\u00fblant, en p\u00e9riode de je\u00fbne. Seules les personnes appel\u00e9es gr\u00e2ce \u00e0 un ticket peuvent entrer dans les bureaux, les autres restent \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur.<\/p>\n\n\n\n<p>Beaucoup finissent par repartir les mains vides, contraints de revenir le lendemain. Certains ont d\u00e9j\u00e0 pass\u00e9 plusieurs jours sans obtenir leurs salaires, accumulant fatigue et frustration.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Une inqui\u00e9tude lorsqu\u2019on sera \u00e0 l\u2019approche de l\u2019A\u00efd El-Fitr<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 la fin du Ramadan, ce sera une autre pr\u00e9occupation qui va hanter les fonctionnaires&nbsp;: recevoir son salaire avant l\u2019A\u00efd El-Fitr. Cette f\u00eate religieuse rev\u00eat une importance capitale pour les familles comoriennes, n\u00e9cessitant des d\u00e9penses pour les repas, les v\u00eatements des enfants et les pr\u00e9paratifs.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais avec ce syst\u00e8me de paiement chaotique, nombreux sont ceux qui craignent de ne pas recevoir leur salaire \u00e0 temps. \u00ab Si \u00e7a continue comme \u00e7a, beaucoup ne pourront rien acheter faute de moyens financiers \u00bb, confie un employ\u00e9. Toucher son salaire est devenu un v\u00e9ritable parcours du combattant.<\/p>\n\n\n\n<p>Une rumeur circule selon laquelle le prochain paiement pourrait \u00eatre avanc\u00e9 de 15 jours pour soulager les employ\u00e9s et leur permettre de pr\u00e9parer l\u2019A\u00efd. Mais cette annonce suscite plus de scepticisme que d\u2019espoir.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab M\u00eame s\u2019ils font \u00e7a, \u00e7a ne changera rien&nbsp;! \u00bb, r\u00e9torque une fonctionnaire. \u00ab Les paiements prennent toujours plus de deux semaines. On restera bloqu\u00e9s dans l\u2019attente et la frustration. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Un exemple criant de dysfonctionnement<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Le vendredi 7 mars, sixi\u00e8me jour du ramadan, la situation a atteint un point critique. Ceux qui \u00e9taient arriv\u00e9s tr\u00e8s t\u00f4t attendaient d\u00e9j\u00e0 depuis plus de deux heures lorsqu\u2019un nouveau coup dur leur a \u00e9t\u00e9 port\u00e9. Les agents de s\u00e9curit\u00e9 ont commenc\u00e9 \u00e0 appeler ceux inscrits sur une liste datant de la veille, en commen\u00e7ant par le num\u00e9ro 700. Ces personnes, munies de tickets, \u00e9taient prioritaires.<\/p>\n\n\n\n<p>Les salari\u00e9s inscrits le jour m\u00eame ont vite compris que leurs chances d\u2019\u00eatre pay\u00e9s \u00e9taient quasi nulles. Leur liste comptait d\u00e9j\u00e0 plus de 200 noms. Tout d\u00e9pendait d\u00e9sormais de la rapidit\u00e9 du processus&nbsp;: si les fonctionnaires prioritaires obtenaient leur paiement avant la fermeture, alors la liste du jour pourrait \u00eatre prise en compte. Sinon, les fonctionnaires inscrits ce jour-l\u00e0 devraient revenir encore une fois, rallongeant leur calvaire. M\u00eame si les horaires ont \u00e9t\u00e9 exceptionnellement prolong\u00e9s, l\u2019inqui\u00e9tude restait grande.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Une administration d\u00e9connect\u00e9e des r\u00e9alit\u00e9s du terrain<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Ce d\u00e9sordre est la cons\u00e9quence directe d\u2019une d\u00e9cision administrative prise sans concertation. La s\u00e9paration entre la Poste et la banque a donn\u00e9 naissance \u00e0 deux nouvelles entit\u00e9s&nbsp;: la Poste et la Banque Postale des Comores(BPC).<\/p>\n\n\n\n<p>Cette restructuration a profond\u00e9ment boulevers\u00e9 le syst\u00e8me de paiement des salaires, rendant l\u2019acc\u00e8s aux fonds plus difficile.<\/p>\n\n\n\n<p>Un autre changement de taille a \u00e9t\u00e9 impos\u00e9&nbsp;: l\u2019abandon des ch\u00e9quiers. D\u00e9sormais, pour \u00eatre pay\u00e9, un fonctionnaire doit fournir uniquement son num\u00e9ro de compte et une pi\u00e8ce d\u2019identit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Si cette mesure visait \u00e0 simplifier le processus, elle a eu l\u2019effet inverse. De nombreux fonctionnaires d\u00e9noncent le manque de clart\u00e9 et les frais pr\u00e9lev\u00e9s sur chaque retrait, allant de 1 500 \u00e0 2 000 francs.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Un terrain propice \u00e0 la corruption et au favoritisme<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>En plus des probl\u00e8mes logistiques, cette d\u00e9sorganisation favorise la corruption. Certains fonctionnaires accusent les agents de s\u00e9curit\u00e9 et les employ\u00e9s des bureaux des agences de pratiques douteuses.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab Il y a clairement du favoritisme \u00bb, t\u00e9moigne un fonctionnaire. \u00ab Ceux qui glissent un billet sous la table passent en priorit\u00e9. Pendant ce temps, nous, qui suivons les r\u00e8gles, devons attendre des jours. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>D\u2019autres d\u00e9noncent une absence totale de transparence dans l\u2019attribution des tickets de passage. Certains jours, des tickets suppl\u00e9mentaires apparaissent myst\u00e9rieusement dans les mains de personnes bien introduites, retardant encore plus ceux qui patientent depuis l\u2019aube.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Jusqu\u2019\u00e0 quand cette situation va-t-elle durer&nbsp;?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Alors que l\u2019exasp\u00e9ration monte, une question demeure&nbsp;: pourquoi cette r\u00e9forme a-t-elle \u00e9t\u00e9 men\u00e9e sans anticipation&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Les cons\u00e9quences de cette mauvaise gestion ne se limitent pas aux fonctionnaires. Des secteurs vitaux comme l\u2019\u00c9ducation et la Sant\u00e9 en souffrent directement. Avec des enseignants et des agents de sant\u00e9 forc\u00e9s de s\u2019absenter plusieurs jours pour r\u00e9cup\u00e9rer leurs salaires, le fonctionnement des \u00e9coles et des h\u00f4pitaux en est directement affect\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Le gouvernement et la direction de la SNSPF doivent agir en urgence. Il est inacceptable qu\u2019en 2025, des fonctionnaires soient encore contraints de perdre plusieurs jours pour toucher leurs salaires.<\/p>\n\n\n\n<p>Pourtant, des solutions existent&nbsp;: d\u00e9centraliser les paiements comme avant en ouvrant les anciens bureaux pour r\u00e9duire l\u2019afflux \u00e0 Missiri et Domoni, mettre en place un v\u00e9ritable service bancaire num\u00e9rique permettant les virements directs sur les comptes, \u00e9tablir un syst\u00e8me de paiement par ordre alphab\u00e9tique ou par num\u00e9ro d\u2019identification pour \u00e9viter la cohue et les abus.<\/p>\n\n\n\n<p>Tant qu\u2019aucune mesure concr\u00e8te ne sera prise, les fonctionnaires anjouanais resteront pi\u00e9g\u00e9s dans ce syst\u00e8me injuste. En attendant, ils n\u2019ont d\u2019autre choix que de patienter sous le soleil dans l\u2019espoir d\u2019\u00eatre appel\u00e9s avant la fermeture.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>C\u2019est la troisi\u00e8me fois en l\u2019espace de quelques mois que les fonctionnaires anjouanais vivent un v\u00e9ritable calvaire pour pouvoir percevoir leurs salaires. La centralisation des paiements dans seulement deux bureaux de poste, \u00e0 Missiri (Mutsamudu) et Domoni, plonge les salari\u00e9s dans une pr\u00e9carit\u00e9 inqui\u00e9tante. 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