{"id":11616,"date":"2025-03-10T14:14:02","date_gmt":"2025-03-10T11:14:02","guid":{"rendered":"https:\/\/masiwa-comores.com\/?p=11616"},"modified":"2025-03-10T14:16:43","modified_gmt":"2025-03-10T11:16:43","slug":"ramadan-kapvu-pas-deau-pas-delectricite-pas-dargent-pas-de-legumes","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/masiwa-comores.com\/economie\/ramadan-kapvu-pas-deau-pas-delectricite-pas-dargent-pas-de-legumes\/","title":{"rendered":"Ramadan Kapvu : Pas d&#8217;eau, pas d&#8217;\u00e9lectricit\u00e9, pas d&#8217;argent, pas de l\u00e9gumes\u2026"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"has-large-font-size\"><strong>Un d\u00e9but de Ramadan chaotique \u00e0 Anjouan<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>Cette ann\u00e9e, le Ramadan est sous tension \u00e0 Anjouan&nbsp;: entre raret\u00e9 de produits, flamb\u00e9e des prix, p\u00e9nurie d\u2019\u00e9lectricit\u00e9 et salaire en souffrance.<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><em>Par Naenmati Ibrahim et Riyad Mubarak<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-drop-cap\">Le Ramadan a commenc\u00e9 \u00e0 Anjouan par une situation in\u00e9dite. La sc\u00e8ne du chef-lieu paralys\u00e9e par des fonctionnaires (enseignants, m\u00e9decins, journalistes\u2026) qui sont contraints d\u2019abandonner leur travail pour aller chercher leurs salaires. Les employ\u00e9s de l\u2019\u00c9tat se retrouvent tous \u00e0 Mutsamudu \u00e0 esp\u00e9rer obtenir leur d\u00fb. &nbsp;Entre les longues files d\u2019attente dans les bureaux de la poste (Banque populaire des Comores) et repas pris dans l\u2019obscurit\u00e9, ce mois sacr\u00e9 s\u2019annonce particuli\u00e8rement \u00e9prouvant pour de nombreuses familles.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u2019ordinaire, les difficult\u00e9s financi\u00e8res s\u2019accentuent \u00e0 la fin du Ramadan, apr\u00e8s plusieurs semaines de d\u00e9penses importantes. Mais cette ann\u00e9e, d\u00e8s les premiers jours, les m\u00e9nages d\u2019Anjouan peinent d\u00e9j\u00e0 \u00e0 joindre les deux bouts en raison d\u2019un paiement chaotique des fonctionnaires et de salaires vers\u00e9s au compte-gouttes.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Arr\u00eat du soutien venant de Mayotte et envoi clandestin des produits agricoles<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Si les fonctionnaires peinent \u00e0 toucher leur salaire, une grande partie de la population d\u2019Anjouan subit une autre difficult\u00e9&nbsp;: la d\u00e9pendance financi\u00e8re vis-\u00e0-vis des familles install\u00e9es \u00e0 Mayotte. Le cyclone Chido, qui a ravag\u00e9 l\u2019\u00eele le 14 d\u00e9cembre dernier a mis temporairement un coup d\u2019arr\u00eat aux habituels transferts d\u2019argent.<\/p>\n\n\n\n<p>Les familles vivant \u00e0 Mayotte, qui envoyaient r\u00e9guli\u00e8rement des aides \u00e0 leurs proches \u00e0 Anjouan, se retrouvent elles-m\u00eames en difficult\u00e9. Pire encore, ce sont d\u00e9sormais elles qui sollicitent un soutien alimentaire, les cultures \u00e0 Mayotte \u00e9tant d\u00e9vast\u00e9es. R\u00e9sultat&nbsp;: une asphyxie financi\u00e8re frappe de plein fouet des milliers de familles \u00e0 Anjouan, incapables d\u2019assurer leurs d\u00e9penses essentielles en ce mois b\u00e9ni du Ramadan.<\/p>\n\n\n\n<p>Le mois de Ramadan, traditionnellement synonyme de solidarit\u00e9 et de partage entre musulmans, se transforme en une p\u00e9riode o\u00f9 les prix flambent, malgr\u00e9 une note du gouvernement, comme \u00e0 chaque d\u00e9but de Ramadan, fixant les tarifs des denr\u00e9es de premi\u00e8re n\u00e9cessit\u00e9. Interrog\u00e9e sur cette hausse, une vendeuse explique qu\u2019elle doit elle-m\u00eame acheter des produits import\u00e9s dans l\u2019\u00eele dont les prix ont augment\u00e9, ce qui l&#8217;oblige \u00e0 r\u00e9ajuster ses tarifs. Elle ajoute m\u00eame que les clients devraient se consid\u00e9rer chanceux qu&#8217;elle accepte encore de vendre ses bananes, car son mari l&#8217;avait encourag\u00e9e \u00e0 les embarquer clandestinement vers Mayotte, o\u00f9 elles se vendraient plus cher encore.<\/p>\n\n\n\n<p>En effet, face \u00e0 cette perturbation de l\u2019\u00e9conomie locale, les producteurs tentent de maximiser leurs profits en vendant leurs r\u00e9coltes \u00e0 Mayotte, o\u00f9 les prix (en euros) sont plus attractifs. Une pratique qui alimente un march\u00e9 noir florissant, mais qui prive les Anjouanais de produits de premi\u00e8re n\u00e9cessit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Depuis le passage du cyclone Chido, de nombreux agriculteurs et vendeurs pr\u00e9f\u00e8rent \u00e9couler leurs r\u00e9coltes \u00e0 Mayotte, o\u00f9 la demande est forte, quitte \u00e0 prendre des risques en les transportant via des embarcations de fortune, les \u00ab&nbsp;kwasa-kwasa&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Sur les \u00e9tals du march\u00e9 de Tsembehou, la frustration est palpable. \u00ab Tout part \u00e0 Mayotte, et nous, on ne trouve plus rien \u00bb, s\u2019indigne une vendeuse. Les prix des produits agricoles flambent&nbsp;: un tas de bananes, vendu jusqu\u2019\u00e0 il y a quelques semaines 2&nbsp;000 francs, se n\u00e9gocie d\u00e9sormais autour de 3000 francs avec une quantit\u00e9 toujours plus r\u00e9duite dans certaines villes comme Ouani. Le manioc, les patates douces et les taros suivent la m\u00eame tendance.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 cela s\u2019ajoute la fermeture des fronti\u00e8res avec Madagascar. En p\u00e9riode de Ramadan, l&#8217;\u00eele d&#8217;Anjouan d\u00e9pendait en partie des importations en provenance de Madagascar qui permettaient de stabiliser l&#8217;acc\u00e8s aux denr\u00e9es essentielles. La fermeture des fronti\u00e8res emp\u00eache l\u2019importation de taros bon march\u00e9. M\u00eame le fruit \u00e0 pain, autrefois l\u2019un des aliments les plus accessibles, atteint d\u00e9sormais 500 francs l\u2019unit\u00e9 et m\u00eame parfois 1000 francs (cela d\u00e9pend de la taille de la ville). Le pr\u00e9sident malgache, Andry Rajoelina, a de nouveau ouvert les fronti\u00e8res il y a trois jours, mais la circulation n\u2019a pas encore repris comme avant.<\/p>\n\n\n\n<p>L&#8217;autre source d&#8217;approvisionnement, l&#8217;\u00eele Moh\u00e9li, a \u00e9t\u00e9 \u00e9galement touch\u00e9e par le cyclone, qui a ravag\u00e9 le sud de l\u2019\u00eele et impact\u00e9 les r\u00e9coltes, m\u00eame si c\u2019\u00e9tait dans une moindre mesure compar\u00e9e \u00e0 Mayotte.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Une crise \u00e9nerg\u00e9tique qui plonge Anjouan dans l\u2019obscurit\u00e9<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Comme si cela ne suffisait pas, d\u2019autres maux viennent s\u2019abattre sur l\u2019\u00eele d\u2019Anjouan, \u00e0 l\u2019exemple des coupures d\u2019\u00e9lectricit\u00e9 qui plongent plusieurs r\u00e9gions dans l\u2019obscurit\u00e9 au moment de la rupture du je\u00fbne ou encore les difficult\u00e9s \u00e0 retirer de l\u2019argent. \u00ab M\u00eame ceux qui ont quelques \u00e9conomies peinent \u00e0 les retirer \u00bb, s\u2019exclame un fonctionnaire de la Cuvette, r\u00e9sumant ainsi le climat de d\u00e9tresse qui r\u00e8gne sur l\u2019\u00eele en ce mois de je\u00fbne et de pri\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>Comme si cela ne suffisait pas, la population doit aussi affronter une crise \u00e9nerg\u00e9tique sans pr\u00e9c\u00e9dent. Depuis plusieurs semaines, l\u2019\u00e9lectricit\u00e9 se fait rare, et certaines localit\u00e9s n\u2019ont droit qu\u2019\u00e0 quelques heures de courant par jour.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette situation complique le quotidien des familles, notamment pour la pr\u00e9paration des repas du Ramadan. \u00ab On casse le je\u00fbne dans le noir, on ne peut pas r\u00e9chauffer nos plats pour le Tsahou (suhur), et m\u00eame pr\u00e9parer du \u00ab&nbsp;hubu wa tsohole wa tahani&nbsp;\u00bb (bouillon de riz pass\u00e9 au Moulinex) ou faire des jus pour se rafra\u00eechir devient un luxe \u00bb, d\u00e9plore une m\u00e8re de famille.<\/p>\n\n\n\n<p>Les commer\u00e7ants et artisans, eux aussi, subissent de lourdes pertes. Dans les menuiseries et autres ateliers n\u00e9cessitant de l\u2019\u00e9lectricit\u00e9, l\u2019activit\u00e9 est quasiment \u00e0 l\u2019arr\u00eat. Seuls ceux qui peuvent s\u2019offrir des groupes \u00e9lectrog\u00e8nes ou des panneaux solaires continuent \u00e0 travailler, creusant encore plus les in\u00e9galit\u00e9s. Ainsi, le d\u00e9sespoir se fait sentir, et beaucoup s\u2019inqui\u00e8tent de la mani\u00e8re dont ils pourront arriver au bout du Ramadan et faire plaisir \u00e0 leurs familles le jour de l\u2019A\u00efd el-Fitr.<\/p>\n\n\n\n<p>Si l\u2019ensemble de l\u2019\u00eele est touch\u00e9 par ces d\u00e9lestages, certaines villes semblent \u00e9pargn\u00e9es. Mutsamudu, Mirontsi et Ouani b\u00e9n\u00e9ficient d\u2019un acc\u00e8s plus stable \u00e0 l\u2019\u00e9lectricit\u00e9, alimentant les soup\u00e7ons de favoritisme.<\/p>\n\n\n\n<p>Des voix s\u2019\u00e9l\u00e8vent pour d\u00e9noncer un traitement de faveur, notamment pour la zone qui va jusqu\u2019\u00e0 Ouani, la ville d\u2019origine du nouveau directeur de la SONELEC \u00e0 Anjouan. Sur les r\u00e9seaux sociaux, la col\u00e8re gronde, et certains regrettent m\u00eame les anciens directeurs qui, malgr\u00e9 les difficult\u00e9s, tentaient de mettre en place un syst\u00e8me de d\u00e9lestage plus \u00e9quilibr\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Un m\u00e9contentement g\u00e9n\u00e9ral face \u00e0 l\u2019inaction des autorit\u00e9s<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Cette accumulation de crises illustre \u00e0 quel point le pays va mal. L\u2019incapacit\u00e9 du gouvernement \u00e0 r\u00e9pondre aux besoins de la population est plus \u00e9vidente que jamais. L\u2019acc\u00e8s \u00e0 une \u00e9lectricit\u00e9 stable faisait pourtant partie des promesses de campagne du pr\u00e9sident Azali Assoumani en 2016. Pr\u00e8s de dix ans plus tard, non seulement la situation ne s\u2019est pas am\u00e9lior\u00e9e, mais elle a empir\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Face \u00e0 ces difficult\u00e9s, la population exprime son ras-le-bol, notamment sur les r\u00e9seaux sociaux. Les critiques fusent contre un r\u00e9gime jug\u00e9 incomp\u00e9tent, et nombreux sont ceux qui n\u2019attendent plus rien des autorit\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Un Ramadan sous le signe de la r\u00e9silience<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Malgr\u00e9 ces \u00e9preuves, les Anjouanais tentent de s\u2019adapter. Dans les files d\u2019attente des bureaux de poste, au march\u00e9 ou \u00e0 la maison, la pers\u00e9v\u00e9rance est de mise. Mais pour combien de temps encore&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Si beaucoup n\u2019esp\u00e8rent plus rien de ce r\u00e9gime, d\u2019autres gardent l\u2019espoir d\u2019un sursaut des autorit\u00e9s face \u00e0 une situation qui, jour apr\u00e8s jour, devient de plus en plus insoutenable. \u00ab Il faut continuer \u00e0 prier et ne jamais perdre espoir \u00bb, affirment certains. En ce mois sacr\u00e9, prier et demander le secours du Tout-Puissant est peut-\u00eatre le seul refuge qui reste. Bon Ramadan \u00e0 tous.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Un d\u00e9but de Ramadan chaotique \u00e0 Anjouan Cette ann\u00e9e, le Ramadan est sous tension \u00e0 Anjouan&nbsp;: entre raret\u00e9 de produits, flamb\u00e9e des prix, p\u00e9nurie d\u2019\u00e9lectricit\u00e9 et salaire en souffrance. Par Naenmati Ibrahim et Riyad Mubarak Le Ramadan a commenc\u00e9 \u00e0 Anjouan par une situation in\u00e9dite. 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