{"id":11301,"date":"2024-12-17T10:22:24","date_gmt":"2024-12-17T07:22:24","guid":{"rendered":"https:\/\/masiwa-comores.com\/?p=11301"},"modified":"2024-12-17T10:22:26","modified_gmt":"2024-12-17T07:22:26","slug":"le-malheur-des-comoriens-un-fardeau-tisse-par-chacun-de-nous","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/masiwa-comores.com\/opinion\/le-malheur-des-comoriens-un-fardeau-tisse-par-chacun-de-nous\/","title":{"rendered":"Le malheur des Comoriens, \u00a0un fardeau tiss\u00e9 par chacun de nous*"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Depuis les Comores, je n\u2019ai cess\u00e9 d\u2019affirmer que le v\u00e9ritable probl\u00e8me ne r\u00e9side pas uniquement dans le gouvernement. J\u2019ai souvent tent\u00e9 de justifier ma position, d\u2019expliquer ma perception des choses, mais, comme toujours, le Comorien rechigne \u00e0 entendre la v\u00e9rit\u00e9. Lorsque l\u2019on adopte un raisonnement clair et structur\u00e9, on est rapidement tax\u00e9 d\u2019arrogance, accus\u00e9 de vouloir se faire passer pour un intellectuel. On vous ass\u00e8ne des phrases toutes faites, comme : \u00ab Il fait comme s\u2019il \u00e9tait le seul \u00e0 avoir fait des \u00e9tudes \u00bb. Ces remarques n\u2019ont d\u2019autre but que de d\u00e9courager et de minimiser votre point de vue.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Quand j\u2019entends de jeunes gens affirmer que le pays va mal, je leur r\u00e9ponds souvent que ce n\u2019est pas le pays qui va mal, mais bien eux qui contribuent \u00e0 sa d\u00e9gradation en refusant de travailler. Ces \u00e9changes d\u00e9clenchent g\u00e9n\u00e9ralement des d\u00e9bats anim\u00e9s, o\u00f9, faute d\u2019arguments solides, ils finissent toujours par rejeter la responsabilit\u00e9 sur le pr\u00e9sident Azali Assoumani ou sur son gouvernement. Ce ph\u00e9nom\u00e8ne n\u2019est pas nouveau : depuis longtemps, les chefs d\u2019\u00c9tat comoriens servent de boucs \u00e9missaires \u00e0 une population en qu\u00eate de responsables.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Pour moi, le gouvernement n\u2019est pas seul responsable de la situation actuelle.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Beaucoup de mes interlocuteurs s\u2019obstinent \u00e0 comparer les Comores \u00e0 des pays voisins comme la Tanzanie ou le Kenya, soulignant que l\u00e0-bas, les conditions de vie sont meilleures : l\u2019acc\u00e8s \u00e0 l\u2019eau, \u00e0 l\u2019\u00e9lectricit\u00e9 et \u00e0 la nourriture y serait plus ais\u00e9. Ces arguments m\u2019ont souvent fait sourire, car la r\u00e9ponse est \u00e9vidente : quelle est la population de la Tanzanie ou du Kenya ? Quel est leur budget national ? Quelle est leur population active ? Ces comparaisons, bien qu\u2019intuitives, manquent de profondeur et d\u2019analyse.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Selon les estimations de la Banque mondiale, la Tanzanie compte une population de 67,44 millions d\u2019habitants (2023), dont 19,69 millions forment la population active. Parmi eux, 80 % travaillent dans le secteur agricole, 10 % dans l\u2019industrie et 10 % dans les services. Le Kenya, quant \u00e0 lui, compte 55,1 millions d\u2019habitants avec 19,82 millions de personnes actives r\u00e9parties comme suit : 61,1 % dans l\u2019agriculture, 6,7 % dans l\u2019industrie et 32,2 % dans les services. Ces deux pays, bien qu\u2019en voie de d\u00e9veloppement, poss\u00e8dent des \u00e9conomies structur\u00e9es et des recettes publiques suffisantes pour r\u00e9pondre aux besoins de leurs populations.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Aux Comores, la situation est diff\u00e9rente. Le pays, avec une population active estim\u00e9e \u00e0 seulement 278 500 personnes pour une population totale jeune (\u00e2ge m\u00e9dian de 20,2 ans), manque cruellement de ressources humaines et d\u2019opportunit\u00e9s \u00e9conomiques. Contrairement \u00e0 leurs voisins africains, les Comoriens, et particuli\u00e8rement ceux de Grande Comore (Ngazidja), semblent moins enclins \u00e0 participer activement au d\u00e9veloppement par le travail, ce qui freine consid\u00e9rablement la croissance \u00e9conomique. Le travail est pourtant la cl\u00e9 de toute prosp\u00e9rit\u00e9 : les pays comme le S\u00e9n\u00e9gal, la Tanzanie ou encore le Kenya, malgr\u00e9 leurs d\u00e9fis, ont su mobiliser leur force de travail pour am\u00e9liorer leurs infrastructures et services de base, comme l\u2019\u00e9lectricit\u00e9, l\u2019eau potable ou les routes.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong><em>La &nbsp;mentalit\u00e9 comorienne, un obstacle &nbsp;\u00e0 la &nbsp;d\u00e9mocratie<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il est important de comprendre que le d\u00e9veloppement des Comores ne repose pas seulement sur l\u2019action de l\u2019\u00c9tat ou sur la pr\u00e9sidence. L\u2019\u00e9conomie d\u2019un pays se b\u00e2tit gr\u00e2ce \u00e0 la contribution collective de ses citoyens : chacun doit participer activement \u00e0 la cr\u00e9ation de richesse, que ce soit par le travail ou par l\u2019imp\u00f4t. Actuellement, le budget national comorien repose sur une minorit\u00e9 de contribuables, ce qui le rend insuffisant pour financer les services publics essentiels tels que l\u2019\u00e9ducation, la sant\u00e9, les infrastructures ou encore les missions diplomatiques.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les d\u00e9fis \u00e9conomiques des Comores n\u00e9cessitent une compr\u00e9hension approfondie de plusieurs domaines : les finances publiques, la fiscalit\u00e9, la gouvernance, ainsi que l\u2019impact des \u00e9v\u00e9nements internationaux (comme la guerre en Ukraine) sur le commerce mondial et, par ricochet, sur l\u2019\u00e9conomie comorienne.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il est \u00e9vident que l\u2019Union des Comores ne peut \u00eatre compar\u00e9e \u00e0 des pays qui ont su se hisser au rang de puissances \u00e9conomiques ou \u00e9mergentes. Ces nations ont atteint leur position actuelle gr\u00e2ce \u00e0 un travail acharn\u00e9 et une capacit\u00e9 \u00e0 mobiliser divers secteurs pour impulser le d\u00e9veloppement. Leur r\u00e9ussite ne repose pas uniquement sur les actions de l\u2019\u00c9tat, mais \u00e9galement sur une soci\u00e9t\u00e9 active et dynamique.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Prenons l\u2019exemple des multinationales implant\u00e9es dans ces pays. Leur pr\u00e9sence s\u2019explique en partie par l\u2019importance de la d\u00e9mographie : une population nombreuse et consommatrice constitue un levier essentiel pour attirer des investisseurs. Aux Comores, avec une population n\u2019atteignant m\u00eame pas le million d\u2019habitants, il est peu probable que des entreprises telles que McDonald\u2019s ou KFC s\u2019y installent. M\u00eame les rares infrastructures modernes, comme le Golden Tulip ou le Retaj, peinent \u00e0 atteindre des chiffres d\u2019affaires significatifs. Si leurs r\u00e9sultats \u00e9taient \u00e0 la hauteur, ces \u00e9tablissements recruteraient davantage et participeraient \u00e0 la cr\u00e9ation d\u2019emplois.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cependant, au-del\u00e0 des contraintes \u00e9conomiques et d\u00e9mographiques, le probl\u00e8me des Comores est aussi soci\u00e9tal. L\u2019organisation sociale actuelle favorise une d\u00e9pendance excessive au sein des familles. \u00c0 Ngazidja, par exemple, il est courant de voir de nombreux jeunes, pourtant aptes au travail, inactifs. Ces derniers vivent aux d\u00e9pens des chefs de famille, se contentant de la s\u00e9curit\u00e9 que leur offre ce syst\u00e8me familial : un toit, de la nourriture, l\u2019\u00e9lectricit\u00e9, des v\u00eatements, sans jamais contribuer.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ces jeunes, souvent prompts \u00e0 critiquer le gouvernement en accusant les dirigeants de piller les ressources nationales, oublient leur propre responsabilit\u00e9. L\u2019argent de l\u2019\u00c9tat ne leur appartient pas directement, mais provient des efforts d\u2019une minorit\u00e9 courageuse qui, par son labeur, parvient tant bien que mal \u00e0 maintenir un semblant de stabilit\u00e9. Sans ces individus, le pays sombrerait dans le chaos. Pourtant, une partie de la jeunesse continue de se plaindre sans chercher \u00e0 agir. Ils accusent le gouvernement de ne pas payer les enseignants, de ne pas recruter dans la fonction publique ou de ne pas cr\u00e9er d\u2019emplois, mais oublient que cela n\u00e9cessite des ressources que le pays ne poss\u00e8de pas. Avec quel argent cela serait-il possible ?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Enfin, il est illusoire de comparer les Comores \u00e0 des pays comme la France. Certains justifient l\u2019inertie en \u00e9voquant les aides sociales fran\u00e7aises, telles que le RSA. Mais la r\u00e9alit\u00e9 est tout autre : la France est une puissance qui a b\u00e2ti sa richesse en exploitant des ressources ext\u00e9rieures, notamment celles de tout un continent. Elle dispose des moyens n\u00e9cessaires pour assurer un tel mod\u00e8le.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pour que les Comores progressent, il est imp\u00e9ratif que chaque citoyen assume sa part de responsabilit\u00e9, que la jeunesse se lib\u00e8re de la passivit\u00e9 et du confort illusoire, et que l\u2019effort collectif prime sur la d\u00e9pendance. Sans cela, toute tentative de d\u00e9veloppement restera vaine.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il est frappant de constater que, mis \u00e0 part les Anjouanais, une large partie des Grands-Comoriens semble peu encline \u00e0 embrasser le travail manuel ou les m\u00e9tiers per\u00e7us comme modestes. Tandis que les Anjouanais s\u2019investissent avec courage et d\u00e9termination dans des secteurs comme les march\u00e9s, les transports ou les petits commerces, beaucoup de Grands-Comoriens, eux, consid\u00e8rent ces professions comme d\u00e9gradantes. \u00catre marchand ambulant, par exemple, est souvent vu comme une atteinte \u00e0 leur dignit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La solidarit\u00e9, bien qu\u2019enrichissante sur le plan humain, devient un obstacle \u00e0 la d\u00e9mocratisation du travail et \u00e0 la responsabilisation individuelle. Pourquoi se donner la peine de travailler si l\u2019on sait qu\u2019on aura toujours de quoi manger et un toit sur la t\u00eate, sans effort ? Pourtant, il est int\u00e9ressant de noter que ces m\u00eames individus, lorsqu\u2019ils \u00e9migrent \u00e0 l\u2019\u00e9tranger, adoptent un tout autre comportement. Ils travaillent dur, conscients qu\u2019ils ne peuvent compter que sur eux-m\u00eames.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Une vision audacieuse pour un \u00e9panouissement socio-\u00e9conomique prosp\u00e9rant<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pour r\u00e9soudre les probl\u00e8mes structurels de notre soci\u00e9t\u00e9, je propose des solutions n\u00e9cessaires. Premi\u00e8rement, il est imp\u00e9ratif de briser la d\u00e9pendance excessive des jeunes envers leurs parents, une caract\u00e9ristique du mod\u00e8le familial comorien qui freine l\u2019\u00e9panouissement personnel et la contribution \u00e9conomique. D\u00e8s l\u2019\u00e2ge de 16 ans, les parents devraient inculquer \u00e0 leurs enfants l\u2019id\u00e9e que l\u2019effort personnel est la cl\u00e9 de la r\u00e9ussite, qu\u2019il s\u2019agisse de travailler pour acqu\u00e9rir une paire de chaussures ou pour subvenir \u00e0 leurs besoins futurs. \u00c0 partir de 20 ans, il devient crucial d\u2019encourager les jeunes \u00e0 quitter le foyer familial pour devenir autonomes, en participant activement \u00e0 l\u2019\u00e9conomie. Il est temps d\u2019adopter une mentalit\u00e9 entrepreneuriale, \u00e0 l\u2019image des Anjouanais, qui se mobilisent efficacement dans le commerce et les activit\u00e9s priv\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans le domaine de l\u2019agriculture, des mesures fermes doivent \u00eatre instaur\u00e9es. L\u2019\u00c9tat devrait imposer aux familles de mettre en exploitation leurs terrains, ou, \u00e0 d\u00e9faut, les c\u00e9der temporairement pour des projets agricoles ou autres initiatives productives. Une \u00e9ch\u00e9ance pourrait \u00eatre fix\u00e9e, au-del\u00e0 de laquelle les terres non utilis\u00e9es seraient r\u00e9quisitionn\u00e9es. Cette contrainte encouragerait les familles \u00e0 cultiver, \u00e9lever du b\u00e9tail ou construire, tout en attirant les banques dans des projets hypoth\u00e9caires pour financer ces activit\u00e9s. L\u2019\u00c9tat doit affirmer son autorit\u00e9 et imposer une discipline de travail.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans cette optique, il est temps de mettre fin \u00e0 certains contrats inutiles qui gr\u00e8vent les finances publiques sans apporter une r\u00e9elle valeur ajout\u00e9e. En particulier, il est absurde de reconduire des retrait\u00e9s \u00e0 des postes qu\u2019ils devraient c\u00e9der aux jeunes g\u00e9n\u00e9rations. Nous savons pertinemment que ces contrats co\u00fbtent souvent plus cher que les salaires des fonctionnaires en poste. Plut\u00f4t que de r\u00e9engager des anciens, l\u2019\u00c9tat gagnerait \u00e0 privil\u00e9gier l\u2019embauche de jeunes talents, en appliquant par exemple le principe d\u2019\u201cun jeune, un emploi\u201d. Avec un budget \u00e9quivalent \u00e0 celui requis pour un seul contrat on\u00e9reux, il serait possible de recruter plusieurs jeunes qualifi\u00e9s, donnant ainsi un sens concret \u00e0 cette politique.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong><em>HOUDAIDJY SAID ALI<\/em><\/strong>, <strong><em>Juriste publiciste et Internationaliste<\/em><\/strong>, <strong><em>Paris \u2013 France<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-luminous-vivid-orange-color has-text-color has-link-color wp-elements-1 wp-block-paragraph\">* Nous rappelons que les opinions d\u00e9velopp\u00e9es dans la Tribune Libre n\u2019engagent pas la r\u00e9daction, mais uniquement leurs auteurs.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Depuis les Comores, je n\u2019ai cess\u00e9 d\u2019affirmer que le v\u00e9ritable probl\u00e8me ne r\u00e9side pas uniquement dans le gouvernement. 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