{"id":11147,"date":"2024-11-11T09:14:00","date_gmt":"2024-11-11T06:14:00","guid":{"rendered":"https:\/\/masiwa-comores.com\/?p=11147"},"modified":"2024-11-11T09:14:01","modified_gmt":"2024-11-11T06:14:01","slug":"tragedie-en-mer-un-kwasa-en-provenance-danjouan-a-encore-chavire","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/masiwa-comores.com\/societe\/tragedie-en-mer-un-kwasa-en-provenance-danjouan-a-encore-chavire\/","title":{"rendered":"Trag\u00e9die en mer : Un kwasa en provenance d\u2019Anjouan a encore chavir\u00e9"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Le 31 octobre 2024, un nouvel \u00e9pisode tragique s\u2019est d\u00e9roul\u00e9 dans les eaux de l\u2019oc\u00e9an Indien, entre Anjouan et Mayotte. Une embarcation de fortune, commun\u00e9ment appel\u00e9e \u00ab kwasa-kwasa \u00bb en shikomori, a fait naufrage, causant la perte de 22 vies humaines.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Par Mouayad Ahmed, correspondant Anjouan<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Parti d\u2019un village c\u00f4tier d\u2019Anjouan, Kangani, le kwasa-kwasa transportait 25 personnes, esp\u00e9rant toutes rejoindre l\u2019\u00eele de Mayotte. Seules trois personnes, dont un jeune passager et les deux commandants de bord, ont surv\u00e9cu \u00e0 cet effroyable accident.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce drame s\u2019est produit au c\u0153ur de la nuit, entre minuit et une heure du matin. Selon des sources locales, cette nuit-l\u00e0, trois kwasa avaient quitt\u00e9 les c\u00f4tes anjouanaises \u00e0 destination de Mayotte. Le premier, transportant des produits divers tels que des cigarettes et des denr\u00e9es locales comme le gingembre, est arriv\u00e9 sans encombre. Les deux autres, par contre, n\u2019ont pas connu le m\u00eame sort. L\u2019un a chavir\u00e9, entra\u00eenant la perte de plusieurs vies humaines, tandis que le troisi\u00e8me a r\u00e9ussi \u00e0 rep\u00eacher trois des naufrages avant de faire demi-tour.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><br><strong><em>Les versions s\u2019opposent sur les causes de l\u2019accident<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">D\u2019apr\u00e8s des t\u00e9moignages recueillis par Masiwa \u00e0 Shissiwani, le jeune rescap\u00e9 a laiss\u00e9 entendre que le naufrage aurait \u00e9t\u00e9 provoqu\u00e9 par une manipulation des commandants. Ceux-ci auraient, selon lui, enlev\u00e9 un bouchon essentiel qui emp\u00eachait l\u2019eau de mer de p\u00e9n\u00e9trer dans l\u2019embarcation. Cependant, Ridjali Abdou, un expert maritime de Bimbini, apporte une explication technique diff\u00e9rente. Selon lui, le bouchon est souvent retir\u00e9 pour permettre \u00e0 l\u2019eau qui s\u2019infiltre de s\u2019\u00e9couler librement, \u00e9vitant ainsi que le bateau devienne instable et lourd. En effet, Ridjali Abdou r\u00e9fute l\u2019id\u00e9e que les commandants auraient volontairement pris un tel risque, sachant qu\u2019ils \u00e9taient eux-m\u00eames \u00e0 bord.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ridjali souligne un autre facteur plus critique : la configuration m\u00eame de l\u2019embarcation. Avec deux moteurs de puissance in\u00e9gale \u2014 un de 40 chevaux et un autre de 60 \u2014 pour un bateau de 7 m\u00e8tres, le d\u00e9s\u00e9quilibre \u00e9tait risqu\u00e9. De surcro\u00eet, la m\u00e9t\u00e9o n\u2019\u00e9tait visiblement pas prise en compte, comme souvent dans ces travers\u00e9es. Pour les responsables de ces kwasa, le gain financier semble primer sur les consid\u00e9rations de s\u00e9curit\u00e9, un choix tragique qui laisse derri\u00e8re lui des familles endeuill\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong><em>Des victimes pouss\u00e9es par des conditions de vie pr\u00e9caires<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Parmi les victimes de ce naufrage, il y avait des familles enti\u00e8res, des personnes pr\u00eates \u00e0 braver les dangers pour une vie meilleure ou pour des soins m\u00e9dicaux. Farham Ibrahim, de Shissiwani, nous confie : \u00ab C\u2019est un malheur inconcevable. Un couple de Sima, qui devait se rendre \u00e0 Mayotte pour des soins, a p\u00e9ri en mer. \u00bb Nombreux sont ceux qui risquent leur vie pour atteindre Mayotte, pouss\u00e9s par la situation \u00e9conomique et le manque d\u2019infrastructures dans les trois autres \u00eeles. Beaucoup partent \u00e0 la recherche de soins que le pays ne peut leur fournir, d\u2019autres aspirent \u00e0 de meilleures conditions de vie. La pr\u00e9carit\u00e9 sur place et l\u2019illusion d\u2019une vie plus ais\u00e9e \u00e0 Mayotte les poussent \u00e0 prendre ce risque du voyage en kwasa dans des conditions souvent extr\u00eames.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Aux Comores, l\u2019\u00e9mergence \u00e9conomique tant esp\u00e9r\u00e9e par la population reste un r\u00eave lointain, un mirage qui nourrit l\u2019exode clandestin. Chaque drame en mer rappelle \u00e0 nos autorit\u00e9s l\u2019urgence d\u2019une prise de conscience : il est imp\u00e9ratif de cr\u00e9er des conditions de vie d\u00e9centes pour enrayer cet exil forc\u00e9 et mettre fin \u00e0 ces trag\u00e9dies r\u00e9currentes.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong><em>L\u2019histoire poignante de Nadjaf Mirgane et de son oncle Kamardine<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans le village de Bazimini, la douleur est palpable. Nadjaf Mirgane, le jeune lyc\u00e9en, pleure la perte de son oncle Kamardine. Ce dernier, originaire de Bazimini, est un exemple tragique de cette qu\u00eate d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e de bonheur. Apr\u00e8s un s\u00e9jour \u00e0 Dubai pour ses affaires commerciales, Kamardine, comme beaucoup d\u2019autres avant lui, a d\u00e9cid\u00e9 de prendre le kwasa pour se rendre \u00e0 Mayotte. Un voyage qu\u2019il esp\u00e9rait marqu\u00e9 par le bonheur : il devait c\u00e9l\u00e9brer le grand mariage \u00e0 Mayotte avec une tendre femme qui l\u2019attendait. Il transportait avec lui des richesses qu\u2019il esp\u00e9rait investir, de l\u2019or et des milliers d\u2019euros. Mais, Kamardine ne reviendra jamais. Comme tant d\u2019autres, il a p\u00e9ri dans les flots du bras de mer entre Anjouan et Mayotte, laissant derri\u00e8re lui des jumeaux, un foyer d\u00e9sormais endeuill\u00e9, ainsi qu\u2019un conteneur portant son nom qui devrait bient\u00f4t arriver au port de Mutsamudu. Ce conteneur renferme les r\u00eaves de ceux qui, avec lui, avaient investi dans ces marchandises.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce naufrage endeuille non seulement une famille, mais \u00e9galement un village tout entier. Le choc est immense, et la communaut\u00e9 pleure la perte d\u2019un homme respect\u00e9 et aim\u00e9. Pourtant, Kamardine n\u2019est qu\u2019une victime parmi tant d\u2019autres, prises au pi\u00e8ge d\u2019une situation qui semble sans issue.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les kwasa, qu\u2019ils soient charg\u00e9s de marchandises ou de passagers, ne cessent de rappeler une r\u00e9alit\u00e9 sombre et d\u00e9solante : la pr\u00e9carit\u00e9 et l\u2019absence de perspectives poussent ceux qui y prennent part \u00e0 se tourner vers l\u2019inconnu, avec l\u2019espoir de trouver ailleurs une vie plus digne. Ce n\u2019est pas la premi\u00e8re fois qu\u2019une telle trag\u00e9die se produit, et malheureusement, ce ne sera probablement pas la derni\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong><em>Un pays en qu\u00eate d\u2019espoir<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 travers ces drames r\u00e9p\u00e9t\u00e9s, ce sont les m\u00eames questions qui r\u00e9sonnent : jusqu\u2019\u00e0 quand assisterons-nous, impuissants, \u00e0 ces trag\u00e9dies ? Combien de Comoriens devront encore sacrifier leurs vies dans l\u2019espoir d\u2019un avenir meilleur ? La mer devient un cimeti\u00e8re silencieux pour ceux qui choisissent ce chemin d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il est urgent de renforcer les infrastructures, d\u2019assurer un acc\u00e8s aux soins de sant\u00e9, et de cr\u00e9er des opportunit\u00e9s \u00e9conomiques. Ce n\u2019est qu\u2019en r\u00e9duisant cette pr\u00e9carit\u00e9 que l\u2019on pourra esp\u00e9rer mettre fin aux d\u00e9parts risqu\u00e9s vers Mayotte.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les Comoriens sont un peuple fort et r\u00e9silient, mais ces pertes successives ne font qu\u2019accentuer le d\u00e9sespoir. Elles doivent r\u00e9veiller ceux qui ont le pouvoir d\u2019agir, et faire en sorte qu\u2019une r\u00e9elle prise de conscience \u00e9merge pour qu\u2019un jour, des femmes et des hommes n\u2019aient plus besoin de risquer leur vie pour esp\u00e9rer un avenir meilleur.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le 31 octobre 2024, un nouvel \u00e9pisode tragique s\u2019est d\u00e9roul\u00e9 dans les eaux de l\u2019oc\u00e9an Indien, entre Anjouan et Mayotte. Une embarcation de fortune, commun\u00e9ment appel\u00e9e \u00ab kwasa-kwasa \u00bb en shikomori, a fait naufrage, causant la perte de 22 vies humaines. 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